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LES MATIERES FILAMENTEUSES

L'industrie met en œuvre, pour des usages variés, un grand nombre de substances filamenteuses végétales : tiges flexibles comme les pailles, feuilles fines en lanières résistantes, fibres trop grossières ou, au contraire, trop délicates pour être transformées en tissus. Ces substances ont des applications pour l'emballage, le rembourrage, la brosserie, la sparterie, la chapellerie, etc.

Emballage, rembourrage. — Les emballages utilisent le foin, la paille, la laine de bois, la tourbe. Les paillasses , que l'on trouve encore dans les campagnes, sont garnies de paille de bractées de Maïs, des longues tiges de la Guinche ou Molinie bleue, Graminée commune en France, des feuilles de certains Carex. On utilise aussi les glumes ou baies d'Avoine, les fruits de Massette et de grandes herbes marines, les Zostères. Ces substances rendent de grands services pour le couchage des jeunes enfants.

Le crin oégétal d'Algérie est tiré de la feuille du Palmier nain (Chamœrops humble), qui croît spontanément dans les départements d'Alger et d'Oran sur une bande de 200 kilomètres de large, depuis le rivage maritime. Les feuilles sont portées aux usines, où on en extrait les fibres à l'aide de peigneuses à vapeur ; elles sont ensuite filées et cordées à la main, puis, souvent, teintes en noir. Les pétioles des feuilles de beaucoup d'autres Palmiers : Areng, Palmier chanvre de Chine et du Japon ( Trachycarpus), etc. , fournissent le crin végétal dit du Japon. Le crin végétal le plus estimé est celui du Mexique, connu sous le nom de Tampico; il est extrait des feuilles de Y Agave heteracantha. Le crin végétal est d'un prix très inférieur au crin animal, dont il est loin d'ailleurs d'avoir les qualités d'élasticité; il offre l'avantage de n être jamais attaqué par les mites, et il est très demandé par les tapissiers, matelassiers, bourreliers, carrossiers pour les articles à bon marché.

Le kapok ou ouate végétale provient de grands arbres des

Confection d'un tramait en Papyrus (Lac Victoria-Nyanza).

pays chauds, les Ériodendrons et les Bombax, connus sous les noms de Fromagers, Ouatiers, Faux cotonniers. Il est formé de poils courts, gris ou brunâtres, qui garnissent les parois du fruit; ces poils sont trop peu résistants et trop lisses pour être filés et tissés, mais leur élasticité et leur légèreté en font une matière de premier ordre pour le couchage, le rembourrage et le sauvetage; ils supportent dans l'eau dix-neuf fois leur propre poids, le liège quatre fois seulement.

Le kapok de Java, le meilleur et le plus employé, provient de 1 Êriodendron anjractueux. La bourre, extraite à la main des capsules, passe dans des petits moulins en fer mus à bras, qui enlèvent les graines, puis elle est pressée en balles, mais non trop fortement. Des plantations d'Ouatiers ont été faites au Cambodge, en Cochinchine et à Madagascar.

On extrait du mésocarpe fibreux de la noix de coco le coir ou husk; il faut pour cela recueillir la noix au début de la maturation, afin que les fibres ne soient pas trop dures. On le soumet au rouissage (eau courante, eau chaude ou vapeur), puis au cardage et au triage. On l'utilise pour la fabrication de câbles, cordages, vêtements grossiers, balais, brosses, tapis-brosses.

Brosserie. — En brosserie, les fibres végétales ont une place importante à côté des poils animaux; on peut les ramènera deux types principaux : le chiendent et le piassaba.

Sous le nom de chiendent, on désigne plusieurs mauvaises herbes de la famille des Graminées. Celle dont on fait de la tisane (Cynodon dactyle) a des racines cassantes, dures, noueuses, inutilisables en brosserie. On utilise, au contraire, les racines souples et solides de VAndropogon Ischème ou Chiendent à balais, qui croît en France, mais qui abonde surtout dans les terrains sablonneux des bords de l'Adriatique, entre Ancône et Venise. On récolte tous les trois à quatre ans, en hiver; les racines sont peignées, triées par longueur et grosseur et blanchies au gaz sulfureux. Nous utilisons le chiendent d'Italie, mais surtout celui du Mexique, qui est excellent; il est connu sous le nom de Zacaton, et abonde dans les zones élevées de l'État de la Vera-Cruz.

Le piassaba ou pissava est la fibre de l'inflorescence de divers Palmiers : Attalée funifère de Bahia, Borasse éventail de l'Asie tropicale, Raphia vinifère de l'Afrique tropicale. Palmier chanvre de Chine, etc. On utilise encore en brosserie le coir et le /ji'rroo/, qui est fourni par un Palmier d'Asie, le Caryote brûlant. En arrivant aux usines, les fibres sont triées, peignées entre les dents d'un peigne en fer jusqu'à ce qu'elles perdent de leur raideur, puis lessivées, blanchies, séchées, sectionnées en fragments de longueur convenable. Le piassaba sert de garniture aux balais, aux rouleaux de balayeuses mécaniques, aux décrottoirs, etc. ; le chiendent, aux brosses de cuisine, brosses à tapis, etc.

Balais, éponges. — Comme les brosses, les balais sont garnis de crin ou de matières végétales très diverses. Les tiges du Genêt à balais, de la Bruyère à balais, les brindilles de Bouleau, sont utilisées pour les balais grossiers. Le balai commun ou balai de paille est fabriqué avec les tiges de la panicule d'une Graminée, le Sorgho à balais (variété technicum du Sorgho commun), cul-

UTILITÉ DES VEGETAUX

Extraction du kapok des capsules, à Java.

Lavage des fibres de chiendent pour la brosserie.

tivé en Espagne, en Italie, en Tunisie et dans nos départements du Sud-Ouest, principalement le Lot-et-Garonne. Cette plante atteint 2'», 50 de haut.

L'éponge végétale, que l'on trouve dans les bazars, est le fruit d'une Cucurbitacée, le Lofah, dit aussi plante-torchon ou gourdeserviette (Luffa). C'est une plante annuelle grimpante des pays chauds ; son fruit allongé est sec et fibreux à la maturité et s'ouvre par un opercule. En le faisant rouir, on en tire un paquet de fibres qui prennent l'eau comme l'éponge animale, mais la conservent moins bien; on en fait aussi des gants de massage, des pantoufles pour salles de bain, etc. Le Japon en expédie d'énormes quantités. La moelle du Rotin sert aux mêmes usages.

Sparterie. — La sparterie utilise les fibres brutes ou décortiquées, qu'elle transforme en paniers flexibles, nattes, paillassons, clisses pour bouteilles, etc. ; ses procédés se rapprochent tantôt de ceux de la vannerie, tantôt de ceux du tissage. Cette industrie a pris naissance en Espagne, où l'on utilisait les feuilles étroites, longues et fortes de deux Graminées : la Lygée part (fig. 297) ou Spart et laSrïpa très tenace ou Alfa (fig. 298), qui se rencontrent sur tout le pourtour méditerranéen, mais surtout dans l'Afrique du Nord. Les fibres de sparterie sont innombrables : Ramie, Rotin, paille, Jonc, Genêt d'Espagne, Roseaux, Scirpes, Carex, Cypérus, fibres de Palmiers, coïr, etc. Dans plusieurs régions de la France, on fabrique des paniers, des fauteuils, des nattes avec le Scirpe des lacs.

La sparterie d'Alfa est toujours très développée en Espagne, dans la région d'Alicante; elle n'utilise que la qualité inférieure venant d'Algérie; les plus belles feuilles servent à fabriquer du papier et des tissus; par rouissage, on transforme l'Alfa en filasse dont on fait des cordes, des filets et aussi des espadrilles ou spartelles, chaussures dont l'empeigne est en toile et la semelle de corde ou de Spart, ou d'Alfa tressés.

Les Arabes confectionnent des nattes et des mannes d'emballage avec les Graminées des sables : Alfa, Spart, Drinn (Stipa barbue), Diss [Festuca patula), avec les feuilles du Palmier nain et du Dattier. La paille filée, c'est-à-dire réduite en fils à l'aide d'une machine, sert en Italie à faire des éventails, des bourses, des étuis, des cadres. A Madagascar, des longues feuilles du Raphia Ruffia on tisse de jolies natter ou rabannes; l'épiderme de ces feuilles, qui est le Raphia des jardiniers, est utilisé à la confection de rideaux et d'une foule de menus objets.

La natterie fut jadis une industrie prospère dans nos pays, les nattes servant de tentures dans les habitations aisées ; on ne les utilise plus guère que comme tapis. Canton est le centre de la fabrication des nattes chinoises, qui met en œuvre diverses espèces de Roseaux (Arundo mitis, etc.). Les Japonais cultivent les Roseaux à nattes dans les îles méridionales de la mer Intérieure. En Annam et au Tonkin, on cul- Fig. 297. — Lygée. tive en vue de la natterie le coi, sorte de a, Fleur.

Cyperus haut de 2 mètres. Les tiges, coupées à la faucille, sont séchées, fendues en deux ou trois lanières qu'on fait blanchir au soleil ; elles forment la trame, la chaîne étant composée de ficelles de jute. Dans la région des Grands Lacs, en Afrique, les tiges de Cyperus sont utilisées pour fabriquer des filets de pêche; dans certaines parties de la Chine et du Japon, de grandes Algues marines servent au même usage. Les Fuégiens emploient les longs stipes des Macrocystes pour la pêche à la ligne.

Chapellerie. — La chapellerie de paille est une branche importante de la sparterie ; elle a pour matières premières les pailles de Graminées, les fibres de Palmiers, le Bambou, la Ramie, le Rotin, le crin végétal et même de minces lanières de bois de Saule et de Peuplier, préparées à Carpi, en Italie, et vendues sous le nom de paille de riz.

L'industrie de la paille tressée, née aux environs de Florence dès le XIV0 siècle, se répandit peu à peu dans toute l'Italie, pays qui en garda longtemps le monopole. Depuis, on s'est mis à tresser la paille en Suisse, dans le canton d'Argovie, en Saxe, en Amérique, à Madagascar, au Japon.

En Italie, on utilisait jadis la paille de Seigle : on cultive maintenant des Blés de printemps à paille longue et fine ; on sème très serré et on récolte sans s'inquiéter de la maturité des graines. Les pailles subissent un premier blanchiment à l'air pendant huit à dix jours; après leur transport à l'usine, elles sont humectées et blanchies au gaz sulfureux, puis triées par grosseurs; enfin, les épis sont coupés à la machine.

Les principaux centres français d'utilisation des tresses de pailles pour la chapellerie sont Nancy, Sept-Fonds (Tarn-et-Garonne) et Paris. Les tresses, enroulées sur un dévidoir, sont cousues à la machine en commençant par le milieu du fond. Le chapeau est apprêté dans un bain de gélatine, séché, puis passe au bain de vapeur et sous la presse à pédale.

De tous les chapeaux en fibres de Palmiers, les plus célèbres sont ceux dits de Panama, qui se fabriquent en Colombie, au Pérou et surtout dans la république de l'Equateur. La matière première provient des feuilles du Carludovica palmé, arbuste de 2 à 3 mètres de hauteur, appartenant à une famille voisine de celle des Palmiers et qui croît à l'état sauvage dans les régions tropicales des côtes du Pacifique. On récolte les feuilles au moment où, sur le point de s'ouvrir, elles ont la forme d'un long éventail fermé ; on coupe les plis extérieurs et on obtient un fragment de pétiole terminé par une trentaine de lanières. Ces feuilles sont plongées dans l'eau bouillante additionnée de jus de citron qui les blanchit, puis sont séchées à l'ombre et enfin au soleil. La dessiccation transforme les lanières en brins larges de I à 2 millimètres et longs de 55 à 60 centimètres. Ces brins adhérant encore au pétiole constituent la « paille tonquilla ». La fabrication se fait à la Fig. 298. — Alfa. main; on mouille la paille pour les cha-

a, Épiiiet fleuri. peaux ordinaires, tandis que les chapeaux

Fendage des lames de bambou et tressage des chapeaux de bambou, à Java.

fins se travaillent à sec, seulement de grand matin ou le soir quand l'air est très humide. .

Le « manille », rival du « panama », se confectionne aux Philippines avec les fibres du Palmier buri (Corypha élevé) extraites de ses énormes feuilles en éventail, longues de 6 à 8 mètres. Les tiges d'un Rotang (Calamus mou) et celles d'une Fougère grimpante (Lygodium circiné) entrent dans la fabrication des chapeaux de luxe; les tiges du Bambou épineux, les feuilles d'un Vaquois ( Pandanus Sabotan ) et même les fibres du fruit du Luffa sont mises en œuvre pour les chapeaux communs. Les Philippins ont même introduit dans leur pays le Cardulovica palmé, afin de pouvoir fabriquer chez eux d'authentiques panamas.

En Chine et à Java, comme aux Philippines, l'industrie des chapeaux de Bambou est extrêmement florissante. Les tiges, coupées vertes, sont écorcées, sciées, fendues, bouillies, puis séchées, . et enfin divisées en lanières minces qui sont tressées.

L'Espagne exporte des chapeaux fabriqués avec les feuilles du Palmier nain ou Chamœrops humble. La chapellerie utilise encore la fibre de Buntal, provenant de l'Australie, et produite par les feuilles de diverses espèces de Livistona (L. chinensis notamment). Les chapeaux sombreros sont faits avec le Sabal mexicain; les chapeaux nattés dits de Latanier, avec la Latania Loddigesii, qui est un Palmier très commun dans l'île de Cuba.

Madagascar fabrique et exporte une grande quantité de chapeaux en pailles diverses et en fibres tirées du Raphia Ruffia et d'un autre Palmier. Ces sortes, vendues en France sous le nom de « panamas malgaches », sont souples, légères, peuvent de plus se mettre en poche sans se déchirer aux plis, et sont infiniment supérieures aux pseudo-panamas que l'industrie allemande obtient avec des pailles de jonc refendues.

Empaillage et cannage. —

Le siège des chaises est ordinairement formé de belle paille de Seigle, mais, en raison de son prix élevé, on ne l'emploie que pour recouvrir d'autres pailles d'un prix moindre, comme le Scirpe des lacs ou Jonc des chaisiers, le Carex raide ou les feuilles de Maïs, qui forment la paillasse.

En Suisse, ces succédanés de la paille font l'objet d'une culture ; dans l'arrondissement de Viilefranche-de- Rouergue, on utilise des plantes de marais (Jonc, Carex, Massettes, Rubaniers). Rabastens (Tarn), Rancy, près Louhans (Saône-et-Loire) sont des centres importants pour le paillage des chaises. Cette industrie est alimentée par les plantes de la Camargue, des étangs de la Bresse, de la Loire-Inférieure, du Nord, et

Le Raphia sur les côtes de Madagascar.

même par des importations de Belgique et d'Espagne. Le cannage des sièges ou dossiers se fait en roseau tressé ou en pellicule de Rotin très dure et résistante. A Java, de nombreux ouvriers travaillent le Rotin, enlèvent les pellicules pour cannages et fendent en lanières les tiges dénudées pour la vannerie.

Usages divers. — La paille est utilisée surtout comme litière et comme fourrage ; on en fait du papier, des ruches, des paillons pour bouteilles, des chapeaux, etc. Elle sert pour la couverture d'habitations (chaumières), d'abris, de glacières; en Chine, en Afrique, en Malaisie, elle forme les parois des paillotes et des cases. Dans le Nord, on la remplace par les Roseaux ou les Carex, dans les pays chauds par des feuilles de Palmier, des tiges de Cyperus, etc. Sur le littoral de la Charente-Inférieure et de la Vendée, les sauniers recouvrent de Roseaux à balais (Phragmites commun) leur récolte de sel quand elle doit demeurer pendant tout l'hiver sur le talus du marais.

Les jardiniers utilisent la paille sous forme de paillassons ou en nature pour protéger contre le froid les plantes délicates ; ils la répandent sur le sol pour en conserver l'humidité, l'empêcher de se fendiller au soleil ou pour préserver les fraises, les melons du contact du sol. Sur les pots de fleurs, dans les jardinières, la paille est remplacée par de la mousse {Hypnum triquetre) teintée ou naturelle. Dans les Sphaignes, on cultive les Orchidées. En Angleterre, les jardiniers emploient beaucoup l'étoupe, résidu du peignage de la fibre de noix de coco. Comme liens pour fixer les plantes aux tuteurs, palisser les arbres fruitiers, maintenir les greffes, monter les bouquets, on utilise les tiges flexibles du jonc glauque et aussi l'épiderme des feuilles de Raphia dont Madagascar exporte chaque année d énormes quantités.

Fibres ornementales. — Les

feuilles détachées des arbres à l'automne subissent l'attaque des microbes; leur parenchyme se détruit et il ne reste bientôt plus que la dentelle des nervures, admirable, mais fragile. Si, au lieu de s'adresser à des feuilles d'arbres, on fait pourrir en terre des raquettes d'Opuntia, leur tissu vert disparaît, et il reste un squelette très élégant et assez résistant que l'on blanchit à l'eau de Javel étendue. Ces fibres sont connues sous le nom de semelles de pape, qui sert à désigner vulgairement les Opuntia; on les utilise dans l'industrie de léventail pour en faire des applications sur bois, ou encore pour orner les cannes ou les manches d ombrelles, mais auparavant on les recouvre, par la galvanoplastie, d une mince couche d'or ou d argent.

UTILITE DES VÉGÉTAUX

Cuves pour la fabrication de l'indigo.

Indigotier (Indigofera dosua).

Les matières colorantes existent parfois toutes formées dans les plantes ; souvent, elles n'apparaissent que par exposition à l'air, à la lumière ou par contact avec certains agents chimiques. L'utilisation des colorants végétaux est extrêmement ancienne ; avant de teindre les tissus, l'homme s'est teint la peau, comme le font encore tant de peuplades dans le but de déterminer la tribu ou le rang, ou bien il a introduit la matière colorante dans la piqûre d'un tatouage servant d'emblème ou d'ornementation. Avec la civilisation, la teinture est devenue un art important et compliqué, destiné à embellir les étoffes et les cuirs ; l'emploi des mordants a constitué un progrès considérable, en permettant de fixer le colorant sur les fibres qui ne le retiennent pas directement et de modifier, pour ainsi dire à volonté, les teintes qu'il peut fournir.

La culture des plantes tinctoriales est, depuis 1868, bien menacée par l'emploi des couleurs artificielles dérivées du goudron de houille. Un peu moins solides que les colorants végétaux, elles offrent une variété extrême, une grande fraîcheur de tons, une parfaite constance dans les résultats et une économie notable.

Garance. — La Garance (fig. 300), herbe très anciennement cultivée, fournissait une couleur rouge d'un éclat remarquable et d'une grande solidité. Les parties souterraines, récoltées sur les plantes âgées de deux à trois ans, étaient desséchées, puis broyées sur des meules. Le principe colorant de la Garance est Valizarine. En France, d'immenses champs de Garance s'étendaient dans la région d'Avignon, en Provence, en Languedoc, en Alsace, en Auvergne. La récolte française, en 1862, fut évaluée à 54 000 tonnes, d'une valeur de 50 millions de francs : notre pays fournissait de garance le monde entier.

En 1868, deux chimistes allemands, Graebe et Liebermann, obtinrent l'alizarine par voie chimique, en partant de l'anthracène. La lutte entre le colorant naturel et le colorant artificiel se poursuivit très ardente jusqu'en 1878; l'écrasement du premier fut définitif à partir de 1882; la Garance n est plus cultivée depuis cette époque et les usines fabriquent l'alizarine.

Pastel, indigo. — Le Pastel des teinturiers (fig. 299) est une Crucifère qui, comme plusieurs autres plantes, produit de l'indigo. Elle est cultivée depuis longtemps. Les environs de Toulouse s'enrichissaient, au XVI" siècle, de la culture et de la préparation du pastel, dont le port de Bordeaux exportait annuellement 20000 tonnes. La pulpe, obtenue en hachant les tiges et les feuilles, puis en les broyant à la meule, était entassée et fermentait pendant quinze jours ; la matière bleue formée était pétrie et moulée

Fig. 299. — Pastel.

en coques dans de petits cônes ou en pains ou boules, dits pastilli, d'où le nom de la plante.

L'indigo; d'origine hindoue, était connu des Romains. Dès le XIVe siècle, de petites quantités d'indigo des Indes sont importées en Europe; au XVIe siècle, les Hollandais en reçoivent des envois importants et cherchent à les écouler ; la lutte commence entre l'indigo exotique et notre pastel. Malgré les ordonnances royales punissant de mort l'introduction et l'emploi de l'indigo en France, l'usage de ce magnifique colorant se généralise et, en I 730. sa victoire est complète. Son règne allait durer jusqu'à nos jours. On cultive surtout deux espèces : l Indigotier argenté, qui fournit la plus belle qualité, et l'Indigotier franc ou des teinturiers, qui offre le meilleur rendement. Des Indes, leur culture s'est étendue en Chine, à Java, au Tonkin, au Mexique et dans l'Afrique équatoriale. On sème tous les ans et on fait deux à trois coupes ; chaque récolte est mise dans un vaste bassin plein d'eau : elle y fermente pendant dix à douze heures. Un glucoside, Vindican, contenu dans les feuilles, se diesout; sa fermentation donne Yindigotine. Le liquide, soutiré dans une autre cuve, est additionné d'ammoniaque, qui transforme 1 indigotine en indigo blanc; une roue à palette le bat, introduisant de l'air qui oxyde l'indigo blanc et le transforme en indigo bleu. Celui-ci précipite au fond de la cuve ou reposoir; on le recueille et on le fait sécher sur des claies ou dans des jarres; la pâte est égouttée sur des toiles, puis découpée en cubes ou gâteaux qu'on livre au commerce.

Dès 1878, von Baeyer, de Munich, avait réussi la synthèse de l'indigotine, mais le prix de revient en était très élevé. Ce n'est qu'en 1 890 que l'indigo artificiel, préparé en Allemagne en partant de la naphtaline, a pu commencer à supplanter l'indigo naturel. Vers 1908, l'emploi de ce dernier était à peu près abandonné en Allemagne, en Autriche, en France et en Angleterre et les usines allemandes exportaient de l'indigo de synthèse à destination des Indes! La guerre de 1914- 1 9 1 8 et le blocus de l'Allemagne qu'elle entraîna amenèrent une reprise importante de la culture de l'indigo et des autres colorants naturels. Les producteurs de l'Inde poursuivent énergiquement la lutte; les conditions ne sont plus les mêmes que dans le combat entre la garance et l'alizarine; la garance est très pauvre en âlizarine, tandis que l'indigo naturel est très riche en indigotine.

Bois tinctoriaux. — Plusieurs bois exotiques ont leurs tissus imprégnés de matières colorantes ou pouvant le devenir par oxydation. Le bois de Carnpèche est produit par un arbre des Antilles et de l'Amérique centrale, Y Hématoxylon de Campêche; il est

Fig. 300. — Garance.

fi ÎWK7

A, Indigotier (Indigofera tinctoria). — B, Campèche ( Hœmatoxylon Fig. 301. — Gaude. A, Bois de Pernambouc (Cœsalpinia echinata)

Campechianum). — C, Mûrier des teinturiers (Morus tinctoria)

a, Fleur ; b, Fruit.

B, Cachou [Acacia Catechu).

d'un rouge brun pâle; son colorant est Yhématéine ; isolé par Chevreul, il sert en teinturerie, où il entre dans la préparation de nombre de couleurs composées. Sa réputation est détestable à cause des fraudes sur les vins auxquelles, avec le jus des fruits de Sureau ou d'Yèble, il a souvent participé.

Les Brésillets ou Cœsalpinia fournissent les bois de Pernambouc, de Sainte-Marthe, des Antilles, de la Jamaïque, qui servent à teindre en rouge. Le fustet ou bois jaune est extrait du Mûrier des teinturiers (Morus tinctoria) croissant à Cuba, au Mexique, au Brésil, aux Indes. Son principe colorant jaune ou Justine change de teinte avec les mordants. Les bois de Santal sont usités aussi en teinturerie. Le bois de Châtaignier est souvent employé dans la teinture en noir, au même titre que les noix de galles et d'autres substances tannifères. Le cachou, fourni par une Légumineuse de l'Inde, l'Acacia Catechu, par un palmier (Areca Catechu) et une Rubiacée de Malaisie, legambir (Uncaria Gambir), est employé à teindre en. brun, en olive ou en noir, suivant les sels auxquels on l'associe. Enfin le quercitron est un colorant jaune fourni par l'écorce du Chêne tinctorial (Quercus coccinea, fig. 206) de l'Amérique du Nord.

Matières colorantes diverses. — Le Rocouyer (fig. 302) [Bixa orellana] est un arbuste de l'Amérique méridionale cultivé jadis aux Antilles et dans la Guyane française. Le rocou renferme deux colorants, la bixine et l'orelline; cette dernière existe en granulations dans l'enveloppe externe des graines. Celles-ci sont broyées, délayées dans l'eau chaude ; l'eau qui s'écoule au tamisage entraîne la matière colorante qu'on laisse déposer, puis qu'on sèche à l'ombre après décantation et qu'on divise en pains. Le rocou, qui n'est plus guère employé, permettait de teindre les tissus en toutes nuances et de colorer en jaune le bois, les cuirs et surtout le beurre et les fromages de Hollande. Le tournesol provient de la Maurelle, ou Croton des teinturiers (Chrozophore tinctorial), cultivée dans le Gard. Le suc de la plante, additionné d'urine, de cendres et de chaux, est mis à

fermenter. On 1 obtient en drapeaux (sur des linges qu'il imprègne), en pains ou en papier de tournesol.

L orseille est une belle matière colorante d'un rouge violacé, qu'on retire de divers Lichens (Roccella, etc.). La Gaude (fig. 301) est un Réséda indigène cultivé jadis dans l'Hérault et dans l'Eure pour teindre en jaune. Le Sumac (fig. 303) représente les feuilles plus ou moins finement broyées d'arbustes du genre Rhus (Sumac des corroyeurs, S. fustet) et du Redoul ; on le récolte en Sicile, en Espagne, en France, où les principaux marchés sont Montélimaret Montauban. Il sert en tannerie, à la fabrication de l'encre, à la teinture en noir et en gris. Les fleurs du Carthame des teinturiers, qui fournissaient des colorants rouges ou jaunes, servent maintenant à frauder le Safran.

Les stigmates du Safran ou Crocus cultivé (fig. 304) contiennent un colorant, la safranine, trop peu solide pour teindre les étoffes, mais servant à colorer en jaune les pâtes alimentaires, le beurre, les liqueurs, la pâtisserie ; leurs propriétés stimulantes les font utiliser en médecine et comme condiment. Cette plante bulbeuse était jadis cultivée sur de petites parcelles de terrain, dans le Loiret, le Gâtinais et aux environs de Carpentras ; on cueillait les fleurs en octobre; les styles et stigmates étaient séparés pendant les veillées d'hiver, puis séchés au-dessus du feu dans un tamis; 140000 styles donnent 1 kilogramme de matière colorante. Aujourd'hui le Safran vient de l'Inde, de Turquie et d'Espagne.

Le Henné (Lawsonia blanc) [fig. 305] est un arbrisseau originaire d'Arabie et cultivé dans tout l'Orient, en Algérie et jusqu'aux Antilles. Ses feuilles, séchées et broyées, donnent une poudre employée par les femmes d'Orient pour se peindre les lèvres, les paupières et les ongles en jaune brunâtre et se teindre les cheveux, auxquels il communique, suivant la dose, tous les tons, du blond doré au rouge.

La racine d'une Borraginacée, l'Orcanette (fig. 306), contient

une matière colorante <ft/& rouge employée pour

teindre les pommades.

Fig. 332. — Rocouyer.

a, Coupe de la fleur ; 6, Fruit.

Fig. 303. — Sumac a, Fleur.

Fig 304. - Safran, a, Stigmate.

Fig. 305. — Henné.

a, Fleur.

Fig. 306. — Orcanette.

a, Fleur.

UTILITÉ. DES VÉGÉTAUX

Récolte du caoutchouc d'Hevea, dans la presqu'ile de Malacca.

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