HISTORIQUE ET PRATIQUE
Par Kai'l Kiesewtter
Nous inspirant de l'exemple que nous donne M. le D‘‘ Du Prel dans ses articles sur l’accélération de la végétation des plantes et le Phénix des plantes (21, nous croyons qu’il ne sera pas sans intérêt pour nos lecteurs d’avoir un aperçu aussi bien de fhistorique des théories et des expériences faites en palingénésic, que des pratiques mi. ses en œuvre. Ils seront alors à même, par des exjiériences personnelles, assez grosses de détails, il est vrai, mais nullement coûteuses, ils seront à même, disons-nous, de pouvoir se rendre compte de la valeur ou de la non-valeur de l’objet qui nous occupe. Je suis d’autant plus en état de les renseigner à cet égard que, depuis nombre d’années déjà, il m’a été donné de pouvoir recueillir
(i) Extrait de l’Inilialion, Avril 189G.
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sur celle (|uesliou des instruclions la plu-
part d’ailleurs dilliciles à découvrir et inédites, cl que d’autre part, j’ai pris soin d’éliminer tout ce que l’époque antérieure confondait avec la palingénésie, par exemple les phénomènes de lu generatio alqiiiçoqua, des précipités métalliques arborescents et de la cristallisation, toutes choses au nombre desquelles on peut ranger la palingénésie des orties dans la lessive congelée de leur sel, dont fait mention Joseph Duchesne (de son nom latin Quercetaniiü. i540-i(3o6). médecin de Henri lY de France (i).
Nous distinguerons deux sorlcsde palingénésie. 1“ La palingénésie des ombres, qui a pour objet la production du corps astral, v égétal ou animal : et a® la palingénésie des corps, ipii inq)Ii(|ue l’accélération de la végétation des plantes (végétation forcée) et en même lonqis vise à reconstituer les corps organisés détruits. Dans scs dernières conséquences, celle-ci pénètre dans le domaine de VHomuncuhis, celte évocation chimique de l’étrc humain, point où viennent en contact les extrêmes de la vuyslique et du matérialisme.
(i) Voyez le voluiiic Vit du Sijihinx. parlieulièromenl le fascicule d’avril 1889.
Ovide paide déjà par avance en termes exacts de la végétation forcée lorqn’il dit de sa Mcdéc.(i)
« De toutes ces substances et de mille antres qu'il est impossible de nommer, elle compose le philtre destiné au vieillard moribond ; puis, avec une branche d’olivier depuis longtemps dcssécliée et sans feuillage, elle les mêle et les remue du fond à la surface. Mais voici que la vieille l)ranche agitée dans l’airain l)ouillant cüininence à l'cverdir , bientôt elle se oouvre de suc. Partout même où le feu fait jaillir l’écume hors du vase et tomber sur la terre des gouttes brûlantes, on voit naître le gazon printanier et les fleurs écloses au milieu de gras pâturages. »
Les alchimistes instituèrent à plusieurs reprises des expériences palingénésiques. Abou Pekre al Rhali (surnommé Rbascs, mort en q.^ja)
(i) Voyez le Sphinx, Vil, 4<>, p. 197. Bien plus, on allait jus(|ii‘â ^■oiI‘ dans les crislaux de glace des vilres couv<‘rles <le givre la palingénésie des plantes (ine l’on avait l)rûlécs pour en extraire la potasse. Comparez r.ckartshansen, Kcluircissemenls sur la magie, II, p. 399. Celui ((ni veut sc faire une idée de tout ee que i’on entendait sous le nom de palingéiicsie et du rôle de l’imaginatioji dans ee tpie l'on avait vu, n’a (pi’à lire et relire la Plij'sica curiosa de Jean Otto von Hell)ig (Sondersliausen. 1700, in-8). La feuille de mélisse d’Oettinger pourrait, elle aussi, être rangée au nombre des produit.s de l'imagination.
cl Albertus Magiius notaimnenl ont dû s’occujjerl de noire sujet (i). Bien plus : de ce dei-nier on va^ jusqu’à allirnier qu’il déciûvitdes Iloinunculi O2), et dans VGiiwve végétal d’Isaac Hollandus (3) fig-urent des remarques sur la palingénésie.
C’est seulement chez Paracelse que nous ren- . controns des indications plus détaillées sur les , deux espèces des palingénésies. Sur la palingé- ; nésie des omljres, il s’exprime en ces termes (4) : «De là ressort qu’une force primi entis (d'entité première) est enfermée dans un flacon et amenée à ce point, de pouvoir donner naissance dans ce même flacon à une forme de la même plante et ce sans le secours d’une terre ; et, quand celle plante est arrivée au terme de sa croissance, ce qu’elle a engendré n’est point un corpus (coi'ps) car pour cause première elle n'a point eu un liqiildum terræ, et sa couche est une chose n'ayant d’existence que pour l’œil, une chose que le doigt ramène à l’état de suc ; ce n’est qu'une fumée affectant la' forme d’une substance, mais
(1) Campanelle. De sensu reriim et magia. Francof 1620, in-4.
(2) Plusieurs fois imprimé.
(3) Archidoxovum libri X I. I.
(4) Métamorphoses, 32, 2-5-284.
n’olTrant toutefois nulle prise, c'est-à<lire quelque chose d’immatériel, non susceptible d impressionner le sens du toucliei . »
Paracelse ne donne point d’instruction sur la palingénésie des ombres, mais bien sur celle des corps, lorsipi’il dit (i) : « Ib-enez un oiseau qui vient d’éclore enfermezde liermétiqnemcnt (^i) dans un matras et réduisez-le en cendres sur un feu convenable. Plongez ensuite le récipient tout entier avec les cendres de l’oiseau incinere dans du fumier de cheval et laissez-le là jusqu’à ce que se soit formée une suslitance visqueuse (produit de la cendre et des huiles empyreumatii[ues; ; mettez cette subtance dans une coquille d’œuf, fermez le tout avec le plus grand soin et faites couver selon le mode usité ; vous verrez alors reparaître l’oiseau précédemment incinéré. »
Le comte Kenelm Digby (i6o3-i665) assure avoir reconstitué de la même façon des écrevisses
(i) Eckarlsliausen, Eclaircissements sur lu magie, II P Je u’ai eu, à la vériLé, aiicuno occasion d’examiner avec .soin la grande édilion, de Jaimuy, des œuvres d’.VIherlns Magniis ; loulel'ois je communiquerai plus loin une instruction manuscrite qu’on lui attribue, relative à la palingenésie.
(a) Dé naluvà rertim.
J)rûlécs (i). VI Pai-acoific vaul âlaixlra à toutas les ospèwîs d’animaux aa mode de palinfrânésia. Son contemporain, Agrippa de Adllasiiaiin. semble avoir connu ce prueAlc, car il diUu) : I]
existe un artifice par lequcL dans iin o.-uf placé sous une poule couveuse, s'engendra une ligure humaine, ainsi que je l’ai vu et suis en état de 1 exécuter moi-jnème. Les magiciens allrilment cà une figure de ce genre des forces merveilleuses et l’appellent la véritable mandragore (3). Nous ceviendrons là-dessus plus foin.
A 1 exemple de leur maître, les paracelsistes s occupèrent de palingenésie et écrivirent beaucoup sur ce sujet. Citons parmi eux Gaston de
Claves (Clapœus) (4), Qiisreeianiis (.5). Pierre Borrelli(G)Nicolas Béguin (;) Otto Taclienius(8),
(i)C esl-a-(lireàral)i'i de l’air el du contact dircci dufi'ii. (y) î\Iaurcr, -imphilïicftfruiii luftpicv luiii'ersct*,
(3) De Occulta Pliilos'nphin, 1. t. cli. XXX'N'I.
G) Phiinsophia chemi., Gcnr. cl Lngd. Bal. Kuain-S*. (à) Defeusio contra aiwuynniu}.
(0) lUnlnrinriun mpdicô-physicarum centiir.. IV Franco f. 1B70 in -8.
Tj'rociiriuin chyjyiciiim, Paris, ifioo, in-S.
(8) Ilippocralcs chymicivt, Yancl. 1666, in-12.
Daniel Sennoet (x), A. F. Pezold (^) Kcnelm Digl)V (3), David Van der Bccke (4) et lUiam
Maxwell (5), L’onveago du vecleue de Hindelber«- Franek von Fi-ankenan, est loin d’épuiser la matière et, an point de vue expérimental, se haseprineipalemcnt sur les instruelions, eoncordantes d’ailleurs, de Borelli, Taehenuis et Van der Beeke. Autant que je saelie, le dernier témoignage de pratique palingenosi{[ue Aient d’Kckartshausen qui dit((i): Deux de nos amis ont vu de réelles expériences, instituées de façon didérente; il assistèrent aux manipulations et les exécutèrent eux-mêmes. L un (it revivre une renoncule et l’autre une rose; ils firent aussi avec des animaux des expériences ipii lurent couronnées de succès. Kt c’est d apres leurs principes et leur méthode que je veux aussi travailler.
(i) O/irra omnifi I.itf*il. ifi.io. iii-lolio; I. lU- P- 7^1’
(’l -'to.
(•j) /•-■/i/ie/a. mitiir.curiofi. conliir., VU obs. 12.
(t) Disscrifilin dt' idaitlfiriim ye^elalione.
('{) Kxiirriiiu’iita cL mcditalioiics circa jifilaraUiim rrruni principid, ITainbonr};; 168Î in-8.
(.■>) McdiciiKi inaffiKdica
(()) Echiicissemcnis mir l(imoi>u‘ U. j). 380.
— riG —
AVilliam Maxwell, le Gustave Jœger du x siecIe, parie de la palingénésie en plusieurs endroits de ses ouvrages. Mallieureusernent, touteois, il le fait à la façon de son maître Fludd c est-à-dire d’une façon confuse et sottement nysterieuse. Sur la palingénésie des omhres tout d abord, il s’exprime en ces termes (i) : « Prenez une quantité suffisante de feuilles de i-oses. iaites-les sécher au feu et enfin avivez celui-ci avec le soufflet jusqu’à ce qu’elles soient réduites en une cendre très blanche (ce résultat peut être
obtenu par simple combustion, dans un creuset porté au rouge, de feuilles de roses desséchées). hiXtrayez alors le sel au moyen de l’eau ordinaire et introduisez ce sel dans un kolatorium (un de ses appareils inutiles de l’ancienne chimie; n importe quel flacon bouché à l'émeri rendra les mêmes services) dont vous aurez obturé
le mieux possible les. ouvertures; laissez ce koiatorium sur le feu pendant trois mois (il s'agit évidemment ici de la chaleur douce de la digestion), enterrez-le ensuite dans le fumier (connue il a été indiqué plus haut) .et laissez-l'y trois mois. (C’est en vue de la putréfaction qu’on plon-
(i)A/ed/cma magnriica I. II. eli. v. - Ce qui est enlre
parcntlièses conslit
lie mes remarques.