VIII. - PLANTES D'ORNEMENT
L homme ne se borne pas, heureusement, à envisager les plantes comme des usines en raccourci, propres à lui fournir ses aliments, ses boissons, ses vêtements ou ses meubles ; il les considère comme 1 admirable parure de la terre; émerveillé de leur beauté, il a su de bonne heure en tirer des satisfactions d'art et d'agréables distractions. Avec les arbres, il pare et assainit les rues des cités populeuses, il rassemble dans les jardins les espèces les plus belles et les plus curieuses, il égayé de fleurs l'appartement. Tous ces emplois des plantes ont donné naissance à deux industries considérables : la floriculture et l'arboriculture d'agrément.
Les arbres d'alignement. — Pour donner aux rues parisiennes un peu d'ombre et de fraîcheur, on y a planté 90 000 arbres d alignement ; on en compte à peu près autant dans les parcs, squares, cours d'écoles et cimetières; en tout, près de 200000 arbres; c'est un joli chiffre que bien des forêts n'atteignent pas. Parmi les arbres des avenues, à Paris, les Platanes arrivent en tête au nombre de 27000, les Marronniers ne sont que 18000, les Ormes 16000 : il faut y ajouter 10000 Allantes ou Vernis du Japon, 6000 Érables planes, 5000 Sycomores, 4000 Robiniers faux Acacias, 2 000 Tilleuls et 1 000 Paulownia.
Les pépinières municipales du Bois de Boulogne et du Parc des Princes fournissent non seulement des jeunes sujets, mais aussi des arbres de trente à quarante ans, qu'on arrache avec un énorme cube de terre et qu'on transporte à l'aide de chariots spéciaux ; un grand trou est préparé pour recevoir leurs racines et la terre qu'elles maintiennent.
Chaque année, en hiver, les arbres citadins sont taillés et élagués, principalement les Platanes, qui ont tendance à s'élever trop vite et à se dégarnir du bas; on les écime et on raccourcit leurs branches latérales qui donneront des rameaux adventifs garnis de feuilles; de plus, cette pratique est très utile contre la maladie du Platane, attaquant seulement les jeunes branches (Glœosporium Platani). Les élagueurs sont audacieux, agiles et habiles ; une large et solide ceinture de cuir, munie d'anneaux dans
Transport d'un arbre, à Paris.
lesquels on passe des cordages qui sont ensuite fixés aux branches, leur laisse les mains libres pour manier la serpe. Malgré tous les soins dont on les entoure, les arbres des avenues meurent vite; leurs feuilles recouvertes de poussière sont grillées par la réverbération des rayons solaires ; leurs racines, emprisonnées dans une gaine de bitume, de pavés, de tuyaux de toutes sortes, de constructions en maçonnerie, souffrent du manque de nutrition et d'aération.
Chaque région s'enorgueillit de belles allées d'arbres, Ormes ou Tilleuls centenaires, Noyers ou Peupliers géants, Palmiers superbes. Dans notre Midi, on admire de magnifiques alignements de Platanes, de Micocouliers, d'Eucalyptus ; ceux de Palmiers d'Hyères et ceux de Figuiers de Roxburgh de Monte-Carlo sont célèbres à juste titre.
Parcs et Jardins. — « Le jardin, a écrit Bacon, est le plus pur des loisirs humains. C'est le plus grand délassement de la pensée de l'homme, sans lequel maisons et palais ne sont que les grossiers ouvrages de sa main. » La disposition des jardins, leur style, leur parure florale ont profondément varié au cours des siècles. Chez les Romains, ils étaient tirés au cordeau, ornés de Buis et d'Ifs, taillés parfois de façon extravagante; les statues y abondaient plus que les corolles. Au moyen âge, le jardin d'agrément consistait en petits prés ou préaux, pelouses aux lignes géométriques ornées
3 5!,1| m d arbustes et de fleurs. A la Renaissance, le jardin devient luxueux, architectural. Le jardin « à la française » en dérive avec ses parterres bordés, ses terrasses, ses quinconces et ses bassins disposés en terrain plat; il a un caractère monumental et majestueux ; sa perfection fut atteinte sous Louis XIV, grâce à Le Nôtre. A cette disposition ordonnée, régulière, succède au XVIIIC siècle le jardin « paysager », irrégulier, avec des rivières et des allées sinueuses; on y trouve des rochers, des bouquets d'arbres, et tout cela sur un terrain vallonné. De nos jours, les jardins ont autant d'art, mais plus de fleurs. Il semble que plus notre existence devient fiévreuse, fatigante, plus est grand
UTILITÉ DES VÉGÉTAUX
notre désir d'avoir autour de nous des rieurs qui reposent la vue, nous calment et nous rappellent les campagnes lointaines où la vie est douce et paisible.
Les grandes villes dépensent des sommes considérables pour fournir à leurs habitants l'agrément de promenades, de parcs et de jardins magnifiques; leTouring-Club de France encourage et prime la floraison des gares et les villages coquets ; la Société française de l'Art à l'Ecole fait une campagne fructueuse pour l'embellissement de l'école par la fleur; de riches directeurs
d'usines en Angleterre, aux États-Unis, ont résolu le problème de transporter la ville à la campagne par la création des cités-jardins qu'habitent leurs ouvriers; un peu partout, des associations philanthropiques de jardins ouvriers procurent au travailleur un terrain où il plante des légumes et quelques fleurs.
Paris possède l'admirable Bois de Boulogne (850 hectares) et le Bois de Vincennes (650 hectares) situés aux deux extrémités de la ville; de nombreux parcs, jardins et squares, dont certains, comme le Parc Monceau, les Buttes Chaumont, Montsouris, sont de toute beauté, se partagent le reste. Pour garnir son immense corbeille florale et en renouveler la décoration, Paris entretient, non loin d'Auteuil, un superbe jardin fleuriste, véritable usine à fleurs, d'où sortent chaque année plus d'un million de végétaux : Pensées, Myosotis, Tulipes, Silènes, Giroflées, Pâquerettes, Aubriétia, pour la garniture d'hiver ou de printemps ; Pélargonium (350 000 pieds), Bégonia, Ageratum, Lobelia, Fuchsia, Héliotropes, Canna, etc., pour la garniture d'été, sans parler de 50 000 arbres ou arbustes pour massifs, pris dans les pépinières du Bois de Boulogne. C'est, en même temps qu'une manufacture de fleurs, un jardin splendide renfermant de remarquables collections d'arbustes, de Chrysanthèmes, d'Azalées, de Palmiers, d'Orchidées.
Le Luxembourg et le Jardin des Plantes, où l'on trouve de si belles réunions de végétaux et de grandes serres remarquablement aménagées, sont des établissements d'État qui s'entretiennent eux-mêmes de fleurs. Les environs immédiats de Paris offrent aux promeneurs les beaux parcs de Saint-Cloud, de Versailles et de Trianon.
Nombre de parcs et jardins de province, à Lyon, Bordeaux, Marseille, etc., et beaucoup de propriétés privées sont de véritables merveilles. Comment ne pas citer le paradis des roses :
la roseraie de l'Hay, le jardin japonais de M- Kahn à Boulogne-sur-Seine, le parc de Ferrières et ces admirables jardins toujours fleuris du littoral delà Côte d'Azur où se mélangent les flores du Mexique, d'Australie, du Chili, de l'Afrique centrale : Jardins de Monte- Carlo, si somptueux; de Monaco, si pittoresques, et ceux qui forment aux villas
Les bords du lac, au parc Montsouris.
de Cannes, d'Antibes, d'Hyères, de Nice, un incomparable décor.
Londres dispose de 6000 hectares de parcs, jardins et squares dont certains justement célèbres : Battersea, Régents Park, Hyde Park, le plus élégant, situé au cœur même de la ville et d'une surface considérable (240 hectares); puis, dans la banlieue, Richmond Park, avec ses 800 hectares, et le célèbre jardi n botanique de Kew, aux paysages admirables, aux serres immenses, où sont réunies les plantes les plus rares.
Les États-U nis possèdent aussi de belles promenades : Central Park de New-York, Prospect Park de Brooklyn, Washington Park de Chicago, etc., mais certains d'entre eux sont gâtés par l'abus de la mosaïculture et la tendance au bizarre : immenses cadrans solaires en verdure et en fleurs, gigantesque globe terrestre où les terres, en Echeveria glauque, se détachent en blanc sur des océans d'Oxalis, animaux taillés dans des arbres ou dessinés par la mosaïculture. Une mention spéciale doit être faite du Parc botanique de Boston, qui est le plus bel Arboretum du monde; il renferme plus de 2000 variétés ligneuses de tous les pays tempérés.
Jardins alpins, alpinum. — Dans les régions montagneuses, on a créé des jardins alpins, dont les uns sont purement scientifiques, tandis que d'autres ont un but ornemental. Les plus intéressants sont le jardin de la Linncea, à Bourg-Saint-Pierre, dans les Alpes du Valais, à 1 700 mètres d'altitude; on y trouve, outre les espèces des Alpes, celles du Jura, des Pyrénées, du Caucase, de l'Himalaya; le jardin de la Daphn&a (790 m.) de Monte Baro, près du lac de Côme ; celui de la Chanousia (2 200 m.), au Petit-Saint-Bernard; ceux du Lautaret, qui dépend de l'Université de Grenoble; du Ballon d'Alsace, du rocher de la Naye, du Hohneck (1 000 m.), à Montabey, placé sous la direction de
Élagage des arbres, à Paris.
Un joli coin de parc.
Motif de cascade dans un parc.
Motif de rivière dans un parc.
l'Université de Nancy; du Mont-Aigoual, qui dépend de l'Université de Montpellier; du Pic du Midi de Bigorre, qui détient le record de l'altitude (2850 m.). La Bavière et l'Autriche ont aussi de très beaux jardins alpins. A Samoens (Haute-Savoie) est le plus merveilleux de tous les jardins alpins : celui de la Jaysinia, créé et donné à sa commune natale par Mme Cognac-Jay, et qui a coûté plus d'un million.
La mode charmante de cultiver les plantes saxatiles et alpines s'est beaucoup répandue et il est bien peu de jardins qui n'aient leur alpinum : c'est le nom sous lequel on désigne les jardins alpins de plaine. L'alpinum de YAriana, près de Genève, est justement célèbre; le Rock garden du Jardin botanique de Kew est le modèle du genre; ceux de Batsford Park, de Kirkby Lonsdale sont aussi fort remarquables. Certains amateurs anglais ont consacré des sommes considérables à la création d'un alpinum ; l'un d'eux, à Henley, près de Windsor, a reproduit en petit le massif du Cervin et l'a garni de la flore des montagnes du monde entier.
Jardins coloniaux. — La plupart des jardins coloniaux créés dans leurs colonies par les nations européennes ont un but utilitaire : ce sont des jardins d'essai où l'on étudie l'acclimatation d'espèces utiles, ou des jardins botaniques rassemblant sur un étroit espace les principales plantes de la région. Certains grands jardins coloniaux, créés depuis longtemps, sont à la fois des jardins d essai, des jardins botaniques et des parcs d'une beauté merveilleuse.
La France peut s'enorgueillir de trois jardins coloniaux : celui de l'île de la Réunion, fondé par l'illustre Poivre; celui de Saigon et enfin celui du Hamma, près d'Alger. Ce dernier, qui fut créé en 1832, est riche en arbres gigantesques : Eucalyptus, Conifères d'Australie et d'Amérique, magnifiques Cycas, massifs de Yucca hauts de 20 mètres. Cinq allées y sont particulièrement remarquables : l'une de Rosiers grimpants, fleuris dès le mois d'avril ; l'autre de magnifiques Palmiers; une troisième, de Platanes, dont ceux de nos avenues parisiennes ne donnent qu'une bien faible idée ; une quatrième est bordée de Figuiers de l'Inde (Ficus Roxburghii) aux troncs énormes; enfin une merveilleusealléede Bambous géants.
Parmi ses nombreux jardins botaniques coloniaux, l'Angleterre en possède deux hors de pair : celui de Calcutta, créé en 1786 sur les bords de l'Hougly, et celui de Peradeniya, fondé en 1821, près de Kandy.àCeylan. Le premier est un parc délicieux, agrémenté de plusieurs cours d'eau et de lacs artificiels ; on y trouve des fleurs superbes, des Palmiers et des plantes des
Végétation tropicale dans le jardin de Monte-Carlo.
tropiques; l'arbre le plus imposant est un Figuier du Bengale, âgé de cent vingt ans, dont deux cent trente-deux racines-supports soutiennent les immenses branches partant d'un tronc de 14 mètres de circonférence; il forme un unique bouquet de verdure de 300 mètres de tour. Quant au jardin de Peradeniya, c'est un séjour enchanté pour le promeneur, un paradis pour le botaniste, un établissement de première utilité pour les horticulteurs de la région qui s'y approvisionnent de boutures et de graines. Situé à 450 mètres d'altitude, baigné par la rivière de Mahaveli, il renferme presque toutes les plantes tropicales des deux hémisphères harmonieusement mêlées; on y remarque, en particulier, des Figuiers élastiques géants, qui ne ressemblent guère à leurs frères les Caoutchoucs de nos appartements, et d'impressionnantes gerbes de Bambous (Giganiochloa aspera). Peradeniya possède comme annexes une station d'essai de 1 20 hectares et une station de montagne à Hakgala, à 1 750 mètres d'altitude.
Mais la merveille des merveilles c'est le jardin de Buitenzorg, à Java, fondé par les Hollandais en 181 7. Il est pour la botanique, a-t-on dit, ce que la Grèce est pour l'archéologie et l'Italie pour l'art. Au jardin botanique proprement dit, situé au milieu de la ville et occupant 60 hectares, sont venus s'ajouter un jardin d'essai de 70 hectares et le jardin de montagne de Tjibodas, situé à 1 350 mètres d'altitude, comptant 1 500 espèces d'arbres et occupant 300 hectares pris sur la forêt vierge. Un musée, des laboratoires pour les travailleurs de tous les pays, une bibliothèque, un herbier annexés à cet établissement, en font un véritable Institut de botanique tropicale, qui dispose d'un budget de plus d'un million.
On ne trouve pas de serres à Buitenzorg : tout le jardin en est une où régnent une chaleur et une humidité constantes; on y rencontre seulement des sortes de hangars où l'on met certaines plantes à l'abri du soleil ou de l'humidité. Au point de vue pittoresque, rien n'y manque : une rivière naturelle le traverse, des ruisseaux courent
partout; lesolestvallonné; dans un étang vit un monde de plantes d'eau : Nénuphars, Lotus, Victoria regia. La végétation y est touffue, admirable; les collections de Palmiers, de Fougères arborescentes et de Lianes géantes dépassent en intérêt tout ce que l'on peut voir ailleurs ; partout sont des groupes étonnants de plantes épiphytes.
Jardins japonais. —
Les Japonais, pour créer leurs jardins, s'inspirent d'un tout autre idéal que le nôtre. Nous y voulons des fleurs variées, abondantes, de beaux arbres, de l'ombre et de la fraîcheur ; eux, y veulent sur-
Cl. d.' M. F. I-'aiUeau.
Cl. Lloui'suu