HIMANTHALIA EN FOUET, SUR LES ROCHERS, A MER BASSE, PRES ROSCOFF
THALLOPHYTES
Les Algues. — Les Algues sont des Thallophytes pourvues de matière verte. Dans les cellules de certaines d'entre elles, le pigment vert est seul : aussi les appelle-t-on Algues certes; dans d'autres, il se complique de pigments de diverses couleurs : d'où les noms d'Algues bleues, brunes et rouges. Toutes ont besoin d'humidité; quelques-unes sont microscopiques; au contraire, certaines espèces marines ont des dimensions considérables. Leur unique organe, le thalle, plus ou moins différencié, consiste en un filament simple ou ramifié ou en une lame souvent compliquée ; il sert à la fois à la nutrition et à la reproduction ; cette dernière est tantôt sexuée et se fait par des œufs, tantôt asexuée et a lieu alors soit à l'aide de spores immobiles, soit par des spores mobiles ou zoospores. C'est surtout dans les milieux liquides (eaux douces ou salées) que se développent les Algues; quelques-unes sont terrestres.
Algues vertes. — Les Characées constituent le groupe supérieur, se rapprochant le plus des Muscinées; elles habitent les eaux douces ou saumâtres du monde entier. Un Chara atteint souvent une grande taille (parfois 1 mètre) ; il est formé de filaments constitués alternativement par de grandes cellules ou entre-nœuds, avec de très nombreux grains de chlorophylle, et des nœuds formés de cellules plus petites, qui se divisent en une cellule centrale et des cellules superficielles. Ces dernières émettent des prolongements verticillés qui s'appliquent étroitement par des appendices sur la cellule internodale et contribuent à la cortiquer. A l'endroit de ces nœuds, des branches en verticillés se séparent: elles ont la même constitution que la précédente, mais avec une croissance limitée : ce sont donc des sortes de feuilles. Il y a, en somme, des rudiments de tige et de feuilles; la tige est d'ailleurs fixée à l'aide de poils hyalins ou rhizoides à sa base ; des branches semblables à la tige principale peuvent naître à l'aisselle des feuilles.
La reproduction est sexuée (fig. 136); elle a lieu par des organes mâles ou anthériiies, qui sont sphériques, rouges, et naissent à l'extrémité d'une foliole; ils portent à l'intérieur des fouets de longs filaments, dont chaque cellule produit un anthérozoïde spirale, à deux cils vibratiles comme dans les Mousses. L'organe femelle ou oogone émane du nœud
basilaire de la même foliole : sa cellule femelle est entourée par des cellules corticales rapprochées les unes des autres et tordues en spirale, se soudant à leur sommet pour former une couronne courte de cinq cellules petites. Au moment de la fécondation, cinq fentes latérales, provenant de l'écartement des cinq tubes, laissent pénétrer les anthérozoïdes qui, en se fusionnant avec l'oosphère, donnent un œuf.
Dans les Spirogyres, qui sont des Conjuguées, la chlorophylle a la forme d'un ruban spirale composé de files de cellules. Au moment de la reproduction, deux filaments se placent parallèlement l'un à l'autre et les cellules qui se font face bourgeonnent l'une vers l'autre (fig. 137); les bourgeons s'accolent, les protoplasmas se fusionnent : tout le contenu d'une cellule passe dans l'autre, et un œuf se forme, d'un vert intense, qui reproduira la plante en germant. Dans les Clostéries, qui appartiennent à un groupe voisin, celui des Desmidiées, constituées par des cellules isolées ayant la forme d'un croissant, quelque chose d'analogue se produit. Jamais il n'y a de reproduction asexuée dans les deux plantes précédentes, tandis qu'elle
Fig. 136. — Reproduction des Characées.
A, Tige de Chara fragilis; B, Portion de feuille avec oogone et anthéridie ; C, La même avec l'oogone fécondé et l'anthtridie ouverte ; D, Structure de l'anthéridie. trois écussons désarticulés; E, Trois files de cellules mères d'anthérozoïdes; F, Anthérozoïdes isolés.
Spirogyre.
Fusion de deux
cellules
semblables.
Fig. 138. — Reproduction de la Vauchérie.
A, Zoospore s'échappant ; B, Libre ;
C, Fixée; D. Germant ; K, Oogone
et anthéridie de Vauchérie.
LA CLASSIFICATION BOTANIQUE
Fig. 139. — Algues vertes.
A,Cauterpa scalpelliformis ; B, Ulvalatissima;C, U. Linza;D,U. cornucopiœ; E, Acetabularia mediterranea ; F, Caulerpa cactoiJes; G, Struvea plumosa.
existe dans les Conferoes, types de la famille des Confervacées. Ce sont des masses gluantes, filamenteuses, vertes, qui croissent abondamment dans les eaux stagnantes. Chez les Œdogones, genre de ce groupe, les anthérozoïdes ont une couronne de cils (comme les zoospores, qui sont plus grosses) et pénètrent sous l'œil de l'observateur' dans l'organe femelle ou oogone. Les Uhes ou Laitues de mer (fig. 139, B, C, D), grandes lames vertes translucides qui ondulent dans l'eau salée, se rattachent à ce groupe. Certaines Conferves, dans les eaux agitées, se rassemblent sous forme de boules, dites « pelotes marines », formées de filaments brun clair, très ténus et dont la grosseur varie de celle d'un œuf à celle d une tête humaine; on en trouve souvent sur les côtes de la Méditerranée, dans les lacs de Suède; on a, il est vrai, signalé dans la mer des agglomérations semblables, faites d'aiguilles de Pin.
Dans les Pleurocoques oerts de Naegeli, le thalle est dissocié, pulvérulent : c'est la poussière qui recouvre l'écorce des arbres, surtout du côté nord, permettant de s'orienter quand on est perdu dans un bois. Parmi les Siphonées voisines, nous devons citer les Vaucheries (fig. 138), qui ont été dédiées au naturaliste Vaucher, vivant au XVIII1' siècle; parfois ce sont des Algues filamenteuses ramifiées, poussant sur la terre, et contenant un très grand nombre de noyaux ; les zoospores, qui sont les plus grosses connues, sortent de l'extrémité d'un filament par un orifice étroit, en s'étranglant; une fois libres, elles deviennent ovoïdes et leur surface est couverte d'une multitude de cils vibratiles. Ces plantes peuvent d'ailleurs se reproduire sexuellement par des anthéridies en forme de cornes, donnant naissance à de petits anthérozoïdes à deux cils qui pénètrent dans des oogones ovoïdes, dissymétriques, terminées par un bec latéral où la membrane s'ouvre en se gélifiant.
Aux Siphonées à thalle continu, non cloisonné, se rattachent un certain nombre d'Algues marines très différenciées. Les Caulerpa (fig. 1 39, A et F) ont une sorte de rhizome rampant à la surface des roches et simulant une tige, des rhizoïdes fixateurs sur les rochers et des lames aplaties rappelant des racines et des feuilles; le thalle atteint ainsi de grandes dimensions. La membrane s'imprègne parfois de calcaire chez des Algues voisines : Acétabulaires (fig. 139, E), Cymopolies, qui ont été confondues longtemps avec des Zoophytes.
Pelotes marines (Méditerranée).
Mentionnons, en terminant cette étude des Algues vertes, le Réseau d'eau ou Hydrodictyon (jig. 140, C), qui a la forme d'un sac à grandes mailles hexagonales percées : au début, chacun de ses articles constitutifs résulte de la germination d'une zoospore à deux cils qui, après s'être déplacée dans une cellule mère, s'arrête, s'allonge et s'ajuste en un petit réseau avec une multitude d'articles semblables. Ces plantes sont les Cénobiées, c'est-à-dire vivant comme des cénobites ou en association ; elles sont représentées encore par les Voloox, formées de sphères mobiles couvertes de cellules analogues à des zoospores à deux cils (jig. 140, A et B).
Algues bleues. — Les Algues bleues ou Cyanophycées sont celles dont le pigment vert est additionné d'un pigment bleu appelé phycocyanine . Les Nostocs, qu'on appelle vulgairement « crachats de la lune », font partie de ce groupe (fig. 141). Ce sont des masses gélatineuses d'un vert bleuâtre, tremblotantes, que l'on rencontre parfois à la surface du sol; à l'intérieur de cette gelée se trouvent des chapelets de cellules dont les terminales se distinguent par des parois plus épaisses et un contenu hyalin jaune; les cellules du milieu d'un de ces filaments ondulés peuvent constituer des spores en grossissant. Dans les Oscillaires, la gelée n'existe pas: il y a seulement une membrane en forme de gaine ; les filaments isolés sont formés de cellules aplaties tabulaires et ils ont la propriété curieuse d'osciller à leur extrémité en se déplaçant dans le champ du microscope.
La découverte des Bactéries (fig. 142 et 143), qui se rattachent aux Algues bleues, bien que généralement incolores, est intéressante à rappeler. Leuwenhoeck, au XVIIe siècle, construisit des lentilles plus puissantes que celles que l'on connaissait avant lui, et trouva une application capitale du microscope en étudiant à 1 aide de cet instrument une foule de liquides, dans la bouche, dans l'intestin des animaux, et il y découvrit des organismes très petits qui étaient les Bactéries; à la fin du XVIIIe siècle, on en connaissait un grand nombre et les dessins donnés par Otto Frédéric Millier permettent de reconnaître les Streptocoques, les Coques, les Spi-
Fig. 140. — Algues vertes.
A ci B, Volvox globator : a, Cellules végétatives ;
b, Anthéridie; c. Oogone;
dt Anthérozoïde pénétrant dans l'oosphère ; C. Hydrodictyon.
JATK
Fig. 142. — Bactéridie charbonneuse.
A, Dans le sang ; B, En culture.
Nostocs ou Crachats de la Lune.
Fig. 143. — Streptocoque du pus et de l'érysipèle et vibrion septique.
HT
Fucus vésiculeux à mer basse.
Cupules d'Himanthalia en fouet.
rilles. Le plus gros des microbes pathogènes, la Bactéridie charbonneuse (fig. 142), a été anciennement entrevu, et son étude a été le fondement de la microbiologie médicale. En 1827, le vétérinaire français Barthélémy montra que la fièvre charbonneuse est inoculable par le sang des animaux morts. En 1845, le vétérinaire allemand Gerlach publia un mémoire célèbre où il démontrait la contagion. C'est à Rayer et Davaine, en 1852, que l'on doit la découverte, dans le sang des animaux morts, de la Bactéridie charbonneuse ; mais, avec les idées régnantes, on n'attacha aucune importance à cette observation. En 1863, après les recherches de Pasteur sur les fermentations, Davaine revint sur cette question et présuma que la Bactéridie devait être la cause du mal ; il l'inocula à des animaux de laboratoire (lapins, rats, souris); il chercha à démontrer qu'elle agit seule : il ne put l'isoler. En 1876, Koch reprit les inoculaiions aux souris ; il fit des cultures en petit de la Bactéridie dans du sérum ou dans l'humeur aqueuse du bœuf; en goutte suspendue, il vit les Bactéridies s'allonger en quelques heures et donner un feutrage de filaments, puis, en douze à vingt-quatre heures, des spores. Pasteur avait déjà découvert, en 1868, les spores de la flacherie et Cohn celles du Bacille subtil. C'est en 1877 que Pasteur commença avec Joubert ses recherches sur le Charbon, qui devaient le conduire à la découverte du vaccin.
Les Bactéries se présentent sous des formes diverses : en bâtonnets, comme la précédente, pouvant s'allonger en longs filaments susceptibles de se désarticuler en zigzags et de donner des cellules isolées avec un seul article, à l'intérieur duquel une spore peut se produire. Dans d'autres types, on a des formes sphériquesou Microcoques, oblongues ou Bactéries, spiralées ou Spirilles. Les Streptocoques (fig. 143) sont des Microcoques qui ne se dissocient pas et qui sont en chapelet plus ou moins irrégulier. Dans la
gomme des sucreries, qui se développe parfois dans les cuves, les chapelets précédents, en grand nombre, sont plongés dans une sorte de masse gélatineuse; ils ressemblent donc à un Nostoc, mais qui «erait incolore ou blanc : d'où le nom de Leuconostoc qui lui a été donné par VanTieghem. On comprend, par ce rapprochement, les affinités des Bactéries avec les Nostocacées : c'est pour cela que l'on place les Bactériacées dans le groupe des Cyanophycées, malgré l'absence de matière verte qui n'existe que chez un petit nombre de types. Il y a d'ailleurs beaucoup d'autres arguments qui justifient cette ressemblance.
Au lieu des formes arrondies, on peut avoir des espèces filamenteuses. Dans les Beggiatoa (fig. 144), qui vivent dans les eaux sulfureuses, les filaments sont longs et mobiles et, à cet égard, ils ressemblent un peu aux Oscillaires. Les Spirochètes, qui s'observent notamment dans la fièvre récurrente, ont un filament allongé pouvant se courber et présentent un enroulement en spirale.
En général, les Bactéries sont incolores; on a cependant trouvé de la chlorophylle chez quelques-unes d'entre elles. Dans certains types, le protoplasma est uniformément teinté par une matière rouge, la bactériopurpurine : on a affirmé que ces espèces avaient la propriété de décomposer l'anhydride carbonique et de produire un dégagement d'oxygène pur, mais cette propriété a été mise en doute par Molisch ; ces Algues auraient cependant besoin de lumière pour leurs synthèses organiques. D'autres pigments peuvent exister dans-phisieurs autres espèces : le Bacille pyocyanique ou du pus bleu, Bacille bleu qui se développe souvent dans le lait dit bleu ; le Bacille prodigieux, qui produit des taches rouges et a servi à expliquer le phénomène singulier des hosties sanglantes, souvent observé au moyen âge. On connaît également des Bactéries phosphorescentes, et la phosphorescence de la mer est parfois due à plusieurs d'entre elles; elles exigent, pour se développer, un milieu salin. Les photobactéries ont été cultivées par Raphaël Dubois dans des ballons, qui laissent dégager une lumière pâle, d une belle teinte vert bleuâtre.
Algues brunes. — Les Algues brunes (fig. 145) sont caractérisées par l'existence d'un pigment brun ou phycophylle qui se dédouble sous l'action delà chaleur ou dans l'eau douce en donnant une matière verte. Elles comprennent d'abord les Fucacées, dont les Fucus ou Varechs, qui abondent sur nos côtes, peuvent nous servir de type. Le thalle est plat, dichotome; il présente vers 1 extrémité des parties vésiculeuses contenant de l'azote et, comme organes reproducteurs, des concep/ac/es apparaissant sur des parties terminales renflées, charnues, et dont la cavité arrondie s ouvre par un faible orifice à l'extérieur; ils sont de deux types : les uns mâles,
Cl. de M. lYuvnt.
Laminaires à mer basse, près Roscoff.
Fig. 144. — Beggiatoa, algue des eaux sulfureuses. A, Filaments débarrassés des granules de soufre; B, Avec granu'cs.
LA CLASSIFICATION BOTANIQUE
les autres femelles (fig. 7). Les anthéridies ou organes mâles sont des articles latéraux de poils ramifiés produisant un grand nombre d'anthérozoïdes pyriformes à deux cils vibratiles insérés latéralement. Les oogones sphériques ou organes femelles sont à huit oosphères arrondies, portées à l'extrémité de poils courts. Les oosphères et les anthérozoïdes sont mis en liberté; la fécondation a lieu; nous l'avons déjà décrite (p. 15). Dans les Pelcetia, qui sont voisins des Fucus, le thalle est régulièrement dichotome et cylindrique au lieu d'être plat. Dans VHimanthalia, on remarque, à la base de la partie fertile, qui peut atteindre jusqu'à 3 mètres de long et qui est régulièrement dichotome, une partie stérile basilaire en forme de coupe et très petite, au milieu de laquelle la première est insérée. Dans les Ascophylles, on distingue dans le thalle un axe principal sur lequel s'observent de place en place des vésicules flotteurs et des courtes branches latérales pouvant se renfler à l'extrémité en parties ovoïdes, charnues, verruqueuses, correspondant à des conceptacles ; il y a d ailleurs seulement quatre oosphères au lieu de huit dans chaque oogone. Toutes ces Algues brunes de nos côtes résistent plus ou moins longtemps à la dessiccation et, de leurs exigences diverses sur ce point, résultent des zones bien tranchées : celle des Pelvetia est la plus proche du rivage, puis vient la zone des Fucus et des Ascophylles, enfin celle des Himanthalia, qui ne se découvre qu'aux grandes marées.
Dans les Sargasses, ^çnSgs qui forment ces im-
q >k menses prairies flot-
tantes de 60 000 milles carrésque l'on rencontre au milieu de l'Océan Atlantique et qui avaient contribué à faire espérer à Christophe Colomb la découverte de la terre ferme, on observe des parties cylindriques simulant des tiges, sur lesquelles s'insèrent des organes aplatis qui peuvent rappeler des feuilles, et c'est sur des petits rameaux spécialisés que se renflent les vésicules flotteurs qui ressemblent à des fruits pédicellés. On a
admis pendant long- Fig. 146. - Diatomées. temps que |es v6gé.
A, Navlcula eutpidala ; B, Pinnalaria lata ; C, Su- [aux étaient arrachés rirelhi splendida ; D, Gomphoncmu geminatum ; \ i A , •
E, Svnedra ruduins; F, Fragilaria amphicerus ; a la COte américaine
G, Pltarosigma delicatulum -, H, Dlatoma vulgare. etentraînésen pleine
mer par les courants; ils végétaient un certain temps, puis finissaient par se détruire. Les travaux de Harvey, Sauvageau , Bcergesen ,
ont montré que les deux espèces de la mer des Sargasses diffèrent de celles de la côte américaine, qu'elles n'ont aucunement l'aspect de débris, ne présentent jamais de crampons fixateurs, mais sont toujours en pleine vitalité et toujours stériles; il faut en conclure que ces espèces, probablement originaires de l'Amérique, se maintiennent, par bouturages naturels, à l'état flottant depuis des siècles. Enfin, dans les Durvillea, le thalle est puissamment développé et irrégulièrement ramifié. Le caractère essentiel et commun de toutes les plantes qui viennent d'être mentionnées est l'absence de zoospores.
Il y a au contraire des zoospores dans les Phœosporées, comme les Ectocarpes, les Sphacélaries ; celles qui nous intéressent surtout sont les Laminaires, dont le thalle a l'aspect d'une grande feuille rubanée, rétrécie à la partie inférieure en une sorte de pétiole s'attachant sur les rochers par des crampons. On peut trouver au milieu du limbe une plage où se forment les organes qui sont des zoosporanges engendrant des zoospores, c'est-à-dire des organes asexués; Sauvageau a découvert deux petits thalles sexués. Certaines Laminaires peuvent découper leur limbe et le fenestrer. Dans les Macrocystes (fig. 145, A), Algues géantes des mers antarctiques, du Chili, des Falkland, il y a une partie courte inférieure, fixée aux rochers par des racines crampons, qui se continue en une tige cylindrique horizontale, sur laquelle s'insèrent des rameaux courts, renflés à la base en flotteurs et terminés en lames aplaties de 1 à 2 mètres de long ; ces espèces de feuilles sont fixées en très grand nombre sur une sorte de tige pouvant avoir jusqu'à 200 mètres de loneueur. Citons encore une jolie petite Algue de nos côtes, la Padinia Queue de Paon (fig. 145, D), dont l'aspect en éventail est des plus remarquables.
cl. F. Kaldeau.
Polysiphonie, algue rouge parasite de l'Ascophylle noueux.
La pêche du maërl, à Tréguier.
Aux Algues brunes se rattachent des plantes curieuses, dont la membrane est silicifiée et dont les carapaces s'accumulent parfois en telle quantité qu'elles constituent des couches qui peuvent se former à l'heure actuelle, mais qui ont pu produire aussi dans les temps passés de véritables terrains. C'est ce que l'on appelle le tripoli, qui est exclusivement formé par les membranes de Diatomées (fig. 146). Ces plantes sont, en général, dissociées; les cellules, à mesure qu'elles se forment, se séparent les unes des autres : elles paraissent donc être des Algues unicellulaires. Leur membrane est formée de deux valves, comme celles d'une boîte et de son couvercle; elles sont ornées de sculptures variées sur leur surface, souvent très fines, affectant des dispositions radiales ou groupées de part et d'autre d'une ligne médiane; comme elles présentent des formes très variées, elles sont appréciées par des amateurs qui sont souvent passionnés pour cette étude. On peut signaler les Naoicules qui, vues par-dessus, ont la forme d'une lentille biconvexe. La Nacicule ostréaire ou Navicule bleue abonde en certains points des eaux marines ; c'est elle, ainsi que l'ont démontré Bornet et Puységur, en 1877, qui provoque le verdissement des huîtres; elle se fixe sur les branchies par un phénomène de postdigestion. A côté des Naviculaires, citons encore les Pinnulaires, beaucoup plus allongées, les Pleurosigma, les Synèdres, etc.
Signalons, en terminant cette révision des Algues brunes, les Péridiniens, espèces pélagiques habitant la surface des eaux marines, plus rarement celle des eaux douces, et ayant des formes variées, unicellulaires avec deux cils, l'un en arrière dans un court sillon longitudinal, l'autre dans un sillon transversal. Avec les Diatomées pélagiques et diverses Algues bleues, les Péridiniens forment la partie végétale du plancton, c'est-à-dire de l'ensemble des êtres minuscules, animaux et végétaux, vivant en suspension dans les eaux, et nourrissant les invertébrés qui, eux-mêmes, sont la proie des poissons.
Algues rouges. — Les Algues rouges (fig. 147) ont mérité par leurs riches coloris le nom de fleurs de la mer ou de Floridées; ce sont elles qui s'enfoncent le plus profondément dans le milieu liquide et l'on peut rencontrer leurs représentants jusqu'à
Cl. F h'iiidw
Corallines et algues vertes dans une flaque, à marée basse.
300 mètres. Au delà, les Algues font défaut. Leur thalle est d'ailleurs toujours fixé aux rochers ou sur celui d'autres Algues : ainsi la Polysiphonie fastigiée de nos côtes, sur une Algue brune, l'Ascophylle noueux; c'est quelquefois un simple filament comme dans les Bangies, ou un filament rameux dans les Callithamnies, ou une lame mince, rouge, aplatie, translucide, qui ondule dans l'eau, comme chez les Porphyres (fig. 147, H). Dans les Delesséries (fig. 147, G), le thalle a la forme d'une feuille composée, palmée, à folioles; il est pourvu d une grosse nervure médiane et de nombreuses nervures secondaires disposées suivant le mode penné. Dans les Chondrus, le thalle a la forme d'un cordon cylindrique ramifié en dichotomie ou suivant le mode penné dans les Gigartines. Dans ces deux types, et surtout dans les Gelidium corné et cartilagineux du Japon, le thalle ss convertit dans l'eau bouillante en une gelée épaisse et nutritive, qui constitue ce que l'on appelle gélose ou agar agar, extrait surtout des espèces des mers de Chine. Le thalle peut s'incruster de calcaire : il est cylindrique, ramifié dichotomiquement et articule dans les Corallines (fig. 147, E); il est en lames à tissu compact dans les Lithophylles, ou à tissu lâche dans les Lithothamnions, et, en brisant les excroissances obtuses, on trouve les conceptacles reproducteurs formés pendant les périodes végétatives antérieures. Les Algues calcaires sont draguées et servent, sous le nom de maërl, à l'amendement des terres. Le Chondrus crispé est utilisé en médecine pour son mucilage. . La coloration des Floridées n'est pas toujours rouge et, dans les Batrachospermes, qui habitent les eaux douces, la teinte est d'un vert sombre, presque vert olivâtre ou noirâtre ; dans ce cas, ces plantes sont rattachées aux Floridées marines par l'ensemble de leurs caractères et de leur mode de reproduction ; on les trouve dans les chutes d'eau douce naturelles, aux barrages des écluses ou aux vannes des moulins. Les spores dans ce genre sont solitaires, mais en général l'appareil asexué des Floridées est formé de sporanges qui donnent naissance à quatre spores. L'appareil sexué est surmonté dans sa partie terminale d'un fin filament appelé trichogyne, sur lequel s'appliquent des anthérozoïdes arrondis, sans cils, et qui se fusionnent avec le filament; le noyau mâle va vers la cellule femelle qui est dans le bas et un œuf se produit. Celui-ci bourgeonne presque aussitôt après la fécondation en un sporocarpe (spores spéciales ou tomies). Souvent, le sporocarpe ne procède pas directement de l'oeuf; cet œuf déverse son contenu dans une cellule appelée auxiliaire et y détermine une sorte de fausse fécondation, car. en réalité, il n'y a pas fusion des noyaux, et c'est elle qui produit soit directement, soit indirectement, les glomérules de spores.
Les Champignons. Organisation. — Les Champignons sont des Thallophytes incolores; l'absence de matière verte entraîne pour ces plantes des conséquences importantes au point de vue de la nutrition et, par cela même, relativement au mode de vie; un grand nombre d'entre eux sont parasites et vivent dans le corps soit de végétaux (maladies cryptogamiques), soit d'animaux (mycoses); les autres s'attaquent aux matièresen décomposition, comme les fumiers, ce qui arrive pour les Mucorinées, ou aux feuilles mortes, comme cela est le cas pour les Agaricinées et Hyménomycètes des bois.
Prenons comme type, pour notre étude, le Champignon de couche ou Agaric, ou Psalliote champêtre. La fructification nous est bien connue, car nous la voyons figurer dans un grand nombre de nos mets, qu'elle contribue fortement à aromatiser; elle se compose d un pied, pourvu vers la partie supérieure d'un anneau et d'un chapeau, à la face inférieure duquel s'observent des lames rayonnantes, d'abord rosées et devenant brun pourpre très foncé en vieillissant. Ce changement de teinte est dû à l'apparition et à la maturation des organes reproducteurs ou spores à la surface de ces lamelles. Elles naissent sur des cellules superficielles en forme de massues serrées les unes contre les autres, qu'on appelle des basides (fig. 148), qui bourgeonnent à leur partie supérieure pour engendrer deux petites pointes appelées stérigmates, à l'extrémité desquelles se forment les spores qui, d'abord rosées, ne tardent pas à se teinter fortement de brun pourpre foncé. Ces semences, en germant, engendrent des filaments qui s'associent en cordons plus gros et constituent le mycélium ou blanc de champignon, que les champignonnistes lardent dans des meules de fumier pour produire des fructifications à la surface. On a pu faire germer ces spores en milieu stérilisé et obtenir du blanc de champignon stérilisé qui, étant pur et à l'abri de tous les parasites qui attaquent le Champignon decouche(môle, vert-de-gris, plâtre, etc.), est extrêmement vigoureux et très fécond.
La méthode de culture pure peut s'appliquer à la plupart des
LA CLASSIFICATION BOTANIQUE
Champignons, notamment aux Moisissures, qui poussent partout, comme le Phycomyces brillant, qui est une Mucorinée poussant sur la laque ; VIsarie dense ou Botrytis du hanneton, qui attaque la larve ou ver blanc de cet animal et produit sur lui une maladie cryptogamique qu'il est intéressant de propager, etc. On peut ainsi constituer un Musée de Moisissures, dont l'idée a été pour la première fois formulée par l'un de nous : on peut avoir alors dans une série de flacons qui sont, pour ainsi dire, autant de petites serres, des représentants bien isolés et cultivés seuls d'un grand nombre de spécimens de la flore mycologique. Il fautprocéder avec grand soin à l'ensemencement des flacons, dont chacun contient un milieu stérilisé, approprié, où poussera une seule moisissure.
Champignons à lames ou Agaricinées. — Si nous revenons aux Champignons comestibles munis de feuillets, comme le Psalliote champêtre, il en est un grand nombre que l'on ne sait pas cultiver, mais que l'on peut récolter dans les bois. Tel est le cas de l'Oronge, dont l'empereur romain Claude faisait une grande consommation. Cette passion lui fut néfaste, car ce fut, dit-on, par la substitution de la fausse Oronge à l'Oronge qu'on l'empoisonna. Ces deux Champignons sont des Amanites, caractérisées par une ooloe qui entoure complètement le Champignon jeune, lequel a l'aspect d'un œuf entouré d'une coquille (fig. 149) qui serait membraneuse et qui se déchire de deux manières différentes dans les deux espèces précédentes : restant à l'état de petites écailles blanches non adhérentes à l'épiderme rouge du chapeau dans l'Amanite tuemouche, tandis que, dans l'Amanite des Césars ou Oronge, la volve forme un large étui membraneux persistant, entourant la base du pied.
Ce caractère de la volve est très important à connaître, car il permet de distinguer les Amanites les plus redoutables, dont un seul individu suffit dans un plat pour empoisonner une famille entière.
Tous les ans, à l'automne, les journaux publient les récits, trop nombreux, de ces empoisonnements, qu'on doit et peut éviter.
Fig. 147. — Algues rouges.
AtHeterosiphonia parasitica;B,Nîtophyllum Gmelini ;C, Polyides rotundus ; D, Phyllophora membranifolia ; E, Corallina officinalis ; F, Odonthaîia dentata ; G, Delesseria sanguinea ; H, Porphyra laciniata ; I, Claudia elegans ; J, Rhodymcnia païmata.
Ces espèces sont cependant facilement reconnaissables : si l'on examine le pied, on y voit la volve qui l'entoure; on ne peut donc confondre Y Amanite citrine, qui devient souvent blanche dans la variété Mappa, avec le Psalliote champêtre ; la volve ici laisse, comme dans la fausse Oronge, des écailles sur le chapeau ; ces écailles, il est vrai, peuvent être lavées par la pluie et disparaître, mais les feuillets sont toujours blancs, et non roses ou brun pourpre, même dans les exemplaires âgés.
En général, il faut se défier des représentants du genre Amanite, c'est-à-dire à volve; il y a cependant des espèces comestibles dans ce groupe: Y Amanite ovoïde, blanche, la Golmotte ou Amanite rougeâtre, à volve réduite à des écailles sur le chapeau et à chair devenant rouge vineux et rougissant lentement.
Un genre tout différent est celui des Lépiotes, dépourvu de volve, qui a des écailles sur le chapeau parce que l'épiderme se déchire; le pied, tigré, est très allongé, à anneau.
Dans les Tricholomes, il n'y a plus d'anneau, mais le pied est épais ; ces Champignons sont trapus et charnus, et les feuillets présentent une petite échancrure au voisinage de leur point d insertion sur le pied. C'est là que se placent les Mousserons de la Saint-Georges, qui sont des Champignons de printemps estimés, croissant en cercles et qui, parle développement du mycélium dans le sol, constituent des ronds de sorcières. On est parvenu à cultiver le Pied bleu ou Tricholome nu (Costantin et Matruchot), devant son nom à la coloration bleue du pied.
Dans les Pleurotes, le pied est excentrique ou nul, le chapeau est charnu ; plusieurs espèces vivent sur les arbres.
Dans les Clitocybes, les pieds sont en général assez gros et soit charnus, soit fibreux ; le chapeau se retourne fréquemment vers le haut, de manière à prendre un aspect d'entonnoir, et les feuillets descendent longuement sur le pied. On peut citer le Clitocybe infundibuliforme et le Clitocybe nébuleux.
Les Lactaires sont encore des champignons bien caractérisés par le lait qui s'écoule de toutes leurs parties, quand on les blesse. Le Lactaire poivré a un lait d'une âcreté extrême et très poivré; il est blanc, gros, avec le chapeau retourné en entonnoir ; malgré son goût, qui disparaît à la cuisson, cette espèce est comestible.
Phycomyces brillant.
Fig. 148. — Basides.
s, Hyménium produisant trois basides saillants ; b, Champignon de couche.
Culture du Champignon de couche ; mise en meule du fumier.
Cl. F. Faidertu.
Polypore chicorée.
Cl. F. Frtidrau.
Hygrophore blanc.
Jeune Lépiote élevée, non encore épanouie.
Mais le Lactaire délicieux est surtout recommandable ; son lait est rouge orangé ; les zones de son chapeau sont aussi rouge orangé, puis tachetées de vert; son lait est acre, mais ce goût disparaît à la cuisson.
Les Russules ont, en général, l'épiderme du chapeau vivement coloré et facilement détachable ; la Russule émétique est vénéneuse. Les Marasmes ne pourrissent pas en vieillissant : tel est le cas du Mousseron d'automne. Les Volvaires sont, pour ainsi dire, des Amanites, mais à spores et feuillets roses et sans anneau. On voit la couleur de ces spores en mettant le champignon une nuit sur une feuille de papier : une poussière rose la couvre le lendemain. Les Volvaires sont des Champignons vénéneux.
Parmi les Champignons à lames ou Agaricinées, ayant des spores ocracées, on peut citer les Cortinaires, dont le pied est entouré d'un anneau filamenteux comme une toile d'araignée se colorant par les spores rouillées ; les Hébélomes sont homologues des Tricholomes, mais à spores ocracées, etc.
Parmi les Agaricinées à spores brun pourpre, on doit citer les Strophaires, pourvus d'un anneau, et les Hypholomes, homologues des Cortinaires. Tels sont les principaux représentants de cette grande famille des Champignons à feuillets qui forment une armée compacte de plus d'un millier d'espèces.
Polyporées. — Les Polyporées sont un peu moins abondantes, mais leur importance est encore cependant considérable. Elles se distinguent par l'existence de pores à la face inférieure du chapeau, qui sont autant d'orifices de petits tubes tapissés par des basides portant les spores reproductrices.
La consistance de ces Champignons est parfois coriace, presque ligneuse, comme dans le Polypore de diverses couleurs ou Versico-
lore. Il y a parfois absence de pied et le Champignon inséré sur
Fig. 149. — Structure du Champignon jeune et épanoui (droite).
A, Chapeau; B, Voile; C, H, Volve; D, Pied ; E, Chair ; F, Lames ; G, Anneau provenant du voile.
Cercle de sorcière formé par des Mousserons de la Saint-Georges.
les arbres est en console ou en sabot de cheval : tel est le cas du Polypore amadouvier, dont la chair fibreuse sert à la préparation de l'amadou. Parmi les Polypores pourvus de pied, il en est dont la chair est molle et comestible : tel est lecasdu Polypore des brebis. Le Polypore lucide est un champignon très curieux, à peu près dur comme du bois, dont le pied est inséré de côté, à angle droit du chapeau, et dont toute la surface rouge brun est comme vernissée; c'est le type boréal de toute une armée de formes analogues qui se rencontrent en grand nombre dans les régions tropicales.
Les Bolets ont des pores réguliers, comme les Polypores, mais ils sont charnus, mous ; ils ont toujours un pied et leurs tubes s'enlèvent avec la plus grande facilité, comme les feuillets chez les Paxilles; enfin c'est sur la terre qu'ils poussent. Dans le Cèpe ou Bolet comestible, le pied présente un réseau, et les pores, d'abord blancs, deviennent jaunes en vieillissant. C'est un des Champignons les plus estimés; on le récolte à l'automne, en grande abondance, et l'on en vend à Paris et dans les grandes villes, surtout à Bordeaux, des quantités considérables. Il y a d'autres espèces à recommander, comme le Bolet scabre, qui a le pied écailleux. Plusieurs Bolets présentent des changements de couleur très saisissants ; lorsqu'on les brise, ils virent au bleu avec une grande rapidité, sous l'influence d'une oxydase : tel est le cas du Bolet Satan, du Bolet pourpre ou du Bolet à pied rouge, qui sont regardés comme vénéneux. Le Bolet blafard, le Bolet bleuissant, bien que présentant le même caractère, ont été reconnus comme inoffensifs; on ne saurait cependant les recommander.
Hydnées, Clavariées, Lycoperdinées. — Une troisième famille est celle des Hydnées, qui, au lieu de tubes fructifères, présente à la surface inférieure du chapeau des aiguillons. \SHydne bosselé ou Mouton est un excellent comestible. Dans une quatrième famille, les Clavariées, la surface hyméniale portant les basides reste, au contraire, lisse : il n'y a ni lames, ni tubes, ni aiguillons. L'aspect de la fructification est alors très particulier; c'est un petit arbuscule quelquefois fortement ramifié :
tel est le cas de la Clavaire à pointes pourpres et de la Clavaire jaune, qui sont comestibles.
Jusqu'ici, nous n'avons envisagé que des fructifications dont les basides sont externes. Il peut arriver, au contraire, qu'elles se dissocient à l'intérieur d'un conceptacle arrondi, parfois muni d'un pied, dont la membrane parcheminée, superficielle et persistante, s'ouvre seulement par un pore à la partie supéreure. Telle est l'organisation des Lycoperdons, vulgairement appelés Vesses-de-loup, qui laissent dégager une poussière brune de spores par leur orifice, quand on les écrase. Ce groupe est celui des Lycoperdinées.
Tous les Champignons que nous venons de passer en revue ont
LA CLASSIFICATION BOTANIQUE
Cl. F. Paldeau Lycoperdon en poire.
comme caractère commun d'avoir, pour organe reproducteur, des basides construites toujours de la même manière, c'est-à-dire en massue non cloisonnée, avec dés spores à la partie supérieure portées par des stérigmates : ce sont les Hyménomycètes . Dans deux groupes formés surtout de Champignons gélatineux, végétant sur le bois mort, les Trémellinées et les Auriculariées, les basides se cloisonnent, longitudinalement dans le premier cas, transversalement dans le second, et c'est l'ensemble de ces deux groupes et des Hyménomycètes qui constitue les Basidiomycètes ou Champignons à basides. V-.' Auriculaire oreille de Judas, de la famille des Auriculariées, possède une forme très curieuse rappelant l'oreille humaine.
Nous aurions pu passer ces deux petits groupes sous silence, s'ils ne nous servaient de transition vers les Urédinées et les Ustilaginées, deux groupes de parasites importants qui attaquent les plantes de grande culture, principalement les céréales.
Urédinées et Ustilaginées. — Les Urédinées présentent la très singulière particularité d'être héiéroiques, c'est-à-dire d'exiger deux hôtes pour leur développement complet. Les Puccinies des Graminées vivent en été sur le Blé, où elles lorment des pustules jaunes sur les feuilles, avec des spores unicellulaires : c est ce qu'on appelle la Rouille des céréales. A l'automne, les mêmes taches deviennent noires et les spores sont bicellulaires; ce sont les spores d'hiver, qui, en germant sur le sol, donnent un filament qui se cloisonne transversalement en quatre cellules superposées et qui est tout à fait analogue aux basides des Auriculariées. Sur ces basides se développent quatre longs stérigmates, terminés à leur extrémité par quatre spores correspondantes qui, emportées par le vent, germent sur 1 Êpine-vinette et produisent des boursouflures à la face inférieure des feuilles. Les pustules, ouvertes comme des urnes, avec une membrane rabattue en dehors, constituent l'organe reproducteur; c'est ce que l'on a appelé les /Ecidies de 1 Lpinevinette. C'est seulement après ce stade d'évolution que les spores de l'/Ecidie peuvent à nouveau se propager sur les céréales et reproduire la maladie de la rouille.
Avec les Ustilaginées, le développement est plus simple, en ce sens que le parasite reste sur un seul et même hôte, mais il doit l'attaquer dès le début de la germination. C'est lorsque la céréale sort de terre que les spores du Charbon germent et pénètrent dans son corps (fig. 150). Si, au contraire, la plantule a la bonne fortune de traverser sans encombre ce stade délicat de sa vie, elle n'aura plus rien à craindre
Cl. K. l'aiiloau Polypore versicolore sur une souche.
Auriculaire oreille de Judas.
par la suite, car le parasite sera incapable d'y pénétrer. On conçoit donc que si l'on parvient à immuniser la graine contre ce parasite redoutable, le fléau sera vaincu. C'est ce que l'on fait dans la pratique du sulfatage, qui consiste à immerger les graines dans une solution de sulfate de cuivre à 5 pour 100; les grains sont ensuite roulés dans la chaux. C'est là une opération entrée dans la pratique agricole et qu'il ne faut jamais négliger, car une fois que le parasite a pénétré dans la plantule il s'y maintient jusqu'à sa mort; ses filaments pénètrent dans la fleur, envahissent l'ovaire et donnent leurs spores formant une poussière noire qui crève le grain altéré, et le mal apparaît. Ces spores germent en donnant un tube court qui se cloisonne transversalement et forme comme une baside d'Auriculariée. Dans la Carie (fig. 151), qui se distingue du Charbon par le fait que le grain de la céréale ne se déchire pas et qu'il faut l'écraser pour voir apparaître au dehors la poussière brune, les basides ne se cloisonnent pas et se terminent à leur partie supérieure par une couronne de spores, comme dans les Hyménomycètes. L'épi du Blé carié se distingue aisément par son port ébouriffé, c'est-à-dire que les balles sont étalées. En outre, à la maturité de l'épi, on remarque qu'il est rigide, dressé : il ne s'infléchit pas sous le poids des grains, qui sont remplis des spores du champignon, de moindre densité. Il y a un autre caractère qui permet de distinguer facilement la Carie du Charbon, c'est celui qui est tiré de la germination des spores : dans la Carie, les conidies sont en couronne au sommet du tube germinatif ; dans le Charbon, elles s'étagent sur les côtés.
Ascomycètes. — Il existe un autre groupe de Champignons presque aussi important que les Basidiomycètes par le nombre, les Ascomycètes (asque, étui; mycètes, champignons), chez lesquels les organes reproducteurs, au lieu d'être externes, comme dans le cas des basides, sont au contraire internes.
{Casque est une cellule ordinairement allongée en forme de massue, rarement
Fig. 150. — Charbon.
A, Du Maïs : fragment de mycélium et cellules de la plante nourricière ; B, Formation des spores ;C, Du Blé ; D, Du Millet ; E, Tige de Maïs avec tumeur charbonneuse ; F, Pistil charbonneux et hypertrophié du Sorgho.
Fig. 151. — Carie.
A, Aspect de l'épi ;
B, Coupe du grain ; C, Mycélium avec spores ébauchées.
Fig. 152. — Truffe comestible.
A, Entière ; B, La même en coupe ;
C, Grossissement montrant les asques ;
D, Asques à deux spores.
Recherche des truffes à l'aide du porc
est arrondi ou conique,
sphérique.qui produit intérieurement, en général, huit spores qui y nagent librement ; à la maturité,
I asque crève ou s'ouvre par un couvercle à la partie supérieure, et les huit spores sont projetées au dehors.
Dans le premier groupe des Ascomycètes, les Discomycètes, les asques sont en contact avec le milieu extérieur directement et ils forment une membrane hyméniale. Le cas le plus simple d'organisation, dans ce groupe, est celui des Levures ou Saccharomyces, formées de cellules bourgeonnantes qui s'isolent.
Les Morilles sont d'excellents Champignons comestibles qui sont extrêmement appréciés des amateurs. On les récolte seulement au printemps. Le chapeau est développé et surmonte le pied
mais sa surface est creusée d'un très grand nombre d'alvéoles qui sont toutes tapissées par un hyménium renfermant des asques ayant la constitution ordinaire. L'espèce la plus appréciée est la Morille comestible, à chapeau arrondi ou de forme peu régulière. Les Pézizes sont des Champignons voisins en forme de coupe : telle la Pézize cochenille, qui pousse au premier printemps sur les petites brindilles de Noisetier.
Les Truffes (fig. 152) sont également des Ascomycètes (Tubéracées), mais vivant dans la terre. Lorsqu'on coupe une Truffe, on aperçoit sur la section une série de veines, et, au milieu de la masse charnue, une multitude de vésicules arrondies qui se touchent les unes les autres et qui ne sont pas autre chose que des asques renfermant en général quatre spores. L'histoire de ces Champignons est encore mal connue et cependant leur culture a pris une extension assez grande dans certains départements méridionaux, notamment dans le Périgord, où le commerce des Truffes représente une richesse importante du pays. En raison de son prix très élevé, la Truffe est parfois falsifiée, dans le but d'augmenter son poids, par l'introduction dans sa masse de grains de plomb, de clous, etc. La radiographie permet facilement de reconnaître cette fraude.
Pour avoir des Truffes, on plante des Chênes truffiers : c'est le Chêne Rouvre ordinaire. L'ensemencement du Champignon se fait spontanément ; il est, semble-t-il, lié au développement des racines de l'arbre. Comment se fait la propagation des Champignons dans les truffières? c'est ce que l'on ignore. Il est très vraisemblable que certaines mouches truffières doivent contribuer à propager les spores ; elles ont même une aptitude remarquable pour découvrir les places où se trouvent enterrées ces fructifications extrêmement odorantes. Aussi est-ce en suivant le vol de ces insectes que les trufficulteurs sont mis sur la voie pour la découverte des points où les tubercules sont enterrés.
II est vrai que tout chasseur de truffes qui peut avoir un porc, animal dont l'odorat est très fin, préfère s'en servir pour la recherche des truffes. Dès qu'il a trouvé un gîte de Champignons odoriférants, le porcin se met à fouiller le sot en le labourant profondément jusqu'au tubercule, que quelques coups de bâton sur le museau lui font abandonner.
Parmi les Ascomycètes, certaines espèces s'attaquent aux insectes : citons VIsarie dense du hanneton ou le Coriiceps de la punaise ; d'autres, comme 1 Ergot de Seigle, l'Exoasque qui produit la cloque du Pêcher, sont nuisibles aux plantes de grande culture. Signalons à ce propos YO'idium de la Vigne, qui a commencé à sévir sur les Vignes au milieu du XIXe siècle, importé d'Amérique dans les grappery, ou serres à Vigne, où l'on cultivait cette plante. Le Champignon se propagea dans tous les vignobles et produisit des dégâts incalculables qui furent heureusement arrêtés par l'emploi de la fleur de soufre que l'on projette sur les feuilles et qui amène sa destruction. L'Oïdium forme une sorte de couverture grise à la surface des
"MKgF,
Fi^. 153. — Aspergilleet Péuicille.
feuilles, puis des fleurs et des fruits. Il donne des conidies en chapelet, qui sont des spores de grande propagation ; il ne forme que très rarement des fructifications à asques.
Un autre parasite, que nous devons également à l'Amérique, est le Black.-rol ou pourriture noire, qui se manifeste sur les grains de raisin et sur les feuilles de la Vigne. Ce qui caractérise ce Champignon, c'est l'existence de fructifications en forme de bouteilles (périthèces), de couleur et de consistance charbonneuses ; on y trouve, dans la partie ventrale, les asques en bouquet; le plus communément, les conceptacles fructifères de même forme n'ont pas d asques, mais des conidies; il peut donc y avoir polymorphisme. On combat cette maladie très redoutable par la bouillie bordelaise, à base de chaux et de sulfate de cuivre, mais il faut faire des applications fréquentes. Certaines moisissures, comme les Aspergilles et lePénicille glauque (fig. 153, A et B), se rapprochent des Tubéracées par leur mode de reproduction.
Oomycètes. — La maladie de la Vigne qui vient d'être mentionnée est traitée par un procédé qui a été découvert antérieurement pouruneautreaffection parasitaire, laquelleestdue à un Champignon d un tout autre groupe, celui des Péronosporées; cette famille n est formée que de parasites, et leur parasitisme est intense et nécessaire : nous voulons parler du Mildiou ou MildeW, mot anglais qui veut dire moisissure (Plasmopore Oiticole). C'est une affection très redoutable de la Vigne qui a commencé à se répandre en Europe, venant d'Amérique, en 1878; elle aurait causé des désastres immenses et irrémédiables si, par bonheur, le moyen de combattre ce fléau par les bouillies cupriques n'avait été découvert presque en même temps que l'invasion du mal. Une maladie analogue due au Phytophtore infestant, et plus anciennement connue, puisqu'elle avait commencé à devenir redoutable en 1845, était la maladie de la Pomme de terre, quia sévi partout en Europe, mais qui a eu en Irlande un effet épouvantable parce que la population de ce pays avait donné à la culture de la Pomme de terre une importance excessive. La famine, qui était bannie de l'Europe depuis plus de cinquante ans, fit à nouveau son apparition et, en quelques années, par suite de la mort ou de l'émigration, la population de l'Irlande diminua d'un million d'habitants. Ces Péronosporées se manifestent surtout sous la forme de petites pulvérulences à la face inférieure des feuilles, comme s'il y avait de petits amas de sucre en poudre un peu grisâtre : ce sont les arbuscules fructifères qui sortent par les orifices des stomates et produisent leurs conidies dans l'air. En plus de ces appareils reproducteurs, au moins dans le Mildiou, il existe à l'automne, dans l'intérieur des feuilles, des appareils sexués ou œufs qui résultent de la fusion de deux organes : l'un femelle ou oogone et l'autre mâle ou filament anthéridique; ce dernier s applique sur les sphères femelles, les perfore et déverse à l'intérieur le protoplasma mâle ; immédiatement après cette fécondation, l'œuf s'enkyste en une zygospore verruqueuse.
Les Péronosporées font partie du groupe des Oomycètes ou Champignons à œufs. Alors que tous les autres Champignons ne forment que des spores (on a découvert, il est vrai, dans ces dernières années, un phénomène de fusion de noyaux, précédant la formation des asques et des basides, que l'on rapproche de la reproduction, Dangeard), les Oomycètes peuvent, déplus, se reproduire par des œufs. À ce groupe appartient la famille des Mucorinées, dont les espèces sont connues sous le nom de moisissures des fumiers; certaines peuvent vivre à la façon des Levures et des Bactéries et produire des fermentations. Rappelons, en terminant, les Myxomycètes, dont nous avons signalé déjà les curieuses propriétés (p. 50).