CI. P. Faide
Rose prolifère et Carotte ramifiée et volubile.
Passe-velours, cultivée dans les jardins, présente une fascie tellement constante qu'elle peut être considérée comme l'état normal. La forme des inflorescences est aussi fort variable : les nègres cultivent, en Afrique, du Mil à épis en parasol et du Mil à épis droits.
La Massette ou Typha à feuilles larges, si commune au bord des eaux, porte des fleurs monoïques groupées en épis compacts ; l'épi mâle, au sommet de la hampe, tombe après la fécondation ; il n'en reste que l'axe, plus ou moins flétri. Quant à l'épi femelle, situé au-dessous, il subsiste longtemps sous forme d'un cylindre de velours fauve. Au cours d'une promenade au bord de 1 eau, on observe de nombreuses monstruosités de l'épi ; tantôt ce sont deux épis femelles se faisant suite et séparés par un faible intervalle, tantôt c'est une ramification anormale de l'axe en deux, trois ou quatre épis séparés dès la base ou plus ou moins complètement soudés. Ces anomalies peuvent provenir de la nutrition de la plante, de maladies cryptogamiques, de mutilations par des animaux parasites.
Un autre exemple bien curieux est celui des Trèfles à quatre feuilles (en réalité ce sont des folioles ; il peut même y en avoir cinq et six). Cette particularité exceptionnelle, qui est recherchée par les personnes espérant que ce fétiche leur portera bonheur, a pu être rendue assez fortement héréditaire par la culture et l'on peut avoir des champs de production, en vue de donner satisfaction aux personnes superstitieuses.
On pourrait multiplier beaucoup ces exemples, mais il y a lieu surtout d'insister sur ceux dont l'importance économique est considérable. Une plante nouvelle, une race jusque-là inconnue de Céréale qui se répand dans une province peuvent contribuer à l'enrichir ; l'apparition d'un type de Betterave à grand rendement peut être quelquefois le point de départ d'un accroissement prodigieux de la richesse nationale.
L'exemple des variétés du Chou potager, qui sont connues de tous, peut servir de point de départ à notre examen de la question du transformisme. On connaît, en effet, la plante sauvage spontanée sur le littoral de la Manche, de la mer du Nord et de la Méditerranée ; elle a donné naissance à ces types nombreux que nous rencontrons chez les cultivateurs et sur les marchés. La première année, le Chou sauvage débute par une rosette de grandes feuilles pennatiséquées lyrées, à lobe terminal large. C'est seulement l'année suivante que la tige se ramifie et fleurit. La douceur du climat marin favorise la persistance de la plante, qui vit trois ou
LA VIE VÉGÉTALE
quatre ans, fleurissant chaque année, mais n'ayant que des feuilles de petites dimensions. Ces caractères ne nous rappellent ni ceux du Chou pommé dont l'énorme bourgeon terminal est une grosse boule, ni le Chou cavalier dont la hauteur dépasse celle d'un homme, ni le Chou de Bruxelles qui possède une multitude de bourgeons comestibles, ni le Chou-rave à tige renflée, ni le Chou-navet à grosse racine, ni le Chou-fleur à inflorescence hypertrophiée formant, au milieu des feuilles, une partie blanche si appréciée des consommateurs.
Le nombre des variétés de Choux paraît s'être multiplié beaucoup dans le cours des siècles. Théophraste, du temps d'Alexandre le Grand, n'en connaissait que 3; Tournefort, sous Louis XIV, en a signalé 20 ; De Candolle, 30 ; Lund et Kjaerkou, de nos jours, 122. On doit noter que toutes ces variations portent sur les feuilles, les tiges, les bourgeons, c'est-à-dire sur les organes que l'homme utilise pour son alimentation; la constitution de la fleur et celle du fruit semblent indiquer, au contraire, que ces organes sont parfaitement constants. Ce sont donc probablement les triages, involontaires ou conscients, qui orientent le perfectionnement des variétés; ils constituent ce que Darwin a appelé la sélection artificielle.
Sélection naturelle. — La sélection artificielle, qui s'opère par l'intervention de l'homme, s'oppose à la sélection naturelle, laquelle intervient d'une manière continue partout dans la nature. La concurrence vitale s'exerce sur une échelle immense. Une plante annuelle qui ne donnerait que deux graines par an aurait une descendance de plus d'un million d'individus en vingt ans, si tous ses rejetons survivaient. Mais on sait qu'il est des animaux et des plantes (les Orchidées notamment), qui produisent des milliers de semences ou de graines. Il est évident que les descendants d'un seul de ces êtres prolifiques pourraient, en peu de temps, envahir la terre, sans laisser de place pour le développement d'aucune autre plante ou d'aucun autre animal.
Il est rare qu'un développement extraordinaire d'une espèce se produise ou, quand cela a lieu, comme pour la multiplication fantastique du pigeon voyageur aux États-Unis, tous les êtres voisins se livrent à une telle destruction que bientôt l'équilibre est rétabli, et le nombre des animaux et des plantes d'une région est à peu près constant pendant une série d'années.
La lutte pour l'existence entre les êtres a pour conséquence la suroioance du plus apte, et ce résultat du combat se manifeste avec une netteté particulièrement frappante dans les phénomènes de mimétisme qui sont si saisissants quand on étudie le règne animal. Ils ont été mis en évidence par Wallace qui, par une voie tout à fait différente de celle suivie par Darwin, arrivait à des résultats analogues en même temps, car les découvertes fondamentales de ces deux savants ont été publiées le même jour (I" juillet 1858) à la Société linnéenne de Londres. La mimique, c'est 1 imitation qui se trahit par la fourrure ou le plumage des animaux polaires qui vivent sur la neige et qui sont blancs, afin de pouvoir
Cristation de la Mamillaria Karwinskiana, au Mexique.
échapper à leurs ennemis (Lièvre polaire) ou s'approcher subrepticement d'eux (Ours polaire). C'est aussi l'imitation d'un autre animal ayant un moyen de défense déterminé : les Sésies, qui imitent d'une façon si singulière les Guêpes et les Frelons, dont l'aiguillon est redouté. D'autres parviennent à échapper à leurs ennemis en ressemblant à des végétaux par leur forme, leur aspect, leur couleur.
Le fait le plus extraordinaire du mimétisme est celui de ces curieux papillons, les Kallima inachis, qui ressemblent à des feuilles lorsque leurs deux ailes sont rabattues, de manière à se toucher par leurs faces supérieures : les faces inférieures présentent les nervures principales et secondaires ; fixés sur la branche et immobiles, ils ressemblent à s'y méprendre à des feuilles : ils offrent jusqu'aux taches, qui sont dues à des cryptogames. D'autres insectes, Phasmes et Chenilles, ressemblent à des brindilles de bois par leur forme et leur couleur. Ce sont là des phénomènes merveilleux qui ont été mis en lumière par Wallace et qui sont particulièrement propres à attirer l'attention des penseurs et des philosophes.
Les cas de mimétisme paraissent plus rares dans le règne végétal ; cependant on a signalé comme assez frappantes les similitudes singulières du Lamier blanc ou Ortie blanche et de l'Ortie dioïque ; cette dernière possède, grâce à ses poils urticants, des moyens de défense fort énergiques et très efficaces. Ces deux plantes croissent souvent côte à côte, mélangeant leurs feuilles de même forme ; seules, les fleurs diffèrent : celles du Lamier, grandes et blanches; celles de l'Ortie, petites et vertes.
Sélection artificielle. — La pratique de la sélection artificielle est employée pour perfectionner les animaux et les plantes depuis un temps immémorial. Charlemagne recommandait à ses officiers de surveiller les étalons et de rejeter ceux qui étaient vieux et mauvais. Darwin a étudié les effets de la sélection sur le pigeon, qui est issu du pigeon de roche ou bizet, et il a comparé
Cl. Chevalier.
Mil à épis droits et à épis en parasol, au Soudan.
Monstruosités de la Massette.
Cl. V. laicleau.
Trèfle à quatre folioles.
Cl. F. Faideau.
Mimétisme : Lamiers blancs et Orties dioïques.
toutes les races curieuses dérivant de cet animal : pigeon-paon, messager, culbutant, grosse-gorge, etc.
Le plus bel exemple à citer des résultats de la sélection artificielle est celui de la Betterave. Autrefois, on a commencé à trier ces plantes en tenant compte de la forme extérieure, en particulier de la grosseur et du poids des tubercules ; on ne se préoccupait pas de la composition chimique, et la quantité de sucre ne dépassait pas 7 à 8 pour 100. Au milieu du XIXe siècle, un triage rapide, en immergeant les racines dans une dissolution saline qui renseignait sur la densité des sucs, a permis d'augmenter la teneur en sucre. Mais, à partir de 1874, l'emploi du polariseur a eu des conséquences importantes pour la culture de cette plante, et l'on vit la proportion de sucre s'élever progressivement de 14 à 18 pour 100. Tous les individus ayant moins de 14 pour 100 ne sont pas conservés pour la graine et, pour déterminer les types d'élite, on fait des analyses portant parfois sur 300 000 plantes. L'oiseau rare trouvé, il faut le multiplier, et on y parvient en le mettant en serre dès le mois de février; au bout de quelques jours, des œilletons se développent au collet, on les détache et on les bouture ou on les greffe sur Betterave (fig. 120). On peut ainsi récolter 5 kilogrammes de graines au lieu de 1 50 grammes. C'est donc par un travail incessant de sélection que l'industrie betteravière maintient ses hauts rendements, et les conséquences industrielles, économiques et commerciales de ces progrès ont été immenses. Un tel exemple suffit pour montrer la portée pratique de la méthode sélective dont le rôle a été si bien mis en lumière par les immortels travaux de Darwin. L'inconvénient de cette méthode c'est que l'éleveur doit être constamment sur la brèche, et, à la moindre défaillance, tout le progrès réalisé s'évanouit, car les particularités chimiques, par exemple la teneur en sucre, qui caractérisent les individus d'élite ne sont pas héréditaires.
De Vries a suivi l'exemple très instructif de la naissance d'un Chrysanthème des moissons à cœur double (fig. 121). lia tracé la courbe des individus plus ou moins nombreux • a ayant des languettes périphériques en nombre de plus en plus grand. Il dressait chaque année des courbes telles que celle représentée ci-contre (fig. 122). Cette courbe est à plusieurs pointes; on voit
Fig. 120. — Betteraves greffées.
A, Greffe unique ; B, Double ; C, Bouture ayant fructifié dès la première année ;
a. Porte-greffe ; 6, Greffon.
Fig. 121.
Chrysanthème
des
moissons.
Fig. 122. — Courbe de duplicaturc du Chrysanthème des moissons.
Onagre, variété rubrinerviê et type nanella.
qu'il y a plusieurs maxima. Il y a, d'une part, des individus très nombreux à 26 languettes, un moindre nombre à 34, et enfin quelques-uns à 48. On recueille les graines de ces derniers et, à la génération suivante, on voit la courbe changer d'aspect et les individus à nombreuses languettes se multiplier beaucoup. Ces recherches furent commencées en 1895; en 1899, on voyait 2 ou 3 languettes apparaître sur le disque et, en 1900, tout le disque était couvert de fleurs anomales. On voit, d'après cet exemple, « que l'horticulteur ne fait pas naître les variétés », comme le disait Carrière ; les propriétés sur lesquelles il opère sont des propriétés latentes, qu'il faut « attendre attentivement et saisir avec empressement ». Ceci explique également la réponse de Tegetmaier, éleveur de pigeons renommé, qui disait, à propos du caractère étrange de la queue démesurément longue des coqs de Corée (de plus d'un mètre de long) : « Nous ne pouvons, certes, rien faire si la variation que nous désirons ne se présente pas à nous; mais si elle est une fois là, je crois que l'accroissement réussit aussi. »
Sélection horticole. — Il y a un autre type de sélection, appelée horticole, qui s'oppose au précédent ; cette dernière sélection mérite d'être appelée agricole, car c'est surtout pour les plantes de grandes cultures qu'elle s'est manifestée, La sélection horticole est caractérisée par l'apparition soudaine de variétés qui se maintiennent avec une stabilité parfaite et qui s'isolent en un très petit nombre d'années. La nouveauté exige, en général, quatre ou cinq années pour sa purification ; on y parvient en supprimant, au moment de la floraison, les fleurs faisant retour à la forme primitive. Grâce à cette pratique, on évite les croisements et l'apparition de bâtards à la génération suivante. On arrive ainsi, en peu de temps, à avoir, à la levée d'un semis d'un type mis dans le commerce, 90 pour 100, et plus, de plantes nouvelles. Le jardinier qui a découvert cette forme florale nouvelle et intéressante s'empresse de la vendre plusieurs milliers de francs et, comme elle est stable, elle se propage avec promptitude dans le commerce et perd alors une grande partie de sa valeur, à cause de sa fixité. Tout le monde peut l'avoir et la propager sans difficulté.
On commence à entrevoir comment les variétés stables prennent naissance. On sait que la mutation et X hybridation peuvent présider à leur naissance.
LA VIE VEGETALE
Linaire vulgaire.
Cl. H. de Linaire péloriée.
Mutation. — Le phénomène de la mutation avait été entrevu déjà depuis longtemps, et l'on rapporte l'histoire d'un apothicaire d Heidelberg qui, en 1590, vit apparaître dans son jardin une forme anomale de la grande Éclaire ou Chélidoine, le type à feuilles laciniées ; en 1719, Marchant, membre de [Académie des sciences, a vu apparaître des Mercuriales annuelles à feuilles capillaires et à feuilles dilacérées, qui se maintinrent sans variations ; en 1761, Duchesne signala le Fraisier monophylle, qui s'est maintenu jusqu à nos jours avec une feuille. Mais c'est de Vries qui a véritablement découvert la mutation et qui en a fait une étude attentive et approfondie.
Ses recherches ont porté sur l'Onagre de Lamarck, espèce américaine, introduite depuis longtemps en Europe et naturalisée en certaines stations, notamment à Hilversum, non loin d'Amsterdam, dans un champ de pommes de terre. Deux formes aberrantes nouvelles : l'une à style court (breoistylis), l'autre à feuilles lisses (lœvijolia), attirèrent l'attention du savant hollandais; elles étaient accompagnées de fasciations de tiges, de déformations des feuilles qui présentaient notamment des ascidies ou urnes. Toutes ces plantes qui révélaient ainsi des phénomènes étranges furent soigneusement recueillies et transportées au jardin botaniqued'Amsterdam, où elles furent cultivées avec soin pendant plusieurs années. C'est en 1886-87 que les essais culturaux commencèrent : 15000 échantillons authentiques d'Onagre de Lamarck furent récoltés de graines; mais à côté de ces formes normales, de Vries remarqua 10 individus aberrants : 5 appartenant à un type nain (nanella), 5 appartenant au type à feuilles larges (lata). Les graines des types nouveaux furent récoltées avec soin comme celles des types normaux, et l'on constata avec surprise que les graines de nanella ne donnaient que des nanella exclusivement : cette plante nouvelle avait une hérédité complète qui se maintenait indéfiniment. Il en était de même du type lata. En semant les graines des individus normaux de l'Onagre de Lamarck, on avait encore une énorme proportion de plantes régulières, mais parmi elles, en petit nombre et à chaque culture nouvelle, réapparaissaient les deux formes irrégulières précédentes (nanella et lata), et d'années en années, à côté d'elles, on en vit naître d'autres, non signalées dans les campagnes précédentes. Ainsi, en 1897, l'auteur observa 1800 Lamarckr iana, 9 nanella, 5 lata, 1 scintillons, 3 rubrinervis, 29 oblonga, 1 1 albida. Toutes ces petites espèces, car elles méritent réellement ce nom, se sont produites à plusieurs reprises (seul le gigas n'avait fait d'abord son apparition qu'une fois); leur stabilité est réellement
extraordinaire, à la condition de les autoféconder de manière à éviter l'intervention d un pollen étranger. Ces petites espèces nouvelles ont été distribuées aux jardins botaniques et ont été cultivées de 1903 à 1905 au Muséum de Paris. L'Onagre nain (nanella) n'est pas seulement caractérisé par sa petitesse (comme beaucoup de plantes naines, Giroflée naine, Œillet nain), il se distingue dès sa deuxième feuille, qui est très différente de celle de l'Onagre de Lamarck ; on a obtenu, au Muséum, des plantes qui avaient, au moment de la floraison, 23 centimètres. Un autre type, rubrinerois, également cultivé au Jardin des Plantes, était bien différent par sa taille, qui atteignait lm,50. Ainsi donc la variation ne se produit pas, comme l'avaient indiqué Darwin, Wallace et leurs émules, d'une manière lente et à petits pas, mais par sauts brusques.
Au point de vue de la lutte pour l'existence, il se peut que ces petites espèces soient plus ou moins aptes à survivre; il semble que plusieurs d'entre elles soient assez bien armées, mais les autres paraissent, au contraire, destinées à disparaître. Il y a enfin des types comme le scintillons qui n'auraient qu'une hérédité partielle : c est-à-dire que, par autofécondation, on voit dans sa descendance trois types : des scintillons (33 pour 100), des oblonga et des L,amarckiana.
Un exemple de variation brusque qui est anciennement connu, puisqu'il a été observé déjà par Linné, est celui de la Linaire péloriée : la fleur, au lieu d'être irrégulière avec un éperon et symétrique par rapport à un plan, devient régulière et symétrique par rapport à un axe. Cette propriété singulière n'est pas, en général, intégralement transmissible à la descendance ; ce n'est donc pas une mutation analogue à la précédente ; mais de Vries a pu, par triages poursuivis plusieurs années, arriver à obtenir une hérédité de 90 pour 100.
La mutation est un phénomène encore trop nouvellement décrit
pour qu'il y ait beaucoup d'exemples à citer; cependant il a été
retrouvé par Raunkiaer, dans le Pissenlit; par Nilsson, dans les
Céréales; par Wettstein, dans les Sedum,
et par Blaringhem, dans les Maïs.
Les traumatismes et la mutation. — Avec ces dernières plantes, un pas nouveau a été fait dans la voie du progrès par ce dernier auteur ; il a pu déterminer les conditions expérimentales dans lesquelles la mutation a pris naissance. Il a soumis ses Maïs à des traumatismes divers : sections, torsions, pressions, et il a vu ainsi se produire en grand nombre des anomalies florales (fig. 123 à 126). On sait que dans le Maïs il y a régulièrement à l'extrémité de la plante une panicule mâle et, de côté, des épis femelles. Or, dans la panicule mâle, à la
Cl, L. Blarin^tiem.
Fig. 123. — Métamorphose sexuelle des inflorescences de Maïs.
A, B, E, G, Transformation incomplète de la panicule mâle en inflorescence femelle ; C, Transformation complète ; F, Femelle devenue mâle ; D, Sommet grossi de F.
I J. L. 1 :i ii .d : lr il.
Fig. 124. — Variétés de Maïs
obtenues par traumatismes.
A, B, Fruits de Maïs pseudo-androjîyne avec éta-
mines ; C, Ovaire avec étamines ; D, E, Épillets
hermaphrodites du Maïs à épis dissociés.
Fig. 125. — Maïs à A, Début de la floraison
Cl. L. Ulariiiu-lui
port pleureur.
B, Pleine floraison.
suite des sections de la tige, il a vu apparaître des fleurs femelles et les grains ainsi récoltés ont donné, à la génération suivante, des pieds reproduisant l'anomalie précédente dans une proportion extrêmement grande de 70 pour 100. Ainsi donc il y a transmission héréditaire de l'anomalie. Mais il y a plus, car il a vu naître ainsi une mutation et il a obtenu des races fixées et présentant un intérêt agricole: le Maïs précoce, le semi-précoce; il a vu naître des Maïs à port pleureur (fig. 125), des Maïs chou-fleur (fig. 126), des Maïs à feuilles bullées, à épis dissociés (fig. 124), etc.
C'est là d'ailleurs une méthode générale qui mérite d'être approfondie. Les traumatismes font naître des monstruosités. Par des mutilations expérimentales, Blaringhem a obtenu des tiges fasciées, des feuilles à ascidies, des fleurs doublées, notamment des Pensées monstrueuses. Il y avait longtemps déjà que les zoologistes, et surtout les vétérinaires, avaient observé des phénomènes monstrueux à la suite d'actions brutales. A cet ordre d idées il y a lieu de rattacher les modifications du Papayer, arbre dioïque qui, sur ses pieds femelles, donne normalement des fruits qui sont attachés près de la tige ; lorsqu'à la suite de blessures sur un pied mâle on y fait naître des fleurs femelles, le port de la plante est tout à fait changé et on voit les fructifications se former loin du tronc. Les résultats de cette pratique ont été souvent observés à Madagascar, où M. Fauchère, inspecteur de l'Agriculture dans cette île, nous a signalé le fait comme fréquent. On voit donc que les traumatismes ont non seulement de l'action sur la production de monstruosités, mais aussi sur la question si importante du changement de sexe. On sait d'ailleurs que, dans les oasis du nord de l'Afrique, les Arabes utilisent les mutilations pour obtenir le changement de sexe des Dattiers. Ajoutons à ces recherches sur l'origine de la mutation celles de Zeylistra, quia montré le rôle d'une Bactérie qui intervient dans le cas de l'Onagre naine et qui est un facteur de son rabougrissement.
Le greffage et les variations. —
D'ailleurs, on peut produire des modifications profondes des plantes par d'autres méthodes que les traumatismes : le greffage notamment. C'est ainsi que l'on a expliqué autrefois, au XVF siècle, l'apparition des Bigaradiers bizarrerie (fig. 128), dont le fruit présentait sur certaines tranches le caractère du citron et, sur certaines autres, le caractère de l'orange. Le Néflier de Bronvaux est également célèbre; il a été greffé, il y a une centaine d'années, sur une Aubépine. A l'endroit du bourrelet, plusieurs branches anormales ont poussé, ayant des caractères intermédiaires entre ceux du Néflier et ceux de
1 Aubépine : les rameaux sont épineux comme ceux de l'Aubépine, veloutés comme dans le Néflier; les feuilles sont intermédiaires; l'inflorescence possède une douzaine de fleurs, c'est-à-dire plus que dans le Néflier et moins que dans l'Aubépine; enfin les fruits sont d'une grosseur intermédiaire, duveteux, comme dans le Néflier, à sépales dressés comme dans l'Aubépine. Daniel a entrepris l'étude expérimentale de cette question et, avec les Tomates, les Carottes, il a obtenu des changements qui paraissent se transmettre héréditairement, Certains auteurs tendent, il est vrai, à attribuer aux traumatismes le principal rôle dans la persistance de ces particularités héréditaires ou à expliquer certains de ces phénomènes par l'hybridation véritable, mais le cas du Néflier de Bronvaux paraît bien lié à la greffe.
Cl. L. blaringhem.
Fig. 126. — Maïs tunique à épis en « chou-fleur ». A,' Panicule à épillets mâles transformés en épis femelles ; B, C, Panicules déformées ; D, E, Inflorescences latérales tendant à la forme u chou-fleur ».
Maïs à épis normaux
Rôle de la culture dans les variations. — En somme, la cause primordiale des altérations transmissiblesdes plantes doit être cherchée dans des modifications profondes de la nutrition : aussi ne devons-nous pas être surpris d'apprendre que la culture est un agent très important de la métamorphose. Si les végétaux cultivés présentent des altérations si étranges, c'est à l'action du traitement que l'homme leur fait subir qu'il faut les attribuer. En cultivant des Pavots somnifères monstrueux, de Vries a mis nettement en lumière ce résultat. 11 a choisi pour ses expériences la variété polycéphale (fig. 127), qui est caractérisée par l'existence au pourtour du pistil normal des fleurs de cette plante d'un certain nombre de carpelles surnuméraires formant autour de lui une sorte de couronne. Sous l'influence de diverses pratiques culturales, il a vu l'anomalie précédente évoluer de génération en génération, augmentant ou diminuant, suivant qu'on soumettait les plantes à des opérations diverses. De Vries a constaté ainsi que, par suite de la culture serrée, les anomalies s'accroissent, tandis qu'elles s atténuent en espaçant les plantules en germination : or on sait que l'horticulteur comme le pépiniériste cultivent les plantes en grand nombre les unes à côté des autres, soit en terrine, soit en planche de semis, et cette seule pratique, en apparence inoffensive, a les suites les plus profondes et les plus inattendues sur les phénomènes héréditaires. Une autre conséquence, découlant pour ainsi dire du résultat précédent, se trahit dans le repiquage, qui est une opération culturale journellement pratiquée; on voit que cette pratique contribue à entraver la multiplication des types très polycéphales. Enfin la culture sous verre, par opposition à la culture sans verre ; la culture au soleil, par opposition à la culture à l'ombre, contribuent puissamment à multiplier les anomalies héréditaires.
L'influence de l'homme sur les végétaux est donc indéniable ; elle se manifeste parfois d'ailleurs d'une manière saisissante, lorsque son intelligence se met, pour ainsi dire, à la torture pour soumettre les végétaux à un traitement extraordinaire. Tel est le cas des arbres rendus nains par les Japonais. On sait qu'ils sont passés maîtres dans l'art étrange de cultiver des arbres centenaires sur une étagère. Ils y parviennent, nous le verrons plus loin, en enlevant au végétal la plus grande partie de sa nourriture. Les plantes prennent alors un aspect inattendu. Il s'agit, il est vrai, dans ce cas d'une action directe et on ne sait pas jusqu ici si ces déformations sont susceptibles de passer
LA VIE VÉGÉTALE
Papayer normal avec fruits (Sumatra).
Papayer ramifié avec fruits.
Conifère nain du Japon.
à la descendance. La résistance des plantes aux traumatismes est parfois étonnante et on voit souvent, en forêt, des arbres dont la tige tordue indique qu'ils ont victorieusement résisté à une action brutale subie pendant leur jeune âge.
Des déformations aussi bizarres, mais dont la cause est encore inconnue, peuvent s'observer dans la nature. Tel est le cas des « Faux » ou Hêtres tortillards de la forêt de Verzy, près de Reims ; ils sont certainement parmi les arbres les plus curieux que l'on puisse voir. Leur énorme tronc, de 3 à 4 mètres de hauteur, est noueux, irrégulier ; il en part de nombreuses branches, contournées, sinueuses, dirigées dans tous les sens. Leur croissance est des plus lentes. Leurs racines, comme on s en est assuré, ont une disposition analogue à celle des branches.
Les a Faux », qui croissent au milieu d'autres arbres de même espèce absolument normaux, étaient autrefois fort nombreux ; il en reste aujourd'hui une dizaine de gros, situés à quelque cent mètres les uns des autres, mais on en trouve nombre de petits aux formes non moins bizarres. Leur tronc est spirale; les extrémités de leur rameaux, tordus en tous sens, sont pendantes et s enracinent facilement lorsqu'elles touchent à terre. Les Faux de Verzy croissent dans un sol calcaire, un peu argileux et ferrugineux ; certains naturalistes les considèrent comme une variété non persistante du Hêtre ordinaire, due seulement à la nature du sol et à l'exposition. Le Hêtre tordu de Dain, près Metz, est aussi très connu. On en compte aussi quelques-uns dans les forêts d'Allemagne. Les variétés d arbres d'ornement à branches tortillées ou pleureuses (Orme, Sophora, etc.) nous offrent un cas analogue.
Hybridation. — L'horticulture a d'ailleurs un autre procédé de déformer les plantes de manière que les caractères nouveaux se transmettent héréditairement : c'est le croisement. L'hybridation est une méthode d'une puissance extraordinaire qui permet, en effet, par la fusion du sang ou plutôt des sèves des deux plantes, d'obtenir des mélanges de caractères les plus inattendus et les plus intéressants.
Parmi les plantes pour lesquelles l'hybridation a été poussée le plus loin, on peut citer en particulier les Sabots de Vénus, pour lesquels les orchidophiles sont arrivés à des résultats merveilleux. 11 y a environ soixante-dix espèces de Cypripedium connues, mais une cinquantaine seulement ont été croisées entre elles et, par leur combinaison, I 500 types nouveaux ont été obtenus, dont quelques-uns sont véritablement admirables. Au simple aspect de la fleur d'un de ces hybrides artificiels, on peut retrouver ses parents : un Cypripedium Heloetià, par exemple, présente un mélange net des caractères du Cypripedium Chamberlainianum et du Cypripedium philippinense, qui sont ses père et mère.
Quand on se trouve en présence d'un pareil type, pn a tout à fait l'impression qu'on éprouve en face d'un être nouveau, car c est une création de l'homme qui peut se multiplier indéfiniment par division du rhizome et, par conséquent, ces hybrides peuvent indéfiniment persister; aussi certains hybrides, comme le Cypri-
pedium Leeanum, sont aussi répandus dans les serres que leurs parents et, comme ils sont féconds, ils peuvent se croisera nouveau entre eux ; le nombre des hybrides peut se multiplier à l'infini. Il est donc nécessaire, pour garder un type pur, d'empêcher les croisements qui peuvent se produire en dehors de la volonté de l'homme, par exemple sous 1 influence des insectes, qui transportent le pollen d'une fleur à l'autre. On peut voir sur la photographie (p. 98) l'un des dispositifs employés pour empêcher la visite des insectes.
Mendélisme. Cas des monohybrides. — Les lois régissant la descendance des hybrides ont été découvertes par un prêtre autrichien nommé Mendel; elles peuvent d'ailleurs être un guide précieux pour l'horticulteur dans la recherche de l'isolement de types nouveaux et héréditairement stables. Mendel a établi qu'en croisant deux races d'une même espèce qui ne diffèrent que par un seul caractère (monohybrides) , par exemple deux variétés de Pois, l'une à grains ronds et gonflés, l'autre à grains ridés, on voit qu'à la première génération toutes les plantes ont des grains ronds. Ce caractère est dominateur, car l'autre caractère subsiste au moins dans un certain nombre de grains, mais caché, non apparent : on dit que ce caractère des grains ridés est récessif. Si l'on sème ces graines de première récolte, on voit qu'à la seconde génération, après autofécondation, les individus se divisent en deux lots : 25 pour 100 à grains ridés (race pure) et 75 pour 100 à grains ronds. Parmi ces derniers, on reconnaît, à la génération suivante, qu'il y en a de deux sortes : 25 pour 100 donnant toujours des grains ronds de race pure et 50 pour 100 de grains qui sont de nature hybride, susceptibles de donner des ronds ou des ridés. On peut donc dire que, dès la deuxième génération, ily avait 25 pour 100 de graines à caractère récessif; 50 pour 100 de graines hybrides (avec les deux caractères, le caractère rond seul visible) et 25 pour 100 de graines à caractère seulement dominateur.
Ainsi donc, dans le cas le plus simple de deux variétés qui ne diffèrent que par un caractère, la loi de Mendel se trahit par les chiffres 3 et I : 3 individus où le caractère dominateur existe, 1 où le caracière récessif est présent. On voit la chose nettement avec deux Mirabilis falapa ou Belles-de-Nuit, une blanche, l'autre rouge. L'hybride de première gé-
Fig. 127.
Pavot polycéphale.
Fig. 128. — Bizarrerie du Bigaradier.
LES FLANTES
Traumatismes sur le Bouleau.
nération est rose. A la deuxième gêné- T ■ j tt
... I || ° L un des Faux
ration, il y a un blanc et trois roses ou
rouges (fig. 129, A). Le schéma situé
sous les fleurs représente tous les individus des Mirabilis pendant
trois générations. Il suffit de consulter le dessin pour comprendre.
De même le croisement de deux Linaires, l'une blanche, l'autre
rose (dihybride) \fig. 129, B].
Cette loi de Mendel est une très grande loi biologique. Elle s applique à une foule de caractères des plantes et à un nombre considérable d'espèces de genres et de familles, comme Pois nains et géants, Quarantaines à tige ramifiée et non ramifiée, Orties à feuilles très dentées (Urtica pilulifera) et peu dentées (Urtica Dodartn) \fig. 131], Primevères à feuilles dont les découpures sont palmées et à feuilles dont les découpures sont pennées, plantes annuelles et bisannuelles, Pois de senteur à grand pétale droit ou plié (fig. 132), Orges ayant des avortements de fleurs femelles ou non. Céréales à paille creuse et pleine (ce qui est important pour le phénomène de la verse des Blés), plantes à fruits pourvus d'aiguillons ou à fruits lisses, Maïs à albumen amylacé ou dextrineux-sucré, etc. Cette loi s'applique aussi aux animaux et à l'homme.
On peut mettre en relief les phénomènes mendéliens par une autre méthode. Si l'on admet que chez le Pois chaque caractère qui produit les graines rondes ou les graines ridées est représenté
par un déterminant qui J.h'Â fl ' existe dans l'œuf, on
Sophora pleureur.