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LES VOYAGES ET LA BOTANIQUE

La recherche des plantes à épices. — La connaissance complète de la plante que possède le lecteur, grâce à tout ce qui précède, nous amène à aborder maintenant une nouvelle étude, celle de la classification. Il ne suffit pas de connaître la plante en général, il faut connaître toutes les plantes. Ce savoir . a une immense importance, car les végétaux jouent, comme nous

dirent en Europe et sur tout le globe : l'Ananas, le Maïs, la Pomme de terre, le Haricot, pour ne citer que les plus importantes, dont la propagation a amené des révolutions si profondes pour la civilisation humaine, puisque la Pomme de terre a fait disparaître la famine de l'Europe.

Le but primordial visé par Colomb n'avait pas été atteint, mais il était réservé au Portugais Vasco de Gama de parvenir au pays des épices en doublant le cap de Bonne-Espérance et en gagnant ainsi l'Inde. C'est donc l'appât prodigieux de la découverte de plantes rarissimesqui a suscité lesdeux plus grands voyages des temps modernes et qui a orienté l'humanité sur les routes du progrès. D'ailleurs la possession de la terre aux épices a continué à faire 1 objet des convoitises de toutes les nations de navigateurs. Après l'écroulement de Venise, la Hollande ne tarda pas à ravir au Portugal sa conquête et, pendant deux siècles, par des moyens étranges, garda le monopole de ces plantes à épices en concentrant leur culture et leur exploitation dans quelques îles et en organisant de véritables expéditions guerrières pour les détruire partout ailleurs. Cette situation ne pouvait durer et, au XVIIi" siècle, une expédition fut organisée par Poivre pour aller à la découverte des pays aux épices, dont les espèces furent alors propagées à la Réunion et ailleurs.

Cl. Alluaud.

Séneçons arborescents au Kilimandjaro.

l'avons déjà montré, un rôle immense dans la vie des peuples. On ne peut mieux le prouver qu'en rappelant que l'Amérique a été découverte par Christophe Colomb parce qu'il voulait trouver un chemin plus court pour arriver aux pays producteurs d'épices : pendant tout le moyen âge, ces produits précieux de plantes rares de l'Inde et des archipels voisins arrivaient en Europe, après mille difficultés, par l'Egypte et l'isthme de Suez, et c'est à Alexandrie que les Vénitiens allaient les chercher. L'Italie a donc été, pendant tout le moyen âge, la pourvoyeuse de l'Europe pour tous les produits de l'Extrême-Orient. Marco Polo, dont les voyages en Chine ont été si célèbres, était Italien, comme devait l'être le Génois Christophe Colomb. Grâce à ce dernier, l'Amérique fut découverte, mais il ne devait pas y trouver les épices; dès son retour en Europe, l'illustre Génois rapporta des échantillons variés de la flore américaine ; cette vue émerveilla les Espagnols et bientôt un certain nombre de plantes remarquables du Nouveau Monde se répan-

Fig. 135. — Expédition rapportant des plantes à encens. (Inscriptions du temple de Deir-el-Bahari, en Egypte.)

Les plantes à encens dans l'Egypte ancienne. — Un pareil récit éclaire suffisamment le lecteur sur l'importance des plantes pour la prospérité commerciale des peuples et justifie les grandes explorations pour les découvrir. D'ailleurs déjà, dans l'ancienne Egypte, les Pharaons avaient organisé de grandes expéditions et frété des flottes qui, par la mer Rouge, ont été à la découverte des végétaux à encens. Les égyptologues ont déchiffré de précieux documents se rapportant notamment à un voyage qui a été fait par une flotte égyptienne, frétée par la reine Hatasou, de la XVIIIe dynastie, pour aller, en partant de la mer Rouge, au pays mystérieux de Pount. Les parois du temple de Deir-el-Bahari reproduisent les détails de cette expédition (fig. 135). On voit un bâtiment arrivé au port d'embarquement et les Égyptiens transportent les plantes précieuses dans une corbeille (analogue aux serres Ward actuellement employées pour le transport des plantes aux colonies), avec de 1 or, de l'ivoire, des cynocéphales, des léopards. Les parois du temple mentionnent également l'arrivée des espèces sacrées en terre d'Egypte et les grandes fêtes religieuses qui servirent à célébrer cet événement important, quand les plantes furent installées autour du temple. L'introduction d'une espèce rare était donc à ces époques lointaines une grande date à la fois politique et religieuse.

Voyages modernes. — Dans les temps modernes, et encore à l'heure présente, les voyages d'exploration continuent. Les grands Etats européens et les jardins botaniques subventionnent des voyageurs qui, aupéril de leur vie, s'en vont à la recherche de richesses qui importent tant à l'Europe. Il serait trop long d'énumérer tous les noms des voyageurs illustres qui ont enrichi nos connaissances botaniques, mais on peut rappeler les noms à jamais célèbres de Cook, de Dumont d'Urville, de Dombey, de Gaudichaud et, parmi les hommes qui, dans ces dernières années, ont le plus fait pour notre pays et pour le Muséum, MM. -Diguet, Geay, Alluaud, Charcot, Gain, Chevalier. Ce dernier, depuis plus de vingt ans,

LA CLASSIFICATION BOTANIQUE

explore fructueusement 1 Afrique occidentale et a commencé à y organiser des jardins, germes d'établissements qui, dans un avenir lointain, seront peut-être les rivaux des grands jardins botaniques des régions tropicales. M. Caille, chef de service au Muséum, a été le compagnon et le lieutenant dévoué de M. Chevalier, et la photographie ci -contre donne une idée de l'installation rustique de l'Européen dans ces pays neufs où il atout à faire : récolter les plantes et les sécher avec les plus grandes difficultés, faire des cultures, lutter contre les noirs, contre la fièvre et contre la mort.

Quand le voyageur, après avoir échappé à tous les périls qui le guettaient, revient en Europe, il rapporte dans nos serres des plantes rares et du plus grand intérêt économique qui peuvent être propagées partout dans les colonies.

Les classifications. — Mais il ne suffit pas d'aller à la recherche des richesses végétales, il faut les étudier, et c'est là le rôle du Muséum d'histoire naturelle et de tous les établissements similaires de l'étranger. C'est une tâche immense, car le nombre des plantes est prodigieux et, pour pouvoir s'y reconnaître au milieu de ce

gigantesque inventaire de la nature, il fallait créer les classifications. Les premiers essais sont dus à Césalpin, de Florence (1583), qui distribua 840 espèces végétales en quinze classes. Au cours du XVIIe siècle, de nombreux essais de classification furent faits en Angleterre par Morison (1680) et Jean Rai (1682, 1693), en France par Tournefort (1694). Mais, au XVIIIe siècle, le nombre des plantes découvertes alla en se multipliant d'une manière inquiétante et la question de la nomenclature se posa à nouveau. Linné en fut le législateur et il imposa deux noms latins à chaque plante : un nom de genre et un nom d'espèce; ce dernier était un qualificatif. Cette simple réforme a eu une portée immense et elle a permis à l'illustre savant suédois d'apporter l'ordre et la simplicité dans une tâche extrêmement difficile. En 1735, il publia sa méthode sexuelle, fondée sur l'étude de la fleur et principalement sur l'examen de l'étamine. Il classait le règne végétal en vingt-quatre classes, suivant le nombre des étamines(l, monandrie; 2, diandrie, etc.), suivant leur taille (didynamie, tétradynamie), suivant leur soudure entre elles (monadelphie, diadelphie, etc.) ou au pistil (gynandrie), et suivant l'existence de fleurs hermaphrodites ou unisexuées (moncecie, dioecie...); enfin la dernière classe comprenait les plantes n'ayant pas de fleurs (cryptogamie).

Le grand mérite de cette méthode artificielle de Linné était surtout d'être pratique, mais elle négligeait bien souvent les affinités naturelles des plantes. Il était réservé aux de Jussieu de fonder la méthode naturelle. En 1 759, Louis XV, voulant faire planter le jardin botanique dans le parc de Trianon, près Versailles, chargea Bernard de Jussieu, démonstrateur au jardin du roi à Paris

Idria columnaria dans un paysage du Mexique.

(Muséum actuel), de diriger cette plantation. Celui-ci réalisa sur le terrain les conceptions qui avaient germé dans son esprit, à la suite d'une étude approfondie de la botanique. Malheureusement, il ne publia jamais rien et les résultats extrêmement remarquables de ses études auraient pu être perdus, si son neveu, Antoine- Laurent de Jussieu, n'avait continué et publié son œuvre. Il a été ainsi le fondateur de la méthode naturelle, œuvre qui est une des plus grandes gloires du Muséum : c'est ce savant qui a divisé les végétaux en Monocotylédones et Dicotylédones, ces derniers comprenant les apétales, les monopétales ou gamopétales et les poly. pétales, ou encore dialypétales. Cette classification a été remaniée depuis le début du XIXe siècle; elle s'est enrichie; mais ce qu'il y a d'essentiel en elle subsiste encore à l'heure actuelle. Nous suivrons ici la classification de Van Tieghem, qui est la suivante :

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