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VI. - PLANTES A USAGES DIVERS

Plantes fixatrices du sol. — Les racines des plantes fixent les terrains en pente et les sols mouvants. Le principal rôle des forêts en montagne est de retenir la terre ; la déforestation "livre aux eaux sauvages un sol sans protection. Au-dessus de la zone des forêts, la zone des alpages ou hauts pâturages d'été joue un rôle analogue, mais moins puissant ; l'abus des prairies pastorales a des conséquences aussi malfaisantes que la déforestation. Depuis 1 860, en France, la restauration des montagnes a été entreprise.

Les Saules, les Peupliers, qui aiment les lieux humides, sont à recommander pour fixer la terre des levées, des digues, les rives des cours d'eau. La Luzerne, aux très longues racines, le Baguenaudier, le Robinier, etc., maintiennent les talus des voies ferrées.

La fixation des dunes, pour arrêter leur marche envahissante vers les terres, est d'une importance capitale. Après différents travaux préparatoires, on plante généralement le Psamma des sables, nommé oyat en Picardie, gourbet dans le Médoc. C'est une Graminée à feuilles glauques, piquantes, rebutant le bétail. On la plante en poquets suivant des lignes parallèles. Lorsque le sable est fixé, on peut alors y planter des arbres. Dans les dunes de Gascogne, le Pin maritime domine, mélangé de Genêts et d'Ajoncs.

A Aïn-Sefra, à Ouargla, pour empêcher le sable d'envahir les oasis, on recouvre les dunes d'un paillis protecteur d'alfa ou de drinn, dans lequel on plante l'Opuntia, le Genêt d'Espagne, le

Tamarix. C'est par des plantations de Casuarina que l'on est parvenu à retenir les masses de sable qui glissaient sans cesse dans le canal de Suez.

Plantes assainissantes. — Dans les régions marécageuses, les arbres à croissance rapide ont une action assainissante marquée. Dans le marais poitevin, le Peuplier de Virginie, dit Peuplier suisse, rend de grands services ; ses racines traçantes absorbent d énormes quantités d'eau ; il est, de plus, d'un bon rapport. Les plantations d'Eucalyptus globuleux, préconisées jadis en Algérie contre la malaria, agissent de la même manière, et non, comme on l'a cru, par leurs émanations aromatiques.

Diverses plantes ont été préconisées pour éloigner les moustiques des habitations; on a parlé du Basilic, du Ricin, du Papayer, du Grand Soleil, etc. ; l'expérience n'a malheureusement pas confirmé cette action. Les raquettes d'Opuntia, coupées en fragments et jetées dans les eaux stagnantes, laissent exsuder un mucilage qui forme à la surface une couche isolante amenant la mort des larves de moustiques. En Afrique, on a planté la Citronnelle (Andropogon citraium) contre la maladie du sommeil; les effets avantageux obtenus sont dus à la destruction de toute la brousse littorale, asile ordinaire des larves de tsé-tsé et aussi à l'odeur très forte de la Citronnelle qui éloigne tous les insectes.

Plantation des jeunes oyats dans les dunes.

Sureau en fleur dans une haie.

UTILITÉ. DES VÉGÉTAUX

Clôture d'Opuntia dans la campagne espagnole.

Plantes défensives. Haies. — L'homme utilise les plantes épineuses à la protection de son domaine ou de ses récoltes ; il entoure son champ d'une haie, qui vaut un mur pour arrêter les malfaiteurs à deux ou quatre pattes ; il couvre, dans son jardin, la semence qui lève de rameaux épineux destinés à éloigner les oiseaux et les petits rongeurs. Les haies vives de défense servent à enclore les jardins rustiques, les vergers. L'Aubépine ou Épine blanche et le Prunellier ou Épine noire sont, en France, le essences les plus employées; d'elles-mêmes elles se renforcent de nappes de Ronces et d'Églantiers, de lianes de Clématite et de Chèvrefeuille qui les rendent impénétrables.

Le Prunellier émet des drageons et la haie se déplace peu à peu ; l'Aubépine est préférable ; on la recèpe après trois ans de plantation, ce qui fait naître un grand nombre de pousses propres à garnir sa base. Le Poirier et le Pommier sauvages, le Nerprun, le Lyciet d'Europe, le Genévrier, le Houx, auxquels on associe parfois des essences non épineuses, comme le Chêne, le Coudrier, l'Érable champêtre, le Charme, l'Orme, font aussi d'excellentes clôtures. En Bretagne, les haies sont d'Ajonc; dans le Midi, de Genêt d'Espagne, d'Olivier sauvage, de Grenadier, de Paliure épineux, etc. En Espagne, en Tunisie, en Algérie domine l'Opuntia, dont les raquettes inclinées en tous sens et garnies de milliers d'aiguilles constituent des barrières infranchissables. En Malaisie, on utilise le Bambou épineux. En Afrique, beaucoup de villages sont entourés de formidables haies continues, percées seulement de quelques trouées auprès desquelles veillent des sentinelles. Mais c'est bien certainement au Mexique qu on voit les haies les plus pittoresques et les plus redoutables ; les Cierges et autres Cactus épineux dont elles sont formées sont de véritables murailles qu'il est absolument impossible de traverser, ainsi que le montrent les balles photographies de M. Diguet.

Les haies d'arbres (brise-vent) sont indispensables dans les pépinières pour protéger les jeunes plantes ; elles sont constituées ordinairement par un rideau d'Ifs ou de Cyprès de faible épaisseur ; les rideaux de Cyprès qui abritent les riches vergers de la vallée du Rhône contre la violence du mistral sont célèbres. Au bord de la mer, les Tamarix et l'Arroche halime, qui végètent admirablement dans un milieu chargé de particules salées, sont employés comme brise- vent. On peut citer encore les plantes abris chargées de fournir de l'ombre aux jeunes Caféiers dans les cultures coloniales, les haies brisevent des cultures du Théier de Grewia. Signalons aussi les haies ignifuges d'Opuntia qui ont été proposées pour cloisonner les forêts de résineux, permettant ainsi de limiter les incendies. Clôture de Cierges

Haie de Cierges marginés (Mexique).

Plantes engrais. — Les

feuilles mortes dans les forêts, la paille des litières convertie en fumier, les mauvaises herbes brûlées sur le champ même, les tourteaux oléagineux, les résidus de distillerie, etc., restituent au sol des éléments utiles. Certaines plantes ne sont même cultivées que pour servir d'engrais (engrais vert); on les sème aussitôt après la moisson ; elles donnent au premier printemps une récolte qui, retournée et enterrée, fournit au sol de l'ammoniaque, laquelle se nitrifie l'année suivante. Le Colza, la Vesce, les Gesses etc., font l'objet de ces cultures dites dérobées. Pour les habitants des côtes, les Fucus, Laminaires, Ulves et autres Algues marines désignées sous les noms de goémon, Varech, sart, constituent un engrais précieux. Recueille qui veut le goémon épave, mais le goémon tenant au sol est la propriété des communes riveraines ; la coupe n'en peut être faite qu après l'éclosion du frai, lorsqu'elle ne peut nuire à la reproduction des poissons qui y trouvent un abri, et aux époques fixées pari administration de la marine. A marée basse, le goémon est coupé, placé sur des civières pour être transporté aux charrettes ou mis en tas qu'entourent de solides cordages et que des canots, au moment du flot, amèneront à la côte; cette récolte est particulièrement active en hiver sur le littoral breton. Le goémon est parfois utilisé de suite, après un court séjour à l'air et un lessivage par les pluies ; plus souvent, on le dispose en meules et on ne l'utilise que lorsqu'il est sec. Les pêcheurs recueillent ou draguent aussi les Lithothamnions (L. calcareum) et autres Algues calest le maërl, qu'ils vendent aux paysans pour amender les terres granitiques de la Basse-Bretagne.

Plantes pour industries chimiques. — Les plantes terrestres sont riches en tartrate et oxalate de potassium que la combustion transforme en carbonate neutre de potassium ou potasse du commerce, qui reste dans les cendres. L'emploi des cendres de bois, à la campagne, pour lessiver le linge, est donc justifié. La potasse naturelle se prépare en brûlant le bois sur place, lessivant les cendres et filtrant la lessive obtenue. On évapore à siccité et il reste le salin, bruni par des matières organiques qu'on détruit par calcination. On obtient un corps blanc à grains

caires : c i

01, de M. Diguet.

candélabres (Mexique).

arrondis, la potasse perlasse, produite autrefois abondamment en Russie et en Amérique. L'élévation du prix du bois, la préparation de la potasse artificielle en partant du chlorure de potassium, ont fait abandonner le lessivage des cendres. Cependant, dans la région du Caucase, la fabrication de potasse de Soleil ou Hélianthe annuel, plante cultivée pour ses graines oléagineuses, est très développée; les tiges et les feuilles sont brûlées et les cendres lessivées, produisant une potasse très pure. La calcination et le lessivage de la crème de tartre ou lie du vin, celle des vinasses de betterave, fournissent aussi de grandes quantités de potasse. Ces vinasses forment encore l'acide propionique et aussi le chlorure

de méthyle, utilisé dans les industries du froid, des couleurs d'aniline, en médecine et comme dissolvant des parfums.

De même que les cendres de végétaux terrestres contiennent du carbonate de potasse, celles des plantes du bord de la mer (Soude, Salicorne, etc.) et des Algues marines sont riches en carbonate de soude. La soude artificielle, obtenue en partant du sel marin, a remplacé presque complètement la soude naturelle qui eut, pendant des siècles, une importance considérable. Après la découverte de l'iode, en 1 8 1 1 , et celle du brome, en 1 826, l'exploitation des plantes marines devint active, car elles renferment ces deux métalloïdes, et en proportion élevée dans les Algues rouges. De nombreuses usines s'établirent dans le Cotentinet en Bretagne, mais leur prospérité fut fortement atteinte lorsqu'en 1865 on se mit à extraire le brome du gisement de Stassfurt en Allemagne ; l'extraction de l'iode, en 1875, des nitrates de soude du Chili et des phosphorites leur porta un coup funeste. 11 existe cependant encore en France quelques fabriques où 1 on traite les soudes de varech pour en extraire l'iode.

Les goémons secs sont brûlés dans des fosses à fond de pierre ; les cendres s'agglutinent en pains de soude qui sont vendus aux usines. Celles-ci, de 10000 tonnes de soude de varech retirent 40000 kilogrammes d'iode et, de plus, de la soude, du chlorate et du sulfate de potasse.

Passons maintenant aux acides organiques. L' acide citrique est le plus important ; il sert en teinture comme rongeant, en photographie pour les papiers au citrate, en pharmacie pour la préparation du citrate de magnésie. On l'obtient aujourd'hui dans les pays de productù>n, en Sicile, en Espagne et en Tunisie. On presse des citrons bien mûrs, débarrassés du zeste et des pépins, ou des bergamotes dont on a extrait l'essence, on ajoute au jus des réactifs (procédé Restuccia) qui séparent les principes pectiques, albuminoïdes et sucrés ; on décante, on filtre sous pression et on concentre. Les pulpes épuisées servent d'engrais. On a trouvé un Champignon, le Citriomyces, du groupe des Aspergilles, qui

Cl. V. Faille;

Rideau protecteur de Cyprès dans une pépinière.

Le retour des pêcheurs de goémons, en Bretagne.

fabrique aussi l'acide citrique.

\Jacide tartrique est retiré du tartre ou dépôt des vins sur les parois des tonneaux; l'aci de malique, des fruits du Sorbier; Y acide lactique, qui a d'importants usages en pharmacie, photographie, teinture et tannerie, s'obtient en partant des matières amylacées saccharifiées par le malt et en provoquant ensuite la fermentation lactique en présence de craie.

Enfin, nous avons déjà parlé de l'acide tanniqueou tanin (p. 256).

Signalons aussi les plantes oléagineuses (p. 230), qui fournissent des matières premières à la savonnerie,à l'industrie des bougies, etc.

Savon végétal. — Beaucoup de plantes renferment un glucoside, la saponine, soluble dans l'eau, qu'elle fait mousser et à laquelle elle communique les propriétés détergentes de l'eau de savon ; étant privé d'alcali, ce savon végétal est même indiqué, de préférence, pour enlever les taches des étoffes délicates. Un autre emploi moins recommandable de la saponine est celui que lui ont trouvé les industriels peu scrupuleux pour faire mousser la bière, le cidre, le vin, falsification non sans danger, absolument interdite.

L'Arum tacheté de nos bois, la Pariétaire, le marron d'Inde et la plupart de nos Caryophyllacées indigènes : Lychnis, Gypsophile, Saponaire sont riches en saponine ; la racine de la Saponaire a longtemps été utilisée dans nos campagnes ; la Gypsophila Struthium, ou herbe à savon du Levant, est encore employée en Espagne. Le bois de Panama est l'écorce d'une Rosacée, le Quillai savonneux du Chili (jig. 315) ; on vend sous le même nom l'écorce d'une Sapindacée, le Saoonnier saponaire des Antilles et de l'Amérique tropicale. Semblables à de grosses cerises, les fruits de ce dernier arbre, qui sont les soap-berries ou graines à savon des Américains, sont utilisés sur place pour la lessive. En Californie, le bulbe d'une Liliacée (Chlorogalum pomeridianum), et dans l'Amérique du Sud, l'écorce d'une Polygalée (Monnina polystachia) ont les mêmes applications.

Réactifs colorés. — Dans les laboratoires, les réactifs colorés sont très employés ; leurs changements de couleurs indiquent si une substance est acide ou alcaline. La plupart proviennent des plantes; c'est leur matière colorante qui se modifie ainsi. Si l'on touche une rose ou un pétunia rouge avec la cendre alcaline d'un cigare, on obtient une tache verte. Les fleurs violettes verdissent ou bleuissent quand on les expose aux vapeurs d'ammoniaque et rougissent sous l'action des vapeurs acides. On emploie la teinture de tournesol, celle de chou rouge, le sirop de violette. Un papier teint en jaune par la teinture du Curcuma ou de Kaempferia devient rouge sous l'action des bases. Les fleurs de Mauve, fraîches ou sèches, agitées simplement dans l'eau, donnent un liquide

bleu qui rougit par les acides et verdit par les bases.

Gélatines végétales. —

Les matières susceptibles de se prendre en gelée avec l'eau sont nombreuses dans le monde végétal : on les nomme pectines, mucilages ; on les rencontre dans les racines, les fleurs, les graines, les fruits, les gommes exsudées par certains arbres. La glu, employée surtout par les oiseleurs, est une substance visqueuse, tenace, obtenue avec les baies du Gui, avec l'huile de lin bouillie ou l'écorce intérieure du Houx pilée de manière à l'amener à l'état de pâte. On fait bouillir celle-ci avec de l'eau et on l'abandonne à elle-même : une fermentation la transforme englu.

UTILITÉ DES VÉGÉTAUX

Le brûlage des goémons, au pays de Léon (Bretagne).

L'existence de la gélatine végétale dans les Algues marines est connue depuis longtemps. Les nids d'une sorte d'hirondelle, la salangane, construits avec des Algues collées par la salive de l'oiseau, font les délices des Chinois. On consommait jadis sur nos côtes de France la Laminaire sucrée, sous forme de gelée; on en a tenté l'emploi pendant la guerre à la place d'Avoine pour les chevaux (Lapicque). Les Hawaïens ne consomment pas moins de soixante espèces différentes d'Algues. Le Chondrus crispé ou mousse d'Islande, carraghean, Algue rouge fort commune, fournit des tisanes mucilagineuses; on l'emploie en Allemagne, après décoloration, pour donner aux bières une certaine viscosité.

L'extraction des gélatines végétales des diverses Algues marines est une des industries les plus anciennes du Japon. Le kanten se retire des algues du genre Gelidium, communes sur les côtes de l'île de Yeso. On les arrache au fond de l'eau avec de longues gaffes (fig. 316). La récolte est mise à sécher, puis battue, nettoyée, lavée à l'eau douce courante, enfin séchée et blanchie sur claies au soleil. Les Algues s'agglutinent en séchant; on les enroule et on les fait bouillir dans l'eau douce ; la masse gélatineuse obtenue est filtrée à plusieurs reprises et versée dans des plateaux où elle sèche en plaques épaisses qu'on découpe en lames. Celles-ci, pressées fortement au-dessus d'un tamis métallique (fig. 318), en sortent sous forme de filaments rappelant le vermicelle. Le kanten sert à préparer des gelées alimentaires, des soupes, des sauces, des pâtisseries, à coller le saké ou vin de riz, à faire des moulages, à apprêter les étoffes, encoller le papier, à fabriquer les faux nids comestibles d'hirondelles des Chinois, à préparer Yagar-agar, milieu de culture inerte très employé en microbiologie. Une bonne partie de la production japonaise est expédiée en Europe et aux États-Unis pour clarifier les sirops, la bière, pour être employée en pâtisserie, en confiturerie et en cuisine.

Le funori est une gélatine plus grossière, tirée des Gloiopeltis coliformis et intricata : on 1 expédie en rouleaux; on l'utilise pour

l'apprêt des tissus, le glaçage du papier; il est employé comme cosmétique par les Japonaises ; une centaine d'établissements aux environs d'Osaka s'occupent à sa fabrication. Le kpmbu est une gélatine préparée avec des Laminaires du nord du Japon (L. japonica et religiosa). Les pêcheurs, qui sont presque tous des Aïnos, les draguent ou les arrachent avec des gaffes, les font sécher sur le rivage (fig. 317), puis les portent aux fabriques. Là, elles subissent l'action d'une lessive alcaline, qui est suivie de manipulations assez compliquées. Le kombu est vendu en languettes menues ou en farine; on le mange soit en potage, avec le poisson, les légumes, soit préparé avec du sucre.

Le tengusa est un autre produit comestible extrait du Gelidium Amausii, Enfin, Yamanori se prépare avec le Porphyra tenera (fig. 320), objet d'une culture unique dans le monde. Algue mince rouge ou violette, que l'on élève spécialement dans la baie de Tokyo et auprès de l'île de Hiroshima, dans la Mer Intérieure. Des faisceaux de Bambou (fig. 319), plantés en ligne dans le courant d'octobre, par des fonds vaseux, recouverts à marée haute de 3 à 4 mètres d'eau, servent à retenir et à fixer les spores de l'Algue qui se développe très vite et qu'on récolte au fur et à mesure de sa croissance, qui se fait en cinq à six mois. Ces plantes sont lavées à l'eau douce, séchées et préparées en feuilles minces qu'on fait griller avant de les consommer; elles sont utilisées avec la sauce du Soja ou Sho-you ; on les vend dans les rues, dans les gares pour emporter dans les pique-niques; on en prépare le sushi, qui a la forme d'un saucisson, se coupe en tranches et s'utilise comme les sandwichs; il est formé de riz bouilli, assaisonné avec du vinaigre, du poisson, des légumes et entouré d'Algues.

Cette intéressante industrie de la gélatine végétale est aussi très développée à Ceylan, dans l'Inde et à Java. L'agar-agar de Ceylan est obtenu avec la Gracilaria lichenoides, algue dite mousse de Ceylan; l'agar de Java (macassar ou carraghean des Indes)

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Fig. 315. — Çuillai.

a. Fleur.

Fosse pour le brûlage des goémons.

Une meule de goémon.

Fig. 316.

Pêche des grandes Algues.

Fig. 317.

Séchage des Laminaires, au Japon.

Fig. 319. — Culture des Porphyra sur Bambou.

Fig. 320.

Fabrication de l'amanori.

est extrait des Eucheuma. La norgine est une gélatine qui se vend en menus grains ou en écailles brunes et qui a tous les usages du kanten ; elle a été préparée d'abord en Norvège; elle l'est en France, dans quelques usines, avec les Laminaires.

La valeur alimentaire de la gélatine végétale est faible, mais son usage habituel chez des populations mangeant en grande abondance du riz et du poisson est avantageux, car il facilite les fonctions intestinales et évite la constipation.

Ferments et Levures. — Tous les organismes sécrètent des principes azotés ou diastases, qui sont des ferments solubles très actifs. Aux diastases sont dus les phénomènes de digestion chez les animaux, de germination digestive chez les plantes ; elles jouent un rôle immense dans les phénomènes de la vie; leurs applications dans l'industrie et dans l'économie domestique méritent aussi quelques lignes.

L'amp/ase de l'orge germée est utilisée en glucoserie, en distillerie et en brasserie. La laccase est une diastase oxydante très répandue qui brunit à l'air le latex de l'arbre à laque et le transforme en un vernis précieux pour l'ameublement ; c'est elle aussi qui cause le brunissement des pommes broyées; le cidre lui doit sa belle coloration. Le latex du Papayer contient la papa'ine, qu'on utilise en médecine pour faciliter la digestion, car elle a les propriétés de la pepsine animale. Les Indiens d'Amérique, pour attendrir la viande, l'entourent pendant une nuit d'une feuille de Papayer. La diastase de la graine du Ricin (lipase ou lipaséidine de Nicloux) est utilisée dans des savonneries en Allemagne et à Marseille pour saponifier à jroid les matières grasses.

La présure végétale, qui a les mêmes propriétés que la présure ou lab sécrétée par l'estomac des jeunes mammifères, est employée depuis les temps les plus reculés pour préparer le lait caillé et les

Presse à kanten.

fromages : Homère en parle dans V Iliade. Dans l'ouest et le centre de la France, les fleurs de l'Artichaut sauvage ou Chardonnette (Cynara cardunculus) sont enfermées dans un petit sachet et placées dans le lait que l'on a fait bouillir; en Angleterre, on utilise les sommités fleuries du Gaillet vrai ou Caille-lait jaune; aux îles Baléares, on remue le lait chaud, après ébullition, avec une jeune branche de Figuier fendue en croix; en Laponie et dans les Alpes italiennes, on emploie les feuilles de la Grassette vulgaire; au Japon, celles du Mûrier à papier, etc. La plupart des présures végétales, d'après Gerber, agissent plus facilement sur le lait bouilli que sur le lait cru.

L'action des Microbes, des Levures et de certaines Moisissures est due aussi à des diastases. Le koumis, le kéfir, le yoghourt, le kwas, le lebenraib sont des variétés de lait aigri sous l'influence de microbes variés; Metchnikoff a préconisé l'introduction dans l'intestin d'une flore bactérienne favorable (Bacillus bifidus) pour y éviter l'invasion d'une flore néfaste (Bacillus perjringens) qui provoque les empoisonnements et la putréfaction de l'intestin et contribue à diminuer la durée de la vie humaine (artériosclérose). Le rôle des Microbes est considérable dans l'industrie : rouissage des textiles, fabrication du vinaigre, des fromages, etc.; celui des Levures ne l'est pas moins dans la panification et la fabrication des boissons fermentées. La Levure de bière pure, employée par les boulangers pour la fermentation des pains de luxe, se fabrique dans des usines spéciales. Il en existe une très importante à Maisons-Alfort (Seine). Le malt d'orge y est obtenu comme en brasserie ; il sert à saccharifier dans les cuve-matière un mélange à proportions à peu près égales de farine d'orge, de seigle et de maïs. Les moûts sont dirigés dans des cuves qu'on met en train avec un levain de farine de seigle. La Levure est recueillie à la surface du liquide bouillonnant, puis refroidie, tamisée et comprimée dans des filtres-presses. Elle est ensuite piétinée par des hommes munis de sabots spéciaux, puis débitée en paquets à la machine. Les sous-produits de l'usine sont l'alcool tiré du moût fermenté, la drêche et le gaz carbonique.

La Levure constitue en brasserie un résidu d'un poids énorme (70 000 tonnes par an en Allemagne). On l'emploie en médecine contre la furonculose et les bronchites chroniques; additionnée de plâtre ou de chaux, c'est un bon engrais. On en prépare des extraits dits viandine, dont la composition et la saveur sont voisines de celles des extraits de viande qu'ils servent à falsifier ; on en fait des bouillons concentrés, des potages comprimés de peu de valeur alimentaire, mais agréables et inoffensifs. A la viandine viennent s'ajouter un peu de dextrine, des traces d'essence de carottes et d'autres légumes, des farines de pois, de haricots, des oignons hachés et grillés, etc. Dans certaines fabriques, la viandine est obtenue chimiquement, non en partant de la Levure de brasserie, mais du gluten des céréales ou même de la caséine du lait.

Pyrèthres insecticides. — Les pyrèthres insecticides sont fournis par des capitules desséchés et pulvérisés de diverses espèces

La levure dans les cuves de fermentation.

Découpage de la levure pour la boulangerie.

UTILITÉ DES VÉGÉTAUX

de ce genre ; ils doivent leur action aune huile essentielle et à une oléorésine d'odeur très forte. Le Pyrèthre rigide ou à feuilles de cinéraire est cultivé en Dalmatie et au Monténégro, le Pyrèthre du Caucase et le Pyrèthre cocciné ou rosé le sont en Perse et au Caucase. On qrltive les Pyrèthres en Californie. En France, des viticulteurs les cultivent aussi et utilisent les fleurs pour combattre la cochylis. Ces plantes, au bout de trois ans, sont en plein rapport et se couvrent de fleurs qu'on récolte en juin et qu'on fait sécher au soleil.

La nicotine des manufactures de tabac est fort employée comme insecticide par les horticulteurs.

Plantes à polir et plantes à carder. — Le iripoli, employé pour polir les métaux, les pierres et, mélangé avec la nitro-glycérine, pour fabriquer la dynamite, est formé de carapaces de Diatomées fossiles; on en trouve d'importants gisements en Bohême, en Auvergne, etc.

Les Prèles renferment dans leur épiderme de fortes proportions de silice ; on utilise les grandes espèces, surtout la Prèle d'hiver, pour polir les bois durs. La moelle blanche et tendre du Sureau sert pour nettoyer les rouages des montres, les verres des instruments d'optique; on en fait des pistons pour seringues, de petites boules pour les appareils d'électricité statique ; les naturalistes y plongent les fragments d'organes dont ils veulent faire des coupes au microtome. Un champignon, le Polypore du Bouleau, possède une chair blanche, coriace, qui a été utilisée pour la confection des cuirs à rasoir.

La Cardère (fig. 322) ou Chardon à foulon (Dipsacus fullonum) est une grande herbe originaire de l'Asie tempérée, mais cultivée depuis des siècles en Europe pour ses capitules ou « têtes » ovoïdes, munis de bractées élastiques, résistantes, recourbées en crochets constituant un véritable peigne pour carder la surface des draps. Cette culture, bien qu'ayant perdu de son importance par suite de l'emploi des cardes métalliques, se pratique encore en Provence, Languedoc et Normandie, en Allemagne, aux États-Unis. C'est qu'en effet si les cardes métalliques suffisent au peignage des draps grossiers, seule, la cardère naturelle réunit la raideur et la souplesse indispensables pour le traitement des étoffes fines. Après la récolte qui, dans le Midi, a lieu au début de juillet, les cardères sont séchées sur une aire, puis subissent un tronçonnage qui supprime l'involucre de la base et raccourcit la queue à 10 centimètres; enfin, elles sont triées par grosseurs et qualités. Les meilleures sont presque cylindriques, à épines nombreuses, fortes, élastiques, recourbées vers le bas. Les producteurs nomment maîtres les chardons provenant de la tige principale; ailes, ceux qu'on coupe sur les tiges secondaires; turlupins, les plus petits. Les industriels les classent en drapiers (7"" de long), bonnetiers (5'"',5) et foulons (3C'",5). L'expédition se fait en futailles légères.

Les cultures du Nord fournissent des cardères à épines plus souples que celles du Midi et qui conviennent mieux pour certains travaux.

Amadou, ivoire végétal. — \J amadou a perdu beaucoup de son importance depuis l'invention des allumettes chimiques. Il est fourni par divers Polypores

poussant sur les arbres : Polypore amadouvier (fig. 323), Polypore allume-feu, etc. On coupe leur chair en tranches minces que l'on fait macérer dans une eau alcaline et que l'on bat

Chardonnette (Cynara cardunculus)

Fig. 322. — Têtes de Cardères.

De gauche à droite :

Foulon, Bonnetier et Drapier.

au maillet. On obtient ainsi l'amadou des chirurgiens, employé pour arrêter es hémorragies ; l'amadou des fumeurs est imprégné de salpêtre et de chlorate de potasse qui facilitent sa combustion. \-!iooire végétal ou corozo provient des graines d'un petit Palmier de l'Amérique du Sud, le Phytelephas à gros fruits, commun au bord des cours d'eau. Le fruit composé pèse jusqu'à 8 kilogrammes; chaque fruit simple, individuel, renferme quatre graines de la grosseur d'un œuf de poule. L'albumen en est corné, dur, blanc et se travaille comme l'ivoire; on en fait des boutons de vêtements, des pommes de parapluies, etc. Les graines de divers autres Palmiers, comme les Hyphœne et les Attalea, sont propres aux mêmes usages. Le Metroxylon de Viti fournit le corozo d'Australie. Les sciures provenant du travail du corozo sont employées au fleurage du pain. Le Brésil, la Colombie et l'Equateur sont les principaux pays producteurs.

Récipients, instruments de musique. — Les Gourdes (Lagenaria) sont des Cucurbitacées grimpantes qui prospèrent dans tous les pays chauds et tempérés. Leurs fruits mûrs ont un

péricarpe dur et ligneux qui permet de les transformer en récipients. Le fruit de la Gourde pèlerine ou Gourde bouteille présente un étranglement qui sépare deux renflements inégaux ; sa contenance varie de 1 décilitre à 6 litres ; celui de la Gourde siphon se termine par une partie étroite, droite ou

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