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VIII. - DIALYPÉTALES SUPÉROVARIÉES

Les Dicotylédones dialypétales forment un ordre extrêmement vaste comprenant environ soixante-dix familles. Nous les diviserons d'abord en deux grands groupes : celles dont l'ovaire est libre ou supère ; celles dont l'ovaire est adhérent ou infère. Nous commencerons par les Dialypétales supérovariées, que nous ramènerons aux huit familles types énumérées dans le tableau ci-dessous, et autour desquelles nous grouperons toutes les autres familles :

Renonculacêes.

Étamines insérées sur le réceptacle ou thalamus ( ThaLA- MIFLORES).

Étamines nombreuses (polystémones).

Étamines nombreuses par ramification

(méristémones) Maivacées.

Fleurs à placentation pariétale. . . . Cistacées.

Étamines en 2 vertîcîlles, de 5, en général (diplostémones). Géran lacées et Rutacées.

4 ou 5 étamines en 1 seul verticille (iso-

stémones) Rhamnacées.

Étamines insérées sur le calice (Calioflores). Légumineuses et Rosacées.

LES RENONCULACÊES

Les Renoncules (fig. 232 et 233) sont des herbes à feuilles découpées, à fleurs régulières pourvues d'un calice à cinq sépales verts et d une corolle à cinq pétales libres; les multiples étamines, libres, insérées sur le réceptacle, s'ouvrent vers la périphérie de la fleur (extrorses). Au centre est un pistil à nombreux carpelles, dont chacun renferme un seul ovule et donne à sa maturité un akène. Les Renoncules vivent de préférence dans les endroits frais, humides. La plupart des espèces terrestres ont les pétales d'un beau jaune qui leur a fait donner le nom de Boutons d'or. Quelques espèces aquatiques, à feuilles découpées en fines lanières, parent au printemps les fossés et les rivières de leurs innombrables fleurs blanches. Très voisine des Boutons d'or est la Ficaire fausse renoncule, abondante dans les bois humides.

Les Anémones sont caractérisées par un involucre ou collerette de trois feuilles découpées qui protège le bouton floral avant son épanouissement. Les fleurs sonj isolées, régulières, mais à une seule enve-

akénes

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Fij<. 232.

Coupe de la fleur

de

Bouton d'or.

loppe, blanche chez l'Anémone des bois ou Sylvie, violette chez la Pulsatille, jaune chez ['Anémone renoncule, de couleur variée, enfin, chez Y Anémone couronnée (Anémone de Caen) du midi de la France, qui est une plante horticole importante. Une mention spéciale doit être faite de l'Anémone du Japon, grande et belle plante d ornement, fleurissant à l'arrière-saison.

L Hépatique à trois lobes est proche parente des Anémones. Les Adonis, qui ornent les moissons de leurs fleurs écartâtes, en diffèrent par la présence d'une double enveloppe florale.

Alors que toutes les autres Renonculacêes ont des feuilles alternes, les Clématites ont des feuilles opposées et, chez la plupart des espèces, les fleurs n'ont qu'une seule enveloppe. Ce sont des arbustes à tige sarmenteuse, grimpant à l'aide du pétiole enroulable de leurs feuilles. La Clématite Vigne blanche couvre les haies en été de ses fleurs blanches, et en automne de ses fruits plumeux à longue aigrette disséminatrice ; en forêt elle parvient parfois jusqu au sommet des arbres, et laisse pendre de tous côtés ses lianes flexibles. Pour orner les balcons et couvrir les murailles, on utilise les Clématites à grandes fleurs (patens), dont le périanthe, de nuances variées, atteint jusqu'à 1 5 centimètres de diamètre.

Toutes les espèces qui précèdent ont pour fruits de nombreux akènes et leurs fleurs sont régulières. Chez les Elléborées, le fruit consiste en un petit nombre de follicules et, suivant les genres, la fleur est régulière ou irrégulière. Les Ellébores ont de larges feuilles divisées, des fleurs régulières comprenant cinq grands sépales, verts chez l'Ellébore fétide ou Pied de griffon, d'un blanc rosé chez Y Ellébore noir ou Rose de Noël ; Y Ellébore d'Orient, qu on trouve en Grèce et en Turquie, passait autrefois pour guérir la folie. Dans ce genre, les pétales sont petits, peu apparents, verts et en cornet. A côté des Ellébores se placent la Nigelle de Damas, du midi de la France, à la fleur somptueuse, entourée d'un involucre finement découpé, et la Nigelle des champs, aux fleurs d'un bleu clair; chez les Nigelles, la beauté de la fleur est due aux cinq sépales pétaloïdes, car les pétales sont très courts. Il en est de même chez le Caliha

Fi£. 233. — Fruit de Renoncule et coupe grossie d'un akène.

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Anémone du Japon.

Adonis d'automne.

Groupe de Pivoines.

des marais ou Souci d'eau, Populage, aux larges sépales d'un jaune d'or. L Ancolie vulgaire (Aquilegia) est une des plus belles plantes de nos bois; ses fleurs régulières ont cinq sépales bleus, cinq pétales bleus recourbés en corne d'abondance ; les étamines nombreuses entourent le pistil à cinq carpelles.

Les Dauphinelles et les Aconits ont des fleurs irrégulières. La Dauphinelle consolide ou Pied-d'alouette présente cinq grands sépales, dont le supérieur se prolonge en un long éperon ; il y a deux pétales postérieurs soudés en un seul, qui forme un éperon inclus dans celui du calice; par exception il n'y a qu'un carpelle. L'Aconit napel de nos régions montagneuses a cinq grands sépales bleus, dont le supérieur est en forme de casque. Chez les Pivoines, les anthères non extrorses s'ouvrent non vers le centre de la fleur, mais latéralement.

La famille des Renonculacées renferme des plantes très différentes par leurs organes végétatifs et floraux ; elle est hétérogène. Les caractères communs sont en petit nombre : pétales séparés, étamines nombreuses, libres, insérées sur le réceptacle et à anthères s'ouvrant presque toujours vers la périphérie de la fleur, ovaire libre, fruit sec. Toutes renferment un suc acre, vénéneux. Les Renonculacées n'ont d'importance que pour l'ornementation des jardins.

Magnoliacées ; Anonacées. — Les Magnoliacées et les Anonacées sont voisines des Renonculacées, mais à pièces florales disposées par trois et non par cinq : calice à trois sépales, corolle à six pétales disposés suivant deux cercles concentriques; le fruit est variable ; l'albumen de la graine est ruminé dans les secondes.

Les Magnoliacées sont des plantes ligneuses, souvent aromatiques, à feuilles alternes, coriaces, à grandes fleurs régulières. Les Magnolia, beaux arbres d'ornement, originaires de l'Asie et de l'Amérique, ont des fleurs abondantes blanches ou roses, agréablement parfumées. Le Tulipier de Virginie ou Liriodendron est un arbre superbe, qui peut atteindre jusqu'à 40 mètres de haut; ses feuilles, tronquées à leur extrémité libre, ont une forme curieuse ; ses grandes fleurs d'un jaune verdâtre rappellent un peu celles des Tulipes. Le Badianier de Chine ou Anis étoile (lllicium vrai) est un arbrisseau commun en Extrême-Orient. Ses fruits, qu'il ne faut pas confondre avec ceux de l'Anis vert, Ombellifère cultivée en France, sont formés par huit à douze capsules à une graine s ouvrant vers le haut et groupées en une étoile.

Les Anonacées sont des plantes ligneuses des pays tropicaux ; leur fruit est formé de baies, souvent comestibles, soudées ensemble. Diverses espèces à'Anones ou Corossoliers fournissent l'anone, la pomme-cannelle ou atte, le cherimolia, grosses baies composées, ovoïdes, dont la pulpe crémeuse et parfumée possède une saveur délicieuse (Voir planche en couleurs des FRUITS EXO- TIQUES). Des fleurs du Canang odorant ou Arbre à ylang-ylang, cultivé dans tout le sud de l'Asie, on retire un parfum estimé.

Ménispermacées, Berbéridacées. — Ces deux familles se relient intimement aux deux précédentes par leurs pièces florales disposées par trois; mais ici le calice est à six pièces, comme la corolle. Chez les Ménispermacées, chaque carpelle ne contient qu'un ovule ; il en renferme plusieurs chez les Ebrbéridacées.

Les Ménispermacées ont de petites fleurs unisexuées ; le fruit est formé de drupes multiples. Citons le Ménisperme du Canada, arbrisseau grimpant ornemental ; les Jatéorhizes, dont une espèce fournit une racine tonique et astringente nommée Colombo, employée contre la dysenterie; enfin YAnamirte cocculus, liane des Indes, dont les fruits ou coques du Levant, de la grosseur d'un pois, sont très toxiques.

Les Berbéridacées nous ramènent à la flore des pays tempérés. Cette famille renferme les Vinëttiers ou Berberis, qui sont des arbrisseaux épineux à feuilles simples. Notre espèce indigène, le Vinettier commun ou Épine-vinette, a des fleurs petites, régulières, jaunes, à six sépales et six pétales, et groupées en grappes pendantes. Leurs anthères s'ouvrent vers le centre de la fleur par de petits clapets se soulevant de bas en haut (fig. 57, C). L'Épinevinette forme des haies fleuries au printemps, garnies de fruits rouges à l'automne ; on doit l'exclure du voisinage des terres à Blé, car le Champignon qui produit la rouille des céréales (p. 60) accomplit une de ses phases parasitaires sur ses feuilles. Des fruits de l'Lpine-vinette on fait, à Chanceaux, près de Dijon, des confitures renommées. Dans les jardins, plusieurs Vinëttiers jouent un rôle décoratif, ainsi que les Mahonia et les Êpimèdes.

Myristicacées. Lauracées. — Les Myristicacées peuvent se rattacher aux Ménispermacées par la conformation de leurs fleurs, mais celles-ci sont dépourvues de corolle. Le genre Muscadier (Myristica), qui forme à lui tout seul cette famille, comprend des arbres des pays chauds, à fleurs unisexuées dioïques, à feuilles alternes entières. Le plus utile est le Muscadier aromatique.

Les Lauracées se relient intimement aux Berbéridacées, mais leur corolle, semblable au calice, est formée d'un seul verticille de trois pièces (ou deux). Toutes, sauf le Laurier commun, sont des arbustes ou des arbres aromatiques des régions tropicales. Les feuilles sont coriaces et persistantes, le fruit est une baie, les anthères s'ouvrent par des clapets, comme celles des Vinëttiers. Le Laurier commun ou Laurier noble, consacré jadis à Apollon, est un arbre de la région méditerranéenne; ses fleurs sont petites, blanc jaunâtre; ses fruits sont des petites baies d'un bleu noirâtre; les feuilles, simples, servent en cuisine pour les assaisonnements.

Le Cannellier ou Cinnamome de Ceylan atteint 10 mètres: son écorce est utilisée comme épice ; le Camphrier de Chine ou Cinnamome Camphrier est un grand arbre à petites feuilles dentées : on en retire le camphre par distillation ; le Sassafras habite l'Amérique du Nord ; enfin l'Avocatier ou Persea de l'Amérique du Sud est cultivé pour son fruit excellent, la poire-avocat, grosse baie pyriforme, verte ou violette (Voir PLANCHE EN COULEURS).

Nymphéacées. — Cette famille comprend des plantes aquatiques caractérisées par le grand nombre de leurs pièces florales disposées suivant une spirale régulière. Ce sont des plantes nageantes, fixées au sol par un rhizome ; il en part de grandes feuilles à long pétiole, à limbe arrondi, ferme, étalé à la surface de l'eau ; plus tard apparaissent de grandes fleurs solitaires.

En été, nos étang et nos rivières sont égayés par le Nénuphar jaune {Nuphar luteum), dont les fleurs ont un calice formé de cinq

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LA CLASSIFICATION BOTANIQUE

Laurier noble.

longs sépalesd'un jaune foncé, entourant dix petits pétales, et le Nénuphar blanc (Nymphœa alba), dont les fleurs comptent quatre sépales verts à l'extérieur et blancs en dedans, un grand nombre de pétales blancs, puis d étamines soudées par leur base à un ovaire à plusieurs loges. Le fruit, dans les deux genres (Nuphar et Nymphcea), est une capsule ventrue. On connaît une vingtaine d'espèces de Nymphœa dont certaines sont de superbes plantes d'ornement , par exemple le Nymphaza rose de l'Inde orientale, le Numphœa bleu d'Egypte et le Nymphœa rouge de l'Inde.

Les plantes aquatiques connues sous le nom de Lotus étaient sacrées chez les Égyptiens de l'antiquité. Elles apparaissent, en effet, au moment de l'inondation périodique du Nil et annoncent la fécondité du sol ; de plus, par l'immersion de leurs fleurs, chaque soir quand le soleil se couche, et par leur émersion matinale, elles semblent en relation mystérieuse avec l'astre du jour. Les graines et les rhizomes de ces plantes jouaient un rôle important dans l'alimentation. Ce nom de Lotus a été appliqué à des plantes de genres différents; ainsi le Lotus blanc et le Lotus bleu des anciens Egyptiens sont des Nymphœa : le premier est le Nymphœa lotus, le second le Nymphœa stellata ou Nénuphar bleu.

Le nom de Lotus s'applique aujourd'hui aux Nélombo, qui diffèrent des Nymphaea par leurs feuilles en forme de coupe, dépassant de beaucoup la surface de l'eau. On en connaît deux espèces : le Nélombo d'Orient (Nelumbium speciosum) ou Lotus rose, de l'Inde et de l'Extrême-Orient, et le Nelombo jaune (N. luteum), de l'Amérique du Sud (Voir PLANCHE EN COULEURS).

La Victoria royale, de l'Amérique du Sud, est une merveille végétale. Ses feuilles ont leur face inférieure couverte de nervures saillantes, hérissées, ainsi que le pétiole, de puissantes épines défensives de 2 centimètres de largeur. A leur naissance, les feuilles ressemblent à un hérisson enroulé ; peu à peu elles s'étalent, mais leurs bords restent relevés de quelques centimètres, formant une sorte de nacelle qui, grâce aux lacunes du pétiole et du limbe, peut supporter sans couler un poids considérable. Les feuilles ont jusqu'à 2 mètres de diamètre, et les fleurs 30 à 40 centimètres ; ces dernières, blanches au moment de 1 épanouissement, deviennent roses, tournent au rouge cramoisi. Ce sont des fleurs nocturnes; elles s'ouvrent le soir vers cinq heures, exhalent pendant la nuit une odeur pénétrante, se ferment le lendemain matin (dix heures) pour se rouvrir le soir suivant; elles sont flétries le matin du second jour. Les fleurs fécondées s'enfoncent au-dessous de l'eau pour y mûrir un fruit globuleux de 0"',15 de diamètre, rempli de graines farineuses.

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