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CAOUTCHOUC, GUTTA, GOMMES, RESINES

Importance du caoutchouc. — La question des plantes à caoutchouc est une de celles qui intéressent le plus vivement nos colonies à l'heure actuelle ; pour se rendre compte de l'importance du produit qui nous occupe, il suffit de rappeler qu'il sert à fabriquer des gommes à effacer le crayon, des manteaux, des chaussures, des vêtements de toute nature, des ballons d'enfants, des jouets de toute sorte, des bandages pour roues caoutchoutées de bicyclettes, d'automobiles et de voitures ordinaires, et ces nouveaux débouchés industriels ont donné à l'exploitation des plantes caoutchoutifères un essor incomparable. On emploie encore le caoutchouc dans Yébonite, qui est du caoutchouc durci par 50 pour 100 de soufre (à 135°) et que l'on peut tailler sous toutes les formes pour objets de chirurgie, tabletterie, optique, machines électriques, etc. , et qui a été fabriquée pour la première fois en 1851 par Morey.

Il est intéressant de rappeler comment on a découvert un produit aussi utile. La première usine a été fondée en 1821 aux environs de Londres ; c'est Hancock qui l'établit, qui créa le laminoir ou mélangeur ; le ramollissement du caoutchouc à l'eau chaude qui purifie le caoutchouc brut fut trouvé en 1837; l'emploi de la benzine comme dissolvant, dû à Mac Intosch, date de 1823; mais la plus importante découverte est celle de la vulcanisation, due à l'Américain Goodyear, en 1836; elle consiste à le traiter par le soufre à 1 30° : il acquiert de la souplesse, de l'élasticité, de la résistance au froid. Les efforts des inventeurs pour perfectionner le caoutchouc ont été extraordinaires et justifient l'immense développement de l'industrie de cette substance.

C'est en 1525 que Pierre Martyr, dans le livre De orbe novo, parle du suc des herbes durci au feu, de manière à faire des paumes si élastiques qu'elles « bondissent en l'air et font des sauts à peine croyables » ; en 1529, Sahagun a parlé cette fois d'un arbre « ulli » dont la résine devient très élastique; « on en fait des pelotes à jouer qui sautent plus que les balles faites avec du vent ». Enfin en 1615, après Herrera, Torquemada signale la grande valeur de Vulequahuitl pour faire non seulement des balles, mais des cuirasses, des chaussures. Il rapporte que les indigènes le recueillent dans des calebasses rondes où il acquiert plus de consistance et se prend en masse gommeuse à laquelle on donne la forme qui convient. Il ajoute qu'un de leurs jeux consistait à faire marcher les baladins avec des chaussures d'une forme permettant difficilement l'équilibre; « la gaucherie des mouvements et les culbutes continuelles de ces pauvres gens excitaient la gaieté et les éclats de rire des spectateurs, » dit-il. Ces remarques étaient tombées dans l'oubli quand, en 1736, La Condamine retrouva cette substance à Quito, lorsqu'il était dans l'Amérique du Sud pour la mesure du méridien terrestre ; il envoya à l'Académie des sciences quelques rouleaux d'une matière résineuse connue dans cette ville sous le nom de caoutchouc. C'est seulement à partir de cette époque que ce produit, maintenant si répandu, commença à être connu en Europe.

Extraction du caoutchouc. — On apprit ainsi à utiliser une nouvelle matière que l'on pouvait trouver dans certaines plantes qui possèdent ce que l'on appelle des laticifères, grands éléments cellulaires à nombreux noyaux renfermant un liquide blanc appelé latex, parce qu'il rappelle un peu le lait. Étudié au

Lavage et sciage de la gomme brute.

Collage des coutures d'un vêtement de caoutchouc

microscope, on le voit composé d'une multitude de globules flottant dans un sérum incolore; ce sont ces globules qui constituent le caoutchouc, lequel est un carbure d'hydrogène. Pour l'extraire dans la région de l'Amazone, des indigènes appelés « seringueros » vont chaque jour, d'arbre en arbre, sur des sentiers tracés par eux dans la forêt vierge, entailler l'écorce à l'aide d'une hache appelée « machadino » ; le lait s'écoule abondamment dans des godets placés sous la blessure ; les liquides de tous

région de 1 Angola : cette industrie est développée à Quiriri notamment. Il y a d'ailleurs un procédé de coagulation par le battage des écorces qui a été imaginé par les nègres de l'Angola méridional, du Longa, du Kampualwe.

Toute la population se consacre presque exclusivement à la préparation du caoutchouc. Les Cafres arrivent chargés de lourds ballots de rhizomes, qui sont ficelés de manière à dépasser la hauteur d'un homme. Les rhizomes, dès l'arrivée dans le village, sont plongés

Cl. Arbontvm Amaumieum.

Fumigation du caoutchouc.

Découpage du caoutchouc.

Cl. bigiu-t.

Chiite ou Jatropha de Tepic.

ces godets sont ensuite récoltés et la coagulation est obtenue en exposant une sorte de palette élargie en rame, la « pala », à la fumée produite sous un diable en terre cuite, le « buyon », où .l'on fait brûler des noix de Palmiers, de préférence celles du Maximiliana princeps, et, à son défaut, des enveloppes ligneuses de « noix du Brésil », fruits du Bertholletia excelsa. En exposant la pala enduite de gomme à la fumée du buyon, le seringuero la tourne d'une manière continue et obtient ainsi le dépôt successif de couches coagulées, qui ne tardent pas à fournir une boule de caoutchouc de Para de plusieurs kilogrammes. Ce caoutchouc est produit dans tout le bassin de l'Amazone par les saignées de l'Heoea du Brésil (fig. 308), qui est l'arbre le plus important, non seulement parce qu'il est le grand producteur de l'Amérique du Sud, mais parce qu'il donne le caoutchouc de première qualité.

La vie du seringuero, occupé au milieu de la forêt vierge à tracer des sentiers ou « estrada », à inciser les arbres, à récolter le latex et à le coaguler, est très tentante pour les esprits aventureux et aimant à réaliser des gains élevés assez rapidement ; aussi une séduction extraordinaire est-elle exercée depuis quelques années sur toute la population, qui draine toute la main-d'œuvre disponible vers le bassin de l'Amazone. Il y a, à l'heure actuelle, une « fièvre du caoutchouc » comme il y a eu dans certaines contrées une « fièvre de l'or » ; toutes les cultures du Brésil ont été abandonnées pour l'exploitation du caoutchouc; on évalue à 150000 le nombre de seringueros de l'Amazone. La production extraordinaire du Para et autres caoutchoucs au Brésil a atteint dans ces dernières années 60 000 tonnes. L'Afrique a été longtemps au second rang avec une production beaucoup plus faible. La production mondiale du caoutchouc a dépassé 100 000 tonnes. L'Hevea a été transplanté par les Anglais dans les Straits settlements, dans la presqu'île de Malacca et à Ceylan, où se trouvent maintenant des cultures immenses qui rivalisent avec les forêts spontanées du Brésil. Les Anglais ont imaginé l'emploi de l'écrémeuse centrifuge, qui sépare le latex en sérum liquide coloré et une crème de caoutchouc blanc qui se solidifie par pression en faisant absorber 1 eau d interposition par un vase poreux ; la couleur du caoutchouc est^ blanche avec une pureté inconnue précédemment ; ce n'est qu'au bout d'un certain temps, par l'action des diastases, qu'il brunit à 1 air. L'étude des procédés de coagulation laisse place à la découverte d'importants perfectionnements. Perkin a préconisé la coagulation par l'acide acétique.

Arnaud et Verneuil ont inventé un procédé d'extraction mécanique qui a été mis en pratique à Brazzaville, au Congo. Ce procédé de coagulation par le battage des écorces est d'ailleurs pratiqué en grand depuis quelques années par les nègres dans la

dans l'eau pour rendre l'écorce plus friable, puis séchés au soleil. Les tiges sont ensuite partagées en fragments de 30 à 40 centimètres et soumises à un battage méthodique sur un tronc, de manière à séparer l'écorce du bois. Quand les deux parties sont séparées l'une de l'autre, les Cafres continuent le martelage des écorces jusqu à former un grand gâteau qu'ils soumettent ensuite à l'action de l'eau bouillante, puis achèvent la purification par un nouveau battage. La marchandise est mise en circulation sous l'aspect de bandes de l'épaisseur du doigt qui servent d'unité monétaire, soit en petits cubes, soit en bâtonnets.

Ce caoutchouc d'herbes est produit par le Landolphia de Thollon et c'est la partie souterraine qui est exploitée. En général les Landolphia, qui sont les plantes à caoutchouc africaines, sont des lianes qui, quand elles sont de la grosseur du bras, ont une centaine d'années et sont exploitées d'une manière intensive et destructive par les nègres.

Le gouvernement du Congo belge a édicté dès 1899 et en 1902 un certain nombre de mesures protectrices pour la conservation des plantes exploitées d'une manière réellement par trop sauvage. Tout concessionnaire d'une récolte de I 000 kilogrammes de caoutchouc devait planter 500 pieds nouveaux de plantes caoutchoutifères. Un service forestier bien organisé a permis d'exercer un contrôle qui est devenu pesant à la longue. Malgré des excès qui ont peut-être été regrettables, l'essor donné au commerce du caoutchouc a été considérable et a fait progresser d'une manière phénoménale l'exploitation des lianes; le développement du marché d'Anvers, qui tient à la mise en valeur des immenses territoires du Congo, a été extraordinaire.

Citons à côté des plantes à caoutchouc le Chiite (Jatropha de Tepic), parce qu'il est exploité de la même manière par saignée en arête de poisson, mais il fournit une gomme employée comme masticatoire aux Etats-Unis, où elle est l'objet d'un commerce assez important.

Caoutchouc des Euphorbiacées. — Le genre Heoea est le principal genre de la famille des Euphorbiacées : c est Y H. du Brésil, qui fournit le caoutchouc de Para, qui constitue la première marque, partout appréciée; il forme d immenses réserves dans les bassins de l'Amazone et de l'Orénoque; en Guyane, il y a une autre espèce, YHeVea de Guyane, qui a été le premier Hevea trouvé par Aublet (I 762). Diverses autres espèces ont été recherchées dans les forêts de l'Amérique du Sud. Labroy, chef des serres du Muséum, a signalé notamment aux environs de Manaos, où il a été en mission, Y Heoea discolor, qui est le caoutchoutierleplus important de la région qui s'étend entre 1 Ama-

UTILITÉ DES VÉGÉTAUX

Fig. 307. — Plantes à caoutchouc.

A, Euphorbia Intisy : a, Rameau. — B. Landolphia Heudelotii : a, Fleur ; b, Coupe de la fleur ; c, Coupe du fruit. — C. Récolte du latex de Landolphia. D. Landolphia Thoîlonii : a, Fleur ; b, Fruit ; c, Feuille. — E. Ficus elastica : a, Fleur mâle ; b, Fleur femelle ; c, Coupe longitudinale d'un fruit.

zone et le rio Negro, à l'endroit où ces deux cours d eau se réunissent. UHevea de Spruce, signalé par le voyageur de ce nom à Santarem et qui abonde dans la vallée du rio Madeira, est de valeur secondaire. L.' HeVea jaune est le Seringa amarilla du Pérou, le Seringa del Cerro; c'est une espèce de terre ferme excellente, car beaucoup de ces arbres poussent dans la région inondée. La question des espèces de ces arbres est d'ailleurs encore à l'étude.

Le Caoutchoutier de Ceara (Manioc de Glaziou) est un arbre d une région brésilienne beaucoup plus sèche ; il a été découvert par Glaziou, Français qui fut pendant longtemps le directeur du jardin botanique de Rio de Janeiro : c'est le « maniçoba », qui est voisin du Manioc à tapioca. Son caoutchouc s'exporte surtout parle port de Ceara. Ses graines conservent beaucoup plus facilement leur pouvoir germinatif ; aussi c'est l'espèce qui a été propagée avec le plus de promptitude dans toutes les régions tropicales : malheureusement elle a causé bien des mécomptes, et dans beaucoup de plantations qui ont été faites en Afrique tropicale le rendement en caoutchouc a été extrêmement faible; c'est qu on l'avait planté d'une manière très inconsidérée, dans des pays qui ne lui convenaient pas par leur climat. De meilleurs rendements ont été obtenus en Afrique orientale, dans des régions sèches.

La récolte du latex est faite au Brésil sur des plantes sauvages pendant la saison sèche, au moment où l'arbre perd ses feuilles. L'ouvrier pratique sur le tronc plusieurs incisions verticales : 1 arbre laisse s'écouler librement le liquide qui se coagule en longues lanières que 1 on recueille le surlendemain en le roulant en boules. On conçoit que cette méthode de récolte ne donne pas un caoutchouc de première qualité. On connaît d'autres Manihots à caoutchouc : le Jequier (M. dichotoma), le San Francisco (M. piauhyensis).

Enfin deux autres Euphorbiacées sont à signaler : Y Euphorbe Intisy, donnant le caoutchouc Antandroy de la brousse épineuse du sud de Madagascar, qui a malheureusement été exploité d'une

manière trop intensive, ce qui a amené la destruction des plantes. Le Sapium à deux glandes est un arbre qui fournit en Colombie le « Colombie », qui est assez apprécié.

Caoutchouc des Urticacées-Artocarpées. — Le Castilloa élastique, qui appartient aux Artocarpées, est encore un arbre qui, avec plusieurs autres espèces du même genre, abonde dans le Mexique méridional, l'Amérique centrale et la partie occidentale de l'Amérique du Sud située entre 25° de latitude nord et 25° de latitude sud : en Colombie, Equateur et Pérou. Le Castilloa de Vie a été découvert au Brésil, par Hiiber, près de différents affluents de l'Amazone. C'est une des plantes à caoutchouc qui produisent le latex le plus abondant (caoutchouc caucho ou Hulé), car on a vu des arbres bien exploités fournir jusqu'à 90 litres de lait, ce qui donne un rendement de 22 kilogrammes de caoutchouc; mais ces rendements sont exceptionnels, et on peut évaluer à simplement 3 kilogrammes le rendement moyen annuel d'un arbre.

L'extraction du lait a lieu au début de la saison sèche; les entailles sont faites en V, jusqu à 1 mètre, et, pour faciliter la récolte, les pointes des V se trouvent sur la même verticale; le lait est recueilli dans un récipient placé au pied de l'arbre, par l'intermédiaire d'un tube quelconque. Le lait de Castilloa est acide et on le coagule par addition de liquides alcalins : on ajoute au Nicaragua du suc d'Ipomœa bonne-noix ou une solution de sel de cuisine, ou de bicarbonate de soude au Mexique. Nous avons dit plus haut que les centrifugeurs ont donné avec ce latex des produits d'une pureté extraordinaire. Le Castilloa est un grand arbre de 20 à 25 mètres de haut, à fleurs unisexuées, mais réunies sur un même pied, à feuilles grandes, entières, dont tous les organes jeunes sont couverts de poils blanchâtres. La culture peut réussir dans des régions où règne une température moyenne de 25° à 30°, à des altitudes inférieures à 500 mètres, sur des terrains hu-

Arrivée d'un capita et de ses hommes apportant du caoutchouc au poste de Kapanga (Congo belge).

Cl. (le M. Wildemiann.

mides, non marécageux. Les grandes plantations du Mexique n'ont d'ailleurs pas donné des résultats brillants, ce qui tient à ce que l'on n'a peut-être pas toujours employé les meilleurs types de Castilloa.

Une autre espèce importante de la même famille est le Figuier élastique,\e vulgaire Caoutchouc des appartements. C'est un arbre qui atteint de grandes dimensions :

près de 40 mètres de haut; son tronc est couvert de racines aériennes. Il est cultivé en plantations, surtout à Java, à Sumatra, en Assam, et on lui donne vulgairement le nom de Caoutchouc de

1 Assam. C'est seulement dans les régions tropicales qu'il peut être cultivé et donner un produit utilisable. Le rendement est d'ailleurs tardif (au bout de vingt-cinq ans), et il serait imprudent d'en entreprendre la culture en dehors de contrées très limitées. C'est aux Figuiers qu'appartient également l'espèce produisant le « Sa » de la Nouvelle-Calédonie et de Tahiti, le Figuier retus. La coagulation est opérée par l'enfumage. C'est depuis 1899 que l'exploitation de notre première colonie océanienne a commencé.

Le Tonkin peut renfermer aussi des plantes à Caoutchouc; Dubard et Eberhardt ont signalé un arbre de la même famille, voisin des Orties, qui en produit dans la région nord de notre colonie, le Blec\roodea du Ton\in.

Caoutchouc des Apocynacées. — Le caoutchouc africain est surtout fourni par les Landolphia, dont le nom rappelle celui de Landolph, un capitaine marchand de la fin du XVIIIe siècle, énergique colonisateur qui a fondé notre colonie d'Oware et du Bénin. Ce genre est formé de lianes atteignant une grande longueur, mais dont la grosseur reste en général faible. La plus importante pour les colonies de l'Afrique occidentale est la liane gohine ou Landolphia d'Heudelot, répandue dans le Sénégal- Soudan et surtout dans la Haute Guinée ; le caoutchouc qu'elle donne est excellent quand il n'est par fraudé par les nègres. Une autre espèce à citer ensuite est le Landolphia d'Oware. du Sierra- Leone à l'Angola, qui entre aussi pour une part importante dans l'exploitation de l'Afrique occidentale. Le Landolphia du Père Klaine du Gabon-Congo a une certaine valeur ; sa végétation est puissante : elle atteint jusqu'à 100 mètres de long. Nous avons mentionné plus haut le caoutchouc des herbes, extrait, au Congo et à l'Angola, des rhizomes du Landolphia de Thollon. A Madagascar plusieurs Landolphia ont été aussi signalés, notamment la liane vohaigne, qui est le L. de Madagascar; le Landolphia de Perrier (de la Bathie), le Landolphia à fruit rond, le L. mamolaoa et le L. mamavo, qui ont été découverts dans le sud-est de Madagascar, par Geay.

Il y a aussi des arbres caoutchoutifères appartenant à cette même famille, dont l'un au Brésil, qui donne le caoutchouc de Pernambouc ou « Mangabeira » : c'est YHancornia speciosa, dont

Plantation de Ceara (Manihot Glaiiowii).

les fruits arrondis sont comestibles.

Le Funtumia élastique du Cameroun atteint 20 à 30 mètres, donne un caoutchouc abondant et de bonne qualité. Les Hazondranode Madagascar se rattachent au Mascarenhasia élastique; le Kidroa a été décrit sous le nom de Mascarenhasia Kidroa, et le Kocoumba, sous celui de Mascarenhasia de Geaj).

Caoutchouc des Asclépiadacées. — La famille des Asclépiadacées est également susceptible de fournir des espèces à caoutchouc; une des plus importantes est le Gonocrypta de Grève, qui donne le caoutchouc de Kompitsé ou Kopitso de Madagascar. Signalons aussi le Cryptostegia de Madagascar, connu dans ce pays sous le nom de lombir ou lombiro.

Les caoutchoucs de synthèse. — Le caoutchouc a pour formule brute (C10H16)»; c'est un polyterpène. En distillant le caoutchouc, on peut avoir l'isoprène (C5HS), découvert en 1860. En 1892, on crut pouvoir, par action de l'acide chlorhydrique, polymériser l'isoprène et le transformer en caoutchouc, mais on n avait qu'une huile grasse, collante et non élastique. En 1909, Richard, puis, en 1911, les grandes fabriques de produits chimiques allemandes d'Eberfeld, de Bade (Anilin und soda), prétendent être arrivés à réaliser la synthèse, et divers brevets ont été pris. Comment obtenir l'isoprène ? On ne peut songer à distiller le caoutchouc naturel ou la gutta. On peut réaliser la synthèse de 1 isoprène en chauffant au rouge des mélanges d'acétone et d'éthylène ou d acétylène et d'éthylène ou en distillant de l'essence de térébenthine. On affirme avoir pu polymériser l'isoprène sous l'influence de 1 acide acétique et avoir obtenu du caoutchouc véritable et non du factice. En attendant, on a extrait l'isoprène des Xanthorrhœa (Grass Tree, Yacka). Enfin on a songé à retirer le caoutchouc, non de l'isoprène, mais de ses homologues inférieurs ou supérieurs comme le butadiène, le diméthylbutadiène. C'est là une question passionnante, car il s'agit de la destruction d'industries agricoles qui mettent en branle chaque année d'immenses capitaux. Il ne semble pas que le problème soit complètement résolu, les caoutchoucs synthétiques étant beaucoup plus oxydables et se vulcanisant plus difficilement que le produit naturel ; mais il pourra 1 être et ce sera une révolution économique.

Gutta-Percha. — Un autre carbure d'hydrogène, qui a les plus grandes analogies avec le caoutchouc et qui est extrait du latex de divers Palaquium (Sapotacées) [fig. 310], est la guttapercha. Cette substance se distingue aisément du caoutchouc parce qu elle est notamment mauvaise conductrice de l'électricité, et c est ce qui la fait employer dans la fabrication des câbles sousmarins de télégraphie. Sa couleur est brun jaunâtre, sa plasticité est une propriété extrêmement utile qui se manifeste à une tempé-

Extraction du caoutchouc Kidroa, à Madagascar.

Cl. Olflce colonial.

Fig. 308.

Hévea du Brésil.

Fig. 309.

Manioc de Glaziou.

a, Rameau fleuri ; 6, Fleur ; c, Graine. a, Fleurs mâles ; 6, Fruit.

UTILITÉ. DES VÉGÉTAUX

rature de 45° à 70°; on peut, dans ces conditions, lui donner toutes les formes que l'on désire. Avec le temps, la gutta devient noirâtre, cassante, fragile, tandis qu'à l'origine elle avait une consistance de cuir.

Les deux propriétés essentielles que nous venons de citer (malléabilité et mauvaise conductibilité de l'électricité) font employer cette substance dans la galvanoplastie, en électricité et pour la fabrication de vases, de moules, d'instruments de chirurgie divers, dentiers, etc.

C est à partir de 1851 que l'on commença à exploiter ce produit d une manière intensive pour les câbles. C'était quelques années auparavant (1843) que le Dr Montgomerie l'avait fait connaître en Europe; chirurgien en Extrême-Orient, il avait vu à Bornéo, à Sumatra, et aussi dans la presqu'île malaise, où il était installé, exploiter et employer le produit de certaines plantes qui étaient absolument localisées dans le pays que nous venons de mentionner. Tout de suite l'industrie réclama des quantités énormes de gutta-percha, et l'exploitation fut faite d'une manière tellement barbare que la principale espèce, le Palaquium à feuilles oblongues, est devenue extrêmement rare; on a même prétendu qu'elle n'existait plus : sa culture a été heureusement entreprise par les Hollandais à Java, qui ont, dans la région de Tjipétir, plusieurs milliers d'hectares produisant maintenant.

A Sumatra, l'exploitation se fait par des indigènes qui s'installent en pleine forêt, où ils construisent une hutte pour se livrer à 1 extraction du latex; la forêt est si épaisse qu'ils ne distinguent pas souvent les feuilles des arbres, et c'est en incisant le tronc qu ils reconnaissent l'espèce, grâce à sa couleur, à son écorce, à la dureté du bois : ils l'abattent, la dépouillent de ses feuilles et recueillent le suc de blessures en cercles faites à la hache; c'est le lait de Palaquium à feuilles oblongues, qui est le plus épais et se solidifie le plus vite. On exploite aussi le Palaquium Gutta et le Payena de Leer.

Les feuilles, qui ne sont pas exploitées par les indigènes, renferment cependant de la gutta-percha, et Jungfleisch et d'autres chimistes sont parvenus à l'extraire à l'aide de différents dissolvants, notamment le sulfure de carbone (Rigole), le toluène (Jungfleisch et Serullas), l'essence de pétrole bouillante (Obach), etc. Un arbre de trente ans peut fournir ainsi I kilogramme de gutta, dont malheureusement la qualité est altérée par les dissolvants. On a suggéré d extraire la gutta par un procédé mécanique.

Diverses plantes ont été proposées comme susceptibles de fournir de la gutta : telle est une Asclépiadacée, \e Calotropis gigantea; mais c'est surtout le Mimusops Balata, Sapotacée du Venezuela,

des Guyanes, du Brésil, qui est exploité. Il remplace principalement la gutta pour les câbles électriques aériens et pour les instruments de chirurgie, les courroies de transmission, les bandes minces qui, à cause de leur souplesse, peuvent être utilisées dans les pansements.

Gommes. — Un autre produit de certains arbres, notamment les Acacia, soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool, est la gomme, qui dérive d'une modification cellulaire d'origine surtout morbide, ou qui est un produit de sécrétion. Chacun connaît la gomme arabique et ses emplois fréquents ; elle provient d'un petit arbrisseau épineux, l'Acacia d'Arabie, qui pousse dans les régions sèches

Vérascope Richard.

Marchand de gomme arabique, en Afrique tropicale.

^\ttë

Fig. 310. — Palaquium à gutta.

a, Coupe de la fleur.

de l'Afrique tropicale (Egypte, pays des Somalis) ; l'excrétion gommeuse exsude spontanément de l'arbre et se récolte surtout après la saison des pluies. Au Sénégal et au Soudan, c'est 1 Acacia Sénégal qui est exploité; on trouve souvent les gommes au pied des arbres. Citons la gomme adragante, qui vient d'une Papilionacée, l'Astragale gommifère.

Les applications des gommes sont multiples : elles servent à gommer la toile, on les emploie en teinturerie, pour épaissir les mordants et les couleurs, pour fixer ces dernières dans les aquarelles, les gouaches ; elles servent aussi dans la fabrication du cirage, des feutres, de l'encre. (Voir, pour le chiite, p. 268.)

Résines. — Les résines constituent une autre catégorie de sécrétions des plantes qui sont produites surtout dans des canaux sécréteurs du bois secondaire des Pins et des autres Conifères. Ces substances ainsi formées sont, au contraire des gommes, insolubles dans l'eau, mais solubles dans l'alcool, l'éther, l'essence de térébenthine. C'est par les procédés du gemmage que l'extraction de la résine du Pin maritime se fait en France, surtout dans les régions bordelaise et des Landes. Le résinier fait des entailles appelées (( carres ou quarres », qui sont pratiquées au bas du tronc, sur 9 centimètres de large, 4 de haut et 1 de profondeur ; la résine s'écoule dans un pot et forme la gemme. Toutes les semaines on rafraîchit l'incision en enlevant un copeau très mince (piquage), et cette opération peut se renouveler quarante fois; l'administration des forêts a imposé aux adjudicataires, la première année, une hauteur de0m,55,ladeuxième de lm,30, etc., la cinquième de 5™, 80. Les carres Saignée faite à un Pin, à l'aide du « abchotte ».

Mise de la résine dans un tonneau enterré.

se font successivement sur l'arbre : la lre carre est faite dans la partie de l'écorce la plus rugueuse, la 2e est à droite de la lre, à un tiers de circonférence de distance ; la 3e est à gauche (c'est le dos), la 4e entre la lre et la 2e (c'est la teneille); la 5e et la 6e, entre la lre et la 3e et au delà de la lre (ce sont les quintes de dos) ; la 7e et la 8e sont entre 1 et 4 et 2 et 4 (ce sont les quintes de la teneille) ; après la 8e carre, les parties qui restent à gemmer sont les ourets. Le gemmage à mort s applique aux arbres destinés à être abattus, et qui sont dits Pins d éclaircie, de 40 centimètres de tour. Le crot est le petit auget que l'on met au bas de la carre; depuis 1860 on recueille la gemme dans des pots de terre cuite et vernissée à l'intérieur, suspendus à diverses hauteurs; un crampon de lame de zinc à cinq dents est enfoncé au centre de la carre, au-dessus du pot, pour y diriger la gemme. Les instruments qui servent au résinier sont : les deux premières années, la pelle à écorcher l'arbre ; la troisième année, la barrasquite, à lame étroite recourbée, puis la pousse, qui sert à détacher le barras ou galipot, solide, jaunâtre, demi-opaque, impur, mélangé avec des copeaux de bois, et qui n'est autre que la gemme solidifiée en stalactite sous l'action de 1 oxygène de l'air ; il est larmeux, c'est-à-dire en larmes blanches, milarmeux ou en larmes plus petites, en sorte ou masses rousses irrégulières. Un arbre peut produire à soixante ou soixante-dix ans de 6 à 7 kilogrammes de matière résineuse brute; le tiers est formé de galipot ou de barra. On obtient avec la gemme : 1° 1 essence de térébenthine, utilisée pour les couleurs à huile, les vernis, les cirages, les cuirs, la dissolution du caoutchouc, pour le dégraissage, l'éclairage, la fabrication du camphre artificiel, et aussi en médecine ; 2° la colophane, utilisée pour le collage des papiers, la savonnerie, la fabrication des bougies, le mastic des fontainiers, le revêtement des tonneaux de bière, la cire à cacheter, la confection des tuyaux de plomb, le cirage pour voiture, les harnais, le frottage des crins d'archet; 3° le brai, fournissant la résine jaune, le brai gras, l'huile de résine pyrogénée. En outre, la carbonisation, dans des fours spéciaux, des troncs d'arbres morts ou viciés, des branches, des racines donne le goudron. Le noir de fumée est le résidu charbonneux de la combustion des résines; on l'utilise dans la composition des couleurs, les crayons lithographiques, l'encre d'imprimerie, etc. La poix s obtient en brûlant les copeaux enlevés par la carre ; il y en a de diverses sortes.

La colophane s'obtient aussi par la distillation de la térébenthine des Mélèzes d'Europe et des Sapins, dans les Vosges. On la tirait autrefois de Colophos, en Grèce. Le Pin austral ou Pitchpin est exploité en Amérique et fournit beaucoup de résine sur le marché mondial, en concurrence avec celle de France. Le Pin noir d'Autriche, qui est une variété du Pin Laricio, donne un rendement moindre que le Pin maritime. Les Dammara de la Nouvelle-Zélande et de la Nouvelle-Calédonie fournissent le dammar ou kaur.

Citons, en terminant, la résine du Thuya (Callitris quadrioalois), de l'Algérie, fournis-

Fig. 311. — Sumac à laque. a, Fleur.

sant la sandaraque, utilisée en médecine et pour saupoudrer sur le papier qui a été gratté (pour qu'il ne boive pas); celle du Calamus ou Rotang Dragon, Palmier grimpant de la Malaisie, donnant le sangdragon, utilisé dans les vernis; celle de VHymanœa Courbaril (Légumineuse) ou animé, ou copal d'Algarobo; celle du Trachylobium verrucosum (souvent enfouie sous terre), ou animé d'Orient. L'exportation de ce dernier se fait de Zanzibar et de Madagascar. Plusieurs autres résines ou copals de Copaifera doivent être mentionnés, notamment le Copaifera de Guihourt : des quantités importantes sont exportées par la Guinée et le Congo. Les Guttifères donnent la gomme gutte du Siam et du Cambodge {Garcinia Hanburyi), servant en peinture jaune et en vernis; les Anacardiacées fournissent le mastic de Chio (Pistacia Lentiscus).

Laque de Chine. — La laque de Chine ou vernis du Japon provient du latex de plusieurs Sumacs (fig. 311), surtout du Sumac vernis (Rhus vernicifera, R. succedanea var. Dumortieri, et Melanorrhœa laccifera). La saignée se pratique sur des arbustes de sept ans au moins; les incisions sont répétées trois fois par mois ; le latex est recueilli dans de petits godets de fer. La laque brute est crémeuse, presque blanche; on la filtre et on la conserve dans des baquets en bois recouverts d'une épaisse feuille de papier huilé, puis d'un couvercle. Ainsi que l'a montré Gabriel Bertrand, elle se compose d'un acide, le laccol, et d un ferment oxydant, la laccase, qui fixe l'oxygène de l'air sur le laccol en le résinifiant et en le colorant en brun.

La laque, additionnée d'huiles indigènes siccatives, constitue le vernis-laque que l'ouvrier superpose par couches, 1 une n'étant posée qu'après dessiccation parfaite et polissage de la précédente. Certaines couches sont appliquées avec du vernis-laque mélangé de couleurs finement pulvérisées, de charbon, de poudre d'orou d'argent ; chaque couche doit sécher à l'abri de la lumière et des poussières, dans des armoires à parois doublées intérieurement de draps mouillés. Le temps nécessité par les opérations successives explique le prix élevé atteint par les produits de cette industrie.

Le vernis-laque s'applique sur les métaux, l'os, le cuir, mais surtout sur le bois. En dehors du travail artistique auquel il se prête, il est supérieur à tous les vernis par sa grande dureté, son peu de fragilité, la conservation indéfinie de son brillant : c est pourquoi il est utilisé pour recouvrir les pales des hélices d'avions.

Un atelier de laqueurs, au Japon.

UTILITE DES VEGETAUX

La cueillette des Tubéreuses, à Grasse.

Les parfums d'origine animale : musc, civette, ambre gris, sont en très petit nombre ; l'immense majorité provient des plantes. L'usage des parfums est répandu dans tout l'Orient depuis une époque reculée; ils servaient dans les cérémonies religieuses ou funéraires, pour l'embaumement des cadavres et en médecine.

Mais de tout temps c'est dans la toilette que les parfums ont trouvé leur plus important emploi. La Bible, 1 Iliade, les auteurs latins nous montrent leurs usages variés chez les Israélites, les Grecs et les Romains de l'antiquité. Les Grecs utilisèrent les premiers l'Iris, la Violette, la Rose, la Marjolaine et les fruits. L'invasion de l'Espagne par les Arabes, puis les Croisades et, plus tard, la découverte de l'Amérique firent connaître à l'Europe des parfums nouveaux. En France, leur usage ne prit d'importance qu'après les Croisades et leur commerce se concentra entre les mains des maîtres gantiers. A l'époque des Valois et sous Louis XIII, on abusa des parfums ; sous Louis XV, le goût s'affine et l'on commence à préférer les odeurs légères, délicates, aux senteurs trop violentes. C'est vers la fin du XVIII* siècle que l'industrie et le commerce de la parfumerie, pour lesquels nous tenons le premier rang dans le monde entier, prirent en France une grande extension.

Essences odorantes des plantes. — Des essences odorantes se forment chez beaucoup de plantes, soit dans tous leurs organes, comme chez la Lavande, la Menthe, soit dans les feuilles, tel le Patchouli ; dans les fleurs, comme la rose ; les fruits (orange), les graines (anis), les sucs résineux (tolu), soit enfin dans le bois, comme chez le Santal. Ce sont ordinairement des gouttelettes contenues dans de petites cellules spéciales, véritables glandes que l'on distingue fort bien en interposant un pétale de fleur d'Oranger entre l'œil et une lumière vive. Les essences peuvent aussi s'accumuler dans des réservoirs ou canaux sécréteurs. Chez la rose, la fleur d'Oranger, il existe une notable réserve de parfum ; chez la plupart des fleurs, au contraire, comme le Jasmin, le Muguet, le Réséda, le parfum se volatilise dans l'air au fur et à mesure de sa formation. Vers le milieu du XIXe siècle, les essences odorantes furent considérées comme de composition très simple : on prenait la plupart d'entre elles pour des carbures d'hydrogène, les lerpènes, tous isomères de l'essence de térébenthine. On sait aujourd'hui que ce sont, en réalité, des mélanges d'un ou de plusieurs terpènes avec des principes oxygénés divers : des alcools, comme le linalool, le géraniol, etc., qu'on retrouve isolés ou associés dans une foule d'essences (rose, géranium, linaloé, lavande, etc.); des aldéhydes, tels que le ci7ra/ et le citronellal de la mélisse, du citron, de l'eucalyptus, etc. ; des cétones, comme Veugénol de la girofle, Virone de l'iris, le safrol du sassafras ; des phénols, par exemple le thymol du thym et de l'origan, 1 anéthol de l'anis, etc., etc. Le parfum d'une essence végétale résulte parfois du mélange harmonieux de huit ou dix de ces composés.

Extraction des parfums. — L'extraction des essences odorantes des plantes est un art délicat et complexe. Les matériaux mis en œuvre par nos usines françaises sont, d'une part, lesgraines et plantes sèches d'importation, comme anis, bois de Santal, clous de girofle, feuilles de Patchouli, racines de Vétiver, qui sont généralement travaillées pendant l'hiver, et, d'autre part, des plantes et fleurs qui doivent être traitées dans le plus grand état de fraîcheur possible : d'où l'obligation d'installer les usines au voisinage immédiat des centres de culture. Les méthodes d'extraction sont l'infusion, l'expression, la distillation et la dissolution.

L'm/usion n'est employée que pour le rhizome d'Iris, le benjoin, qu'on fait macérer dans l'alcool pour obtenir une teinture odorante. L'express/on s'applique à l'orange, au citron, à la bergamote. La distillation est un procédé plus général : la plante est introduite avec de l'eau dans un alambic ; on chauffe à 100°; l'eau bouillante gonfle et déchire les cellules ; les vapeurs d'essence mises en liberté sont entraînées avec la vapeur d'eau et se condensent en même temps qu'elle dans un serpentin refroidi; leur différence de densité permet de les séparer ; toutes les essences, sauf celles de cannelle et de girofle, sont plus légères que l'eau. Dans les grandes usines, les alambics sont chauffés à la vapeur; le chauffage à feu nu est encore employé dans beaucoup de petites exploitations exotiques.

On ne peut distiller que les plantes dont les essences ne sont pas sensiblement altérées par la chaleur; par exemple, le Thym, les fleurs de Rosier, d'Oranger, le bois de Santal, etc., mais malgré tout la chaleur entraîne des modifications des composés odorants et leur enlève une grande partie de leur finesse. La dissolution dans un solvant approprié est plus longue, plus coûteuse, mais conserve intégralement les parfums. On utilise des dissolvants

Laboratoire d'une maison de parfumerie, â Argenteuil.

Bains-marie ou « brigadiers » d'une parfumerie.

Salle d'emballage d'une parfumerie.

fixes comme l'huile, la vaseline, la glycérine, la graisse, absolument épurés et sans aucune odeur, ou des dissolvants volatils tels que le pétrole léger, le chlorure de méthyle, etc.

A Grasse, on emploie surtout un mélange de graisses de porc et de bœuf, soit à chaud par macération, soit à froid par enfleurage. La macération s'applique à la rose, à la fleur d'Oranger, à la violette, à la cassie et à la jonquille. La graisse est chauffée entre 60° et 70° dans des bassines ou bugadiers; on y jette les fleurs et on brasse avec de grandes spatules ; au bout de quelques heures, on verse sur des passoires ; on presse les pétales qui restent pour en retirer la graisse. On recommence avec la même graisse une nouvelle opération et ainsi de suite pendant quinze à vingt jours. On obtient une pommade très parfumée dont une partie est utilisée telle quelle; le reste est mis dans une batteuse avec de l'alcool de grain absolument neutre et sans odeur; le parfum abandonne la graisse et passe dans l'alcool, qui donne ainsi un extrait.

L.'enfleurage est utilisé pour le jasmin, la tubéreuse, le réséda, fleurs ne possédant pas de réserves de parfum, mais le produisant tant qu'elles sont vivantes. Le matériel consiste en châssis rectangulaires, cadres de bois hauts de 8 centimètres et dont le fond est une vitre. Les deux faces de celle-ci sont enduites d'une couche de graisse sur laquelle on jette des fleurs ; on met les châssis en pile : ils deviennent autant de boîtes closes dans lesquelles la graisse absorbe le parfum. Le lendemain, on enlève les fleurs et on les remplace par d'autres, et cela pendant toute la durée de la récolte, soit deux à trois mois. La graisse parfumée est traitée comme précédemment.

Parfums artificiels. — L'industrie des parfums artificiels, née en France, a pris un grand essor dans notre pays et plus encore en Allemagne. Elle emploie deux méthodes distinctes : 1° l'une de synthèse ou formation du parfum de toutes pièces; 2° l'autre d'ana/l;se ou extraction de principes purs des essences naturelles, principes qui, par une série de réactions, deviennent la base de produits nouveaux. Les progrès de cette industrie chimique, qui ont permis de créer la parfumerie à bon marché, ont un grand retentissement sur l'extraction des parfums des plantes; mais cette dernière n'est pas aussi menacée que l'est l'industrie des plantes tinctoriales par les couleurs d'aniline; les essences odorantes sont, en effet, des corps complexes autrement difficiles à reproduire par synthèse que les matières colorantes ; de plus, l'industrie chimique des parfums a presque toujours comme matière première des essences naturelles à bon marché dont elle fait dériver des produits de grande valeur. La plupart des parfums artificiels sont tellement puissants qu'il est presque impossible de les utiliser à l'état pur et que beaucoup d'entre eux sont vendus en mélange avec 90 pour 100 de matière inerte. Malgré leur prix élevé qui, pour certains, atteignit, lors de leur apparition, jusqu'à 25 000 francs le kilogramme à l'état pur, leur emploi est très économique, tellement est minime la quantité nécessaire pour parfumer un produit. Les parfums ainsi obtenus n'ont ni la finesse ni les nuances des produits naturels.

L'industrie des parfums artificiels date de 1874; auparavant, on ne connaissait comme parfums de laboratoires que l'essence de Reine des prés, obtenue par l'oxydation de la salicine contenue dans l'écorce du Saule ; la nitrobenzine, qui, sous le nom d'essence de Mirbane, sert à parfumer, aux amandes amères, les savons et

crèmes, et, enfin, quelques éthers à odeurs de fruits. En 1874, la vanilline, principe odorant de la vanille et du benjoin, fut obtenue en Allemagne par Tiemann et Haarmann en partant de la coniférine, tirée du bois de Pin; en 1876, de Laire la prépare en partant de l'eugénol contenu dans l'essence de girofle; aujourd hui, on l'obtient en Allemagne avec l'anthracène comme matière première; elle remplace en partie la vanille en pâtisserie, en confiserie et en parfumerie. Depuis, ces découvertes sont devenues très communes; bornons-nous à citer la synthèse de la coumarine, parfum de la fève Tonka, du Mélilot et de la Flouve odorante, obtenue en partant de l'acide salicylique; celle de Vhéliotropine, en partant de l'essence de sassafras ; celle du terpinéol, tiré de l'essence de térébenthine ; enfin, celle de l'ionone, essence de violette artificielle, obtenue en partant du citral, contenu dans les essences de citron et de lemon-grass.

Les produits de la parfumerie. — Les matières premières pour la parfumerie sont, d'une part, les produits résultant du traitement des plantes à parfums : essences, eaux odorantes, extraits alcooliques, pommades et huiles parfumées, extraits concrets ou absolus obtenus à l'aide de dissolvants volatils appropriés, et, d'autre part, les corps odorants concentrés préparés dans les usines. Les parfumeurs transforment ces produits en eaux et vinaigres de toilette, lotions pour coiffeurs, eaux dentifrices, crèmes, cosmétiques, fards, poudres, sachets odorants, etc. La partie véritablement artistique de la parfumerie est la confection des extraits d odeur pour mouchoirs ; ils résultent souvent de mélanges complexes des produits naturels de Grasse : rose, jasmin, fleur d'oranger, cassie, tubéreuse et violette, avec lesquels on arrive à imiter à peu près tous les parfums des fleurs, comme le lilas, le chèvrefeuille, la giroflée, le pois de senteur, etc., plantes qui ne sont traitées nulle part. Souvent aussi les parfums sont artificiels : l'extrait de lilas blanc ou de muguet est du terpinéol, celui d'aubépine est l'aldéhyde anisique, l'essence de violette n'est qu'une solution d'ionone et celle de rose n'est parfois que du géraniol, le « foin coupé » est à base de coumarine, etc.

Une partie considérable des matières premières de la parfumerie est utilisée en savonnerie. Une autre catégorie non moins importante est celle des parfums comestibles : vanilline, eau de fleur d'oranger, essence de menthe, etc., utilisés par les pâtissiers, les confiseurs et les liquoristes, et surtout les essences de fruits, qui ne sont que des mélanges d'éthers composés dont 3 à 4 grammes correspondent, comme saveur, à 1 ou 2 kilogrammes de fruits.

Les plantes à parfums de Grasse. — La petite ville de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, est le centre le plus important du monde entier pour la parfumerie en matières premières ; c'est aussi le plus renommé pour la finesse de ses produits. On y traite surtout les fleurs cultivées dans la région et dont les floraisons s'échelonnent à peu près d'un bout à l'autre de l'année : de janvier à mars, la violette, en avril la jonquille, en mai la rose et l'oranger, en juin le réséda, en août et en septembre le jasmin et la tubéreuse, en octobre la cassie. Aux alentours de Grasse, de Cannes et de Nice, les champs sont des jardins merveilleux. La cueillette se fait à l'aube, car, à l'ardeur du soleil, les fleurs perdent de leur parfum. Une coupeuse, dans les quatre heures de la matinée, peut cueillir 20 kilogrammes de roses ou bien 3 de

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UTILITÉ DES VÉGÉTAUX

Cueillette des violettes sous les Oliviers.

Cueillette des roses, en Bulgarie.

jasmin, 6 de tubéreuses, 4 de violettes. La récolte, mise en sacs, est portée de suite aux usiniers qui l'achètent; dès leur arrivée, les fleurs sont triées, puis traitées immédiatement.

La Violette est cultivée sous les Oliviers ou les Citronniers en plants renouvelés tous les cinq à six ans ; 1 hectare fournit 1 0 000 kilogrammes de fleurs, d'où l'on peut retirer environ 500 grammes de parfum concentré. La Cassie ou Acacia de Farnèse est un arbuste de 3 à 4 mètres de haut, originaire des Antilles ; ses fleurs jaunes, qui rappellent celles du Mimosa des fleuristes, ont un délicat parfum ; dès l'âge de cinq ans, il est en plein rendement, qui est d'environ 1 kilogramme de fleurs chaque année. Le Jasmin à grandes fleurs ou Jasmin d'Espagne est un arbrisseau de l'Inde ; 1 hectare en contient 8 000 pieds et fournit 6000 kilogrammes de fleurs, d'où l'on retire 500 grammes d'extrait concentré. Le Rosier à cent feuilles est cultivé en buissons de 75 centimètres de hauteur séparés par des allées de 1 mètre de large, dans lesquelles on plante souvent des Oignons, pour utiliser le terrain.

La Tubéreuse ou Polianthe tubéreux est une Amaryllidacée à fleurs blanches très parfumées ; le Narcisse jonquille, le Réséda odorant sont des plantes bien connues. On estime que 1 5 000 personnes vivent des fleurs à parfums dans les Alpes-Maritimes. On y cueille 2 500000 kilogrammes de fleurs d'oranger, 2 millions de kilogrammes de roses, 200000 de jasmin, 150000 de violettes, etc. ; on y fabrique 500000 kilogrammes de pommades et d'huiles parfumées, 4 millions de litres d'eaux aromatiques.

La Rose. — Les Anciens obtenaient des parfums à par simple macération des pétales dans l'huile d'olive; la

la rose distillation ne semble pas remonter au delà du VII 1° siècle de notre

ère ; elle se pratiquait en Perse, fournissait uniquement l'eau de rose. L'idée de séparer de l'eau de rose la petite quantité de substance huileuse surnageante, ou essence de rose, entraînée par la vapeur d'eau, ne date que de 1627. En France dans la région de Grasse, en Allemagne aux environs de Leipzig, en Angleterre, on retire de la Rose à cent feuilles de l'eau de rose avec une très petite quantité d'essence ; la Tunisie, le Caucase, les Indes, dans le district de Ghazipour, en fournissent des quantités notables tirées de la Rose musquée; maisc'estla Bulgarie qui fournit le monde entier d'essence de rose. On y cultive la Rose de Damas, d'un pourpre foncé. La vallée des roses couvre plus de 6 000 hectares dans les bassins de la Toundja et de la Strema ; elle se fleurit en mai-juin ; la récolte a lieu avant le lever du

aux Indes et jusqu'en Chine, et

soleil ; on ne détache que les roses incomplètement épanouies, qui sont traitées de suite dans des alambics primitifs ; l'essence n'est retirée qu'après deux distillations successives de l'eau de rose. Depuis 1884, cette culture a pris une énorme extension. Un hectare donne environ 3000 kilogrammes de fleurs, d'où l'on retire 1 kilogramme d essence. La production bulgare varie de 2 500 à 5 500 kilogrammes d'essence.

L essence de rose est un liquide jaune pâle formé surtout d'un mélange de géraniol et de citronellol. On la falsifie avec des parfums renfermant ces corps : essence de palmarosa ou ginger grass, produite par un Andropogon ; essence de santal, et surtout essence de géranium rosat, produite par les feuilles agréablement odorantes du Pelargonium capitatum, et qui se fabrique en grand dans le département des Alpes-Maritimes, en Turquie, en Algérie, à la Réunion et en Espagne.

Labiées. — La plupart des Labiées sont couvertes de poils renflés à leur extrémité en une petite glande sécrétant des principes odorants. La Lavande Craie abonde à l'état sauvage dans les régions montagneuses du midi de la France ; elle y couvre des milliers d'hectares, jusqu'à 2 000 mètres d'altitude. Les épis floraux sont coupés à la faucille, réunis en bottes et portés de suite dans des alambics ambulants, car les fleurs ne supportent pas le voyage. La production française en essence de lavande atteint 100000 kilogrammes. La Lavande spic est une autre espèce du midi de la France qui fournit Vessence de spic ou d'aspic, d'une odeur moins douce; elle sert à parfumer les savons grossiers. La Lavande vraie fait l'objet de cultures importantes en Angleterre, principalement à Mitcham et Hitchin.

La Menthe poivrée exige des sols humides, mais bien drainés. On la cultive dans la région de Sens et dans le midi de la France, en Allemagne aux environs de Leipzig, aux États-Unis dans les États de New- York et de Michigan. L'essence la plus fine provient des cultures anglaises de Mitcham (Surrey),

Pied de Lavande en fleurs.

Fig. 312. — Patchouli.

a, Fleur.

Fig. 313. — Vétiver.

A, Épillet ; B, Graine.

Visbeach (Cambridge) et Hitchin (Hertfordshire).

Le Japon, très fort producteur, cultive la Menthe des champs et en retire une essence grossière employée surtout à la préparation du menthol. Les usages de l'essence de menthe en confiserie et dans la préparation des liqueurs sont plus importantsqu'en parfumerie. Les Labiées de Provence fournissent encore l'essence de Thym, d'où l'on extrait le thymol, antiseptique agréablement parfumé, utilisé pour les soins de la bouche; l'essence de Romarin, dont on parfume des savons; lesessencesJeMarjolaine et de Mélisse.

Le Pogostemon patchouli (fig. 312) est cultivé à Java, dans l'Inde, en Chine et dans la presqu'île de Malacca ; on effeuille l'arbuste tous les six mois, et les feuilles, sèches et fermentées, sont distillées sur place ou, plus souvent, expédiées en Europe. On en fait des sachets pour éloigner les insectes des fourrures. Ce parfum, très fort, est désagréable à certaines personnes.

Racines et rhizomes. — Le rhizome de l'Iris de nos jardins acquiert en séchant une douce odeur de violette; on le coupe en tranches qu'on enfile, et de ces chapelets on parfume la lessive ou le linge dans les armoires. En Italie, on cultive depuis deux siècles l'Iris de Florence, à fleurs blanches ; on arrache les rhizomes de trois ans et on les fait sécher; 1 000 kilogrammes de rhizomes secs donnent par distillation ou par épuisement au sulfure de carbone 2 kilogrammes d'huile concrète. Florence et Vérone expédient en France des rhizomes secs. La découverte de l'ionone, corps artificiel à odeur de violette, a porté un coup funeste à la culture italienne de l'Iris.

Les Andropogons ou Barbons sont des Graminées répandues dans le monde entier. Le rhizome de l'Andropogon citratus, cultivé aux Indes, à Ceylan, en Cochinchine, fournit l'essence de lemon grass ; on en retire le citral, avec lequel on fabrique l'ionone. La racine de l'Andropogon muricatus, de la côte de Coromandel, de la Réunion, des Antilles et des Philippines, constitue le vétiver (fig. 313), qui s'emploie en sachets et dont on retire une essence estimée; l'Andropogon Schœnanthus fournit l'essence

Distillation de la lavande, aux environs de Castellane.

souche d'une Val

alenanacee

duN

epaul

de ginger grass, qui sert surtout à falsifier l'essence de rose. Enfin, les feuilles de l'Andropogon nardus, de Ceylan et de Java, donnent l'essence de citronnelle ou de géranium indien, employée pour remplacer l'essence de rose et l'essence de géranium rosat en parfumerie.

Les Anglais l'utilisent surtout en savonnerie.

Cette plante est l'objet de cultures importantes à Ceylan, qui produit annuellement 1 million de kilogrammes d'essence de citronnelle; on la cultive encoreen Malaisie.àjava, et un peu aussi au Tonkin.

Le nard indien, parfum pénétrant non utilisé en Europe, provient de la e nard, 1 un des parfums

Presse à bergamote, eu Sicile.

célèbres de l'antiquité, avait, sans doute, une origine analogue

Hespéridées. — Les Hespéridées jouent un grand rôle en parfumerie ; on utilise, suivant les cas, les fleurs, les feuilles, les fruits ou les zestes. La Sicile et la Calabre sont les centres les plus importants de cette industrie, fort développée aussi en Provence, en Espagne et en Algérie. L'eau de fleurs d'Oranger et l'essence de néroli se préparent avec les pétales de la fleur du Bigaradier ou Oranger amer; celle de petit grain, par distillation des feuilles, branchages et fruits verts. La meilleure essence de néroli est produite en Provence par la variété de Bigaradier dite « Bouquetier de Nice ». L'essence de bergamote se prépare en Calabre par expression du zeste de ce fruit ; avec l'essence de néroli, c est un des constituants de l'eau de Cologne; l'essence de Portugal se retire par expression ou distillation des zestes des fruits de l'Oranger doux ou du Bigaradier ; celle de cédrat, du zeste du fruit du Cédratier; on extrait aussi les essences de citron et de limette. L'extraction des essences de fruits se fait à l'automne ; les fruits verts rendent plus que les fruits mûrs.

Plantes diverses. — L'essence d'ilang-ilang, au parfum doux et pénétrant, est extraite des fleurs d'un arbre, le Cananga odorant, de la famille des Anonacées ; on le cultive aux Philippines, à la Réunion, à Madagascar et en Indochine; il produit vers l'âge de cinq ans ; la floraison et la cueillette durent presque

toute l'année, et la distillation est immédiate. L'essence de Verveine citronnelle vient d Espagne ; elle est produite par les feuilles du Lippia à odeur de citron, arbuste de la famille des Verbénacées ; sa culture industrielle est presque abandonnée. L'essence de wintergreen vient des États- Unis; on l'extrait des feuilles de la Gaultheria procumbens (fig. 314), plante voisine des Bruyères; enfin les feuilles des Eucalyptus globulus et amygdalina d'Australie fournissent l'essence de ce nom, dont l'Algérie fabrique quelques milliers de kilogrammes. Les feuilles d'une autre Myrtacée, le Mélaleuque arbre blanc, fournissent à la Nouvelle- Calédonie l'essence de Cajeput ou Niaouli.

ci. Roure-isertrami flis. La parfumerie est rede-

Cananga odorant, à Batavia. vable aux épices de quel-

UTILITÉ DES VEGETAUX

Un champ de Carvi, en Hollande.

Débitage du bois de rose pour la distillation.

ques essences à odeur très forte: les essences de cinnamome, de cardamome, de girofle, de toute épice, de muscade, de macis, de cannelle; cette dernière s'obtient à Ceylan et en Chine par la distillation des débris d écorce. De l'essence de girofle on extrait l'eugénol, employé pour fabriquer la vanilline artificielle. La série des graines comprend le fenouil, le carvi, la coriandre, le cumin, l'anis, la badiane de Chine ou anis étoile, qui entrent dans la fabrication de certains dentifrices, dans celle de l'anisette, etc., et aussi les graines d'ambrette (Hibiscus musqué) ou musc végétal des Antilles et de la Guyane, et l'amande arrière, qu'on obtient en distillant le tourteau d'amande dont on a exprimé l'huile grasse.

La série des fruits comprend, outre les Hespéridées, la vanille du Mexique et de la Réunion. La coumarine est un produit qui se retirait jadis de la fève Tonka, fruit du Diptéryx odorant de la Guyane ; on l'extrait aujourd'hui d'une herbe de 1 Amérique du Nord, dite plante vanille (Trilisia très odorant), ou on la prépare synthétiquement.

Les bois odorants. — Des bois odorants en nombre restreint sont utilisés pour faire des coffrets inattaquables aux insectes; leur sciure est employée en sachets, ou encore, macérée dans l'alcool, elle donne des teintures qui sont la base de diverses eaux dentifrices.

L'essence de santal est un liquide jaune, épais, d odeur agréable et très persistante, employé en parfumerie et en médecine; on l'extrait du Santal des cygnes d'Australie, du Santal Yasi des îles Fidji, du Santal rouge (Ptérocarpe de l'Inde) et surtout du Santal blanc de l'Inde, arbre abondant dans la province de Mysore ; c'est le plus riche en essence et celui qui donne lieu à l'exploitation la plus importante; on ne l'abat qu'à partir de l'âge de cinquante ans. En Extrême- Orient, on brûle le bois de santal dans les cérémonies religieuses.

L'essence de cèdre, retirée autrefois du Cèdre du Liban, est préparée aujourd'hui avec le bois du Cèdre de l'Atlas et surtout du Genévrier de Virginie ou Cèdre à crayons.

L'essence de linaloé, du Mexique, introduite en Europe en 1886, provient de diverses espèces de Bursera (B. Delpechiana surtout) connues sous le nom de bois de rose femelle. Avant la guerre, la Guyane a exporté 12 500 kilogrammes d'essence de linaloé, valant 312000 francs. Cayenne exporte annuellement 250 tonnes de ce bois, qui sont expédiées en Europe pour la distillation et la marqueterie. On désigne sous le nom de bois d'Agalloche, d'aloès, bois d'aigle, le bois d'une Thyméléacée, ÏAquilaria Agallocha, qui donne en brûlant un encens d'un parfum pénétrant. Ces arbres sont communs, surtout dans la province de Guerrero, au sud de Mexico ; leur bois subit dans le pays même une distillation grossière.

Enfin l'essence de sassafras existe dans 1 écorce d'une Lauracée de l'Amérique du Nord; elle se fabrique aux États-Unis; elle est utilisée en savonnerie et surtout elle est la base de 1 héliotropine artificielle, parfum aujourd'hui très employé.

Baumes et résines. — Sous le nom d'encens, on désigne plusieurs résines ou gommes- résines donnant en brûlant une odeur agréable. Le véritable encens ou oliban provient d'un petit arbre de la famille des Burséracées, le BosWellia Carterii, originaire du pays des Somalis et d'Arabie. On l'obtient à l'aide d incisions profondes opérées sur le tronc ; la gomme-résine s'écoule et se solidifie en larmes qu'on recueille. L'encens est employé dans les cérémonies religieuses ; il entre dans diverses préparations pharmaceutiques. La myrrhe est produite par des arbres de la même famille et de la même région, les Commiphora d'Abyssinie et de Schimper. Comme l'encens, elle va de la côte des Somalis aux Indes et nous arrive en Europe par Bombay. La myrrhe, parfum célèbre dans l'antiquité, est encore utilisée dans la parfumerie orientale ; la médecine l'emploie comme excitante et anticatarrhale. h'opoponax est produit par la distillation de la résine du Commiphora Kataf, du Somaliland. Le labdanum, employé aussi en Orient, est une résine odoriférante qui perle sur les feuilles du Ciste ladanijère de l'île de Crète.

Plusieurs baumes sont connus sous le nom de styrax. Le vrai styrax des parfumeurs provient d'un arbuste d'Asie Mineure, le Styrax officinal on Aliboufier; il est utilisé en dissolution dans 1 alcool pour fixer les parfums à essence volatile, dont il accroît la durée. Le benjoin, très employé en parfumerie et en médecine, est une oléo-résine fort riche en vanilline. Il s'écoule du tronc du Styrax Benjoin du Siam, de Sumatra, d'Indochine (Laos) et de Malaisie, qui fait l'objet d'une exploitation importante. On l'exploite vers l'âge de sept ans, en pratiquant dans l'écorce des séries régulières d'incisions, dont il s'écoule bientôt un liquide jaunâtre qui se solidifie en six semaines, et qu'on enlève alors.

Tous les t.ois mois, on fait de nouvelles séries de blessures ; l'arbre meurt épuisé après dix à douze ans de ce traitement. Le parfum est dû à l'acide benzoïque. Il sert à la fabrication des pastilles du sérail et du lait virginal pour les gerçures du sein.

Santal blanc, de l'Inde.

Fig. 314. — Gaulthérie.

a, Fleur.

CL de M. Alluand.

CITRONNELLE {ANDROPOGON CITRATUM) SUR LES BORDS DU LAC VICTOR I A- N Y ANZ A.

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