CHAPITRE XIV RÉCOLTE ET RENDEMENTS DE L'ŒILLETTE
44. Époque. — L'époque de la récolte varie avec celle des semailles ; les œillettes confiées au sol de bonne heure, en mars, sont mûres dans les premiers jours d'août, en année moyenne. En trénéral, la récolte a lieu du i*"" au 20 août.
On entreprend l'arrachage lorsque les tiges sont jaunes en partie et que la graine, qui est libre dans les capsules, a pris une teinte foncée ; à ce moment il n'y a encore que quelques capsules ouvertes.
Si on récolte trop tôt, les graines restent un peu rougeàtres et diminuent de qualité; trop tard, au contraire, on risqué d'en perdre par égrenage.
45. Exécution. — La récolte exige beaucoup de main-d'œuvre ; on y procède de préférence le matin et pendant les dernières heures de la journée. Les
travailleurs arrachent les pieds en les maintenant sous le bras gauche le plus verticalement possible; ils en forment des poignées (fig. 16) qui sont liées vers le milieu à l'aide de quelques brins de paille de seigle. Cette dernière opération se fait généralement au fur et à mesure de l'arrachage, mais lorsque les capsules ne sont pas ouvertes, on dépose les poignées
alternativement les unes sur les fig. 16. — Tiges d'oeillettes autres et le liage se fait ulté- en poignées.
rieurement.
Les petites bottes sont dressées sur le sol en dizeaux ou en chaînes (fig. 17). Ces dernières, lorsqu'elles comprennent quatre rangées disposées deux en deux en forme d'H, résistent très bien aux vents, surtout lorsqu'on les circonscrit au moyen d'un lien de paille et qu'on jette un peu de terre à leur pied.
On construit parfois des monts comprenant de 40 à 60 et même 80 poig-nées; mais la dessiccation est lente et dans les années humides le battagre est retardé. Après douze ou quinze jours de séchag-e, plus ou moins suivant les circonstances atmosphériques, on procède au battage de l'œillette sur le champ même; les capsules doivent être bien ouvertes, aussi opère-t-on de préférence pendant les heures chaudes de la journée. Les ouvriers frappent les poignées les unes contre les autres au-dessus d'un cuveau ou plus souvent d'une toile tendue
Fu;. 17. — Chaînes d'œillettes.
(fig. 18); les têtes incomplètement mûres sont écrasées entre les doigts pour en isoler les g-raines.
Dans certains cas, après un premier égrenage, les bottes sont remises en chaînes pour être soumises à un deuxième battage après quelques jours; mais, outre que la graine ainsi obtenue est souvent de qualité inférieure, elle n'est pas suffisamment abondante pour payer la main-d'œuvre nécessitée par l'opération ; aussi celle-ci est-elle rarement pratiquée et seulement dans la petite culture.
On doit éviter de mélanger aux semences de la terre qui serait ensuite difficile à séparer. Lorsqu'une certaine quantité de graines s'est accumulée sur la toile, on lui fait subir un nettoyage sommaire au moyen d'un crible et on l'ensache pour la transporter à la ferme où on l'étend en couche mince dans les greniers
On ne doit pas en faire de tas trop épais, si l'on veut éviter réchauffement qui diminue la qualité des graines.
Lorsque les semences sont sèches, on les soumet à l'action d'un crible, dans le but d'en séparer les débris de feuilles, de tige§ et de capsules qui s'y trouvent mêlés. Toutefois, les