LA PLANTE DANS L'ART
La beauté des plantes. — La plupart des végétaux présentent un ensemble harmonieux de formes, de proportions et de coloris qui éveille en nous le sentiment du plaisir et de l'admiration. Cette beauté est déjà frappante chez les plantes inférieures; rien n'est aussi charmant que les Mousses lorsqu'à la fin de l'hiver elles dressent, au sommet de leur tige délicate, le fin filament que termine la mignonne capsule sphérique ou ovoïde; les Algues, les Champignons offrent aussi à l'artiste des aspects intéressants. Quant aux Fougères de nos pays, elles sont la grâce même : avec un seul organe visible, la feuille, une seule couleur, le vert, elles réalisent ce miracle d'être variées à l'infini dans leur port, dans leurs contours et dans leurs nuances.
Avec le perfectionnement et la différenciation de ses organes, la beauté du végétal s'épure et s'affine, soit qu'on en considère l'ensemble, soit qu'on en contemple les détails. « Les feuilles des plantes que nous foulons aux pieds, dit Ruskin, présentent les formes les plus bizarres et semblent ainsi nous inviter à les examiner. Elles sont étoilées, cordées, lancéolées, sagittées, découpées, dentelées. Elles prennent l'aspect de spirales, de guirlandes, d'aigrettes. En un mot, elles varient à l'infini et, tour à tour expressives, décevantes, fantastiques même, elles semblent avoir été créées pour tenter notre curiosité et pour exciter continuellement notre étonnement et notre admiration. »
« La beauté et la variété sont partout dans la plante : dans la disposition et le mouvement des branches, dans la forme des bourgeons et leur mode d'épanouissement, dans les découpures de la feuille et surtout dans la fleur, qui est le plus pur et le plus bel ouvrage de la terre. » De toutes les parties du végétal, c'est elle qui exerce sur l'homme le plus de séduction. Les fleurs sont belles, non seulement par leurs couleurs vives, leurs formes élégantes et régulières, mais encore par leur port et leur mode de groupement, comme on peut l'observer chez le Muguet, la Fritillaire couronne impériale, le Lilas et tant d'autres.
Beaucoup de plantes, d'ailleurs, au lieu de former un petit nombre de grandes fleurs, portent une quantité de petites fleurs qui, insignifiantes par elles-mêmes, ne doivent d'être remarquées qu'à leur mode d'inflorescence. Celles du Coudrier, de l'Aune, du Châtaignier, du Peuplier, sont verdâtres, fort petites, mais groupées en chatons allongés qui pendent ou se dressent ; elles forment à l'arbre une parure, surtout quand elles apparaissent de bonne heure et ne sont pas enfouies sous des masses de verdure. Les fleurs des Graminées sont minuscules, à peine colorées, mais leurs épillets se disposent en épis, en grappes, en panicules, en panaches d'une étonnante légèreté. Les petites
Capitule du Grand Soleil.
fleurs blanches ou jaunes de la Carotte, du Fenouil et des autres Ombellifères ne sont intéressantes que grâce à leur groupement en ombelles composées dont le double étage des rayons réguliers est plaisant à l'œil.
Comme la fleur qu'il continue, le fruit est gracieux et divers. Tandis que les fruits charnus nous offrent la magie de leurs couleurs, les capsules ont l'élégance et les formes pures des beaux vases. Les akènes eux-mêmes, d'ordinaire trop petits pour attirer l'attention, peuvent réaliser des dispositions extrêmement gracieuses par leur groupement en mosaïque, comme chez le Grand Soleil, ou par leur suspension, comme des pierreries à une pendeloque, à l'extrémité de longs pédoncules, ainsi qu'on peut l'observer chez le Tilleul. Les annexes du fruit contribuent souvent aussi à sa parure : tels les longs styles persistants de l'Anémone pulsatile ou des Clématites; les blancs filaments, pompons minuscules ou vaporeuses aigrettes, qui accompagnent le fruit de nombre de Composées ou, enfin, 1 ample sac écarlate des Coquerets.
Tous les principes de la composition décorative, symétrie, rayonnement, répétition, alternance, gradation, sont représentés dans les plantes par les plus admirables modèles. Il nous suffira d'évoquer, parmi tant d'autres exemples, la corolle de l'Èglantine ou de la Passiflore, l'éventail superbe des feuilles du Ravenala ou des nervures du Latanier, 1 impressionnante inflorescence de l'Agave, candélabre géant chargé de milliers de fleurs surgissant du centre de la rosace foliaire.
Cathédrale de Nevers : Chapiteau du XIIIe siècle.
La flore sculpturale. — De bonne heure, l'ornementation s'est inspirée des formes gracieuses des corolles, des fruits, des feuillages, qu'on retrouve, sculptés suivant leur forme naturelle ou adaptée par l'artiste, sur les monuments les plus anciens. L'art égyptien a simplifié la fleur et la feuille du Lotus, qui sont représentées sur les monuments, les vases, les bijoux, les monnaies. Dans les monuments de l'Inde, le Lotus joue aussi un rôle très important. La feuille d'Acanthe a été pendant longtemps l'élément le plus employé de la flore ornementale. Suivant une gracieuse légende, rapportée par Vitruve, c'est elle qui donna naissance au chapiteau corinthien. Cet élément ornemental a été utilisé par tous les décorateurs de l'antiquité gréco-romaine. La feuille de Y Acanthe molle se retrouve sur les vases, les coupes et les bijoux de cette époque.
Au moyen âge, cette feuille ample, à bords festonnés et légèrement recourbés en ourlets, cède le pas à YAcanthe épineuse, plus maigre, plus étroite, à découpures plus raides. La Renaissance est signalée par la réapparition de l'Acanthe classique, qui, sous Louis XIV, prend encore plus d'ampleur. Plus tard, sa largeur diminue ; ses découpures deviennent très aiguës; elle se rapproche de la feuille de Céleri et caractérise le style
UTILITÉ DES VEGETAUX
Louis XV, où elle se combine aux rocailles, aux coquilles en faveur à l'époque; mais la persistance, à travers de longs siècles, de ce motif décoratif est des plus remarquables.
Dans deux intéressants ouvrages, la Flore gothique et la Flore des vieilles cathédrales, Lambin a montré que, dès le XII'' siècle, nombre de feuilles indigènes, interprétées et simplifiées, viennent se mélanger à l'Acanthe, seul sujet reproduit à profusion jusque-là. Ce sont d'abord l'Arum, le Nénuphar, qu'on retrouve à Notre-Dame-de- Paris, à Saint-Julien-le- Pauvre; l'Iris, qui abonde à Saint- Germain -des- Prés, puis la Sagittaire, le Plantain, lesFougères, surtout à l'état jeune, lorsqu'elles sont encore gracieusement enroulées en crosses ; plus tard enfin, la Vigne, le Trèfle, la Chélidoine, la Cymbalaire, la Bryone, 1 Ache, la Mauve, etc. La fleur, au contraire, est rarement reproduite aux XIIe et XIII0 siècles, à part la Rose, la Violette, la Renoncule bouton d'or et le Muflier.
Au XIV siècle, l'ornementation se modifie, l'artiste interprète la nature moins librement, il la copie ; il s'attaque surtout aux grands végétaux ; la flore ornementale n'est plus herbacée, mais arbustive. Le Chêne, l'Érable, l'Aune, le Hêtre, le Châtaignier, le Lierre, le Saule, admirablement reproduits, abondent à la cathédrale de Bourges. Les plantes herbacées, comme la Sauge, le Liseron, l'Ellébore rose de Noël y sont beaucoup plus rares.
Le XV siècle est le déclin de l'art ogival et, en même temps, de l'ornementation florale ; celle-ci n'occupe plus que de faibles surfaces; la feuille n'est plus représentée isolée, mais avec ses rameaux. La Vigne et le Chêne persistent les derniers; on voit apparaître l'Armoise, le Houblon, l'Aubépine, la Chicorée.
La plante et les arts décoratifs. — Dans tous les arts décoratifs : céramique, tissus brochés, broderies, dentelles, tapisseries, papiers peints, ornements du livre, reliure, ferronnerie, etc., la plante joue un rôle aussi considérable qu'en architecture. Feuillages, fleurs, fruits sont imités, reproduits en des matières les plus différentes et interprétés suivant des tendances variables avec chaque époque, soit disposés en semis, en guirlandes, soit groupés en bouquets comme les gracieux décors à la rose des étoffes Louis XV.
Après une longue période de stagnation qui dura de la Révolution jusque vers la fin du XIX" siècle, une admirable rénovation de l'art
Église Or S. Michèle, à Florence : Armoiries de la ville, par Délia Robia (Renaissance italienne).
Notre-Dame de Paris : Encadrements de porte.
ornemental a pris naissance ; elle puise son inspiration dans la nature et trouve dans la plante, stylisée avec une remarquable science de la composition, ses principaux éléments. Ses productions sont innombrables dans les domaines les plus divers. Il nous suffira de citer ici les décors céramiques de Delaherche.de Decceur, de Lenoble, de Metthey ; les verreries et émaux de Galle, de Marinot; les reliures de Marius Michel, de Kieffer.de Marc; les compositions décoratives de Grasset, de George Auriol, de Giraldon, de Paul Vera, de Bonfils ; et, en Angleterre, les papiers peints de William Morris et les ornements du livre de Walter Crâne.
Les Japonais sont les premiers décorateurs du monde; tous les objets qui garnissent l'habitation aisée : poteries, grès, porcelaines, bronzes, meubles, estampes, sont ornés d une façon admirable, surtout avec le concours de la flore indigène. Dans les compositions japonaises, la plante n apparaît jamais sous forme de gerbes, de bouquets, de guirlandes; elle est libre, sans apprêt, figurée avec une vérité extraordinaire dans le rendu. Le Bambou, les branches fleuries de Cerisier et de Pêcher y jouent un rôle dominant, puis ce sont les Lotus, les Camélia, les Paulownia, les Glycines, les Magnolia, les Chrysanthèmes.
Les plantes emblèmes. — Certaines plantes figurant sur les blasons, les drapeaux, reproduites sur les monuments, sont caractéristiques d'une époque ou d'une région. La plus célèbre de ces plantes emblèmes est le Lis héraldique, dont l'origine est fort discutée : pour certains auteurs, il proviendrait de la transformation de la fleur d'Iris ou même de la fleur de Lotus.
Le Shamrock °" Petit trèfle blanc est en bonne place dans les armes d'Irlande, le Chardon dans celles d'Ecosse, la Rose dans celles d Angleterre. Sur l'écu du royaume de Grenade, le fruit du même nom figurait comme armes parlantes ; un Oranger taillé géométriquement se voyait aussi dans les armoiries de la République d'Orange, dans l'Afrique du Sud.
L' Hélianthe annuel ou Grand Soleil était l'emblème du roi soleil, Louis XIV ; cette plante se retrouve sur beaucoup de monuments du grand siècle. Le Chrysanthème, plante nationale des Japonais, est reproduit sur les armoiries de ce pays, sur ses monnaies, et même sur ses timbresposte, où il est accompagné d'autres plantes indigènes : l'arbuste à thé, le Camélia, le Mûrier à papier, etc. A l'imitation du Japon, quelques États font figurer sur leurs timbres-poste des spécimens de leur flore.
Les vignettes postales chinoises nous offrent l'Immortelle de Chine, la Pivoine, la Passiflore; des Palmiers figurent sur les timbres des Samoa, de Bornéo, de Chrysanthèmes Libéria et de divers pays tropicaux. (pochoir japonais).