ŒILLETTE
30. Importance culturale. — Sous le nom à'œillette ou oliette on désigne une variété du pavot somnifère cultivée pour sa graine comme plante oléagineuse.
De CandoUe pense que le pavot actuel de nos cultures a pu venir d'Asie Mineure, où il était déjà connu il y a au moins trois mille ans. En France, cette culture prit naissance vers la fin du xviii" siècle, mais elle n'y acquit un certain développement qu'après la réussite des démarches de l'abbé Rozier, pour faire annuler les sentences du Chàteletqui interdisaient la vente de l'huile de pavot considérée comme pernicieuse pour la santé humaine. Elle atteignit son plein essor dans les périodes qui suivirent l'hiver rigoureux de 1820, pendant lequel les oliviers furent complètement détruits sur de nombreux points de la région méditerranéenne. La Société centrale de Paris lui imprima une impulsion remarquable, en proposant des prix de 1000 à 2000 francs aux cultivateurs qui la pratiqueraient dans les localités où elle était encore inconnue.
Le même fait se reproduisit après les hivers rudes de i855 et de 1879.
La culture de l'œillette, qui occupait en 1882 une surface de 25 000 hectares, ne s'étend plus aujourd'hui que sur 38>4 hectares, situés principalement dans la région du Nord. C'est ainsi qu'on en trouve 1870 hectares dans le Pas-de- Calais, 1606 dans la Somme et 1 10 dans le Nord.
La diminution de la culture de l'œillette reconnaît pour cause l'extension donnée à la betterave et surtout l'emploi, dans la consommation, de l'huile d'olive et des huiles de graines étrangères : coton et arachide,
La crise sucrière et les prix pratiqués dans ces dernières années ont incité les cultivateurs des régions où elle était très répandue autrefois à augmenter leurs emblavements. Toutefois, on peut toujours craindre que l'accroissement de la production ne provoque le fléchissement des cours, s des droits assez élevés ne sont appliqués sur les graines exotiques qui tend ^nt de plus en plus à envahir le marché français.
34. V^étation. — L'œillette appartient à la famille des papavéracées (fig. 10). Elle possède une racine pivotante, une tige droite, lisse, cylindrique, rameuse ou ramifiée à 20 ou 3o centimètres du sol et haute de i mètre à .1 m. 5o; ses feuilles sontiarges, embrassantes, alternes, incisées, dentées glabres £t
glauques. Comme tous les". pavots, l'œillette a des fleurs à deux sépales, quatre pétales blancs à l'extrémité et violacés à
FiG. lo. — Œillette.
la base. Les fruits (fig. ii) sont des capsules subglobuleuses couronnées d'un stigmate sessile et étoile à douze ou treize rayons; à l'intérieur se trouve un nombre indéterminé de placentas pariétaux formant de véritables lames qui s'étendent jusqu'au centre, correspondent aux divisions du stigmate et portent un très grand nombre d'ovules qui grossissent après la fécondation, se détachent à la maturité et restent librQs d(^ns k
capsule. La déhiscence se fait par de petits pores triangulaires sous le stigmate, dans le pavot œillette ordinaire.
L'œillette a une jeunesse longue; mais, lorsque les tiges atteignent i5 à 20 centimètres, elles montent vite et la floraison a lieu vers le quatrième mois qui suit la germination ; les fleurs
FiG. II. — Fruits de l'œillette.
a, Coupe d'une capsule d'œilletle ordinaire; b, coupe d'une capsule de pavot aveugle.
s'épanouissent en juillet dans la région du Nord et en mai, juin, dans le Midi.
32. Composition. — D'après les analyses de Boussingault, les graines d'œillette présentent la composition suivante :
Huile 41 pour 100
Matières organiques azotées 17,5 —
— non azotées i3,7 —
Ligneux 6,7 —
Phosphates et sels 7,0 —
Eau 14,1 pour 100.
M. Pagnoul* a suivi la migration des différents éléments constitutifs de l'œillette et a déterminé en même temps les transformations que subit la graine jusqu'à sa maturité.
Le tableau suivant donne la composition de la plante entière et celle de la graine :