‹ Les plantesChapitre 37 sur 115 · Kulh · texte numérisé non relu

Kulh

de Verzy (Marne).

peut imaginer des symboles pour la représentation ; soit R le caractère dominateur (rond), et r le caractère récessif (ridé). A la première génération, on a donc des graines résultant d'une plante hybride qui a des déterminants Rr; mais le caractère dominateur masque le caractère dominé et le caractère r n'apparaît pas ; 1 hybride de première génération a donc des grains ronds. A la génération suivante, voici toutes les combinaisons des déterminants : RR Rr rR rr ou encore R2 + 2 Rr + r2. On peut encore représenter les phénomènes par des carrés. Une plante peut avoir quatre caractères dans son pollen et quatre caractères dans ses oosphères (fig. 130). En réunissant les caractères des grains de pollen et ceux des ovules comme des jetons rouges

RR

rR

Rr

rr

Fig. 129. — Effets de la loi de Mendel sur les hybrides. A, Sur les Belles-de-Nuit ; B, Sur les Linaires.

Fig. 130. — A gauche, schéma de la division d'une cellule mère pol-

linique: deux grains de pollen avec le caractère rond (R), deux avec

le caractère ridé (r). Au milieu, idem pour les cellules femelles.

A droite, superposition des deux figures précédentes, symbolisant la

fécondation.

et blancs, on a la combinaison des troisièmes carrés obtenus en superposant les deux premiers carrés l'un sur l'autre.

Quand il y a mélange de deux déterminants, ledominateur seul apparaît; on a donc, sur quatre graines, trois avec le caractère dominateur (RR, rR. Rr) et une avec le caractère récessif (rr), soit 75 pour 100 des premiers et 25 pour 100 des seconds. Mais les types à caractère dominateur (ou à graines rondes) se décomposent en deux sortes R2 -t- 2 Rr; sur trois graines, il y en a une exclusivement à caractères dominateurs et deux avec mélange. A la génération suivante, la graine représentée par R2 est absolument ronde ; elle est de race pure, tandis que les types hybrides rR et Rr se comporteront comme le lot hybride de première génération, c'està-dire se diviseront en 25 pour 100 de graines rondes pures, 50 pour 100 de graines rondes hybrides et 25 pour 100 de graines ridées pures. Tout s'explique donc par la formule : R2 + 2 Rr + r2 = (R + r)2.

Cas des dihybrides. — Supposons maintenant que l'on croise deux races de Pois différant par deux caractères : par exemple, une race a des graines rondes (R) et vertes (V) et l'autre des graines ridées (r) et jaunes (J) [fig. 133 et 1:54]; admettons de plus que le caractère jaune domine le caractère vert; Mendel a montré que les caractères de formes étaient indépendants des caractères de couleurs. Soit J et V les déterminants du jaune et du vert. En raisonnant comme tout à l'heure, en ne tenant compte

LA VIE VÉGÉTALE

que de la couleur, on pourrait représenter les choses par le système des carrés. On verrait à la deuxième génération trois lots représentés par les déterminants :

Les quatre caractères précédents, pouvant s'associer, doivent donner les combinaisons qu'on obtiendra en faisant les produits (R + r2) (J + V2). Ce produit peut s'écrire :

R2 J2 + 2R2 JV+2Rr

J2 + 4 Rr J V (9 types

de ce groupe) R2 V2 + 2Rr V2 (3 types

de ce groupe) ,2 j2 + 2 r2 J V (3 types

de ce groupe) r2 V2 (1 type de ce groupe).

Toutes les graines de la première catégorie (lre ligne) sont rondes et jaunes, car les caractères ridé et vert sont dominés quand ils sont présents par le caractère correspondant rond et jaune.

Or, les coefficients sont successivement :

Il y aura neuf graines de

cette catégorie, tandis qu'il

la deuxième (2° ligne) à

bres 3 et 1 ; celle qui régit les dihybrides (deux variétés qui diffèrent par deux caractères) est celle des nombres 9,3,3,1 ; on la voit se manifester dans le cas de deux Linaires (fie. 129, B), dans le cas de deux Maïs, dans le cas de deux souris. La règle mathématique dans le cas des trihybrides (deux variétés qui diffèrent par trois caractères) se manifesterait de même par les chiffres de graines différentes correspondant aux nombres 27,9,9,9,3,3,3,1

Fig. 131. — Croisement de deux Orties (Dodartii, peu dentée, et pilulifera, très dentée) ; 2e ligne : hybride de première génération ; 3e ligne : deuxième génération ; 4e ligne : troisième génération.

Fig. 132. — Croisement de deux Pois de senteur albinos (l'un à étendard plié et l'autre étalé) donnant un hybride de première génération (2e ligne) pourpre ; à la deuxième génération (3e ligne), on a des pourpres, des roses, des blancs.

y en aura trois de graines rondes et vertes, trois de la troisième (3e ligne) à graines ridées et jaunes et une de la quatrième (4' ligne) à graines ridées et vertes. Donc sur seize graines (9 + 3 + 3 + 1 = 16) il y en a neuf rondes jaunes, plus trois rondes vertes, plus trois ridées jaunes et plus une ridée verte. Or, l'expérience vérifie cette prévision. Mais si l'on examine, à la génération suivante, les graines du premier groupe (lrc ligne), on voit qu'elles sont de quatre catégories, avec les déterminants suivants :

R2 J2, R2 J V, Rr J2, Rr J V.

Or, seules les premières graines (à déterminants R2 J2) sont pures et se maintiennent indéfiniment pures par autofécondation ; les autres sont de natures hybrides et, à la génération suivante, on voit apparaître les caractères dominés qui étaient masqués. Parmi ces hybrides, il y en a de trois catégories avec les déterminants suivants : 1° R2 J V, toutes les graines ainsi représentées sont de race pure pour la forme (toutes rondes), mais hybrides pour la couleur (jaunes et vertes) ; 2° Rr J2, toutes les graines ainsi représentées sont hybrides par la forme (rondes et ridées), de race pure par la couleur (jaune) ; 3° Rr J V, toutes les graines ainsi représentées sont hybrides à la fois par la forme et la couleur (rondes et ridées, jaunes et vertes).

On ferait le même raisonnement avec les graines rondes vertes de la deuxième génération : R2 V2 + 2 Rr V2 (2" ligne). Le point essentiel à remarquer c'est que, à la génération suivante, pn a tout de suite une race pure nouvelle R2 V2 à graines rondes et vertes. Cette race est isolée sans sélection et c'est une création, car antérieurement on pouvait n'avoir jamais signalé l'association des caractères rond et vert. De même (3'; ligne) le déterminant r2 J2 indique des races pures à graines ridées jaunes. Il y a donc, par la méthode de Mendel, le moyen d'isoler des races végétales nouvelles et complètement stables.

Ceci modifie la notion de race pure. On croyait qu'un individu était de race pure lorsqu'il descendait d'une longue suite d'ancêtres identiques à lui. Ceci ne s'applique pas aux races pures qui ont pour déterminants R2 V2, r2 J2, qui ne ressemblent à aucun de leurs parents immédiats et sont cependant le point de départ d'une race absolument stable et héréditaire.

La méthode de Mendel permet en outre, par culture pedigree, c'est-à-dire en partant d'une seule graine et en suivant toute la descendance, d'arriver à isoler les races pures dès la deuxième génération. Avec la sélection simple, on n'arrive pas à des résultats aussi rapides et on voit toujours réapparaître des hybrides.

En somme, la règle mathématique qui régit les monohybrides (deux variétés qui diffèrent par un caractère) est celle des nom-

Fig. 133. — Pois à grains ronds et verts croisé avec variété à grains jaunes et ridés ; l'hybride de première génération (2" ligne) a des graines rondes et jaunes ; les hybrides de deuxième génération (au-dessous de l'accolade) sont : neuf graines rondes et jaunes, trois ridées et jaunes, trois rondes et vertes, une ridée et verte.

(en tout 64). Quand on s'est bien pénétré de ces principes, en somme, rien n'est plus facile que de comprendre la loi de Mendel, même dans des cas complexes.

Le mendélisme a été appliqué à l'explication d'une série de phénomènes singuliers. On a croisé deux Pois de senteur blancs (albinos) : la première génération a été pourpre {fig. 132). A la seconde génération, sur 64 individus, on comptait 2 7 violets, 9 rouges et 28 blancs (9 + 9 + 3+3 + 3 + 1). C'est la loi des trihybrides (27 + 9 + 28 = 64).

Les caractères de la sexualité paraissent, dans certains cas, être mendéliens.

Enfin, et ce dernier résultat est le plus important, on cherche à appliquer la loi de Mendel à la question de la résistance des plantes aux maladies. Orton a déjà obtenu des résultats très nets dans le cas des races de Pastèques résistantes à la maladie de la flétrissure. Si l'on arrivait à appliquer ces données à la question de la Rouille des Céréales, ce serait un résultat très important.

Il suffit de jeter un coup d'ceil sur les carrés de la figure 134 pour comprendre ; la superposition des déterminants de couleur jaune et verte donne, comme précédemment, les quatre combinaisons JJ, JV, VJ et JJ. En les associant aux combinaisons de forme, on obtient un premier carré. Le second (à droite) représente ce qu'on obtient par la superposition des caractères.

On peut arriver au même résultat par la méthode algébrique qui a été indiquée au début dans le cas des monohybrides.

RR j Rp JJ

r R ; rr

RR Rr

VJ

r R rr

RR ! Rr

JV

r R rr

RR j Rr

r R rr

RR

Rr

RR

Rr

JJ

JJ

JV

JV

rR

rr

rR

JJ

JJ

JV

JV

RR

Rr

RR

Rr

VJ

VJ

rR

rr

VJ

VJ

Fig. 134. — Schéma expliquant les associations de deux couples de caractères : grains ronds (R) ou ridés (r) et verts (V) ou jaunes (J). Dans chaque grain il y a association d'une forme et d'une couleur. Le premier quadrillage correspond aux diverses combinaisons de formes ; la combinaison avec les associations de couleurs est représentée sur le quadrillage de droite, ce qui donne toutes les combinaisons possibles (16) à la deuxième génération.

LA CLASSIFICATION BOTANIQUE

Page 1