VI. — GAMOPÉTALES INFÉROVARIÉES
La fleur des Dicotylédones gamopétales est à deux enveloppes. Les pétales, soudés entre eux, portent d'ordinaire des étamines dont le nombre est habituellement égal à celui des pétales, c'està-dire qu il y en a quatre ou cinq. Le pistil n'est jamais formé non plus de nombreux carpelles. Certaines plantes à pétales séparés sont rangées dans les familles de Gamopétales par leurs affinités naturelles. On peut établir deux grandes sections parmi les Gamopétales, d'après les rapports de leur ovaire qui est libre ou non d adhérence avec les autres pièces florales.
Les Gamopétales à ovaire infère ou adhérent comprennent :
i Pas de capitule, feuilles opposées. Caprifoliacées. Fleurs hermaphrodites. . Capitules. Étaminesà anthères rap-
' prochées Composées.
Fleurs unisexuées monoïques ou dioïques : Plantes grimpantes. Cucurbitacées.
Autour de ces familles nous en grouperons quelques autres.
LES CAPRIFOLIACÉES
Le Chèvrefeuille des bois (Lonicera), dont les jolies fleurs parfumées égaient, en été, les haies et les taillis, est un arbrisseau volubile de droite à gauche. Les fleurs, groupées en tête, ont un calice à cinq petites dents, une corolle à cinq pétales d'un blanc jaunâtre, soudés en un long tube se terminant par deux lèvres, cinq étamines insérées sur la corolle, enfin un ovaire adhérent à trois loges. Le fruit est une baie rouge. Beaucoup de Chèvrefeuilles sont des arbrisseaux à tige dressée, non enroulable ; le plus ornemental est le Chèvrefeuille des buissons ou Camerisier. Les Weigelia ou Diervilla (fig. 213), la Symphorine en grappes ou Symphoricarpus, dite Boule-de-cire, sont de jolis arbustes d'ornement à baie blanc laiteux.
Presque toutes les Caprifoliacées habitent les régions tempérées de 1 hémisphère Nord et sont des arbrisseaux à feuilles opposées. On distingue deux tribus, dont nous venons d'étudier la première : celle des Lonicérées, qui a pour type le Chèvrefeuille; elle est caractérisée par la corolle tubuleuse à limbe irrégulier et le style unique. La seconde, celle des Sambucées, dont le type est le Sureau, possède une corolle régulière et plusieurs styles.
Le Sureau commun ou Sureau noir (Sambucus) [fig. 212] est un petit arbre à feuilles composées, à fleurs blanches, d'odeur forte groupées en larges corymbes; le fruit est une baie noire. Le bureau à grappes a des fleurs en panicules ovoïdes et des fruits rouges. Lnfin, le Sureau yèble est une plante vivace, à
Fig. 212.
Diagramme
de la fleur
du Sureau.
tiges annuelles herbacées, hautes d'un mètre; ses fleurs blanches ont l'odeur d'amande amère. Les Viornes diffèrent principalement des Sureaux par leurs feuilles entières ou dentées. La Viorne cotonneuse (Viburnum Lantana) ou Mancienne a des feuilles dentées et velues en dessous, des fleurs blanches en corymbes plans terminaux ; le fruit est une petite drupe noire. La Viorne obier a des feuilles trilobées et des fleurs en corymbes plans : celles du centre, petites, régulières et fertiles ; celles du pourtour, stériles, rayonnantes et à grande corolle irrégulière; les fruits sont d'un rouge vif. Par la culture, cette plante a donné la Boule-deneige, à fleurs entièrement stériles et à inflorescences globuleuses. Dans la région méditerranéenne, ces deux Viornes sont remplacées parla Viorne-tin, dite à tort Laurier tin, à feuilles persistantes.
Valérianacées. — La Valériane officinale ou Herbe aux chats est commune dans les bois humides. Sa haute tige fistuleuse porte des feuilles opposées très découpées et se couronne en juin de fleurs rosées, groupées en corymbes de cymes et dont la composition est la suivante : calice à un ourlet; corolle tubuleuse, un peu bossue à la base et à cinq divisions presque égales; trois étamines insérées sur la corolle; ovaire adhérent à trois loges; pour fruit, un akène couronné d'une aigrette plumeuse, qui est l'ancien calice. De toute la plante se dégage une odeur spéciale qui semble très appréciée par les chats; ils se roulent, en effet, sur le sol autour de ces plantes avec une sorte de frénésie. La racine est employée en médecine. Le Centranthe rouge ou Valériane rouge, Lilas d Espagne, est commun sur les vieux murs ; c'est une jolie plante à étamine unique. La rosette foliaire de plusieurs Valérianelles, petites herbes annuelles, se mange en salade sous les noms de Mâche, Doucette, Boursette, etc.
Les Valérianacées se rattachent aux Caprifoliacées; elles en diffèrent notamment par leur fruit à une seule graine et par l'avortement d'un nombre variable d'étamines (1-2-4).
Rubiacées. — Les Rubiacées forment une grande famille naturelle voisine des Caprifoliacées, dont elles ne diffèrent que par les feuilles stipulées et l'ovaire à deux carpelles. Les feuilles, simples et entières, sont opposées ; les fleurs, hermaphrodites et régulières, à calice peu visible ; le fruit est variable. Cette famille tire son nom des matières colorantes rouges que renferment plusieurs de
LA CLASSIFICATION BOTANIQUE
Chèvrefeuille des bois.
Viorne tin en fruits.
Valériane officinale en fleurs.
ses espèces et principalement la Garance (Rubia) [fig. 2141; on la divise en trois tribus : les Galiées, qui ont les carpelles à un seul ovule et les stipules foliacées; les Cofîées, qui en diffèrent par leurs stipules membraneuses; enfin, les Cinchonées, aux stipules membraneuses et aux carpelles renfermant plusieurs ovules.
Le Gaillet vrai (Galium) ou Caille-lait jaune, type des Galiées, est une herbe vivace de nos prés ; ses feuilles sont, en apparence, verticillées par six à douze. Les fleurs, petites, d'un jaune franc, ont les pièces par quatre, à corolle étalée en roue. A côté du Gaillet jaune, on trouve le Gaillet croisette, à fleurs jaunâtres ; le Gaillet Mollugine, à fleurs blanches, et le Gaillet grateron, à tiges couvertes d'aiguillons.
Les Aspérules, comme la jolie Aspérule odorante de nos bois, ou Petit Muguet, diffèrent des Gaillets par leur corolle nettement tubuleuse. Les Garances ont leurs pièces florales par cinq et leur fruit est une baie (au lieu d'akènes).
Les principales Cofféées sont les Caféiers et les Céphélides. Les Caiéiers, originaires d'Afrique pour la plupart, sont des arbrisseaux à feuilles persistantes, à fleurs blanches odorantes, disposées en glomérules à l'aisselle des feuilles. L ovaire est arrondi et surmonté d'un style simple, avec stigmate bifide. Le fruit ou « cerise » est une drupe rouge renfermant deux graines à albumen corné. Le Céphélide ipécacuanha, de 1 Amérique du Sud, est un petit arbrisseau dont les racines constituent l'ipéca officinal, qui renferme un principe vomitif, l'émétine.
Les Quinquina, types de la tribu des Cinchonées, sont des arbrisseaux ou de grands arbres originaires des Andes de l'Amérique tropicale ; leurs feuilles sont entières et pétiolées ; les fleurs, odorantes, blanches ou purpurines, à corolle longuement tubuleuse, sont groupées en panicules terminales ; le fruit est une capsule oblongue renfermant de nombreuses graines. Les propriétés fébrifuges de l'écorce de Quinquina sont bien connues. Enfin les Bouvardia et les Gardénia sont de jolies plantes ornementales.
Dipsacées. — Étudions la Cardère sauvage (Dipsacus), haute plante bisannuelle des lieux incultes. Des aiguillons couvrent sa tige ferme et cannelée, hérissent la nervure médiane et les bords de ses feuilles, garnissent le capitule ovoïde de ses fleurs. Ses feuilles opposées sont soudées à leur base en une sorte de réservoir dans lequel s'accumulent la rosée et l'eau des pluies, ce qui justifie les noms vulgaires de Cabaret des oiseaux et Baignoire de Vénus, tandis que les épines de son capitule lui ont fait donner le nom beaucoup moins poétique de Peigne-veau. Le capitule est entouré par un involucre de bractées raides, et chaque fleur par un involucelle, spécial à cette famille. La fleur comprend un calice à quatre angles, une corolle tubuleuse bilabiée, à quatre pétales blancs ou lilas, quatre étamines saillantes; un ovaire adhérent, à une seule loge uniovulée; les fruits sont des akènes surmontés d'une aigrette.
La Cardère à foulons, dite aussi Chardon à foulons, est moins armée; elle sert encore à carder les draps minces. Non épineuses et différentes des Cardères par l'aspect, sont les Scabieuses de nos prés, aux gracieux capitules de fleurs violettes, blanches ou roses.
Les Dipsacées ont de grandes affinités avec les Valérianacées ; elles s en distinguent par leur inflorescence et leur ovaire à une loge ; elles sont encore plus voisines des Composées.