LES CRYPTOGAMES A RACINES
Les Thallophytes et les Muscinées n'ont ni vaisseaux, ni racines véritables; la sève y circule de proche en proche, à travers les cellules : ce sont des Cryptogames cellulaires. Les plantes dont nous allons parler leur sont supérieures par la division nette de leur corps en trois membres : tige, feuille, racine, et la présence de vaisseaux. On les divise en trois classes : les Filicinées, dont les Fougères forment le principal groupe, les Équisétinées et les Lycopodinées.
Organisation des Fougères. — Les Fougères jouent, au point de vue ornemental, un rôle important. Elles sont très cultivées comme plantes de garniture, parce que leur feuillage légersert à faire ressortir les autres plantes qu'on leur mêle. Ainsi, par exemple, si l'on veut exposer des Orchidées, il sera très utile de les entourer de Capillaires, dont les frondes délicates s'harmonisent avec les couleurs vives et brillantes des fleurs. C'est ce même rôle que jouent les Fougères dans les jardins d'hiver et dans les appartements, où elles garnissent les jardinières. Il y a d'ailleurs une autre catégorie de Fougères qui ont aussi de nombreux amateurs : ce sont les espèces de plein air qui réussissent sur les rocailles. Les modes d'existence et de culture de ces végétaux sont très particuliers; la plupart aiment les stations humides et peu éclairées. Dans les régions chaudes, au Mexique, par exemple, les parois des torrents, après la saison des pluies, se couvrent de gracieuses Fougères herbacées.
Examinons une feuille ou fronde d'un Polypode; on remarquera à la face inférieure des taches brunes arrondies, comme granuleuses. L'examen à la loupe révélera que ces granules sont formés de boules ou sporanges (fig. 162) attachés à la feuille par de fins pédicelles; les têtes renferment les spores. Par un temps sec, la boule crève, les spores sont mises en liberté et tombent sur le sol ; elles constituent une poussière véritablement microscopique, car chacune d elles est formée d'une cellule. Cette ténuité des semences de Fougères est très remarquable; il n'en est pas de plus petites dans le règne végétal, d'aussi impalpables, donnant prise au vent qui les emporte au loin, les déposant partout, dans les anfractuosités
Fig. 159.
Fructification du Polypode.
A, Archégone (très grossi) contenant l'oosphère o ; B, Anthéridie (très grossie) dans laquelle se forment les anthérozoïdes a.
des rochers, sur l'écorce des arbres; elles vont à travers les mers peupler les archipels les plus éloignés des continents.
La germination des spores de Fougères à la surface de la terre donne naissance à de petites lames vertes, translucides, à peine grandes comme l'ongle du petit doigt, qui s'étalent à la surface du substratum, fixées par de fins poils qui partent à la face inférieure de la lame très mince. Cette petite lame porte le nom de prothalle (fig. 160); elle produit des organes femelles ou archégones (fig. 159, A) qui affectent la forme d'une bouteille, dont la partie ventrale est enfoncée dans le tissu, tandis que les organes mâles ou anthéridies (fig. 159, B) ont la forme de boules plus superficielles. Quand, par l'action d'une goutte d'eau, les cellules mâles ou anthérozoïdes sont mises en liberté, on constate qu'elles sont formées d'un fin filament spirale qui porte à son extrémité une touffe de cils vibratiles, et non pas deux cils seulement, comme nous l'avons signalé chez les Mousses. Grâce à la régulière trépidation de ces cils, les anthérozoïdes se déplacent et leur corps s'avance par un mouvement de tirebouchon. Attirés par les substances chimiques qui forment une gouttelette au sommet de la bouteille femelle, ils se diffusent en tous sens dans le milieu ambiant; les anthérozoïdes se précipitent vers l'orifice du col et l'un d'entre eux s'avance dans le canal jusqu'à venir se fusionner avec la cellule femelle ou oosphère, qui est contenue dans la partie ventrale de la bouteille. La fécondation a lieu; il en résulte un œuf qui germe sur place et ne tarde pas à engendrer une petite plantule qui se dresse au-dessus du petit prothalle (fig. 160). Chez les Fougères herbacées, comme les Polypodes, la tige reste souterraine: c'est un rhizome; il en part les feuilles, seuls organes aériens; elles sont toujours
Fig. 160.
Prothalle de Polypode
sur lequel se développe
la Fougère
feuillée f.
Cl. F. Faideau.
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Polypode glauque avec sporanges.
Fougères dans un ravin, au Mexique.
Cl. Diguct.
Capillaire en coin de l'Amérique tropicale.
enroulées en crosse dans leur jeunesse. Les Fougères arborescentes des pays chauds ont, au contraire, une tige aérienne qui peut atteindre jusqu'à 15 mètres de hauteur.
Remarquons encore que la reproduction chez les Fougères se rapproche beaucoup de celle des Mousses, mais que les phénomènes s'y produisent en ordre inverse : chez les Mousses, la plante feuillée provient d'une spore et porte l'œuf ; chez les Fougères, elle provient d'un œuf et porte des spores.
Au point de vue de la culture, les phénomènes précédents sont indispensables à connaître. Puisqu'il n'y a pas de graine dans les Fougères, on ne peut les multiplier qu'à l'aide des spores, et on y parvient en les semant dans des coupelles plates contenant un mélange de terre de bruyère et de brique ou de sable siliceux et de poussière de charbon. Ces coupelles ayant été au préalable chauffées vers 100°, ou arrosées avec de l'eau bouillante, pour amener la destruction de tous les germes qu'elles peuvent contenir, on peut déposer les spores sur toute la surface du substratum. La coupelle reposant dans une assiette contenant de l'eau et le tout ayant été recouvert par un disque de verre, on abandonne l'ensemble dans une serre tempérée. Les prothalles apparaissent bientôt, puis les feuilles, les tiges et les racines après la fécondation.
En étudiant la multiplication végétative (p. 33), nous avons indiqué comment certaines Fougères se multiplient par des bulbilles. Chez la Woodwardia radicante, c'est l'extrémité des feuilles qui s'enracine.
Fougères Polypodiacées. — Le Polypode vulgaire est une espèce très répandue dans nos forêts et poussant aussi sur les rochers et les vieux murs ; il est le type d'une grande famille de Fougères, dont nous allons indiquer les principaux genres.
Les Capillaires ou Adiantum sont caractérisées par leurs pétioles noirs, leurs nombreuses folioles en forme de coin, pourvues de petits lobes arrondis, brunâtres, rabattus sur le limbe; c'est en dessous de ce petit volet que sont les sporanges. Les plus communes sont la Capillaire Cheveux de Vénus, la Capillaire en coin, à lobes très nombreux.
Les Piérides ou Ptéris sont des Fougères beaucoup plus robustes, qui n'ont pas le pétiole noir, et dont les frondes sont en général très découpées et portent les sporanges insérés sur une nervure qui s'observe sur tout le bord de la feuille, ourlet étroit qui se rabat sur elle tout du long. En dehors du Ptéris ou Fougère grand aigle, qui est l'espèce indigène que l'on rencontre dans tous nos bois, qui peut se cultiver en plein air dans un terrain siliceux, on trouve, surtout très répandu dans la culture de serre et d'appartement le Ptéris à crêtes et le Ptéris serrulé.
Les Gymnogrammes méritent une mention spéciale : c'est ce qu'on appelle les « Fougères dorées » ou « argentées » ; elles présentent, en effet, à leur face inférieure des poils cireux qui apparaissent comme une poussière d'un beau jaune d'or ou d'un blanc d'argent bien remarquable. Ces plantes sont fort appréciées des amateurs et servent à la garniture des appartements ; elles n'y vivent malheureusement pas longtemps.
Les Polypodes se reconnaissent aisément au caractère tiré de la nudité des sores ou groupes bruns de sporanges; ces petites taches sont arrondies, isolées à la face inférieure des feuilles et jamais elles n'ont aucune protection soit par le rebord de la feuille, comme dans les Capillaires et les Ptérides, soit par un autre appareil dont il sera question plus loin. En dehors du Polypode vulgaire, qui est une espèce rustique à cultiver en plein air, puisqu'elle habite notre pays, il y a un grand nombre d'espèces répandues dans les serres, comme le Polypode doré, avec ses gros rhizomes couverts d'écaillés rousses, et un grand nombre de types de serre chaude qui ont, en général, des feuilles entières et assez épaisses. A côté se placent les Platycerium épiphytes (p. 58) et les Acrostiches.
Dans tous les exemples que nous venons de citer, les organes reproducteurs ou sporanges sont nus ou protégés simplement par le rebord de la feuille; il est des cas où un organe spécial, appelé indusie, se forme pour assurer leur protection. Ce peut être, par exemple, une petite lame insérée sur la nervure voisine, de manière à avoir l'aspect d'un volet à moitié ouvert, en dessous duquel on aperçoit les sporanges : c'est ce qui arrive dans tout le groupe des Aspléniées. Les Blechnum ont deux rangées de sporanges formant deux séries longitudinales à droite et à gauche de la nervure médiane ; les Woodwardia offrent un caractère analogue. Dans les Scolopendres, que l'on observe sur les murs très humides, à l'orifice des puits, on a des feuilles simples, allongées, portées sur un pétiole relativement court. Le Cétérach des officines, rustique également, pousse sur les murs secs; ses feuilles ont deux rangées de lobes, de part et d'autre de la nervure médiane, lobes couver'.s
Cl. F. Faideau.
Fougère grand aigle en forêt de Meudon.
Polypode vulgaire, sur un tronc d'arbre.
Fig. 161. — Aspidie.
a, Fragment de feuille.
LA CLASSIFICATION BOTANIQUE
Ravin avec Fougères arborescentes (Cyathées) ; ile de la Réunion.
sur toute leur surface inférieure d'écaillés brunes. Dans les Doradilles ou Asplénies, l'indusie a la forme d'un volet. Une espèce de serre chaude, la Doradille nid, dont nous avons déjà parlé (p. 58), est épiphyte. La Fougère femelle {Athx/rium) doit prendre place à côté; c'est une espèce indigène rustique qui, à cause de la délicatesse de ses frondes très finement divisées, mérite d'être souvent cultivée sur les rocailles des jardins.
L'indusie, au lieu d'avoir la forme d'un volet, peut être parfois en bouclier, en écusson ou en rein qui s'attache au milieu du sore qu'elle est destinée à recouvrir; c'est ce qui arrive chez les Aspidiées. Le genre Néphrodie, devant son nom à l'indusie en forme de rein, est très largement représenté dans les serres froides; ce sont des Fougères à feuilles assez amples. Les Aspidies (fig. 161) ont, au contraire, l'indusie en bouclier. Les Didymochlènes sont de belles Fougères de jardins d'hiver, dont les folioles assez petites sont en forme de croissant et insérées en deux rangées alternantes.
Dans les Davallia, l'indusie forme une coupe placée sur le bord de la feuille et soudée presque complètement à elle. Ce sont de très belles Fougères dont quelques-unes à grand développement; par leur ample et majestueux feuillage elles font l'ornement des jardins d'hiver : telle est notamment la Davallia majuscule, qui peut atteindre un mètre de haut; d'autres espèces sont de serre plus chaude et se cultivent seulement en panier suspendu comme plantes épiphytes : telle est la Fougère patte de lièvre (Dacallia des Canaries), dont les feuilles sont très légères et finement découpées, dont le rhizome très écailleux a un peu l'aspect d'une patte poilue. La Dacallia huileuse est utilisée au Japon, son pays d'origine, pour la création de bizarreries végétales. Sa tige souterraine, longue de 1 mètre à 1 '",50, est déterrée à l'automne. On fixe bout à bout plusieurs de
Fig. 162. — Sporanges.
A, d'Angioptère ; B, C, de Todea ; D, de Lyiiodiuni : a, Anneau.
ces rhizomes sur une carcasse en fil de fer ou en bambou figurant un animal ou un objet quelconque, et on entoure le tout de mousse. Au printemps suivant, on bassine chaque jour la mousse; les bourgeons se développent et la carcasse verdoie. Des enseignes de commerçants sont parfois obtenues d'une façon pittoresque à l'aide de Davallia suspendues au-dessus de la porte et assemblées de manière à former des lettres. Les Nephrolepis sont des Fougères de serre chaude, qui se cultivent aussi en paniers suspendus.
Toutes les plantes que nous venons de passer en revue sont herbacées. Lorsqu'on examine au microscope leurs sporanges (fig. 162), on voit que ces organes présentent une bande de cellules en forme de fer à cheval que l'on appelle Vanneau, et qui joue un rôle important dans la dissémination : c'est grâce à la contraction de la membrane
Dicksonia Berteroana (ile de Juan Fernandez).
Vegetationsbilder,
Todea barbare (Australie).
mince qui réunit les extrémités du fer à cheval, contraction qui se produit par la dessiccation, que la membrane du sporange se déchire et que les spores sont mises en liberté.
Dans le groupe des Polypodiacées, l'anneau est disposé suivant un méridien, mais il est incomplet ; le sore est alors nu.
Autres types de Fougères.
— Il y a fréquemment dans les serres chaudes, et surtout dans les jardins d'hiver, des représentants d'une organisation différente: ce sont les Cyathéacées, qui constituent ce que l'on appelle les Fougères arborescentes ; dans ce groupe, l'anneau est encore longitudinal, mais il forme un méridien complet. Le port de ces plantes est très élégant; les tiges, qui ne sont jamais d'une très grande hauteur, sont couronnées à leur partie supérieure par un cercle de grandes frondes très finement découpées; le tronc, qui reste toujours simple, est écailleux, couvert sur toute sa surface de cicatrices laissées par les feuilles anciennes tombées ; ces bases de feuilles ont été décomposées plus ou moins complètement, ce qui donne à la surface une certaine irrégularité ; en outre très souvent, surtout dans les parties inférieures, il se développe une multitude de petits cordons brunâtres formés par les racines ; ces organes apparaissent entre les cicatrices foliaires et descendent parallèlement à la tige, formant ainsi un enchevêtrement ayant cependant une même direction générale. L'aspect d'une de ces vieilles tiges de Fougères, lorsqu'elle a été arrachée, est un peu celui d'un balai (p. 19). C est parmi les plantes de ce groupe que se placent les Cyathées, les Dicksonia, les Balaniium, les Cibotium, les Alsophiles.
Dans les Schizéacées, l'anneau est en calotte; cette particularité s observe dans les Lygodium (fig. 162, D), qui sont des Fougères grimpantes, et les Aneimies, à fronde divisée en deux parties, dont l'une est stérile et l'autre fertile.
Les Hyménophyllées ont un anneau transversal et complet. Ce sont des Fougères intéressantes par la délicatesse de leurs tissus (Hyménophylles, Trichomanès) ; c'est parmi elles que s'observent les plus belles Fougères translucides, de culture souvent délicate.
Prèle des champs; tiges stériles et tiges fertiles.