‹ Les plantesChapitre 81 sur 115 · F. Faidcau · texte numérisé non relu

F. Faidcau

heures des hectares de boisement. En France, les incendies sont fréquents, en été, dans la forêt de Fontainebleau, dans celles des Landes et de l'Estérel, où dominent les résineux.

Au Canada et aux Etats-Unis, après de longues périodes de sécheresse, de terribles incendies se produisent qui détruisent des surfaces boisées plus grandes que la France. Au printemps suivant, autour des troncs noircis, apparaît toute une végétation qu on ne soupçonnait pas : herbes, Groseilliers, Framboisiers sauvages, puis, au bout de quelques années, pointent des Peupliers, des Merisiers, des Saules, des Hêtres, aux tiges élancées, couvertes d'une végétation d'un vert tendre. Sous leurs branches se dresse bientôt une pépinière de jeunes Conifères qui, au bout de cinquante ans, dépassent et étouffent les arbres à feuilles caduques ; après cent ans, les Conifères restent maîtres du terrain.

Exploitation des forêts. — La sylviculture est l'art d'aménager et d'exploiter les forêts au mieux des intérêts présents et à venir.

On distingue trois modes principaux d'aménagement : le taillis, la futaie et le taillis sous futaie. Dans le taillis, la régénération repose sur les rejets que fournissent les souches ou les racines des arbres abattus ; ce régime ne s'applique qu'aux essences feuillues, les Conifères ne produisant pas de rejets; le taillis ne fournit guère que du bois de feu. Dans l'aménagement en futaie, la régénération repose sur les jeunes plants venus naturellement de graines tombées ou provenant de semis. Les arbres sont exploités tous les cent ans, par exemple. On éclaircit de temps à autre pour favoriser les essences précieuses, enlever les bois blancs, nettoyer les morts-bois: Epines, Ronces, Troènes, etc. A ce régime, la forêt s'améliore, fournit régulièrement du bois d'œuvre et assure les besoins des générations futures. Enfin, le taillis sous futaie est un régime bâtard qui réunit en partie les avantages des deux modes précédents.

Abatage du bois. — Tout domaine boisé est divisé en triages exploités successivement par périodes de dix, vingt ans ou plus. Lorsque la coupe d'un triage est vendue, les bûcherons viennent y construire leur hutte, composée d'une charpente sommaire qui soutient des murs en épaisses mottes de terre et un toit en carton goudronné. La maison bâtie, le travail commence. Il a lieu surtout de novembre en avril, alors que les tissus végétaux contiennent moins de sève et sont, par suite, moins sujets à l'altération.

D'un seul coup de sa cognée, le bûcheron abat des tiges plus grosses que le bras ; sa femme taille, ébranche, met en tas le menu bois. Les « vieilles écorces » demandent plus de préparatifs et exigent plus d'effort ; on scie parfois, au préalable, leurs maîtresses branches que la

Abatage d'un Séquoia, en Californie

chute fracasserait ; on attache de forts cordages dans la couronne ; on les sape au pied à la hache, ou on les tronçonne à la scie à main dite passe-partout ; quand l'entaille est assez profonde, on provoque la chute et on la dirige en tirant sur les câbles. Dans les grandes exploitations forestières, l'abatage est mécanique. Une chaudière verticale montée sur un chariot, et dont le foyer s alimente avec les déchets de bois, fournit la vapeur au moteur de la scie par l'intermédiaire d'un long tuyau métallique flexible.

Quand la coupe est avancée, de nouveaux ouvriers scient les bois

de feu, font des fagots, écorcent, façonnent des pieux, etc. Quant

au gros bois d'œuvre, il est conduit à la scierie où il sera débité.

Transport du bois. — Les modes de transport du bois à la scierie, à l'usine où il sera mis en œuvre ou simplement à la gare la plus proche, sont variables avec les régions, les distances à parcourir et les dimensions des billots. En pays de montagne on utilise le lançage dans des rigoles semi-cylindriques revêtues de bois, ou bien le schlittage, comme dans les Vosges et la Forêt Noire. La schlitte est un traîneau allongé dont les patins relevés en avant forment deux brancards entre lesquels se place le schlitteur pour diriger et modérer l'allure. Ce traîneau chargé de bois glisse sur une voie spéciale, le chemin de schlitte, établie sur des chevalets en bois et formée de troncs parallèles dans lesquels sont encastrés des rondins de bois qui fournissent un appui au traîneau et contre lesquels s'arc-boute le schlitteur poussé par l'énorme fardeau. En Transylvanie, d'importantes exploitations ont établi des chemins de fer funiculaires ou un système de câbles porteurs. Dans les forêts à sol plat, à défaut d'un petit chemin de fer menant les billots à la scierie, on pratique le traînage à bras d'homme sur chemin de rondins, comme en Afrique, ou par des bêtes de trait jusqu'aux chemins forestiers; on charge ensuite les grosses pièces sur de gigantesques fardiers.

Partout où des cours d'eau sont à proximité, comme en France, dans le Morvan, on utilise, de préférence, le flottage, très économique. Dans les petites rivières torrentueuses, c'est le flottage à

bâches perdues, lancées isolément, suivies et surveillées dans leur parcours par des hommesqui longent les bords, enfin recueillies dans un endroit calme ou port. Dans les rivières navigables, c'est le flottage en trains: les morceaux de bois, reliés solidement, constituent des sortes de radeaux que guident des hommes armés de longues perches. Sur les rivières des États-Unis et du Canada flottent des trains de bois d'un volume extraordinaire. Le train gigantesque que montre l'une de nos gravures a été photographié près de Minnéapolis; il occupe presque toute la largeurdu Mississipi, a une épaisseur de 1 0 à 1 2 mè-

très et représente 5 à 6 millions de mètres cubes ; beaucoup de bûches sont soulevées en l'air par la pression.

Des lettres et marques permettent à chaque propriétaire de reconnaître son bien. Aux États-Unis, on pratique aussi parfois le flottage par mer, en trains énormes, tirés par deux remorqueurs qui les conduisent d'un point forestier de la côte du Pacifique jusqu'à San-Francisco.

Débitage du bois. — Avant d'être débité, le bois est desséché en plein air ou sous un hangar par simple empilage. La dessiccation exige plusieurs années ; on opère

plus rapidement à l'étuve, mais le résultat n'est pas toujours aussi bon. Une fois sec, le bois, suivant l'usage auquel on le destine, est équarri à la hache en supprimant l'aubier, ou bien débité en madriers, poutrelles, chevrons ou planches. L'emploi de la scie à main manceuvrée par des scieurs de long est rare aujourd'hui en Europe ; les scieries possèdent un matériel perfectionné qui opère plus vite et à meilleur compte. Des scies à mouvement alternatif, comprenant plusieurs lames montées sur un châssis, découpent dans un tronc d'arbre, en une seule opération, autant de planches qu'on le désire. Les scies circulaires, composées d'un disque d'acier denté, et les scies à ruban sont d'un usage courant. Des raboteuses mécaniques, des machines à percer, à moulurer, à mortaiser, à tourner complètent parfois le travail du sciage et permettent de fournir à l'industrie des bois déjà presque façonnés.

Déchets de scierie. — Dans les usines façonnant le bois, les copeaux et la sciure s'entassent en monticules énormes. En France, on n'en tire généralement que peu de parti ; il n'en est pas de même en Suède, en Allemagne, aux Etats-Unis. Grâce à des grilles spéciales, on les utilise pour le chauffage des chaudières à vapeur et des étuves à dessiccation du bois. On les distille dans des cornues pour en obtenir un gaz propre à l'éclairage ou générateur de force motrice; par mélange avec du goudron ou de la résine, puis compression, on en fait des briquettes ou des allume-feu. La sciure est utilisée pour le filtrage des huiles épurées, pour l'épuration chimique du gaz d'éclairage comme corps divisant du mélange du sulfate ferreux et de chaux hydratée, comme substance absorbante sur les planchers, ou comme litière dans les écuries, comme matière d emballage, comme substance isolante pour conserver les oignons à fleurs, pour empêcher la fusion de la glace. Pétrie avec du ciment, du sable, elle entre dans la confection des agglomérés pour cloi-

Schlitteurs dans une forêt des Vosges.

sons ; les industries chimiques l'utilisent pour la fabrication de l'acide oxalique. On en retire de l'alcool : dans un digesteur, sous l'action d une solution d acide sulfureux, la cellulose est transformée partiellement en sucre qu'on fait fermenter. Les rognures de bois, surtout celles de Pin, traitées par des machines spéciales, donnent des copeaux fins et menus qui, sous le nom de laine de bois, sont très employés pour les emballages, la literie, la bourrellerie, la tapisserie, la filtration.

Bois de chauffage. — Les bûches marchandes pour le chauffage sont fournies par des arbres âgés d environ trente ans ; les branches trop courtes ou trop minces sont groupées en fagots ou débitées en margotins. Une grande partie du bois brûlé à Paris vient des forêts du Morvan. Au printemps qui suit la coupe, les rondins, après un marquage spécial à chaque négociant, sont lancés dans les ruisseaux de la région, grossis par une masse d'eau envoyée à dessein du lac des Settons ; la « courrée » les entraîne jusqu'à Clamecy, sur 1 Yonne, ou à Vermenton, sur la Cure. Les bûches sont triées d'après leurs marques et chargées sur des chalands.

Les bois de chauffage se divisent en bois durs ayant une densité supérieure à 0,7, comme Hêtre, Chêne, Érable, Frêne, Orme, Charme; en bois tendres : Bouleau, Aune, Tilleul, etc., et en bois résineux, comme Pin et Sapin. A volume égal, les bois durs donnent plus de chaleur que les bois tendres ; à poids égal, il n'en est plus ainsi : le Tilleul tient la tête pour le pouvoir calorique, suivi de près par l'Orme, le Pin, l'Érable et de plus loin par le Chêne et le Hêtre.

Charbon de bois. — Deux procédés principaux sont employés pour la carbonisation du bois : celui des meules, sur place en forêt, et celui des cylindres ou de distillation en vase clos dans des usines spéciales.

Au centre de 1 emplacement choisi pour construire la meule, les charbonniers enfoncent quatre perches verticales qui limitent une cheminée de 30 centimètres de diamètre ; puis, autour, ils dressent quatre à cinq étages de rondins hauts de 60 centimètres ; des canaux horizontaux communiquant avec la cheminée sont ménagés entre les couches. La meule est ensuite recouverte de mousse, de terre ou de gazon, sauf 1 orifice central, par lequel on lance du bois enflammé. Quand au bout de quelques heures la fumée, d'abord noire, devient bleuâtre et transparente, le charbonnier bouche la

Transport de deux troncs par un « diable ».

Flottage du bois par un fleuve, aux États-Unis.

UTILITE DES VEGETAUX

Transport de grosses sections de troncs d'arbres par chemin de fer, aux Etats-Unis.

cheminée et creuse avec un bâton des évents pour l'arrivée de l'air; il les bouche quand la fumée devient transparente, puis ouvre des évents au-dessous des premiers, et ainsi de suite. La carbonisation des 1 50 stères de bois d'une meule dure de douze à quinze jours; le rendement en charbon est de 21 à 24 pour 100.

Après refroidissement, la meule est démolie, le charbon criblé grossièrement et mis en sacs; il est utilisé pour les besoins du ménage ou en métallurgie pour la production du fer de première qualité.

La carbonisation en cylindres, par distillation, donne comme rendement 27 pour 100 d'un charbon léger, homogène, recherché pour la fabrication des poudres explosives, pour le filtrage, la réduction des métaux, comme désinfectant et absorbant des gaz en médecine, mais il brûle trop vite dans les fourneaux. La distillation des rondins a lieu dans des cylindres de tôle; les gaz se condensent dans des serpentins réfrigérants en donnant du goudron et un liquide, l'acide pyroligneux. Le goudron est employé à injecter les bois ou bien on en retire des produits pharmaceutiques. Uacide pyroligneux, saturé par la chaux et distillé, donne, d'une part, des produits volatils, l'alcool méthylique ou esprit de bois et l'acétone qui se condensent et, d'autre part, de l'acétate de chaux qui reste dans la chaudière. L,'esprit de bois est employé pour le chauffage et dans l'industrie chimique; traité de façons spéciales, il donne le chloroforme, l'iodoforme, le chlorure de méthyle. L acétone est utilisé comme dissolvant dans la fabrication des couleurs d aniline et des poudres sans fumée.

Quant à l'acétate de chaux resté dans la chaudière, on le traite par l'acide sulfurique et on obtient de Y acide acétique, propre à fabriquer les acétates de fer, d'alumine et de chrome employés comme mordants en teinture, ou bien on lui ajoute la moitié de son volume d'eau et il constitue l'essence de vinaigre; celle-ci, diluée, peut servir de vinaigre de ménage.

Notons encore que de la distillation des souches et racines de

Sapin on retire, en Suède, Xhuile de bois, utilisée pour l'éclairage, et que la distillation du goudron de Bouleau fournit une huile renfermant un principe employé pour aromatiser le cuir de Russie.

Bois de construction. — Sous ce nom, on réunit les bois de marine pour les constructions navales et les bois de charpente pour les constructions terrestres. Depuis la première pirogue, le bois fut d'abord uniquement employé pour la construction navale. Vers 1860, apparurent dans les grands navires les armatures en fer, avec bordage en bois et doublage en cuivre. Le fer et l'acier ont aujourd'hui complètement supplanté le bois dans la construction navale, sauf pour les navires d'un faible tonnage. Le Chêne est, par excellence, le bois de membrure, c'est-à-dire celui qui forme le squelette de la coque; il sert aussi pour le bordé, concurremment avec le Pin, le Sapin ou le Hêtre. Les Pins et les Sapins du Nord, à croissance lente, bien droits, résistants, élastiques, forment la mâture. Le bois de Teck, du Siam, de Birmanie, de Cochinchine et de Java est très apprécié pour la construction des navires de plaisance; il est à la fois léger, dur et très résistant, assez facile à travailler ; il ne se laisse pas attaquer par les tarets ; il est presque incorruptible dans l'eau.

Le bois forme presque entièrement de nos jours, et non parfois sans élégance, le chalet suisse ou norvégien, l'isba russe, la maison canadienne, chinoise ou japonaise. Dans nos demeures modernes, sa part est considérable : planchers, escaliers, cadres des portes, etc. Le Chêne est, par excellence, le bois de charpente; on utilise aussi le Châtaignier, le Hêtre et, de plus en plus, le Sapin.

Traverses, poteaux, pilotis. — On a pu dire avec raison que les chemins de fer sont, avant tout, des chemins de bois ; il faut, en effet, pour soutenir et fixer les rails, une traverse de mètre en mètre. Les traverses en Chêne et surtout en Hêtre créo-

ci. iH- 11, tvipper Une scierie mécanique dans le département de l'Yonne.

Déchargement du bois de Norvège dans un port français.

Fabrication du charbon de bois : Construction d'une meule et ouverture des évents dans une meule terminée.

soté sont les plus employées. Heureusement pour nos forêts, les traverses en acier commencent à devenir d'un usage courant.

Les forêts des Landes de Gascogne fournissent les poteaux télégraphiques en Pin maritime. Il faut encore citer les étais de mine en Pin, Chêne ou Aune, dont la consommation est formidable, et les grands pieux pour pilotis.

Les bois s'altérant rapidement à l'air humide, on leur assure une plus longue durée soit par simple revêtement de goudron ou de créosote ou par carbonisation superficielle, soit surtout par pénétration de ces corps antiseptiques en vase clos et sous pression. Le procédé Boucherie, employé pour l'injection des poteaux télégraphiques, se pratique sur des arbres récemment abattus et encore en sève ; le tronc est couché, le pied un peu plus haut que la cime. Une solution de sulfate de cuivre contenue dans un réservoir élevé descend sous pression dans un manchon imperméable, chasse la sève et la remplace.

Pavage en bois. — Depuis l'année 1883, le pavage en bois a pris un grand développement en Angleterre et en France. A Paris, une usine municipale fabrique 25 millions de pavés par an. Les trois quarts de sa production sont alimentés par le Pin des Landes, puis viennent le Sapin du Nord, le Mélèze, le Pin sylvestre et, pour une part beaucoup moins grande, !e Teck, le Chêne, le Hêtre et aussi le Karri et le Jarrah, qui sont des Eucalyptus d'Australie.

Tous ces bois arrivent à l'usine en madriers de 2 mètres de long sur une section de 0m,22 X 0"',08. Ces madriers sont placés sur une chaîne sans fin, munie de galets de guidage et de râteaux fixateurs, qui les conduit vers une tronçonneuse à dix-sept scies circulaires disposées en trois groupes. Les pavés arrivent au culbuteur, formé de plans inclinés, et tombent sur des tables, d'où des wagonnets les portent à la salle de créosotage. Une autre machine intéressante est Yébarbeuse, qui rectifie les arêtes détériorées des pavés de bois usagés avant de les remettre en service.

Bois de fente. — Les bois de fente sont ceux qui sont fendus dans le sens du fil. L'ouvrier travaille en forêt, abrite son chevalet et lui-même sous une hutte faite de quelques perches et recouverte de lanières d'écorce ; ses outils sont la serpe et la plane; ses matières premières, le Chêne et le Châtaignier. Les pieux pour clôtures sont coupés à la longueur voulue, écorcés et appointis; si le diamètre est trop grand, le morceau est fendu en deux ou trois fragments; en le fendant encore à plusieurs reprises, on le transforme en échalas. Les lattes pour treillages, clôtures, toitures, etc., exigent, de plus, un dressage des faces à la plane.

Le cercle pour tonneau se fait avec le Châtaignier garni de son écorce ; les plus grands ont 7 mètres de long, c'est-à-dire environ

2 mètres de diamètre, car les extrémités se recouvrent pour le ligaturage à l'osier. L'industrie du cercle est prospère en Seine-et- Oise, dans le Limousin et le midi de la France. Les merrains sont des planches de Châtaignier ou de Chêne débitées sur du bois encore vert, sans nœuds et ne pouvant communiquer de mauvais goût aux liquides. Le Saule, le Mûrier blanc, le Frêne et plusieurs sortes de bois tendres servent à confectionner les tonneaux d'emballage pour matières sèches. La tonnellerie mécanique a aujourd hui une grande importance.

Menuiserie, carrosserie. — La menuiserie utilise les bois de sciage les plus divers : durs, tendres ou résineux. La menuiserie en bâtiment consomme la plus forte quantité de bois, tant pour les ouvrages appliqués aux parois : panneaux, plinthes, moulures, montants, portants, etc., que pour les ouvrages mobiles : portes, fenêtres, volets. Les meubles de cuisine se font en Hêtre, Chêne ou Sapin ; les caisses d'emballage, en Peuplier ou Sapin. La menuiserie des jardins confectionne les coffres et châssis, caisses à fleurs, treillages pour berceaux et tonnelles. La menuiserie de voiture comprend la charronnerie et la carrosserie. La charronnerie veut des bois élastiques, tenaces, se fendant difficilement : Orme pour le moyeu et les jantes, Frêne pour les rais, le timon, les brancards. Le Charme, le Micocoulier sont aussi très employés; puis, à un rang éloigné, le Chêne, l'Érable et le Hêtre. La carrosserie, à laquelle le développement des moyens de transport, wagons, tramways, autobus, automobiles, a donné un grand essor, emploie surtout le Frêne, le Pitchpin et le Teck. Les fuselages d'avions se font en bois légers, élastiques et résistants ; en Amérique, on emploie pour les longerons la Sapinette noire des États-Unis (Picea nigra); en France, on utilise le Frêne pour les longerons, le Peuplier pour les montants, le Frêne, le Noyer et l'Acajou laqués pour l'hélice.

Ebénisterie.

Appareil pour le sciage des pavés de bois.

La menuiserie en meubles ou ebénisterie utilise nos plus beaux bois indigènes : Chêne, Noyer, Cerisier, Érable, Poirier ; quelques bois américains comme l'Hickory ou Noyer blanc, Carya blanc, le Pitchpin (Pinus australis), solide, assez dense, jaune et zébré de fortes veines résineuses rougeâtres, et aussi nombre de bois exotiques, remarquables par leurs colorations uniformes ou nuancées, veinées ou tachetées. On apprécie beaucoup les loupes, excroissances du tissu ligneux qui ont pour origine une blessure ou une irritation répétée. Le bois en est dur, veiné, avec des fibres à directions flexueuses, ondulées, souvent très bizarres. Cellesde l'Orme, du Thuya de Barbarie (Callitris quadnoalvis), du Frêne, de l'Érable, du Buis, du Noyer, du Noisetier du Levant (Corylus Colurna) sont les plus estimées.

A l'ébénisterie se rattache l'industrie des bois courbés, qui a pris naissance à Vienne, en Au-

UTILITÉ DES VÉGÉTAUX

Réception du bois d'acajou, sur la côte du Congo.

triche. Elle utilise des bois durs arrondis au tour : Charme, Orme, Chêne et surtout Hêtre, qui sont soumis pendant quinze minutes à 1 action de la vapeur surchauffée en récipients clos. On fait suivre au bois, devenu maniable, les contours d'un modèle en fer auquel on l'assujettit par des pinces et on laisse sécher de deux à huit jours à l'étuve.

Les bois de luxe exotiques sont utilisés pour le placage sous forme de bois tranchés. Des machines découpent les billots de la circonférence au centre en une lame mince spiralée, dont l'épaisseur varie de I millimètre à un cinquième de millimètre. Réservé jadis à la marqueterie, le placage est aujourd'hui d'un usage presque général en ébénisterie.

\J Êbène est fournie par l'Ébénier ou Plaqueminier de l'Inde et de la Malaisie (Diospyros Ebenurn), et par plusieurs grands arbres de Cochinchine, de Maurice, de Madagascar et du Congo, appartenant à des espèces voisines. Ce bois n'acquiert toutes ses qualités que chez les exemplaires très âgés; le cœur en est alors noir, compact et d'un grain extrêmement fin. Sa densité est de 1,12 à 1,21, celle du Hêtre étant de 0,66 à 0,82.

h.' Acajou est probablement, à l'heure actuelle, le bois de luxe le plus employé en ébénisterie. L'Acajou vrai (Swietina Mahagoni) est un grand arbre d Amérique, formant de vastes forêts à Cuba et à Saint-Domingue, commun au Mexique, au Nicaragua ; son bois compact est d'une teinte rouge fonçant à l'air. Les arbres du genre Khaya, voisin des Swietina, fournissent aussi de l'acajou, principalement le Khaya senegalensis ou Caïlcedrat, au bois agréablement veiné et d'odeur aromatique, et le Khaya ioorensis de l'Afrique occidentale.

Le Palissandre provient d'arbres de la famille des Légumineuses qui croissent au Brésil (Dalbergia nigra), dans l'Inde (D. laiijolia) et à Madagascar (D. Perrieri); il est violacé, fonce

à l'air et répand une odeur douce. On utilise encore, pour la grande ébénisterie, la marqueterie, la tabletterie, un grand nombre d autres essences. Citons, parmi nos bois indigènes, l'Alisier, le Buis, le Cerisier, le Cormier, 1 Érable, le Fusain, le Houx, le Prunier, le Citronnier ; parmi les bois exotiques, le Cèdre, le Thuya de Barbarie, le bois d'Amboine (Flindersia amboinensis) des Moluques, extrêmement nuancé ; les bois de rose, plus ou moins odorants, fournis par des espèces très différentes : celui du Brésil par une Lythracée (Physocalymma scaberrinum), celui d'Océanie par une Malvacée (Thespesia populnea), celui de Guyane par une Lauracée (Licaria guyanensis), celui de la Jamaïque par une Rutacée: les bois de Sanial (Santalum album), les bois de fer, provenant également d'espèces diverses. Nous avons déjà parlé, en étudiant les familles, du bois d'amarante (Copaifera bracteata), du bois de lettres moucheté (Piratinera guyanensis), du satiné (Ferolia guyanensis), etc. Nos colonies tropicales sont extrêmement riches en bois d'ébénisterie.

Saboterie, boissellerie , allumettes. — Les sabotiers sont les artistes de la forêt; leur travail, assez compliqué, utilise le Tilleul, le Hêtre, l'Érable, l'Aune, le Bouleau, le Noyer. Un ouvrier habile tire d'un mètre cube de bois cent cinquante paires de sabots. Le « tailleur » donne à la bûche la forme du sabot, le « creuseur » I évide, le « pareur » la termine. La saboterie mécanique fait disparaître peu à peu le façonnage à la main.

Les bois à employer dans la boissellerie sont fixés par la loi ; ce sont : Chêne, Hêtre, Noyer, Châtaignier, Sapin du Nord, Frêne, Orme rouge et Orme blanc.

Les bois pour allumettes employés en France sont débités à la manufacture de Saintine, en bordure de la forêt de Compiègne. On y utilise le Peuplier, le Tilleul, le Sapin, le Tremble, en tout

Bois de rose (Thespesia populnea), Californie. LES PLANTES,

Encerclage des douves d'un tonneau.

Atelier de sciage pour la monture des brosses.

5 000 mètres cubes de bois, chaque année. La partie centrale de chaque tronc ou membrure y est coupée en tranches de la hauteur des futures allumettes. Chaque tranche passe sous une machine qui découpe 300 bois d'allumettes à la minute ; les bois sont triés étranges mécaniquement, puis expédiés aux diverses manufactures nationales. La production totale française est chaque année de 30 milliards d'allumettes.

Les bois d'allumettes coupés à grande longueur servent, en Bavière, en Autriche, à fabriquer des stores, des tentes de jardin, etc. Les chevilles pour chaussures, en Érable ou en Bouleau, sont façonnées en Amérique et en Allemagne; les cure-dents en Saule blanc viennent du Portugal.

Crayons, pipes, manches d'outils. — Les bois utilisés pour enveloppes de crayons sont le Tilleul et surtout le Cèdre rouge d'Amérique ou Cèdre à crayons, qui est, en réalité, fourni par des Genévriers (Juniperus virginiana et barbadensis), dont le bois est d'odeur agréable. La maison Faber, de Nuremberg, a créé en Allemagne une forêt uniquement composée de Cèdres rouges. Régny, dans le département de la Loire, et Keswick, en Angleterre, sont des centres importants de fabrication des crayons.

La pipe en bois est la base d'une industrie intéressante, particulièrement développée à Saint-Claude (Jura). Le Buis, le Poirier, le Palissandre, et surtout le Merisier et la racine de Bruyère arborescente, provenant de Corse, sont les bois les plus

employés pour la confection du fourneau ; en Allemagne, on préfère la racine d Orme. Le tuyau est de Merisier en France, de Bambou dans les pays chauds; en Orient, on fait des tuyaux en Jasmin ; on introduit les jeunes tiges dans des tubes opaques où elles poussent sans produire de feuilles sur une longueur qui atteint parfois 3 mètres.

Les manches d'outils exigent des qualités spéciales : le Frêne est utilisé pour les gros outils; le Cornouiller, qui est notre bois indigène le plus dur et le plus tenace, pour les outils de forgeron; le Saule, à cause de sa légèreté, pour les pelles ; l'Éra-

Le Sabotier.

Cl. L, Masse.

ble fournit aussi de bons

manches d'outils. Les Landes et le Lot-et-Garonne fabriquent par millions les manches à balai en Pin maritime; le Micocoulier, bois dur, compact, élastique, est cultivé spécialement dans le Gard pour la fabrication des fourches à foin. Dans l'Aude, on le recèpe au collet et les jeunes branches donnent des manches de fouets : c'est le bois de Perpignan, employé par presque tous les cochers d'Europe. Les maillets de tonnelier sont en Buis, Alisier, Cormier ou Charme; le manche est toujours en Micocoulier.

Des bois durs et tenaces du Charme et de l'Orme, on fait des dents d'engrenage, des vis de pressoirs, des formes de chaussures, des rabots, des poulies, des bobines de filature, des queues de billard, des quilles, des boules, etc. ; le Sorbier est transformé en règles et en équerres ; l'Érable en robinets ; le Hêtre fournit des battoirs de blanchisseuses, des rames ; le Saule, des dents de râteau, des barreaux d'échelles et de râtelier, des perches à Houblon, des bondes ; des brindilles du Bouleau, du Genêt, de la Bruyère, on fait des balais grossiers.

Une industrie importante est celle des bois pour brosses, forés ou non, suivant qu'ils forment la planchette où l'on fixera la matière filamenteuse ou le placage. La brosserie emploie tous les bois les plus communs : Bouleau, Peuplier, Hêtre, etc., et les plus luxueux : Acajou, Palissandre, etc. Signalons encore l'industrie des baguettes pour cadres, en Sapin du Nord, Tilleul et Cyprès. Saint-Dié est le centre important de cette fabrication qui emploie un outillage mécanique perfectionné.

Les conduites d'eau en bois sont très employées en Amérique pour les réseaux d'irrigation. Le Sapin jaune du Texas, l'Orme. l'Aune, le Mélèze, noyés dans la terre, résistent plus de cinquante ans et ne s'incrustent pas comme les tuyaux métalliques. On les utilise sous forme de madriers, cintrés comme des douves de tonneaux et assemblés au moyen de cercles en fer.

Tour, gravure, sculpture, bois de résonance. — Les

ouvrages de tour exigent des bois durs, résistants, à grain fin. On recherche pour cet usage, parmi nos bois indigènes, le Poirier, le Cormier, l'Alisier, l'Aubépine, le Buis, le Houx, le Lilas, le Troène, le Frêne, le Tilleul. Les bois propres à la gravure sont le Cerisier, le Poirier et surtout le Buis, provenant presque entièrement des forêts du Caucase. La sculpture demande des bois faciles à travailler, homogènes, à grain fin et se fendant difficilement : le Tilleul, le Poirier et le Noyer sont particulièrement appréciés.

La fabrication des jouets en bois à bon marché est très développée dans le Tyrol, dans le Cercle de la Forêt-Noire, en Allemagne, et aux environs de Marvejols (Lozère); elle utilise le Sapin, le Platane et le Tilleul. Les ouvriers travaillant aux pièces dans leurs villages reçoivent des usiniers des couronnes en bois, tournées suivant un profil déterminé : personnage, cheval, chien, cerf, etc. ; ils les débitent en tranches, dégrossissent et finissent le sujet. Dans chaque famille, on ne fait généralement qu'un seul animal ; d'autres façonnent les mobiliers de poupées, de petites

UTILITÉ DES VÉGÉTAUX

Bois incisés sur pied et qui vont subir l'écorçage.

Redressage des bois pour cannes.

charrettes. On peut rapprocher de ce genre de travail la fabrication des couverts en bois, coquetiers, salières, etc.

Les bois de résonance pour instruments de musique sont sonores et ne doivent plus travailler une fois secs; ils exigent dix à quinze ans d'empilage sous les hangars avant leur utilisation. Le Merisier, le Tilleul et surtout l'Épicéa de la Forêt-Noire, de Bohême, du Tyrol ou de Hongrie, sont recherchés pour la confection des tables d'harmonie et des caisses d'instrument, qui n'emploie que des planches absolument sans défaut. Dans un violon, le manche, la tête, les éclisses et le chevalet se font toujours en Érable; la table et l'âme, en Épicéa; la touche, le cordier et le bouton, en Ébène; les chevilles, en Ébène ou en Palissandre. La confection d'un piano exige un grand nombre d'essences : Épicéa pour la table de résonance, Hêtre pour les sommiers de chevilles, Tilleul pour les touches de clavier. Le Charme, le Cèdre, l'Hickory, le Cormier, le Tulipier, le Chêne y trouvent aussi leur place, sans parler des bois de placage qui recouvrent l'instrument.

Nous parlerons dans d'autres chapitres des bois de râpage pour la papeterie, des bois tinctoriaux et des bois odorants.

Cannes, manches de parapluies et manches d'ombrelles. — Il existe, dans le monde entier, deux exploitations où l'on cultive spécialement les arbustes pour la production des cannes: l'une est à Maule (Seine-et-Oise), l'autre près de Vienne, en Autriche. Dans les pépinières de Maule on cultive le Frêne, le Sorbier des oiseleurs, le Staphylier ou Faux pistachier, le Cornouiller, les Érables plane et sycomore, le Chêne et le Châtaignier. Un an après la plantation d'un jeune arbuste, on le coupe au pied pour que la souche donne de nombreuses branches. Tous les quinze jours, on enlève les bourgeons latéraux, de manière à éviter la formation de nœuds ; la jeune tige se développe droite et sans branches inférieures, terminée simplement par un panache de feuilles.

Au début du printemps, certaines tiges choisies sont incisées sur pied à l'aide d'appareils spéciaux, molettes et fers dentés de modèles variés qui entament les tissus superficiels et forment des dessins : grecs, perlés, torsades, etc. ; des bourrelets inflammatoires se développent qui, plus tard, formeront des saillies régulières sur le bois : ils donnent aux arbustes ainsi travaillés une apparence singulière quand on les voit sur pied.

Lorsque la tige est âgée de trois à cinq ans, suivant son essence et sa destination : canne d'enfant ou d'homme, manche d'ombrelle ou de parapluie, alpenstoclc, crosse de hockey, etc., on l'abat à la hache. L'opération a lieu d'octobre en avril; la première coupe ne fournit que quatre à cinq brins par pied. Aux coupes suivantes, le nombre des brins augmente; on a vu de vieilles souches de Châtaignier donner, d'un seul coup, cent cinquante cannes.

Les cannes abattues, mises en fagots, sont émondées en arrivant à l'usine. Certaines, à écorce luisante, agréablement colorées : Érable, Frêne, Merisier, Châtaignier, Noisetier, sont livrées telles quelles aux fabricants; les autres sont pelurées à la vapeur, brossées sous un courant d'eau, séchéesà l'ombre, puis coupées par

des scies mécaniques aux dimensions de 0m,90 à lm,30, suivant les besoins. Les tombis seront transformés en manches d'ombrelles ou de parapluies.

Certaines cannes subissent ensuite le courbage de la poignée après un séjour de quelques minutes dans une étuve à vapeur. Ce courbage a lieu autour d'une masse cylindrique en plomb servant de calibre; un double fil de fer maintient la courbure. Les cannes un peu tordues sont redressées après un nouveau passage à l'étuve, puis le tout va s'entasser sous les hangars, qui en renferment parfois près de 2 millions. Elles sont ensuite vendues aux fabricants qui les finissent, vernissent et ornementent au goût du jour.

Le sylviculteur pour cannes est forcé, lui aussi, de suivre la mode. Quand elle exige des manches d'ombrelles à poignées de fantaisie, les branches sont travaillées sur le vif, incisées, ligaturées, greffées par approche. Parfois même, un anneau d'ivoire est passé dans le cercle formé par deux branches qu'on ligature et qui finissent par se souder. Vers 1895, où cette décoration faisait fureur, on pouvait voir, dans les pépinières de Maule, des arbustes, futurs manches d'ombrelles, ayant des branches contournées bizarrement et portant pour fruits des anneaux d'ivoire.

En plus des bois dont nous venons de parler, le commerce des cannes en utilise un grand nombre d'autres : l'Ajonc vient de Bretagne ; le Prunellier ou Épine noire, du Cher ; le Houx, des forêts du Centre; le Saule Marsault ou Chevrin, de Sologne; la région méditerranéenne fournit l'Olivier, la Bruyère arborescente, le Laurier-rose, le Mûrier, le Citronnier, le Chêne-liège. Le Micocoulier est cultivé spécialement pour cannes dans l'Hérault, l'Olivier sauvage en Algérie et le Myrte en Sicile. Beaucoup de ces bois doivent présenter un morceau de racine assez gros pour qu'on puisse y sculpter un sujet. La racine de Buis du Caucase, attaquée ou non à l'acide sulfurique dilué, fournit des manches de parapluies estimés; la racine de la Cardère à foulons, creuse et curieusement contournée, vernie et ornée, renforcée intérieurement de pâte à papier, donne des manches d'ombrelles ultra-légers, appréciés des Américaines ; il en est de même de la racine de Molène ou Bouillon blanc.

Il faudrait joindre à cette longue liste les essences exotiques :

Rotin ou Rotang, donnant les cannes dites de jonc; Piment vrai (Myrlus pimenta), Ébène, Goyavier, Amourette (Mimosa tenuiiolia), etc. Le Copernicia Manches d'ombrelles. ou Palmier à cire fournit les

manches de parapluies dits manches de Laurier.

Vannerie. — Tous les peuples du monde, même les plus arriérés, pratiquent la vannerie. On a trouvé des produits de cet art sur l'emplacement des villages lacustres et dans les tombeaux de la vieille Egypte. L'osier, sa matière essentielle, est fourni par les branches flexibles de plusieurs espèces de Saules cultivés spécialement : Saule des vanniers, Saule blanc, Saule rouge, etc. On établit lesoseraiespar bouturage dans des terres humides, inutilisables autrement ; les coupes ont lieu tous les ans à l'automne.

Tout travail de vannerie exige une carcasse en branches un peu fortes, reliées entre elles par des brins moins épais ; on la recouvre de brins refendus formant un tissu natté. Une école nationale de vannerie existe à Fays-Billot (Haute- Marne).

Le Roseau de Provence (Arundo donax), dont on fait des cannes à pêche, des clôtures, des tuteurs pour plantes, est aussi utilisé en vannerie; on en fabrique des claies pour le séchage des fruits et surtout des paniers pour l'expédition des fleurs et des primeurs. Les tiges d'un an, bien sèches, sont raclées pour les débarrasser des gaines foliaires, puis fendues en trois à quatre lanières qu'on met tremper dans l'eau pour les assouplir avant de les tresser autour d'une

carcasse d'osier. Certaines écorces sont employées dans l'Inde à des usages analogues. Le Rotang, privé de sa pellicule silicifiée externe, et le Bambou, entier ou refendu, courbé par la chaleur, sont les matières de vannerie les plus employées en Extrême- Orient. Parmi les applications des tiges flexibles, n'oublions pas

Le travail du bambou, aux Indes.

Marché d'objets en bambou, au Tonkin

Blanchiment de l'osier à l'aide du peloir.

designaler les ponts de lianes, qui rendent de grands services dans les pays tropicaux.

Bambou. — Où croît le Bambou (Bambusa arundinacea et autres), le bois des autres plantes ligneuses est à peu près inutile. Ses tiges creuses, légères, élastiques, incorruptibles et d'une résistance extraordinaire, sont propres à tous les usages. Dans toute l'Asie tropicale, les maisons sont en Bambou ; on en fait des cloisons, des barrières ; on en construit des ponts, des charpentes. A Java, c'est avec des Bambous que les portefaix transportent sur leurs épaules les plus lourds fardeaux. Une grosse tige coupée entre deux nœuds et munie d un trou de bonde fait un tonneau , ou deux grands vases, si on la coupe au milieu. Les meubles, les échelles, les mâts de barques, les conduites d'eau, les manches d'outils, les vases à fleurs, la plupart des objets usuels, tout est en Bambou. Dans les parcs à huîtres, au Japon, des rangées de Bambous garnis de leurs feuilles et piqués dans la vase servent de collecteur au naissain. Les artistes japonais sculptent et fouillent le bois poli et brillant du Bambou et en font de merveilleuses boîtes sculptées, des tabatières, des étuis à cigarettes, etc.

Ecorces. — Le tanin est une substance fort répandue chez les plantes ; on le rencontre surtout dans l'écorce, dans le bois, les feuilles et même dans certains fruits. Dès la plus haute antiquité, les végétaux riches en tanin ont été utilisés pour rendre les peaux imputrescibles et les transformer en cuir.

L'écorce de Chêne, qui contient 5 à 6 pour 100 de tanin, est enlevée en forêt sur les arbres abattus âgés de quinze à trente ans.

Elle est ensuite broyée et constitue le tan, qui est la matière tannante la plus usitée dans notre pays, avec les écorces de Châtaignier, de Sapin et de Pin.

La tannée, ou tan usé sortant des fosses à cuir, sert aux jardiniers pour former le fond des couches et produire une chaleur douce par fermentation.

Il se fait aussi une forte consommation des extraits tannants retirés du bois des Chênes ou des Châtaigniers âgés d'au moins cinquante ans. On fait macérer les bois dans l'eau et le jus est évaporé dans le vide. Secs ou liquides, ces extraits sont utilisés en tannerie, et en teinture comme mordant.

Le Wattle bark des Anglais est l'écorce des Acacia d Australie qu'on abat vers l'âge de dix ans. On commence à cultiver les Acacia à tanin en Malaisie et dans l'Afrique méridionale. Un grand nombre d'autres produits exotiques sont aussi employés en nature ou sous forme d'extraits : les écorces des Palétuviers, dans les régions tropicales ; du Pêcher, à Madagascar, où cet arbre est très commun; de Quebracho Colorado (Que-

UTILITÉ. DES VÉGÉTAUX

Écorçage du Chêne-liège.

brachia Lorentzii), qui est une Anacardiacée de 1 Argentine; les racines de Canaigre du Texas (Rumex hymenosepale). Le sumac des corroyeurs est obtenu par le broyage des jeunes pousses de cet arbusteméditerranéen (Rhus coriara) ; le divi-divi est la gousse d'une Légumineuse de 1 Amérique centrale (Cœsalpinia coriaria).

Il ne faut pas oublier de mentionner la vallonée ou oélanède, qui fait l'objet de transactions considérables : c'est la volumineuse cupule du Chêne Ve'.ani. Le seul port de Smyrne expédie chaque année 60000 tonnes de vallonée.

Les cachous sont des substances astringentes provenant de l'Asie tropicale ; on les extrait du bois et des gousses de l'Acacia cachou, de la Butée monosperme et des fruits de l'Arec cachou; elles tannent le cuir en quelques jours. Les cachous servent aussi en teinture et en pharmacie.

Liège. — Les forêts de Chêne-liège (Quercus suber) ne se rencontrent qu'en Portugal (600 000 hectares), Espagne (300000 hectares), Italie (80000 hectares) et sur la côte barbaresque. La France possède 153000 hectares de forêts (Var, Pyrénées-Orientales, Landes, Lot-et-Garonne) à peuplement de Chênes-lièges mélangés de Pins et de Chênes verts; l'Algérie, 426 000 hectares, et la Tunisie 82 000 hectares de massifs de Chêne-liège pur en Khroumirie.

Dans son jeune âge, l'arbre est couvert d'une écorce épaisse, dure, grossière, crevassée, qui constitue le liège mâle et qu'on enlève vers l'âge de douze à quinze ans : c'est le démasclage à l'aide d'incisions espacées faites à la hachette et sur une hauteur de 2 à 3 mètres à partir du sol. Il faut éviter de blesser la couche vivante, profonde, dite couche à tan, qui protège la couche génératrice. Le tissu fraîchement démasclé est rouge, mais il brunit bientôt. Une couche nouvelle se produit : c'est le liège femelle, qu'on exploite au printemps, tous les six à dix ans, lorsque son épaisseur atteint au moins 2'"1, 5. De cent dix à cent cinquante ans, l'arbre est abattu et on enlève l'écorce profonde pour le tannage.

Le liège est de plus en plus demandé; il possède un ensemble de qualités qui le rendent irremplaçable : légèreté (densité : 0,24), imperméabilité, mauvaise conductibilité pour la chaleur et le son ; d'où ses nombreux usages : bouchons, qui consomment plus des neuf dixièmes de la production ; engins de sauvetage, flotteurs pour filets, casques, semelles, descentes de bain, agglomérés, linoléum, etc. La fabrication mécanique des bouchons est importante en Catalogne et en France (Var, Lot-et-Garonne). Les plaques de liège sont plongées dans une solution chaude d'acide oxalique avec un peu d'eau de Javel ; elles blanchissent, se gonflent et s'assouplissent; elles sont ensuite raclées, sciées en bandes et découpées en prismes qu'un rabot mécanique arrondit. Les bouchons sont plongés dans l'eau bouillante, puis sèchent sur des claies; des machines les trient et les comptent.

La taille des bouchons laisse des déchets

gomme,

Fig. 296.

Atelier pour le triage des bouchons.

et qu'on réduit en une poudre excellente pour conserver les fruits. Mélangée à de l'huile de lin rendue siccative, elle donne une pâte qu'on étend sur une étoffe et qu'on dessèche entre deux cylindres chauffés à la vapeur : c'est le linoléum, dans lequel entre du caoutchouc. Additionnée de produits divers : lait de chaux, soumise à la presse hydraulique, puis comprimée dans un moule chauffé, la poudre de liège se transforme en agglomérés, dont les propriétés varient fortement avec la nature de la substance agglomérante. On en fait des briques, carreaux et panneaux, des ruches, des poignées, des rondelles, des revêtements calorifuges pour tuyaux de vapeur, même des bouchons de champagne. Carbonisé en vase clos, le liège donne le noir d'Espagne, employé à la confection de diverses encres; enfin, sa distillation donne un gaz très éclairant.

Un petit nombre de produits végétaux peuvent remplacer le liège. La moelle des tiges de l'Agave du Mexique est transformée en bouchons, en plaques pour piquer les insectes de collections. La tige d'une Légumineuse, le Sola (/Eschynomeneaspera), de l'Inde, petit arbre de 2 à 3 mètres de haut vivant au bord des eaux ; celle de certains Fromagers, ont des propriétés analogues; le bois en est extrêmement mou et léger. L.'Herminiera elaphroxylon ou Marea est un arbuste de la famille des Légumineuses, qui croît sur les rives du Tchad. Son bois est beaucoup plus léger que le liège; les indigènes l'utilisent comme flotteur pour traverser les canaux séparant les îles du lac ; ils en font aussi des boucliers très efficaces contre les fers de sagaie.

Broussonétie

qui représentent 60 pour 100 du liège employé

Écorçage et sciage du bois pour la fabrication du papier.

Cuvier récepteur de la pâte à papier.

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