‹ Les plantesChapitre 92 sur 115 · ALLÉE DE DRACMNA, AU JARDIN DU HAMMA, ALGER · texte numérisé non relu

ALLÉE DE DRACMNA, AU JARDIN DU HAMMA, ALGER

UTILITE. DES VÉGÉTAUX

Un jardin japonais.

tout des objets rares, des « bibelots » végétaux, des plantes curieuses ou bizarres : leur jardin est un prolongement du salon. N'eut-il que quelques mètres carrés, il doit donner un résumé de tous les aspects de la nature, mais celle-ci y semble vue par le gros bout dune lorgnette; on y admire des montagnes de trois pieds de haut, des lacs grands comme un mouchoir, de minuscules torrents roulant leurs eaux d'une façon terrible ou simplement figurés par des lignes de cailloux blancs, des arbres hauts de quelques décimètres, mais ayant l'aspect de ceux que l'on rencontre au dehors.

Les arbres nains japonais ont un aspect tourmenté, un tronc noueux et des rameaux tordus d'un effet pittoresque ; certains Thuya, vieux de deux siècles, n'ont pas plus d'un mètre de haut. Pour nanifier les arbres, on les prive de nourriture; le jardinier coupe souvent les racines, supprime les bourgeons du haut, se livre à des rempotages étroits, et, en même temps, contourne les branches pour leur faire prendre des formes tourmentées. Pour parvenir au but à atteindre, il faut du temps, des soins continuels et du goût, mais il est nécessaire aussi que le sujet y mette une certaine complaisance ; on réussit surtout avec les Ormes, les Glycines, les Cerisiers, les Erables, les Conifères et principalement les Pins et les Thuya. Les arbres taillés de façon bizarre : Ifs, Retinospora et autres, en pagode, en moulin, en oiseau, en chien, sont aussi des ornements indispensables du jardin japonais. On y voit encore des mannequins fleuris formés d'une carcasse en fil de fer représentant des hommes, des animaux ou des objets divers, à la base desquels on sème des plantes grimpantes ; ces supports servent aussi à palisser des branches flexibles de Chrysanthèmes ou de Glycines.

Une Fougère, la Davallia huileuse, commune dans les montagnes du Japon, fournit aussi, comme nous l'avons vu (p. 123), son contingent de bizarreries.

Les Japonais ont d'ailleurs aussi de fort beaux jardins de fleurs, principalement : Iris, Amaryllis ou Chrysanthèmes, justement réputés.

Japonaises dans un jardin d'Iris.

Décoration extérieure de l'habitation. — Une maison de campagne est tout à fait gracieuse quand elle est presque enfouie dans un écrin de verdure qui masque ses murailles et ne laisse libres que les ouvertures. Le décor floral de l'habitation peut être infiniment varié : le Lierre, la Vigne vierge, l'Aristoloche siphon forment des somptueux rideaux de verdure ; les Chèvrefeuilles, les Clématites, les Rosiers sarmenteux font, à la belle saison, une parure incomparable.

Dans les villes, les habitants, ne pouvant avoir leur jardin au rez-de-chaussée, le mettent aux fenêtres. Les fenêtres fleurie sont de lointaines origines. Pline dit que le peuple de Rome « entretenait à ses fenêtres des espèces de jardins, présentant aux yeux le continuel spectacle de la campagne ». Les Parisiens du XIV"' siècle aimaient aussi à fleurir leur maison ; plusieurs ordonnances de police

parvenues jusqu'à nous réglementent les jardinets aériens, en raison des plaintes des passants douchés par les eaux d'arrosage ou blessés par la chute des pots. Les pierres d'appui des croisées n'en continuèrent pas moins à se parer d'Œillets, Romarins et Marjolaines, auxquels vinrent se joindre plus tard les plantes du Nouveau Monde et des Indes orientales : Œillet d'Inde, Momordique pomme de merveille et même l'Aubergine et la Tomate ou Pommier d'amour qui ne quittaient les fenêtres pour le potager qu'au XVIir siècle.

Plus tard encore apparurent les Tulipes, les Jacinthes, les Narcisses, les Volubilis, la Vigne vierge, les Pélargonium, les Chrysanthèmes, puis, plus près de nous, la Morelle faux piment ou Cerisier d'amour, dit plaisamment Oranger de savetier, et le Fuchsia, orgueil des fenêtres dans les quartiers populaires, et tant d'autres espèces charmantes ou curieuses.

De nos jours, les décorations florales des fenêtres et des balcons sont encouragées en Belgique, en Hollande, en Angleterre, etc., par des concours. En France, 1 Œuvre des fenêtres fleuries, la Société du Nouveau Paris, pour la capitale, les Sociétés d'Horticulture, dans les dé-

partements, organisent des concours qui récompensent des merveilles de grâce et d'ingéniosité.

Les toitures en terrasse offrent aussi une précieuse ressource. En Orient, en Italie, en Espagne, sur les terrasses de pierre ornées de balustrades, prospèrent des Orangers, des Rosiers, des Lauriers-roses et des Myrtes. Même dans les pays du Nord, depuis quelques années, les toitures plates en béton recouvert de terre végétale permettent de réaliser la terrasse-jardin. On en voit en Allemagne, en Belgique; il y en a au sommet des maisons géantes de New-York ; Paris en possède quelques-unes, dont la plus connue est celle de 1 Automobile-Club, sur la place de la Concorde : c'est un petit parc, avec des parterres de fleurs, des bosquets, des berceaux de verdure, un bassin avec jet d'eau et un kiosque à musique.

Les plantes dans l'appartement. — Les plantes dites d'appartement exigent beaucoup de soins pour vivre dans un

milieu où l'air et la lumière leur manquent à la fois. La respiration des plantes vertes ainsi emprisonnées est toujours peu active et, pendant la nuit, elles ne dégagent que des quantités relativement faibles de gaz carbonique; il n'en est pas de même des plantes fleuries; elles sont dangereuses la nuit, dans une pièce close, par leur respiration intense et par les essences qu'elles émettent souvent.

Les meilleures plantes à feuillage pour l'appartement sont celles qui ont des feuilles dures, lisses et d'un vert foncé; elles sont peu fragiles, facilement nettoyables et résistent au manque d'eau : Aspidistra, Caoutchouc, Dracaena, Araucaria, Palmiers et plantes grasses sont parmi les plus endurantes. Parmi les plantes à fleurs, les espèces bulbeuses constituent une précieuse ressource, grâce à la facilité de leur culture et à la beauté de leurs corolles.

Les fleurs coupées et les feuillages disposés avec goût en bouquets et en gerbes dans des vases bien choisis formeront toujours la décoration la plus belle de la demeure et celle qu'on peut le plus aisément varier et renouveler. Les cueillettes faites au cours des

promenades, auxquelles s'ajoutent quelques petits achats chez la fleuriste voisine, en fournissent aux plus modestes ménages les éléments peu coûteux. Dans une maison élégante, la fleur peut être, au contraire, un élément im-

portant de dépense : les riches New-Yorkais qui paient à leur fleuriste 25 000 francs par an pour l'entretien de la décoration florale de leur maison sont plus nombreux qu'on ne l'imagine.

Au moyen âge, dans les festins, les invités s'ornaient de fleurs naturelles tressées en « chapels » .

Aujourd'hui, c'est surtout la table que l'on parede fleurs et, danscertaines maisons, cette ornementation florale entre pour une part notable dans la dépense d'un repas.

Les Japonais ont une conception spéciale du décor par les plantes. L'art des bouquets y est complexe et nécessite une longue initiation. Avec un bouquet composé suivant les règles, on doit peindre ou indiquer la joie, la tristesse, le plaisir ou la douleur; l'harmonie des couleurs qui, chez nous, passe avant tout, a peu d'importance au pays du Soleil Levant ; on ne tient compte que de l'harmonie et de la beauté de la ligne, en évitant la symétrie.

Une fenêtre fleurie

Les fleurs dans la toilette, les fêtes, les cérémonies. — Suivant les caprices de la mode, les fleurs naturelles forment une partie plus ou moins importante de la toilette féminine. Pour le bal, la coiffure, le corsage et même la jupe peuvent s'agrémenter d'une gracieuse aigrette de Muguet ou d'une guirlande d'Orchidée. A la promenade, le bouquet de corsage, la boutonnière fleurie sont toujours de bon ton; on y glisse même un petit réservoir caché et bien clos, renfermant de l'eau pour que les fleurs se maintiennent fraîches. A Paris, les fleuristes des quartiers élégants ont un certain nombre d'abonnements de boutonnières : violettes de Parme, œillets, gardénia, roses, petits bouquets composés, suivant la saison. Certaines « boutonnières » sont célèbres; celles de lord Palmerston, d'Odilon Barrot, étaient d'un bout de l'année à l'autre fleuries d'une rose, celle de Disraeli d'une Primevère. A certaines époques, la fleur : violette, œillet blanc ou rouge, bleuet, immortelle, qui orne le vêtement, est non seulement une parure, mais un emblème, et aspire à jouer un rôle politique.

Les fleurs nous accompagnent du berceau à la tombe; on les voit apparaître à tous les actes de la vie familiale ou sociale : fleurs pour les baptêmes, les mariages, les fêtes, les anniversaires, fleurs aussi pour les morts, recouvrant les corbillards ou la terre des tombeaux. Aux approches de

Perce-neige.

Oxalis petite-oseille.

Cl. F.

Narcisses.

UTILITÉ DES VEGETAUX

la Toussaint, le commerce des Chrysanthèmes en pots ou à planter sur les tombes prend partout une énorme extension. La valeur des fleurs qui accompagnent les morts illustres représente parfois une véritable fortune.

Les Fêtes des Fleurs, les régates fleuries comme on en voit à Venise, sont aussi l'occasion de grandes dépenses. Les fleurs collaborent aussi à la beauté des cérémonies religieuses: en Espagne, en Italie, par jonchées elles recouvrent les rues sur le passage des processions ; à Orotawa, dans l'île de Ténériffe, les rues, lors des mêmes cérémonies, sont tapissées de mosaïques de pétales. Des cadres en bois déterminent les contours des dessins

que l'on veut exécuter; on les remplit de pétales de la couleur voulue pour obtenir l'effet désiré; le fond de verdure est formé par des Bruyères coupées en menus morceaux.

Quelques fêtes religieuses donnent lieu à des commerces spéciaux se rapportant aux plantes. Le jour des Rameaux, c'est, à la porte de nos églises, la vente du Buis. Dans certaines parties de l'Italie et jusqu'à Nice, il est remplacé par celle des palmarelli, qui font l'objet d'une culture spéciale du Dattier sur le territoire de Bordighera. Les palmarelli sont de deux sortes : les « romains », qui servent pour la fête chrétienne des Rameaux, et les « juifs », pour la fête des Tabernacles.

Pour obtenir les premiers, on lie les Dattiers dès le commencement de mars, de façon à faire blanchir les feuilles qu'on travaille ensuite en longues hampes tressées. Les palmarelli juifs sont verts; ils subissent la concurrence de ceux d'Alexandrie en Egypte et d'Elche en Espagne; ils s'expédient surtout en Allemagne et dans le Nord-Amérique.

Aux environs de Noël, deux productions végétales sont fort demandées : d'une part, les jeunes Pins et Sapins pour arbres de Noël, cultivés spécialement dans ce but aux environs de Paris; et, d'autre part, le Gui, plante sacrée des Druides, plante porte-veine, dont la vente à Paris est importante pendant tout l'hiver ; mais la consommation qui s'en fait en Angleterre pour les fêtes de Noël est considérable : chaque maison, même la plus humble, est ornée de sa touffe de Gui. Le Royaume-Uni ne se suffisant pas en Gui, la France lui en expédie d'énormes quantités dont la cueillette se fait sur les Pommiers de Normandie et de Bretagne. De Dinan un grand nombre de wagons chargés de Gui partent à destination de Saint-Malo ; ce port, à lui seul, expédie chaque année en Angleterre un demi-million de kilogrammes de Gui ; Granville, plus de 100000 kilogrammes et Saint-Brieuc tout autant.

L'industrie horticole de la région parisienne. — Le commerce parisien de la fleur distingue deux catégories de productions : le « Paris » et le « Nice ». Le « Paris » donne toute l'année; il est fourni par les départements de Seine et Seine-et-Oise ; le « Nice » vient de Provence, de novembre à la fin de mai. Voyons d'abord le « Paris ». La plupart des maraîchers parisiens, au milieu de leurs légumes, consacrent à la fleur quelques châssis ou quelques planches. Ils portent sur les marchés des plantes en pots : roses de Noël, Violettes des quatre saisons, Giroflées jaunes, Pensées, Jacinthes, Tulipes, Héliotro-

Uiie calèche à la Fête des Fleurs.

pes, Chrysanthèmes, etc. , suivant les saisons. Mais ce n'est là qu'un faible appoint. La masse du « Paris » est fournie par quatre cents à cinq cents horticulteurs qui se spécialisent dans la culture d'un petit nombre d'espèces de plein air ou de serre.

Sans sortir de Paris, on peutvoir quelques grands établissements horticoles :

à Montrouge on élève les plantes bulbeuses, à Charonne et au boulevard d'Italie des horticulteurs forcent l'Oranger uniquement en vue de la production des fleurs pour bouquets de mariées, à Picpus on force le Réséda et les Giroflées, à la Glacière les Héliotropes et les Cyclamens. La banlieue compte vingt forceries de Lilas, surtout à Vitry et au Grand Montrouge; Montreuilsous-Bois nous envoie ses Camélia, Gardénia, Azalées, Cycla-

Jeune fille d'Osaka avec une branche de Cerisier.

Devant une église, le jour des Rameaux.

mens et Lilas forcés; Fontenay-sous-Bois, la Primevère de Chine et les Cinéraires hybrides ; Vanves, des Bouvardia ; Bourg-la- Reine, Sceaux et Verrières se consacrent surtout aux Violettes de Parme et des quatre saisons; Ivry, aux Tulipes, Narcisses, Tubéreuses et Jacinthes. On force le Muguet à Neuilly, le Rosier un peu partout; on cultive les Fougères à Vincennes, des plantes

à feuillage à Versailles, Mortefontaine; les Orchidées, à Versailles, Saint-CIoud, etc.

Beaucoup d'horticulteurs joignent à la production florale proprement dite celle des arbustes d'ornement :

Clématites à grandes fleurs, Viornes, Érables, Conifères, etc. ; plusieurs grands établissements ne vendent pas seulement des fleurs, mais des graines sélectionnées, des bulbes et tubercules de choix ; il en est dont les produits, renommés à juste titre, se dispersent dans le monde entier.

Le forçage et le retardage.

— L'idéal auquel tend aujourd'hui l'horticulteur est d'amener sur les marchés les plus belles plantes, produites avec le minimum de frais et en toutes saisons. On y parvient

Cl. F. 1-aitleau.

Une pépinière de Clématites à grandes fleurs.

pour un grand nombre d'entre elles : dans les grandes villes d'Europe ou des États-Unis, on peut se procurer à n'importe quel jour de l'année du muguet, du lilas, des roses, des œillets, etc. Voyons comment les horticulteurs sont parvenus à supprimer les saisons. Distinguons d'abord le chauffage et le forçage. Par le chauffage, on se borne à activer en serre la montée de la sève dans les boutons déjà formés et on laisse à la fleur un temps presque normal pour s'épanouir : on ne gagne que quelques semaines sur l'époque de floraison régulière. Par le jorçage, au contraire, on violente le végétal; on l'oblige à passer en un temps très court par toutes les phases de son développement et il meurt presque toujours de l'effort. Il est nécessaire pour forcer une plante que sa végétation soit complètement arrêtée, sinon la chaleur fait développer ses feuilles, mais ses bourgeons floraux avortent. Pour avancer cette période de repos, qui ne se fait sous nos climats que vers la fin d'octobre, on arrache de bonne heure les plantes à forcer et on les expose à l'air.

En 1893, Johannsen, de Copenhague, a montré que les vapeurs d éther ont la même action que la gelée pour arrêter la végétation ; elles font jaunir et tomber les feuilles, arrêtent la circulation de la sève et créent la période de repos. En éthérisant ou chloroformant dès le mois de juillet une plante à floraison printanière, elle entre dans la période de repos et peut être forcée de suite, alors que si l'on avait laissé faire la nature, la plante n'eut été bonne à forcer qu'à partir de novembre. C'est pendant les mois de juillet et d'août que l'éthérisation donne les meilleurs résultats. Les plantes sont mises dans de grandes caisses à la température de 18°, on les soumet pendant cinquante heures à l'action des vapeurs d'éther ou de

Abris pour les jeunes Rosiers, à l'Hay.

chloroforme ; aussitôt après, elles sont placées en serre chaude et forcées ; elles fleurissent beaucoup plus rapidement que celles qui n'ont pas été éthérisées.

L'éthérisation, qui se pratique en grand dans plusieurs forceries de Berlin et de Hambourg, ne s'applique évidemment qu'aux plantes ayant fleuri au printemps et dont les bourgeons à fleurs sont formés avant l'hiver: Lilas, Boules-de-neige, Cerisier du Japon, Prunier de Chine, Azalée, Deutzia, Staphylea, Glycine, Hortensia, Hoteia, Muguet, etc.

Hans Molich, professeur à l'Université de Prague, a montré en 1908 qu'on pouvait remplacer l'éthérisation par des bains chauds, pour abréger la période de repos des plantes. On plonge l'arbuste la tête en bas, sans mouiller les racines, dans un bain d'eau tiède et on l'y maintient pendant neuf à douze heures au maximum. La température la plus convenable varie entre 30° et 40°, suivant les espèces ; on procède ensuite au forçage.

De même qu'on peut produire un été factice dans les forceries, on peut créer un hiver artificiel par des chambres froides et pratiquer ainsi le retordage, qui complète le forçage pour la suppression des saisons. Voici, par exemple, des Lis, des Hortensia qui, abandonnés à eux-mêmes, seraient défleuris dès la fin de juillet, alors que l'horticulteur aurait intérêt à les avoir en fleurs le 1 5 août, date qui correspond à l'une des plus grandes ventes de l'année. Il lui suffit, pour réaliser son désir, de les placer en temps utile dans une chambre aérée, maintenue, par circulation d'une solution saline refroidie, à une température voisine de 0°. On conserve ainsi des bulbes de Lis, de Jacinthes, de Tulipes, des griffes de Muguet, des Spirées, des Lilas, des Rosiers et autres arbustes pour les mettre en végétation quand on juge le moment favorable, et même des fleurs coupées en gerbes dans l'eau, où elles Ebourgeonnage des Boules-de-neige.

UTILITÉ DES VEGETAUX

gardent leur fraîcheur pendant une durée de vingt à soixante jours, suivant les espèces. Lors de la mise en végétation, il faut procéder progressivement et laisser dégeler les bourgeons peu à peu, avant de les soumettre au forçage.

L'industrie du retardage, qui a pris naissance en Angleterre en 1892, est aujourd'hui fort développée dans ce pays et en Allemagne, ainsi qu'en Italie, au Japon et aux Etats-Unis; elle y rend des services considérables.

En France, on ne pratique pas assez l'industriedufroid, laquelle cependant a vu le jour dans notre pays avec les travaux de Charles Tellier.

Forçage des Rosiers , Lilas et Muguet. — Voyons maintenant, à titre d'exemples, comment on applique ces méthodes dans quelques cas particuliers.

Les Rosiers de forçage des horticulteurs parisiens proviennent de la Brie où on les cultive en pleine terre et, dès la fin de l'automne, on les place dans des serres basses, fortement chauffées, très humides et bien éclairées. Deux mois après, ils sont en plein rapport ; leur floraison ne dure que quelques jours ; dès qu'elle est terminée, on arrache les plantes, qui sont mises en fagots pour le chauffage, et on les remplace par d'autres qu'on force de nouveau. La Reine est, par excellence, la rose de forçage ; on y soumet aussi La France, la Paul Neyron, la Maréchal /Vie/, la Gloire de Dijon, etc.

Les pépinières qui alimentent les forceries parisiennes de Lilas occupent de vastes surfaces à Vitry. Les arbustes, appartenant aux variétés violettes, Marly ou Charles X, sont arrachés à l'automne, à l'âge de cinq à neuf ans, le pied entouré d'une épaisse motte de terre, et on les place sous des hangars comme des fagots de bois mort. On les plante au fur et à mesure des besoins dans des serres maintenues à la température de 28° à 30°, où l'obscurité est à peu près complète, sauf pendant quelques instants chaque jour. Au bout de trois semaines, les grappes s'épanouissent ; elles sont blanches, non à cause de leur développement à l'obscurité, mais par suite de la température à laquelle on opère ; on les cueille chaque soir pour les porter aux Halles. Les forceries parisiennes fournissent le Lilas du 1 5 novembre au mois de mai ; les forceries allemandes et anglaises, par l'éthérisation et le retardage, en produisent toute l'année.

De toutes les plantes, le Muguet est celle qui se prête le mieux au forçage. Une griffe sèche, placée en terre ou dans de la mousse et maintenue jour et nuit à la température de 25° à 30°, donne en vingt jours une belle grappe de fleurs. En procédant ainsi par étapes régulières, la succession ininterrompue des floraisons se prolonge jusqu'en avril. Le forçage du Muguet se pratique surtout en Allemagne, en Angleterre et en Amérique. En France, Neuilly

Rentrée des Lilas de la pépinière pour le forçage.

est le centre principal de cette industrie. D'autre part, la culture retardée du Muguet permet d'en obtenir en fleur de juin à novembre. Au lieu de mettre les griffes en végétation dès le mois de mars, on les conserve en caisses dans des chambres frigorifiques à 1° ou 2° au-dessous de zéro. On les chauffe au moment voulu. La maison Thomas Rochefort, à Cheshunt (Angleterre), est la plus importante du monde entier pour la réfrigération des plantes. C'est par centaines de mille qu'elle expédie les griffes retardées; c'est là que s'approvisionnent nos forceurs.

Production florale du midi de la France. — C'est Alphonse Karr, dit-on, qui créa l'exportation des fleurs de Nice en expédiant à Paris, avant 1870, quelques bouquets de violettes. Depuis, la floriculture a pris sur la Côte d'Azur une vaste extension, soit pour la parfumerie, soit pour la fleur coupée. Dans le seul département des Alpes-Maritimes, 2 000 hectares y sont consacrés ; la production est intense d'octobre en avril. Elle a lieu surtout en plein air, sous ce climat si doux ; mais, pour certaines plantes, on utilise des bâches à châssis vitrés, sortes de petites serres rectangulaires qui recouvrent les plates-bandes ; les serres chauffées sont plus rares.

Du 15 octobre au 15 mai, des marchés ont lieu dans les principales villes du littoral ; les commissionnaires et expéditeurs s'y approvisionnent. Les fleurs, recouvertes de papier de soie, sont emballées dans des paniers rectangulaires en roseau. Le train des fleurs quitte Nice chaque jour vers midi et ramasse en route tous les colis postaux des Alpes-Maritimes et du Var. La plus grande partie de cette production est vendue aux Halles, à Paris ; l'Allemagne, l'Angleterre et la Suisse en reçoivent aussi une portion notable. Paris reçoit du Midi chaque année des millions de douzaines de Roses, d'Œillets (principalement d'Antibes), de paquets de Violettes, puis des Giroflées, des Anémones, des Anthémis, des Narcisses, des Mimosa à pompons ou en épis, ces derniers.

Préparation et emballage des fleurs pour l'exportation.

Wf

If* . , J

— ~ ZZZZZZZZ.-

■"^■dhfcrf^ta à : • -2 ^^^^**

■^SN*6r,^J<^ ^^ ^ ^

Forçage des Œillets sous abri, dans les Alpes-Maritimes.

connus des marchands sous le nom de chenilles, et, en moins grande quantité, des Freesia, Tubéreuses, Renoncules et Jacinthes.

Indépendamment du commerce de la fleur coupée, les environs de Toulon, Ollioules, Hyères, Solliès-Pont s'occupent de la production des oignons à fleurs, dont ils exportent chaque année d'énormes quantités aux États-Unis, aux Pays-Bas et en Allemagne. Depuis 1820, Ollioules et Bandol ont la spécialité de V Immortelle d'Orient pour couronnes funéraires et consacrent 1 500 hectares à la culture de cette plante. Cueillie en juin, la plante est séchée au soleil, mise en bottes, teinte s'il y a lieu et transformée sur place en couronne par application sur un toron de paille, ou bien expédiée à Paris, où on la mélange avec ï Immortelle à bractées produite aux environs de Lisieux.

Enfin, le Midi élève les jeunes Palmiers, les Dracaena et autres plantes vertes ornementales, et en exporte un nombre considérable. A la production florale de la Côte d'Azur, il faut ajouter les envois de la région de Toulouse en Violette de Parme et Violette dite russe. Les environs d'Orléans, de Lyon, de Tours et d'Angers surtout sont aussi des régions horticoles de premier ordre.

L'horticulture à l'étranger. — L'horticulture est fort développée en Belgique, à Bruxelles, Bruges, Liège et à Gand, la ville des fleurs. Le gros de la production comprend les Camélia, Rhododendrons, Araucaria, comme plantes de plein air en été ; les Palmiers, Fougères, Crotons, Orchidées, comme espèces de serre. Le commerce des bulbes secs de Bégonia tubéreux est

Teinture et séchage des Immortelles dans le Var.

très prospère; Gand a la spécialité des Azalées, et Bruges celle des Lauriers sauce taillés en boule ou en pyramide, qui sont expédiés dans le monde entier.

La Hollande fait une énorme culture de bulbes de Tulipes, Jacinthes et Narcisses ; sans compter les colis postaux, elle en exporte annuellement 20 millions de kilogrammes, principalement sur l'Angleterre, l'Allemagne et les Etats-Unis. C'est un merveilleux spectacle au printemps que la vue d'immenses surfaces couvertes de plantes bulbeuses, dont la floraison couvre d'un tapis multicolore les terres d'alluvion convenant particulièrement à leur culture. Les envois de fleurs coupées de la Riviera italienne sont moins abondants que ceux de notre Côte d'Azur, mais donnent lieu cependant à un grand commerce.

Les États-Unis, l'Allemagne, l'Angleterre ont une industrie horticole très importante, très avancée et tenue au courant de tous les progrès de la science. Les forceries de Berlin, Dresde, Hambourg ont presque le monopole du Muguet; l'Angleterre, celui des bulbes de différentes espèces de Lis, dont beaucoup sont importés du Japon par navires frigorifiques ; elle a aussi la spécialité des Muguets retardés.

Le Japon est une grande contrée horticole. Une foule de petits marchands au détail circulent dans les rues des villes et ne sollicitent pas en vain la clientèle ; ils n'utilisent pas, comme nos marchands parisiens, la petite voiture à bras ; ils portent sur 1 épaule une forte perche aux extrémités de laquelle sont équilibrés deux plateaux chargés des plantes en pots ou des fleurs coupées, qui

plongent dans des tubes de Bambou remplis d'eau.

La vente des fleurs à Paris. — Quelques horticulteurs de la banlieue parisienne portent directement leur production dans les marchés aux fleurs; un certain nombre de fleuristes reçoivent des colis postaux du Midi, mais c'est par les Halles centrales que passe la plus grande partie de la fleur utilisée par Paris. Elle arrive la nuit, apportée par les grandes voitures fermées des horticulteurs ou par les lourds camions de la gare de Lyon. La vente à la criée commence à trois heures du matin en été, à quatre heures en hiver et porte journellement sur plusieurs milliers de paniers. Là viennent s'approvisionner les fleuristes, les commissionnaires qui achètent pour réexpédier

UTILITÉ DES VÉGÉTAUX

Marchands de fleurs ambulants, au Japon.

WZTK*

vers la province ou l'étranger. Les « regrattiers » revendront quelques

heures plus tard, sur le carreau, aux fleuristes des kiosques et aux

ambulants qui, le panier au bras, la hotte sur

le dos, ou poussant devant eux la voiture à

bras, parcourront tout le jour les quartiers de

la capitale en lançant à pleine voix leur cri

d'appel : « Fleurissez-vous, Mesdames! »

A côté de ces ambulants, qui vendent la fleur achetée aux Halles, une autre catégorie est celle des camelots, véritables juifs errants de la fleur, qui, d'un bout à l'autre de 1 année, courent les bois des environs de Paris, à la recherche des plantes bonnes à vendre, procèdent à la cueillette et reviennent ensuite l'offrir aux fleuristes ou aux passants. En février, ils vont cueillir les Perce-neige dans les bois de Versailles ; en mars, le Narcisse jaune dans la forêt de Sénart, la Pervenche, les Primevères ou Coucous ; en avril, l'Anémone des bois et la Jacinthe sauvage; en mai, le Muguet, l'Aubépine, la Grande Marguerite ; en juin, les charmantes plantes des moissons ; en juillet et août, les Bruyères ; en septembre, les Roseaux à balais et les Massettes. L'automne leur apporte les branches de Houx, de Fusain, d'Asperge chargées de fruits aux couleurs vives, le Lierre, les Cardères, les branches d'arbres avec leurs feuilles nuancées de jaune ou de pourpre. Pendant tout le mois de décembre, on voit par les rues le marchand de Gui, portant sur l'épaule ses boules de verdure attachées à une forte branche ou roulant son étalage dans une charrette à bras.

Les oerduriers se spécialisent dans la cueillette des feuilles pour garnitures : Platane, Sycomore, Ronce, Lierre, Fougères, Pervenche, Mousse, etc., qu'ils disposent en paquets et portent aux Halles ou à des clients attitrés. C'est aux Halles que vont s'approvisionner de verdure, d'une part les bouquetières, d'autre part les restaurateurs, crémiers et fruitiers. Le marché à la verdure est encore alimenté par les horticulteurs et les maraîchers qui apportent la feuille de Vigne ou de Mahonia.

Pour cueillir les feuilles des arbres dans les forêts de l'État, une demande sur papier timbré est nécessaire; la permission n'est accordée que contre redevance annuelle et ne donne droit qu'au seul genre de verdure indiqué sur la demande.

Les marchés et les fleuristes.

— Les marchés aux fleurs ne font pas double emploi avec les Halles, car ils ont surtout pour objet la vente des plan-

Un kiosque de fleuriste, à Marseille.

Fleuriste ambulante, à Paris.

tes en pots ou en mottes. Il en existe onze à Paris; ils offrent un coup d'oeil animé et des plus gracieux, surtout aux approches des grandes fêtes de l'Église et à celle des saints dont les noms sont populaires.

Le marché aux fleurs coupées de Marseille, non loin de la Cannebière, est très curieux avec ses kiosques symétriques où les vendeuses, perchées sur un siège surélevé, dominent de haut la clientèle.

Paris a aussi ses kiosques à fleurs, qui sont une des notes gaies de ses avenues; mais c est surtout aux devantures des grands fleuristes qu'on peut admirer d'un bout à 1 autre de l'année des chefs-d'œuvre d'art floral. Le personnel des fleuristes parisiens comprend d'ailleurs toute une hiérarchie : toupillonneuses, gerbeuses, monteuses et, enfin, au sommet, la coloriste, chargée de mettre en valeur, par le voisinage, l'aménagement et le contraste, toute la beauté et l'harmonie incluses dans les fleurs.

L industrie des feuillages naturalisés et des plantes desséchées pour bouquets perpétuels est une annexe de l'industrie florale, qui a pris, de nos jours, une certaine importance ; des magasins spéciaux, de plus en plus nombreux, en vendent les produits fort bien préparés.

> Les plantes peu riches en eau, comme les Chardons et les Bruyères, n'ont besoin que d'une simple dessiccation à l'air, dans une chambre peu éclairée. On conserve encore avec une grande facilité d'autres éléments de la flore indigène, comme les Immortelles, la Lunaire en fruits ou Monnaie de pape, certaines Graminées (Lagure ovale, Lamarkie dorée, etc.), des Ombellifères en fruits, les Statices. Les autres plantes sont desséchées dans un sable spécial ; on l'obtient avec du grès finement pilé, chauffé à 1 50° et auquel on mélange un peu de blanc de baleine et d'acide stéarique ; on broie le tout dans un mortier. Dans des caisses contenant un lit de ce sable, on place les plantes et on tamise doucement du sable au-dessus jusqu'à enfouissement.

Les caisses sont mises pendant douze heures dans un four chauffé à 50" ; on laisse ensuite refroidir vingt-quatre heures, de façon à ce que les plantes reprennent une certaine humidité qui les rend moins cassantes. On détache alors avec soin le sable qui y adhère et on dispose ces fleurs en bouquets, gracieux composés principalement de Bruyères, Chardons, Immortelles, Graminées, avec des feuilles de Fougères ou de Palmiers.

Maison à Chartres : Tympan d'une fenêtre (xm° siècle).

Cathédrale de Chartres : Panneau d'ornementation (xiir siècle).

Page 1