VIL - PLANTES MÉDICINALES ET VÉNÉNEUSES
Les connaissances que possède l'homme dans cette partie de la botanique n'ont pas été acquises sans dangers. Tout ce que savaient les Grecs de l'antiquité sur les plantes médicinales est résumé dans les écrits de Dioscoride et de Théophraste ; la botanique médicale du moyen âge nous est connue par les ouvrages d'Hildegard, d'Albertus Magnus et des auteurs arabes. Paracelse, au XVIe siècle, émit l'idée, qui a été appliquée de nos jours, d'extraire des plantes la quintessence, c'est-à-dire les principes actifs; mais il fut aussi le propagateur de la théorie mystique de vertu signative, d après laquelle, en raisond'une correspondance mystérieuse entre le monde extérieur et l'organisme, les médicaments sont désignés à l'avance par leur structure ou leur ressemblance avec quelque partie du corps : la tête de Pavot, par sa forme, doit avoir une action sur la tête de l'homme; l'Hépatique doit guérir les maladies de foie, parce que ses feuilles trilobées ont, lorsqu'elles sont jeunes, la couleur brune du foie; la Pulmonaire, pour une raison analogue, convient aux maladies de poitrine, et la Ficaire, aux hémorroïdes, parce que certaines de ses racines, renflées en forme de figue, en évoquent un peu l'aspect, etc. On dira plus tard que l'action du café sur le cerveau est tout indiquée dans la forme de sa graine qui rappelle celle de cet organe. Ces singulières idées eurent cours jusqu'au début du XIX1' siècle. Elles se relient certainement à la théorie des simulacres de Pline, des ébauches d'Empédocle et des mycéniens dont il sera parlé plus loin.
Les plantes médicinales tiennent une place considérable dans les magies et les sorcelleries de tous les peuples, soit pour les conjurations et les maléfices, soit, au contraire, pour les philtres-; elles jouent également un rôlecomme talismansou amulettes. L.'Ail doré de nos jardins, le Moly d'Homère, n'avait pas son pareil pour préserver des maléfices et des enchantements. La Mandragore officinale (fig. 338) est une Solanacée à racine courte et grosse, souvent bifurquée, ayant vagusment l'aspect d'une sorte de poupée ; nulle plante n'a joué un rôle aussi grand en sorcellerie. D'après Matthiole, c'était une profession en Italie que de compléter la ressemblance humaine des organes souterrains de cette plante par un travail de sculpture et même certains individus fabriquaient de fausses racines de Mandragore avec des racines de Bryone.
Ficaire fausse renoncule,
Les plantes vénéneuses; leurs utilisations. — Entre une plante vénéneuse et une plante médicinale, il n'y a d'autre différence qu'une question de dose. La sensibilité de l'organisme dans lequel pénètrent les poisons végétaux est aussi très variable pour chacun d'eux. Les insectes et leurs larves attaquent une foule de plantes vénéneuses pour l'homme ; les limaces ne sont nullement incommodées par les Amanites les plus redoutables; le Persil, le Céleri et le Safran sont toxiques pour beaucoup d'oiseaux ; les canards, les poules et les pigeons ne sont pas empoisonnés par l'ingestion d'opium ; le calao mange la noix vomique; les souris, les graines d'Ivraie, deDatura ou de Ciguë. Alors que le lapin est empoisonné par la Mercuriale vivace, plante également redoutable pour le bétail et notamment pour les moutons, il peut ingérer sans inconvénient des quantités de feuilles ou de fruits de Belladone qui seraient susceptibles de tuer plusieurs hommes ; on 1 empoisonne cependant par injection intra-veineuse du suc de la plante.
Depuis des millénaires, la médecine tire parti des poisons végétaux. En Grèce, la Grande Ciguë était la plante justicière ; les condamnés à mort buvaient le suc de cette plante, probablement additionné d'opium. Beaucoup de plantes vénéneuses servaient aux épreuves judiciaires. L une des plus célèbres est une Asclépiadacée, le Tanghin vénéneux (Menabea venenaia) [fig. 324], arbre de Madagascar dont le fruit renferme une graine toxique. On avait recours à ce poison d'épreuve dans le cas de sorcellerie, dans les complots contre l'État; on croit que les Hovas l'ont employé pour assurer leur prépondérance et ont fait périr ainsi plus de 100 000 sujets. Ils l'utilisaient de même dans les procès civils, mais alors, pour simplifier les choses, chaque partie était autorisée à se faire représenter par son chien, auquel on administrait le poison ; le plaideur dont le chien succombait perdait son procès.
L'écorce d'une Légumineuse, le Tali ou Bondou (Erythrophlœum de Guinée), la fève de Calabar (Physostigma vénéneux) [fig. 325] ont été employés comme poisons d'épreuve par certaines peuplades d'Afrique; la première renferme un alcaloïde qui agit sur le coeur à la façon de la Digitale; la seconde, un alcaloïde qui paralyse les muscles à la façon du curare.
Nombre de plantes vénéneuses sont célèbres comme poisons de flèches pour la chasse ou la guerre. Le plus fameux est le curare des Indiens de l'Amazone, de l'Orénoque et des Guyanes ; il provient des extraits de divers Strychnos; les indigènes d'Amérique utilisent aussi les fruits de Paullinia. L'extrait aqueux des graines ou des racines des Strophantes (fig. 326) a les mêmes usages dans tout l'ouest africain ; les Somalis emploient comme poison de flèche le suc de divers Adenium; les indigènes des régions africaines subdésertiques, celui des Euphorbes cactiformes ; les Malais, celui de YUpas antiar (Antiaristoxicaria)[fig. 327]; les indigènes du Kamtchatka utilisent le suc d'Anémone, etc.
De même qu'il y a des poisons de chasse, il existe des poisons de pêche, comme YAnamirte Cocculus, liane de l'Inde dont les fruits très toxiques, de la grosseur d'un pois, sont les coques du Levant. Certains braconniers, véritables malfaiteurs, lancent dans les rivières une pâte dans laquelle entre ce fruit ; les poissons qui ont goûté à cette mixture montent, étourdis, à la surface de l'eau et peuvent être facilement capturés; la consommation en est dangereuse si l'intestin de l'animal n'a pas été enlevé aussitôt. Les fruits des Paullinia, la Téphrosie toxique et diverses Euphorbes servent au même usage.
Plantes vénéneuses indigènes. — Dans nos bois et nos champs vivent quelques espèces empoisonneuses qu'il est utile de connaître. Nombre d'accidents mortels sont causés chaque année par des Champignons du groupe des Amanites, des Volvaires, des Entolomes ou par des fruits vénéneux, charnus, de couleurs vives, qui attirent l'attention des enfants, et sont mangés par eux. Toutes nos Renonculacées renferment des principes acres, irritants, vésicants même; il faut se méfier des Renoncules ou Boutons d'or, des Clématites, des Anémones, des Ellébores et surtout de l'Aconit. Les Pavots des jardins sont des plantes à opium ; de même le Pavot Coquelicot, et lorsque ce dernier est abondant dans un champ il peut empoisonner le bétail qui mange la paille à laquelle il est mêlé. La Chélidoine, des terrains vagues, laisse écouler, quand on la froisse, un latex très vénéneux, employé jadis pour brûler les verrues. Les Rosacées sont, pour la plupart, des plantes à acide cyanhydrique : le Cerisier laurier-cerisier est très toxique et on a toujours tort d'employer ses feuilles comme
condiment; on a des exemples d'empoisonnements d'enfants ayant mangé une trop grande quantité des amandes amères contenues dans nos fruits à noyau ; les branches et les feuilles
Cl. de l'Office colonial.
Un marché aux drogues, en Indochine,
du Pêcher sont vénéneuses pour le bétail.
Les Cucurbitacées dangereuses sont la Coloquinte, et la Bryone par ses racines et ses fruits dont quinze suffisent à tuer un enfant. Les Ombellifères nous fournissent un lot malfaisant : les Œnanthes et les Ciguës. L'Œnanthe safranée est commune dans le marais poitevin ; sa racine, arrachée et jetée sur le sol au moment où l'on refait les fossés, détermine de nombreux empoisonnements du bétail. L Œnanthephellandre ou Ciguë aquatique est aussi dangereuse ; cependant sa toxicité est faible au printemps. Quant aux Ciguës, on en distingue trois : 1° la Grande Ciguë ou Ciguë tachetée (Conium) des lieux incultes, qui atteint 2 mètres de haut et ne peut se prêter à aucune confusion ; 2° la Ciguë Oireuse ou Cicutaire des marais, dont les feuilles écrasées ont une odeur repoussante; sa racine, qui rappelle celle du Céleri, a souvent causé mort d'homme; 3° enfin, la Petite Ciguë ou Faux persil (/Ethusa cynapium), surtout dangereuse parce qu'elle croît souvent dans les jardins et, dans son jeune âge, ressemble au Persil ; elle s'en distingue cependant par l'odeur désagréable de ses feuilles froissées entre les doigts, par les taches brunes ou lie de vin de la base de sa tige, par ses fleurs blanches et non d'un jaune verdâtre, ses involucelles unilatéraux et pendants à deux ou trois pièces.
Toutes les Solanacées, même celles qui sont alimentaires, renferment dans l'un ou dans l'autre de leurs organes des principes vénéneux; les plus dangereuses sont le Datura, la Jusquiame et surtout la Belladone, à cause de ses baies noires et brillantes. Parmi les Scrofulariacées, la jolie Digitale est extrêmement vénéneuse ; la Gratiole, les Linaires et les Pédiculaires sont suspectes. Le Colchique d automne, dont les feuilles sont communes dans les prés en avril et les fleurs en septembre, est très vénéneux par toutes ses parties; ses feuilles nuisent à la qualité du foin. Les fruits rouges de l'Arum, du Chèvrefeuille et du Muguet, ceux des Daphnés ; toutes les Euphorbiacées et la Rue du midi de la France sont toxiques. Parmi les arbustes les plus dangereux, soit pour l'homme, soit pour le bétail, il faut citer le Laurier-rose, l'If, l'Acacia jaune ou Cytise aubour, le Buis, le Genêt d'Espagne ou Spartier à tiges de Jonc, l'Ailante, les Sumacs. Les graines de la Nielle des blés et celles de l'Ivraie enivrante, mélangées au Blé, peuvent déterminer des empoisonnements par le pain.
Poisons pruritants. — Quelques végétaux, inoffensifs lorsqu'on ne les touche qu'en passant, déterminent chez les ouvriers qui les manipulent fréquemment une vive irritation de la peau, accompagnée de rougeur, de démangeaison, de manifestations eczémateuses. Le latex du Figuier commun irrite le poignet lorsqu'on cueille les fruits de cet arbre; les Conifères, par les térében-
Fig. 324.
Tanghin vénéneux.
a, Bouton ; 6, Fleurs i e, Fruit
ouvert ; d, Graine : e, Racines.
Fig. 325.-
- Fève de Calabar.
a, Graine.
Fig. 326. — Strophante.
a, Fruit : b, Graine.
Fig. 327.
Antiaris toxicaria.
Fig. 328. — Camomille.
a, Fleur.
PLANTES VENENEUSES
1 . Bryone dioïque et fruit. — 2. Rue et fruit. — 3. Digitale pourpre. — 4. Cytise Aubour. — 5. Laurier-rose. — 6. Ellébore noire. — 7. Aconit napel. — 8. Pavot et fruit. 9. Chèvrefeuille et fruit. — 10. Genêt d'Espagne. — 11. Colchique d'automne. — 12. Daphné garou. — 13. Ivraie enivrante. — 14. Jusquiame noire et fleur. — 15. Belladone et fruit. — 16. Datura stramoine. — 17. Tabac et fruit.— 18. Nielle des blés.— 19. Œnanthe phellandre, fleur et fruit.— 20. Coloquinte (fruit).— 21. Ciguë .vireuse.
22. Ciguë vireuse, feuille de la base. — 23. Petite ciguë et fleur. — 24. Persil, feuille de la base. — 25. Petite ciguë, feuille de la base. — 26. Grande ciguë et fleur.
UTILITÉ DES VÉGÉTAUX
Fabrication des dragées médicinales.
thines qu'ils contiennent, agissent de même. En élaguant l'Ailante, les jardiniers peuvent attraper des pustules au visage et aux mains. Les ouvriers occupés au triage des bulbes de Jacinthe, des gousses de Vanille, à la récolte du Houblon, à l'emballage des pêches, ceux qui manient les artichauts ou les racines de Panais, les jardiniers qui cultivent la Primevère de Chine, les hommes qui pulvérisent la racine d'Ipéca ou manipulent les écorces de Quinquina sont souvent atteints de ces dermatites. Elles sont dues soit à la pénétration de fines aiguilles d'oxalate de chaux, soit à des poils rigides, soit à des essences ou autres principes irritants.
Les Plantes médicinales. — Il règne encore beaucoup de préjugés sur les plantes médicinales. D'une part, des vertus innombrables sont attribuées à des espèces bien innocentes ; d'autre part, on emploie souvent à tort et à travers, principalement dans les campagnes, des simples qui provoquent de graves accidents. On sait, par exemple, que les fleurs de Genêt sont purgatives : on prendra indifféremment celles du Genêt à balai, du Genêt des teinturiers ou du Genêt d'Espagne; toutes contiennent des substances très actives, mais en quantités fort inégales; les fleurs du Genêt d'Espagne (Spartium junceum) et surtout du Genêt purgatif (Cytisus purgans), qui sont les plus chargées en principes toxiques, déterminent parfois des empoisonnements.
Il y a cependant de bonnes plantes indigènes très utiles. On les trouve dans les champs ou dans les bois, comme la Mauve, la Guimauve, le Chiendent, le Lierre terrestre, le Lamier blanc, le Fraisier sauvage, la Tormentille, le Tussilage, la Pariétaire, la fleur de Tilleul, les cônes de Houblon, la feuille de Ronce, de Frêne ou de Noyer, ou on les cultive dans un coin du jardin, comme l'Ache, la Camomille (fig. 328), la Chicorée, la Bourrache ou la Menthe.
Dans quelques villes, surtout à l'étranger, un emplacement spécial est réservé sur les marchés aux vendeurs de plantes médicinales.
L'industrie des plantes médicinales. — Une culture rationnelle accroît la valeur des plantes médicinales : à Java, les Hollandais sont arrivés par une sélection savante à produire des
Vegetatiombilder.
Tamarin de l'Inde.
écorces de Quinquina ayant l'énorme teneur en quinine de 16 pour 100. Pendant le séchage dessimples, leurs principes constituants se modifient sous l'action des ferments; il existe des différences notables dans le mode d'action de la même plante fraîche ou sèche. En plaçant les plantes dans un autoclave, en présence de la vapeur d'alcool, après les avoir incisées, on les stérilise et elles peuvent conserver sans altération tous leurs éléments actifs.
Une plante médicinale renferme généralement plusieurs principes, dont l'un est dominant, mais dont Y ensemble agit. Au début du XIX0 siècle, les progrès de la chimie ont permis d'extraire ces principes : quinine, morphine, digitaline, etc., qui ont l'avantage de pouvoir être parfois exactement dosés, tandis que la plante en renferme des doses variables suivant son habitat et l'époque de sa récolte. La composition de la digitaline, cependant, est bien incertaine et varie avec le mode de préparation ; aussi n'est-elle pas admise par la pharmacopée anglaise. On revient cependant aujourd'hui à l'emploi des plantes, tout au moins sous forme de teintures et d'extraits qui en renferment tous les principes utiles.
Depuis 1880, les plantes médicinales, comme les plantes à parfum, sont, dans une certaine mesure, concurrencées par les médicaments de synthèse se préparant aujourd'hui par tonnes, comme l'antipyrine, le pyramidon, l'arrhénal, la stovaïne qui est un succédané de la cocaïne, etc. Quelques plantes médicinales s utilisent en nature sous forme de tisanes, infusions, lotions, cataplasmes, etc. ; le plus souvent, elles ne sont que la matière première d'où l'on extrait le médicament sous la forme pure d'alcaloïde, de glucoside, etc., ou encore de teinture, de vin, sirop, pâte, poudre. C'est là une importante industrie qui prépare d'innombrables produits, depuis les crayons antimigraine, mélange de paraffine et de menthol, jusqu'aux capsules, cachets, tubes d'étain à vaseline saturée de matière médicamenteuse, etc.
Pour préparer les pastilles, on triture le médicament et du sucre en poudre avec de l'eau gommée ; la pâte obtenue est transformée en une galette rectangulaire qu'une machine découpe et estampe. Pour faire des pilules, la matière active est mélangée avec un excipient de nature variable : gomme arabique, sucre, poudre de réglisse, huile, miel, etc., et triturée jusqu'à consistance convenable, puis placée dans un pilulier à main, composé de deux pièces en bois portant chacune une règle métallique creusée de cannelures, dans lesquelles on enferme la pâte, puis l'on presse. Les pilules sont ensuite disquées dans un plateau sous la pression légère d un disque et deviennent sphériques. Dans la grande industrie pharmaceutique, le pilulier à main est remplacé par un pilulier méca-
Fig. 329. — Casse.
a, Fistulcuse ; b, Fleur ; c, Fruit. — d, Lancéolée
F g. 330. — Séné.
a, Fruit
Fig. 331. — Jalap.
a, Racine ; 6, Fruit.
Fig. 332. — Ipécacuanha.
1, Annelé ; 2, Strié ; 3, Ondulé.
nique ou magdaléonier, permettant à une ouvrière habile de fabriquer 100000 pilules par jour. Les dragées médicinales sont des pilules recouvertes de sucre comme les amandes en confiserie.
Légumes et fruits médicamenteux. — On peut accroître la quantité des principes thérapeutiques utiles contenus dans les plantes par des arrosements appropriés. En 1860, Champouillon,
Cl. de M. l'ric.
Culture de la Laitue vireuse.
en arrosant des Vignes et des Fraisiers avec de l'eau contenant du nitrate et du carbonate de potassium, a obtenu des fruits doués d un pouvoir diurétique considérable. Cette méthode est recommandable quand il s agit de sels de fer, si utiles pour le traitement de l'anémie et absorbables difficilement par l'organisme sous leur forme habituelle. Les Êpinards ferrugineux, obtenus à l'aide d'arrosements et de modifications dans la composition du sol, contiennent jusqu'à sept fois plus de fer que les Êpinards ordinaires; ils font l'objet d'une culture spéciale aux environs de Vienne, en Autriche. La racine pulvérisée du Rumex crépu, accrue en fer par arrosements, est aussi un excellent ferrugineux employé dans les cas d'anémie et de chlorose.
Purgatifs et vomitifs. — Les végétaux fournissent à la médecine une série fort complète de purgatifs, depuis les fruits rafraîchissants comme pruneaux ou raisins frais, les graines légèrement laxatives comme celles d'Orge ou de Lin, jusqu'aux principes les plus énergiques, tels que le Jalap et la Scammonée. Les Rhubarbes sont de grandes herbes dont certaines espèces sont cultivées en Europe commes plantes potagères ; le produit pharmaceutique est la racine de la Rhubarbe officinale ou celle de la Rhubarbe palmée, variété de Tangut, découverte par Prejwalsky, espèces exportées de Chine. On récolte les racines à l'âge de quatre ou cinq ans; elles pèsent jusqu'à 10 kilogrammes; on les sèche, on les écorce et on les coupe en fragments qu'on enfile en chapelets; elles constituent un laxatif doux, purgeant sans coliques.
Les graines du Ricin commun donnent une huile qui, exprimée à froid, n'est pas purgative, et qui l'est, au contraire, lorsqu'elle a été obtenue à chaud ; elle n'a qu'un seul inconvénient : sa saveur désagréable. La plus grande partie des graines employées dans les pharmacies vient de l'Inde ou de Syrie. Quant aux graines, elles sont toxiques et il serait dangereux d'en broyer deux ou trois et de les ingérer sous prétexte de purgation.
Les Casses habitent les régions chaudes du globe, surtout l'Amérique; elles renferment des principes purgatifs connus et employés de temps immémorial.
La Casse fistuleuse (fig. 329) est un arbre dont le fruit est une longue gousse ligneuse; ses graines sont entourées par une Fig. 333.— Cinnamome camphrier, pulpe d'un brun rougeâtre qui a, Fleur i b, Étamine.
Cl. Mareellei.
Récolte du latex de la Laitue.
constitue la casse mondée qu'on emploie comme laxatif doux, tandis que les feuilles et les fruits de la Casse à feuilles aiguës d'Egypte et de plusieurs autres espèces (C. angustifolia, obovata) constituent le séné des pharmaciens (fig. 330), qui est un purgatif très énergique. La pulpe de la gousse d'une autre Légumineuse, le Tamarin de l'Inde (Tamarindus indica), est un laxatif doux.
L'Amérique du Nord fournit aux officines la cascarine, matière cristallisable retirée de l'écorce d'un Nerprun (Rhammus purshiana), qui est connu dans son pays d'origine sous le nom de Cascara sagrada ou écorce sacrée; la même contrée fournit aussi le podophyllin, résine contenue dans le rhizome d'une Berbéridacée , le Podophylle pelté. La manne est un purgatif doux pour les enfants; on l'obtient en Calabre et en Sicile d'incisions pratiquées sur le Frêne orne.
Les Aloès, qu'il ne faut pas confondre avec les Agaves, sont des Liliacées à feuilles charnues, originaires de 1 Afrique tropicale et introduites dans beaucoup de contrées chaudes ; de leurs feuilles récemment coupées, s'écoule un suc qu'on évapore sur le feu ou au soleil et qui est 1 aloès du commerce; il renferme un principe très actif, Valoïne, accompagné d'une résine. Les espèces principales à aloès sont : l'Aloès vrai (nord de l'Afrique, Madère, Canaries), ÏAloès des Barbades, YAloès de Perry (Socotora).
Le jalap (fig. 331) et la scammonée sont des résines extraites des racines de deux Convolvulacées : la première est une Exogone du Mexique; la seconde, une sorte de Liseron d'Orient; ce sont des purgatifs violents qui entrent dans la composition de l'eaude-vie allemande. Les fleurs des Genêts, la racine de la Bryone et les fruits de la Coloquinte sont des purgatifs indigènes d'un maniement dangereux.
La racine d une Rubiacée du Brésil, le Cephcslis ipecacuanha (fig. 332), possède des propriétés émétiques qui la placent au premier rang des médicaments vomitifs. On falsifie ce produit avec la racine d'une Violacée, VIonidium Ipecacuanha; la racine de notre Violette indigène est douée de propriétés analogues.
Les astringents. — Les plantes riches en tanin déterminent le resserrement des tissus et diminuent la sécrétion intestinale. La gelée de coings, les nèfles, les feuilles de Chêne, de Ronce, d'Arbousier, de Noyer, le brou de noix, la racine de Fraisier, les pétales de la Rose de Provins sont les plus employés. Les cachous, la racine de ralanhia du Pérou (Krameria triandre) ou du Colombo (Jatrorrhize Colombo) de l'Afrique tropicale sont des remèdes des plus énergiques. La décoction d'écorce de Chêne est un contrepoison des sels de plomb, de cuivre et d'antimoine.
Les calmants. — L'eau de fleurs d'Oranger et les fleurs de Tilleul sont des calmants très populaires, sans danger et fort utiles ;
le Tilleul fait l'objet d'un commerce important : les sortes les plus estimées sont celles du Dauphiné, de Suisse, d'Italie, du Tyrol. Le roi des calmants est ïopium, latex desséché du Pavot somnifère à graines blanches, cultivé en Perse, en Egypte, dans l'Inde et en Chine. On en retire plusieurs alcaloïdes : la morphine, la codéine, la thébaïne, etc. ; ce sont des narcotiques précieux pour calmer la douleur, mais des poisons redoutables. Ils entrent dans une foule de préparations dites opiacées : laudanum, sirop diacode, pilules, etc.
On utilise la morphine en in-
Fig. 334. — Giroflier.
, Bouton dit : Clou de Girofle.
UTILITÉ DES VÉGÉTAUX
Un champ d'Hysope, dans le Var.
jections sous-cutanées. L'emploi de l'infusion de têtes de Pavot pour calmer les enfants est une pratique presque criminelle qui cause de nombreux empoisonnements.
Le lactucarium ou opium de Laitue est le latex obtenu à l'aide d'incisions pratiquées sur les tiges des Laitues cultivées ou sauvages montées; c'est un calmant, ainsi que l'eau de laitue et la thridace, obtenues par distillation ; la culture des Laitues pour cet usage médicinal se pratique en grand aux environs de Clermont- Ferrand. L'eau de Laurier-cerise est un poison violent, renfermant de l'acide cyanhydrique; elle calme la toux; son emploi, même par les médecins, exige la plus grande prudence.
Le camphre, dont Raspail a voulu faire une panacée, est une substance toxique à dose un peu forte, bien que son action soit fort complexe; on l'utilise à l'extérieur comme antiseptique, à l'intérieur comme calmant. On l'extrait du bois de Cinnamome camphrier (fig. 333), arbre superbe qui constitue à Formose d immenses forêts vierges, abonde dans diverses îles du Japon et dans la Chine méridionale. On l'a introduit aux Indes; à Ceylan, en Floride et au Texas, la culture du Camphrier occupe des milliers d'hectares. On abat les arbres de quarante à cinquante ans ; le bois débité en copeaux est mis dans un alambic, avec de l'eau dont la vapeur entraîne le camphre; celui-ci doit être raffiné. Les deux tiers de la production camphrière servent à la fabrication du celluloïde; le reste est utilisé en pharmacie. Depuis 1905, on fabrique du camphre de synthèse en paitant soit de l'essence de térébenthine, soit du hornéol ou camphre de Bornéo, extrait du Dryobalanops aromatique; il entre en concurrence avec le camphre naturel, mais seulement pour la fabrication du celluloïde. La racine de la Valériane officinale ou Herbe-aux-chats est employée en infusion, comme antinerveuse; on lui préfère aujourd'hui les valérianates de quinine ou de zinc. On peut ranger aussi, dans les calmants, les adoucissants et les émollients, comme la racine de Guimauve, utilisée en lavements ou en gargarismes, tandis que des feuilles on fait des cataplasmes ; la graine de Lin :
les figues agissent aussi par leurs matières mucilagineuses. Le suc de Concombre, utilisé en pommade, est adoucissant et émollient ; de même, l'infusion de fleurs de Sureau est regardée comme vulnéraire et résolutive. Les clous de girofle entrent dans la préparation du laudanum ; Colchique d'automne. l'essence de girofle est un
calmant des dents; on emploie aussi comme odontalgique l'extrait de la racine du Pyrèthre d'Afrique (Anacycle pyrèthre), commun en Algérie, leSpilanthe potager ou Cresson de Para (Composée), le Claoalier frêne (Zanthoxyle), dont l'écorce mâchée calme les douleurs ; c'est l'Arbre au mal de dents des Américains.
Apéritifs, digestifs. — Les médicaments apéritifs sont les amers végétaux pris une demi-heure avant le repas ; ils accroissent la sécrétion de la salive, des sucs gastriques et intestinaux. La noix comique et la /eue de Saint-Ignace ou leur principe actif, la strychnine, sont employés avec prudence pour exciter les contractions musculaires d'un estomac atone. Les copeaux de Quassia amara sont fournis par le bois d'arbustes habitant l'Amérique tropicale. Le Colombo (Jatrorrhiza), le Quinquina, et, parmi nos plantes indigènes, la Gentiane, le Houblon, la Chicorée sauvage, la Potentille tormentille, l'Oranger amer, la Petite centaurée, etc., sont aussi très employés. Les pseudo-apéritifs du commerce sont des combinaisons d'herbes amères avec des essences, des liqueurs sucrées et alcooliques qui masquent l'amertume du mélange, mais produisent un résultat inverse de celui qu'on désire.
Les médicaments digestifs ont pour rôle de stimuler le travail trop lent de l'estomac ; on emploie surtout les infusions de plantes aromatiques : graines de Carvi, d Anis vert, de Fenouil, de Coriandre, sommités fleuries de Menthe, de Romarin, de Mélisse, de Sauge, capitules de la Camomille, fruits de Badiane ou Anis étoile. Les élixirs digestifs du commerce sont des macérations alcooliques de ces plantes.
Sur la côte occidentale d'Afrique, on fait un usage à peu près journalier du Piment enragé en lavements, en décoctions filtrées; il agit comme un excitant très puissant de la digestion en déter-
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