RÉCOLTE ET RENDEMENTS DE L'ŒILLETTE
graines qui ont passé à travers les mailles du crible ne sont pas complètement nettoyées, car elles retiennent une certaine quantité de poussière. Pour la séparer il faut employer le tarare, auquel on adapte des grilles très fines en même temps qu'on donne au ventilateur une assez grande vitesse. Si la graine devait être conservée en magasin pendant plu-
FiG. 18- — Battage de l'œillette.
sieurs mois, il faudrait la soumettre à un pelletage tous les quinze jours et la tararer de temps en temps.
Le pavot aveugle est plus facile à récolter. A la maturité, les tiges sont coupées au ras du sol ou arrachées, puis liées en bottes et mises en tas. On rentre la récolte lorsque toutes les têtes sont sèches, et on l'entasse dans des bâtiments sains et aérés en attendant le battage, qui se fait à l'automne ou même en hiver à l'aide du fléau. On peut employer, des moulins spéciaux qui pressent les capsules et en font sortir les graines.
46. Rendements. — Les rendements varient avec la nature et la richesse du sol, le mode de culture, les circonstances climatériques, etc. La production française est en moyenne de i5 hectolitres: elle s'élève à 20 hectolitres dans le Pas-de-
Calais. En bonne culture, on peut récolter par hectare jusqu'à 35 hectolitres et même plus, mais la moyenne ne dépasse pas 20* à 3o hectolitres. Si on admet un rendement de 20 hectolitres au prix de 3o francs l'hectolitre, on a un produit de 760 francs par hectare; mais celui-ci est rarement atteint, car les prix sont souvent inférieurs à 3o francs, et dans certaines années ils s'abaissent à 24 et 25 francs.
Le poids moyen de l'hectolitre d'oeillette est de 60 à 65 kilogrammes; 100 kilogrammes de graines sont produits par 233 kilogrammes de tiges, suivant M. Dailly, et par 256 d'après de Gasparin, soit une moyenne de 245 kilogrammes. En supposant un rendement de 20 à 25 hectolitres par hectare, les tiges représentent un poids de 3ooo à 35oo kilogrammes*.
La culture de l'œillette engage par hectare un capital assez élevé.
Voici un extrait de la comptabilité de l'École d'agriculture du Pas-de-Calais se rapportant à deux années de culture :
Fermage 100 francs.
Part de fumier et engrais de fonds ...... i25 —
Engrais superficiels ' i3o —
Travau.x de culture 120 —
Semences i —
Semailles 4 —
Binage, éclaircissage 70 —
Arrachage, mise en moyettes • . . . 60 —
Battage, criblage et tararage 20 —
Frais d'exploitation • . . . 20 —
Total 65o francs.
Produit brut :
i52o kg (25 hectol. 3) à 3û francs l'hectolitre. . . 769 francs. Dépenses par hectare 65o —
Bénéfice 109 francs.
Tout compte fait, la culture de l'œillette aurait été peu rémunératrice, si, par suite de circonstances économiques favorables, les prix de vente ne s'étaient relevés sensiblement dans ces dernières années.
I. Le pavot à opiuni est cultivé en Orient et dans le Midi de l'Europe; les tentatives faites pour l'introduire en France n'ont pas réussi.
L'opium est le suc desséché de la plante, renfermant différents alcaloïdes et notamment de la morphine. Il est obtenu à l'aide de saignées pratiquées dans l'épaisseur des capsules encore vertes d'oii il s'écoule à l'état laiteux.
CAMELINE
47. Importance. — La cameline (Cainelina saliva) a presque disparu de la culture française. La statistique décennale de 1892 n'indique plus que 992 hectares comme étendue cultivée, et à l'heure actuelle celle-ci dépasse à peine une centaine d'hectares, dont la plus grande partie dans les départements du Pas-de-Calais et de la Somme.
48. Végétation. — La cameline (fig-. 19), désignée improprement sous le nom de camomille, est originaire de l'Asie, mais on la trouve aujourd'hui dans toute
l'Europe. Sa racine est blanche, fusiforme ; sa tige cylindrique et rameuse atteint de o m. 40 à o m. 70 de hauteur et porte des feuilles alternes, semi-embrassantes, auriculées, velues et ciliées sur les bords.
Ses fleurs sont jaune clair; ses graines oblongues et jaunâtres sont renfermées dans une silicule ovoïde. Elles ofl'rent un sillon médian assez marqué;
leur saveur est alliacée et elles Fig. 19. — Cameline.
prennent une teinte' rougeâtre a, inflorescences; b, fruu.
en vieillissant.
La cameline partage avec la navette d'été l'avantage d'être une des plantes oléagineuses qui occupent le moins le sol. Elle se sème tardivement avec d'autant plus de chances de succès qu'elle résiste parfaitement aux sécheresses, qualité précieuse dans les années où les récoltes d'automne ou de pnntemps sont
5o LES PLANTES OLÉAGINEUSES.
détruites. On l'employait autrefois pour remplacer l'œillette, le colza, le lin et, dans des cas moins fréquents, les blés ayant souffert des gelées et retournés assez tard en saison. Elle vient partout, pourvu qu'on lui accorde les engrais et les soins nécessaires; mais son avantage le plus important est de n'être attaquée ni par les pucerons, ni parles altises qui anéantissent fréquemment les autres crucifères.
D'après M. de Dombasles, il e^t possible d'obtenir une récolte dérobée de carottes ou un fort beau trèfle en les semant dans la cameline.
J'avais semé dans la même année, dit-il, 5 livres de graines de carottes qui avaient été répandues à la volée en même temps que la graine de plantes à huile. Au moment de la récolte de ces dernières, les carottes étaient assez belles, à la réserve de quelques sillons où elles étaient fort claires. J'en ai fait sarcler une partie en arrachant les herbes à la main, et je me suis contenté de faire herser fortement et à plusieurs reprises le reste, avec une forte herse en fer. Les carottes n'ont pas souffert de cette opération; mais elles ont pris peu d'accroissement, parce que la terre n'était pas suffisamment nettoyée. Celles qui avaient été sarclées à !a main, au contraire, ont donné une récolte satisfaisante et équivalente a la moitié d'une récolte de carottes cultivées seules. J'ajouterai que j'ai semé, dans la même année, beaucoup de trèfle dans la cameline, il est venu plus beau que celui qui a été semé dans les céréales ^
49. Composition. — La graine de cameline renferme en moyenne 35 pour 100 d'iiuile ; on en retire de 27 à 3o pour 100 par une bonne fabrication. Cette huile est inférieure à celle du colza pour l'éclairage ; oa l'emploie en peinture et dans la fabrication du savon. Elle est très siccative et supporte des froids de — 15 à — 18 degrés sans se figer.
Le tourteau de cameline présente la composition moyenne suivante :
Eau 6.5 pour 100
Matières azotées 84,5 —
Huile 7,0 —
Hydrates de carbone 84,0 —
Cellulose 9,5 —
Matières minérales 8,5 —
Le tourteau de cameline est surtout utilisé comme engrais; c'est l'un des plus riches en acide phosphorique; on attribue à l'odeur d'ail qu'il exhale la propriété décarter les insectes. Les tiges étaient autrefois très employées dans la confection des balais; l'usage des balais en paille de riz les a fait délaisser. O 1 les utilise encore dans quelques localités pour couvrir les maisons, les granges ou les hangars et pour chauffer les fours. On a pu en tirer une filasse de médiocre qualité et s'en servir pour la fabrication du papier commun.