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Récolte de la réglisse, dans le Caucase.

Repiquage du plant de Quinquina.

Récolte de l'écorce de Quinquina.

minant une hypersécrétion intestinale et ne paraît déterminer aucun effet fâcheux. Une calebasse trouée dans laquelle souffle un ami remplace l'instrument de Molière.

Dépuratifs : diurétiques, sudorifiques. — La racine de Salsepareille, qui provient de divers Smilax d'Amérique, est le type des dépuratifs. Parmi nos plantes indigènes, beaucoup ont cette réputation plus ou moins justifiée, comme la Pensée sauvage, la Chicorée sauvage, le Cresson, la Fumeterre, le Houblon, le Chardon bénit (Cnicus) et la Carline.

Les diurétiques, c'est-à-dire les substances capables d exciter la sécrétion urinaire, sont nombreux. Parmi nos plantes indigènes, il faut citer les queues de cerises, remède populaire très employé ; le Chiendent, la Polygale, l'Asperge, la Pariétaire, le Cerfeuil, la racine de Persil, les fruits du Coqueret, les fleurs de la Reine des prés ou Spirée ulmaire. Comme remèdes plus énergiques, que peut seul ordonner le médecin : la Scille maritime, le Colchique, la Digitale, la caféine et surtout la convallamarine, extraite du Muguet.

La plupart des diurétiques sont en même temps sudorifiques ; mais on considère comme plus particulièrement douées de cette dernière propriété les fleurs de Bourrache et de Sureau, les rameaux ligneux de Douce-amère, les baies de Genièvre. La pilocarpine, alcaloïde extrait des Pilocarpus ou Jaborandi, de l'Amérique du Sud, a la propriété d'exagérer fortement toutes les sécrétions.

Plantes pectorales. — Les plantes pectorales sont réputées propres à guérir les rhumes et autres affections respiratoires. Les plus populaires sont les fruits pectoraux : dattes, jujubes, figues et raisins de Corinthe mélangés, et surtout les fleurs pectorales : mauve, violette, coquelicot, pied-de-chat, bouillon-blanc, tussilage et guimauve, dont les premières font partie de la fameuse tisane des quatre fleurs, chère à nosgrand'mères, et qui entrent aussi dans les sirops, les pâtes pectorales, additionnées, il est vrai, de substances plus actives, comme l'opium et l'eau de Laurier-cerise.

Le rhizome de la Réglisse est utilisé en nature; on en prépare

Séchage des écorces de Quinquina.

la boisson connue sous le nom de coco, et surtout on en extrait, principalement en Italie, le sucre noir ou sucre de réglisse, parébullition prolongée du rhizome dans l'eau et évaporation du liquide. Cette plante est cultivée en France, à Bourgueil (Indre-et-Loire); en Floride, en Espagne et surtout en Italie. Elle croît à l'état sauvage dans les plaines de la Russie méridionale, de l'Asie Mineure, de la Syrie et de la Mésopotamie, où elle est considérée comme une mauvaise herbe; on l'arrache chaque année avant le labourage du sol et son ensemencement en céréales. La ville russe de Tschartschui, puis Antioche, Alep, Bagdad et Damas sont les centres principaux du commerce de la Réglisse.

Les feuilles d'Eucalyptus, l'Hysope, les Grindelia (Composée de l'Amérique du Nord), la Capillaire du Canada (Adiantum pedatum) et la Capillaire de Montpellier [A. Capillus-Veneris), le Lichen d'Islande, le Chondrus crispé, ou mousse perlée des officines, qui n'est qu'une Algue de nos côtes, très riche en mucilage, sont aussi des plantes pectorales très usitées.

Les résines et les baumes agissent sur les muqueuses et facilitent l'expectoration ; on emploie les bourgeons de Pin, l'essence de térébenthine, les baumes de Tolu et du Pérou.

Fébrifuges. — Le fébrifuge par excellence est l'écorce des Quinquinas, arbres dont il existe une trentaine d'espèces originaires des Andes, dans la portion qui s'étend entre 10° lat. N. et 19° lat. S., à une altitude comprise entre 1 100 et 2 500 mètres. L'écorce de Quinquina, employée depuis des siècles par les Indiens d'Amérique, ne fut connue en Europe qu'en 1640. En 1820, Pelletier et Caventou en isolèrent la quinine. Les demandes croissantes du précieux remède amenèrent une exploitation si destructive des Quinquinas d'Amérique qu'on songea à introduire ces arbres dans différentes régions chaudes pour les cultiver et les exploiter de façon rationnelle.

En 1845, des graines envoyées par Weddell, botaniste français, furent semées au Muséum d'histoire naturelle de Paris et donnèrent des sujets qui, distribués gracieusement, furent plantés dans l'Inde anglaise, à Ceylan et à Java. Par hybridation et sélection, on est arrivé dans cette dernière île à obtenir des arbres, multipliés ensuite de greffe, dont l'écorce contient couramment 10 pour 100, et même jusqu'à 16 pour 100 d'alcaloïde, alors que le Quinquina officinal des forêts des Andes n'en contient pas plus de 0,5 à I pour 100.

Java possède aujourd'hui plus de 10 millions de Quinquinas. Comme le bois est sans usages, on enlève l'écorce par lanières, sans toucher au cambium, et une nouvelle écorce se reforme. Les quatre-vingt-cinq centièmes de la production mondiale en écorces de Quinquinas sont originaires de Java. Il existe dans le monde une vingtaine d'établissements, dont cinq en France, où l'on fabrique la quinine, le plus souvent sous forme de sulfate. On évalue à 500000 kilogrammes la production mondiale annuelle de ce médicament. L'écorce est de moins en moins employée en nature.

Les autres fébrifuges végétaux sont la salicine, tirée de 1 écorce du Saule; Vesculine de l'écorce du Marronnier d'Inde, et aussi l'Eucalyptus, la Quassia amara, l'Erythrée petite centaurée de nos prés, et beaucoup d'autres amers.

Stimulants, toniques, reconstituants. — Le café, le thé, le maté, les boissons alcooliques à faible dose sont des stimu-

UTILITÉ DES VEGETAUX

Kolatier devant un Fromager.

Iants du système nerveux; la cannelle et la vanille possèdent des propriétés excitantes accentuées; le quinquina, les amers sont des toniques.

Nous parlerons ici de la kola et de la coca, qui sont des aliments antidéperditeurs par excellence. La noix de Kola est la graine des Kolatiers, arbres de l'Afrique tropicale, dont il existe plusieurs espèces ; la Cola acuminée est la plus généralement cultivée et donne presque toutes les noix commerciales. La Guinée française, la Côte d'Ivoire, le Dahomey, et surtout le Soudan anglais sont les centres les plus importants du commerce de cette substance.

Les voyageurs depuis Lopez (1591) ont signalé le rôle important de la noix de Kola en Afrique, car plus de 20 millions de nègres la consomment comme masticatoire pour combattre la fatigue, la

soif, etc. Cette plante joue un rôle curieux dans les cérémonies religieuses, judiciaires, dans les mariages. Un Kola rouge signifie rupture; un Kola blanc signifie alliance. Le Kolatier est cultivé dans l'Inde, à la Jamaïque, à la Martinique et dans quelques autres régions tropicales, mais la production en est jusqu'ici très faible.

Le Kolatier, qui peut vivre plus de cent ans, fleurit pour la première fois vers dix ans et est en plein rapport à vingt-cinq ans. La plus grande partie de la production est consommée en Afrique. De petites quantités de noix fraîches parviennent en Europe. La noix de Kola renferme de la caféine, de la théobromine, de la kolanine, de l'amidon, etc. On l'emploie comme tonique puissant du cœur; c'est un antidéperditeur des forces; elle agit sur le système musculaire, diminue la fatigue et 1 essouflement, prévient la diarrhée ; c'est, de plus, un léger excitant cérébral.

Les feuilles de Y Erythroxylon coca ou Coca'ier, arbrisseau de 1 à 3 mètres, des régions chaudes d'Amérique, renferment un alcaloïde, la coca'ine. Les Indiens et les métis mâchent ces feuilles, qui ont des propriétés analogues à celles de la Kola. Le Cocaïer fait l'objet de grandes cultures en Bolivie et au Pérou ; ses feuilles s'emploient en poudre ou en infusion, comme toniques et stimulantes; on en extrait la cocaïne, utilisée comme anesthésique local.

Médicaments divers. — Le Kousso, fleur desséchée d'une Rosacée, le Koussotier d'Abyssinie, est un vermifuge énergique; l'écorce de Grenadier, le rhizome de la Polystic Fougère mâle, les semences de Courge et la mousse de Corse, qui est un mélange de plusieurs Algues marines, jouissent de propriétés analogues. Le semen-contra n'est autre chose que les capitules desséchés et pulvérisés des Armoises pauciflore et de Judée ou bien de la Santoline petit cyprès, de la région méditerranéenne. On en retire la santonine, principe cristallisable utilisé le plus souvent en cachets.

Le médicament du cœur le plus employé est la Digitale; ses feuilles, ou la digitaline qu'on en extrait, et qui est un poison des plus violents, augmentent l'énergie des battements du cœur et en diminuent le nombre. Les feuilles et les fleurs du Muguet, ou leur extrait qui est fort toxique, la Grande Ciguë, s'emploient aussi dans les maladies de cœur.

Le Colchique, l'Aconit, l'écorce de Saule et les feuilles de Frêne sont des médicaments antirhumatismaux. La Belladone est cultivée en grand en Angleterre pour la pharmacie ; on retire de ses racines et de ses feuilles un redoutable alcaloïde, Y atropine, qui ralentit les sécrétions et agrandit la pupille. La pilocarpine remplace souvent l'atropine en oculistique. Les révulsifs

Fig. 335. — Koussotier.

1, Fleur femelle ; 2, Fleur mâle

Koussotier (Hagenia abyssinica).

végétaux sont fort nombreux, depuis la racine de Thapsia, l'huile de Croton et la farine de Moutarde, dont on fait des sinapismes, jusqu'aux écorces de nos Daphnés indigènes (Garou ou Sainbois), employées jadis dans les campagnes comme vésicatoires.

Bornons-nous à citer encore les antiscorbutiques : Raifort, Cochléaria, Cresson, Houblon, Citron; les vulnéraires : Ache, Arnica, et les antiseptiques : camphre, thymol, gaïacol, menthol.

Vaccins, virus, sérums, etc. — Un certain nombre de Vaccins sont d'origine végétale : ce sont des cultures atténuées de microbes par la chaleur, par l'oxygène ou par les antiseptiques, etc. Le vaccin de la variole fut le premier employé ; il est dû au médecin anglais Jenner ; son emploi date de la fin du XVIIIe siècle; le microbe est invisible. Le vaccin du charbon est, après celui du choléra des poules, le premier qui ait été trouvé (1881) et appliqué en grand par Pasteur et ses élèves, puis celui de la rage. On a trouvé des vaccins du choléra, de la typhoïde (qui a eu une importance capitale pendant la guerre : Wright, Widal et Chantemesse, Vincent), de la peste, etc.

Les sérums s'obtiennent en extrayant du sang d'un animal (cheval) qui a reçu des injections de cultures de plus en plus fortes. Le poison ou toxine développé par le microbe provoque la formation dans le sang d'une antitoxine. On emploie un sérum contre la diphtérie (1890, Behring, Roux), contre le tétanos, contre le choléra, etc.

La séro-vaccination est utilisée quand la vaccination présente des risques. On associe un vaccin et un sérum, par exemple dans la claveléedes moutons d'Algérie, maladie à microbe invisible. Les vaccins sensibilisés s'obtiennent par immersion des microbes dans un sérum. Le microbe est débarrassé par lavage du sérum; il donne alors un vaccin plus durable (choléra, peste).

Les sérums ne sont pas employés toujours sans danger; parfois la deuxième inoculation d'un sérum provoque des troubles graves : la maladie, au lieu d'être atténuée, est exaltée : c'est Vanaphylaxie (Charles Richet).

Il y a encore d'autres modes de traitement fondés sur d'autres principes : sur la phagocytose ou attraction des phagocytes, qui englobent les bactéries et les digèrent : ainsi, on peut faire agir une substance comme l'iodoforme, etc., qui attire les phagocytés ; sur l'étude de la flore intestinale : par exemple, introduction dans le tube digestif de bons microbes, comme le microbe bulgare ; par cette méthode, Metchnikoff espérait que l'on parviendrait peut-être ainsi à atténuer les effets de l'artério- sclérose et à allonger la durée de la vie humaine.

Récolte des feuilles de Tabac, au Mexique.

LES PLANTES STUPEFIANTES

On ne peut que constater, en le déplorant, l'usage presque universel des substances stupéfiantes dont les principes nuisibles, mis en liberté par la combustion ou l'action de la salive, pénètrent partiellement dans l'organisme. On fume le tabac, l'opium, le chanvre, et les deux premiers surtout tiennent une place trop importante dans les industries agricoles et le commerce mondial.

Tabac. — Le Tabac est une Solanacée annuelle d'origine américaine; elle était cultivée par les Indiens à l'époque de la découverte de l'Amérique; ses feuilles se prisaient, se chiquaient, se fumaient enroulées en cigares grossiers ou hachées dans des pipes, dont certaines, très ornées, ont été retrouvées dans des tombeaux de la période incasique. La plante fut importée en 1518 en Espagne. En 1560, Jean Nicot, ambassadeur de France à Lisbonne, envoya à Catherine de Médicis de la poudre de tabac destinée à "guérir les migraines de la reine. Cette plante devint un remède à la mode, engouement injustifié, bientôt suivi d'une violente réaction qui la fit interdire un peu partout par des édits royaux. Nous pouvons juger aujourd'hui du peu d'effet qu'ils produisirent. Dès 1674, Colbert afferma le monopole des tabacs en France, et la plupart des gouvernements actuels tirèrent de la vente de ce produit un profit considérable.

Le Tabac est une plante très résistante; sa culture réussit aussi bien dans les pays tempérés que dans les régions tropicales, mais c'est sous les climats chauds qu'il acquiert les caractères spéciaux : élasticité, combustibilité, arôme, qui font les qualités supérieures. Les anciens auteurs espagnols nous apprennent qu'il existait déjà plusieurs races de Tabac en Amérique, au moment de la conquête; elles sont aujourd'hui nombreuses et on peut les rapporter à deux groupes : 1° les Tabacs à fleurs rosées ou rougeâtres, comme le Tabac commun (Nicotiana tabacum), dont les variétés sont cultivées à la Havane, en Malaisie, en France ; le Tabac à larges feuilles du Maryland, de l'Ohio, du Kentucky, de Tur quie, d'une grande partie de l'Algérie ; le Tabac de Virginie, le Tabac du Brésil, celui de Java et de Sumatra, cultivé en

Orient ou Extrême-Orient ; et 2" les Tabacs à fleurs jaunâtres, comme le Tabac rustique (N . rustica), du Brésil, d'Asie, de Hongrie et d'une partie de la France.

Le Tabac est une plante épuisante, exigeant des terres meubles, profondes, bien engraissées. En France, on sème sur couche et sous châssis vers le 15 mars; les graines sont très fines; 1 gramme en contient 18 000; on repique au milieu de mai , on écime deux mois après, et on enlève ensuite les bourgeons latéraux à mesure qu'ils apparaissent. On récolte en août, feuille à feuille, quand les marbrures jaunes apparaissent. La dessiccation s'opère sous des hangars à l'air libre, et dure trois à six semaines. Les feuilles, réunies en paquets ou manoques, sont accumulées en tas, la pointe en dedans, pour la fermentation. Cette culture est autorisée dans vingt-sept de nos départements ; elle est sous la surveillance de la régie, et les cultivateurs sont tenus de vendre tous leurs produits à l'État, au prix fixé chaque année par arrêté préfectoral. Le Lot-et-Garonne, la Dordogne, 1 Isère, le Pas-de-Calais et la Gironde sont les plus forts producteurs.

Toute notre production française, à laquelle il faut ajouter un poids à peu près égal de tabacs achetés aux États-Unis, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Algérie et en Turquie, est traitée dans vingt et une manufactures et, après une fermentation plus ou moins prolongée qui détruit une partie de la nicotine, transformé en scaferlati, en cigarettes, en cigares, en poudre à priser et en rôles et carottes ou tabac à chiquer. Notre tabac indigène est mélangé dans toutes ces sortes à un tiers environ de tabacs exotiques : 1 5 000 ouvrières et ouvriers s'occupent de ce travail ; 47000 buralistes en vendent les produits. Nous ne citons que pour mémoire l'intéressante corporation des ramasseurs de « mégots » qui recueillent sur le pavé des grandes villes les débris abandonnés par les fumeurs, les arrangent, les parent et les vendent à une clientèle peu aisée.

Les États-Unis sont parmi les plus grands producteurs de Tabac ; à la culture de cette plante, ils consacrent 300 000 hectares ; certaines sortes, comme le Maryland, sont peu chargées en nicotine; les Tabacs de Cuba et des Philippines sont renommés pour la finesse de leur arôme ; Java, Bornéo, Sumatra ont aussi une production considérable de Tabacs de qualité. L'Indochine est un pays d'avenir pour cette substance. La nicotine, dont la proportion varie de I à 10 pour 100 dans les feuilles de Tabac, est extrêmement toxique. L'abus du tabac amène un affaiblissement de la mémoire et de la vue, des troubles du cœur et de la laryngite.

Opium. — L'op/'um est le latex coagulé, retiré de la capsule du Pavot somnifère, herbe que l'on cultive en Corse, en Grèce, en Turquie, en Asie Mineure, en Egypte, en Perse, dans l'Inde, en Indochine et dans les pays d'Extrême-Orient. L'opium de

Le triage des bouts de cigares.

Séchage du tabac, en Australie (manoques).

UTILITÉ DES VEGETAUX

Turquie est employé pour la pharmacie; le reste est consommé par les mâcheurs et les fumeurs d'opium. On incise la capsule encore verte avec un canif à cinq lames parallèles. Le latex s'écoule, se fige à l'air en brunissant ; on le réunit dans des cuves plates. Retourné, pétri, il perd une grande partie de son eau. D'autres manipulations, effectuées dans de grandes manufactures, comme celles de Saigon ou de Batavia, le transforment en chandoo ou opium à fumer. Une fermentation spéciale, due à un Cham-

Pipe et nécessaire pour fumer l'opium.

Culture du Pavot à opium, en Chine.

Fig. 336.

a, Fleur.

pignon découvert par le Dr Calmette, donne à l'opium l'arôme apprécié des fumeurs. Spontanée, cette fermentation exige tout près d'une année; par l'ensemencement du Champignon, la durée en est considérablement réduite.

L'usage de l'opium est autrement dangereux que celui du tabac : il procure une lourde ivresse, dont la répétition mène à un complet abrutissement. Le gouvernement chinois a tenté à différentes reprises d'en proscrire l'usage. En 1839, il fit saisir la cargaison d'opium des navires anglais ancrés dans ses ports, soit 20 000 caisses valant 50 millions de francs. De cet incident naquit la « guerre de l'opium », après laquelle la Chine, vaincue, fut condamnée à fumer l'opium des Indes. Cependant, en 1906, un édit a ordonné la réduction progressive de la culture du Pavot et la suppression complète de l'usage de 1 opium dans tout l'empire chinois au bout d'une période de dix ans. Cette fois-ci, les pays importateurs d'opium en Chine : l'Inde, la Perse, l'Indochine et Java n'ont pas protesté. La lutte est entreprise un peu partout contre ce fléau qui, par les coloniaux et les marins, commence à atteindre l'Europe.

Hachisch. — Une oléo-résine sécrétée par les feuilles ou les inflorescences femelles du Chancre indien sert à préparer le hachisch, substance enivrante qui est fumée ou mâchée dans les pays musulmans et surtout en Turquie, Perse, Arabie, Egypte et Algérie. La plus grande partie du hachisch est préparée en Grèce sous forme de gozah, qui se fume comme l'opium, dans de petites pipes spéciales, ou de daWamesk, extrait gras, sucré et aromatisé, de hachisch, cannelle, pistache, poivre, muscade, musc, cantharide, datura, qui se mâche ou se mange mélangé à des gelées de fruits. L usage habituel du hachisch conduit très vite à l'abrutissement et à la folie, avec des crises furieuses de temps à autre.

Masticatoires. — Le bétel ou pan soupary, ou byry, dans lequel entre la noix d'arec mélangée de poudre de coquillages calcinés (tchouna), additionnée de cardamome (ilatchy), le tout enveloppé par les feuilles

du Poivrier bétel et attaché avec un clou de girofle, est un masticatoire tonique, astringent et narcotique, employé dans toute l'Asie tropicale et en Mélanésie; il rougit la salive, noircit les dents qui deviennent vacillantes, enflamme la bouche et le pharynx et émousse le goût. Il finit par produire une intoxication, avec palpitations nerveuses, paralysie des reins et aphasie. Il contient, en effet, quatre alaloïdes (arékoline, arékaïne, arékaïdine et guvacine). Quelques autres substances utilisées pour le même usage n'ont pas d'action nuisible. Rappelons aussi l'usage très répandu, comme masticatoires, de la kola et de la coca.

En Orient, les femmes mâchent le mastic, résine extraite du Pistachier lentisque qui se ramollit sous la dent, parfume l'haleine et raffermit les gencives. Le Pistachier de l'Atlas, le Poivrier d'Amérique fournissent des substances analogues. Le cachou est aussi très employé, notamment par les fumeurs.

Le chiite est le latex qui s'écoule de divers Sapotilliers du Guatemala et du Honduras ou d'un Jatropha du Mexique (voir p. 268) ; on l'obtient à l'aide d'incisions en biais pratiquées sur le tronc et on le recueille dans un récipient placé au pied de l'arbre. Le chiite, filtré, puis concentré par chauffage, est façonné en pains qui sont la base de ces pâtes masticatoires ou chewing-gums dont les Américains font si grand usage.

Bétel.

Culture du Poivrier bétel, en Indochine.

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