CI. de H. Cl. Augù
Mélèzes, dans les montagnes de l'Engadine.
Iaires se sont étalées de manière à ne jamais se fermer : il n'y a donc pas d'ovaire. Les chatons mâles {fig. 166, a) apparaissent sur le même pied que les parties femelles ; le Pin est donc un arbre monoïque. Le pollen a deux petits ballonnets à air, grâce auxquels il tournoie dans l'atmosphère en grande quantité au printemps et est quelquefois entraîné par la pluie sur le sol ; les paysans disent qu'il y a pluie de soufre. Ce pollen est apporté par le vent à la partie antérieure de l'ovule dans une cavité, la chambre pollinique (fig. 165, A), où il demeure en attendant la fécondation. Pendant ce temps, le cône se referme par l'agrandissement et 1 épaississement de ses écailles et obvie ainsi d'une manière manifeste aux grands inconvénients de la gymnospermie, c'est-à-dire de l'exposition à l'air des ovules. La maturation des graines exige deux ans, rarement trois, ce qui tient à ce que le tube pollinique n'arrive au sac embryonnaire que L'année suivante de la floraison. Les graines qui se constituent par la transformation de l'ovule sont pourvues dune aile (fig. 166, /), formée aux dépens du carpelle voisin; elles contiennent un nombre de cotylédons qui peut varier de trois à quinze.
On subdivise les Conifères en trois tribus : Abiétinées, Cupressinées et Taxinées. Chez les deux premières, le fruit est un cône, l'ovule est au dos du carpelle et la graine est sans arille, mais, dans les Abiétinées, il y a des canaux sécréteurs dans la racine ; ils manquent dans les Cupressinées ; chez les Taxinées, il n'y a pas de cône, l'ovule est terminal, la graine est pourvue d un arille dont la partie externe est charnue.
Abiétinées. — Dans ce groupe, les Pins ne se bouturent pas ou très difficilement ; ils sont capables de drageonner et de repousser de la souche, mais on peut les multiplier par greffe en fente et demi-fente à l'état herbacé. Les espèces cultivées de ce genre sont nombreuses; parmi elles on peut mentionner le Pin sylvestre ou Pin d'Ecosse, ou Sapin rouge du Nord, qui est 1 espèce indigène. Le Pin maritime est à aiguilles plus longues
et à cône plus gros. C'est le Pin de Bordeaux ou le Pin des Landes, qui dépérit sur les sols calcaires, mais se plaît tout particulièrement sur les dunes ; aussi est-ce grâce à ces plantations, qui ont été préconisées par l'ingénieur Chambrelent, que presque tout un département, celui des Landes, est devenu exploitable. Le grand produit de cet arbre est le gemmage ou résinage, en vue d'obtenir la térébenthine et ses dérivés. La matière résineuse est produite par des canaux sécréteurs qui sont dans le bois, de sorte qu'il est nécessaire pour l'extraire de faire des entailles assez profondes.
Il y a encore d'autres espèces de Pins à deux aiguilles à mentionner; en particulier, le Pin Pignon, dont la tête forme une grosse boule arrondie très caractéristique : d'où le nom de Pin parasol, qu'on lui attribue quelquefois; il contribue à donner au paysage méditerranéen un faciès assez spécial. Le Pin noir d'Autriche est une variété du Pin Laricio, habitant les montagnes calcaires de la Carinthie et de la Styrie, de la Moravie et de la Transylvanie. Citons encore le Pin de Norfolk e' Ie Pin Mughus.
Le Mélèze a beaucoup de ressemblance avec les Pins, car ses aiguilles sont assez analogues, mais elles sont insérées aussi bien sur les rameaux courts que sur les rameaux longs ; par conséquent s'il y a encore deux sortes de rameaux, ici il n'y a plus qu'une seule sorte de feuilles aciculaires, mais aplaties, à section losangique : les unes isolées, solitaires; les autres en bouquets ou fascicules; ces aiguilles sont caduques et l'arbre se dépouille complètement à l'automne. Les cônes de ces plantes sont petits, à maturation annuelle.
Les Cèdres ressemblent aux Mélèzes par leurs deux sortes de rameaux courts et longs et par leurs feuilles d'une seule nature, mais ces feuilles sont persistantes. Chacun connaît le Cèdre du Liban par le bel exemplaire que l'on peut admirer au Labyrinthe du Muséum. Cet arbre est historique : il a été rapporté en I 735 d'Angleterre par Bernard de Jussieu; les puissantes branches
Pin Mughus, en Albanie.
Groupe de Cèdres du Liban.
LA CLASSIFICATION BOTANIQUE
horizontales situées à la partie supérieure, par suite de la perte de la flèche, lui donnent un aspect caractéristique.
Le Cèdre argenté de 1 Atlas, le Meddad des Arabes, est une variété de l'espèce du Liban, à feuilles courtes arquées. Le Deodora est le Cèdre de l'Himalaya : ses feuilles sont beaucoup plus grandes, de 3 à 5 centimètres, piquantes et glauques.
Le Sapin ou Abies, qui est voisin du Cèdre par ses caractères anatomiques, s'en distingue tout de suite par la disparition des rameaux courts : cette plante ne possède donc qu une seule sorte de branches allongées et une seule sorte de feuilles qui sont aplaties et ne présentent plus la disposition en aiguille. Les cônes sont dressés et leurs écailles tombent une à une. Le Sapin pectine ou Sapin argenté, Sapin des Vosges, a un port pyramidal remarquable ; son tronc est à écorce lisse, gris argenté, se gerçurant avec l'âge. C'est à 50 ans qu'il donne ses premières fleurs mâles, et un peu plus tard ses premières fleurs femelles; il peut être fécondé vers 70 ans. Citons encore le Sapin Baumier, qui forme le baume du Canada, et le Sapin Pinsapo.
Le Tsuga du Canada est un arbre très important de l'Amérique du Nord, où il constitue des forêts immenses. Il est voisin des Sapins et il a comme ces arbres une seule sorte de rameaux (allongés) et des feuilles aplaties, mais les cônes sont pendants et à écailles persistantes. Le Keteleeria de Fortune, originaire du sud de la Chine, est un arbre magnifique à port du Cèdre
du Liban, à cônes dressés dont les écailles sont persistantes; il a un très beau développement en Italie, sur les bords du lac Majeur.
L' Épicéa éleué ou Picéa (fig. 167) est confondu souvent avec le Sapin ; il porte vulgairement le nom de Sapin blanc du Nord ou Pesse. Il a, en effet, comme les Abies ou Sapins véritables, seulement des branches longues et une seule sorte de feuilles. Ces derniers organes sont moins aplatis, leur section est losangique et les cônes sont pendants, tombant d un seul coup tout entiers. Dans les Abiétinées précédentes, les carpelles sont indépendants des bractées, les ovules sont renversés et la racine renferme des canaux sécréteurs {Rhizocèles).
Les Araucaria se rattachent aux Abiétinées parce qu'ils ont des canaux dans la racine, mais ils ont des bractées soudées aux carpelles, comme dans les Cupressinées, auxquelles on les a longtemps rattachés. Les Araucaria sont des arbres toujours verts à feuilles écailleuses, imbriquées, étalées, piquantes au sommet, h.' Araucaria élevé, que l'on cultive dans les appartements, a une ramification régulièrement verticillée de rameaux, étalés puis redressés. Les cônes des arbres du Chili et du Brésil (Araucaria imbriqué) ou de l'Australie (A. élevé) sont volu mineux, ovoïdes, à écailles épaisses.
Ce sont des plantes dioïques. A côté se placent les Dammara.
Cupress in ées. — Dans les Cupressinées, il y a soudure des carpelles et des bractées mères, les ovules sont dressés
ou pendants, il n'y a pas de canaux sécréteurs dans la racine (Arhizocèles).
Lesbractées sont spiralées dans le Cyprès chauve et le Séquoia.
Le Taxode distique ou Cyprès chauve, ou Cyprès de la Louisiane, a des rameaux qui tombent en portant encore les feuilles qui sont insérées sur deux rangs, comme s'il s'agissait d'une feuille composée; le cône est ici dressé. On cultive cette plante dans les sols marécageux. Il y a au
Futaie de Sapins argentés.
Fig. 167. — Épicéa.
(Les cônes mûrs sont pendants.) a , Écaille avec ses graines.
Mexique un arbre célèbre remontant à la période aztèque, avant l'arrivée des Espagnols, et qui a joué un rôle dans les légendes des anciennes populations de l'Amérique : c'est le Cyprès de Montézuma ou Taxode mexicain qui habite la Sierra Madré, de I 700 à 2 000 mètres d'altitude. Le célèbre Taxode du cimetière de Santa-Maria del Tule (Oaxaca, Mexique) a 44 mètres de circonférence et 50. mètres de hauteur; on évalue son âge à 2 000 ans.
Les Séquoia sont des arbres géants de la Californie ; ils atteignent 100 mètres de haut avec un diamètre en proportion. Il y a d'ailleurs, parmi ces arbres géants, deux espèces qui ont été rattachées à des genres voisins : le Séquoia toujours vert, qui a un cône petit, pendant, mûrissant en un an et dont les graines ont deux cotylédons ; le W ellingtonia gigantesque ou arbre Mammouth des Américains, qui est plus grand encore, puisqu'il peut atteindre I 38 mètres de haut et une circonférence de 29 mètres; il
il. Waitc Cyprès chauve du cimetière de Santa-Maria (Mexique).
Thuya nain du Japon.
Bûcheron dans un tronc mort.
Dans une forêt de Séquoia géants.
Préparatifs d'abatage.
s'élève de 1 500 à 2 200 mètres sur les pentes ouest de la Sierra Nevada ; il a un cône plus grand, également pendant, mûrissant en deux ans et dont la graine présente trois à six cotylédons.
Dans un deuxième groupe de Cupressinées, les bractées mères sont verticillées et aussi les feuilles. Le cône est plus ou moins ligneux et formé, suivant les cas, d'un ou de plusieurs verticilles de feuilles fructifères : dans le premier type, qui se présente chez les Callitris à quatre Oaloes, les quatre écailles du cône sont ligneuses, et leur ensemble forme un strobile tétragone. Les feuilles fructifères forment, au contraire, plus d'un verticille dans les Thuya, les Biota, dans les Cyprès et les Chamœcyparis ou Faux Cyprès, les Libocèdres du Chili. Le cône du Cyprès (Cupressus) est globuleux, formé de six à douze écailles, dilatées au ■sommet en tête de clou ou en bouclier; une variété à rameaux fastigiés du Cyprès toujours vert sert à orner les cimetières et peut être employée pour couper le vent; les feuilles sont opposées par deux, petites, réduites à des écailles. Les Genévriers (Juniperus) tranchent nettement par leurs cônes charnus, à écailles ayant des graines sans ailes. Leurs feuilles végétatives sont opposées par deux ou par trois, écailleuses, mais s'effilant en acicules.
Taxînées. — L7f ou Taxus est privé de canaux sécréteurs ; la pousse florale est à une seule graine. C'est un bel arbre toujours vert, recherché pour l'ornementation des jardins. Ses feuilles sont aplaties, linéaires, acuminées, de consistance ferme, disposées en spirales. C'est un arbre pouvant atteindre une assez grande taille, jusqu'à 20 mètres, et dont l'écorce devient rougeâtre, fendillée, écailleuse; on peut en rencontrer des individus âgés : les pieds de 600 à 700 ans ne sont pas rares, notamment en Angleterre, où, dans le Derbyshire, un individu aurait près de 2000 ans. Ces
Kncephalartos d'Altenstein (Afrique méridionale).
plantes sont dioïques. Les fleurs femelles sont solitaires au sommât d un petit axe ; autour de la base de l'ovule se développe un disque membraneux, en forme d'arille, qui devient pulpeux, rouge.
Natrices. — Le Gink.go bilobé, type de la famille des Ginkginées, a des feuilles pétiolées dont le limbe s'élargit en éventail, échancré au milieu; ces feuilles tombent chaque automne, mais deviennent, au préalable, d un beau jaune d'or, et c'est à ce moment que cet arbre curieux du Japon mérite le nom qu'on lui a donné d arbre aux quarante écus. Les deux sexes sont normalement séparés, mais Decaisne, ancien professeur de culture au Muséum, a fait greffer un sexe sur l'autre, de manière à avoir ainsi un pied monoïque: on peut le voir dans le Jardin des Plantes, à Paris. Grâce à cette opération, on peut récolter des graines qui ne se développeraient pas sans cela. La graine a une enveloppe charnue à sa partie périphérique, ligneuse intérieurement ; elle a donc tout à fait l'aspect d'une drupe: en réalité c'est une graine nue.
Les Cycadées constituent une seconde famille du groupe des Natrices. L'aspect d'un Cycas, d'un Encephalarios ou d'un Zamia rappelle celui du Palmier. Les feuilles ont 2 à 3 mètres de long et deux rangs de fermes folioles de part et d autre du pétiole. Les fleurs sont de deux sexes et sur deux pieds différents. Dans les ovules, on trouve un sac embryonnaire qui, en se développant, produit un prothalle femelle dans lequel se développent deux ou trois archégones, mais le col est rudimentaire. Les étamines naissent de même au sommet des tiges et sont formées de feuilles dépourvues de folioles : leur pollen, en germant, donne naissance à deux gros anthérozoïdes couverts à leur surface de poils disposés en spirale; ces petits corps sont susceptibles de se mouvoir à l'intérieur du boyau pollinique, puis d'en sortir et de pénétrer dans l'archégone, puis dans 1 oosphère pour la féconder.
Famille des Gnétacées. — La famille des Gnétacées est caractérisée par l'existence d'un ovaire clos; ce caractère les rapproche des Angiospermes, mais il ne s'y forme jamais de style. Cette famille se réduit à trois genres : Welwitschie, Gnète et Éphèdre. Les Êphèdres sont des arbrisseaux d'Europe dépourvus de feuilles vertes, mais à bractées et dont le port rappelle celui des Prêles. Les Gnètes sont des plantes ligneuses volubiles d'Afrique et d'Amérique tropicale. Enfin la Welwitschie admirable (fig. 168) est caractéristique de l'Afrique australe, dans le désert de Kalahari et dans l'Angola; ses deux énormes feuilles alternent avec les cotylédons et sont étalées sur le sol ; les inflorescences sont des épis rapprochés en grappes de 30 centimètres de haut, insérées sur la tige au-dessus Fig. 168. — Welwitschie (réd. 62 fois).
des deUX feuilles. a, fleur; h, fruit; c. «raine.
Vegetatiàmbildei'