CHAPITRE XVI CULTURE PROPREMENT DITE DE LA CAMELINE
50. Variétés. — Indépendamment de la cameline ordinaire, on connaît la cameline majeure, qui est plus hâtive, plus vigoureuse et plus productive.
5L Sol. — La cameline, qui est surtout appropriée aux terres à seigle, aux sols légers, sablonneux et peu profonds, n'est pas exigeante. Elle vient bien dans les terres limoneuses, argilo-siliceuses ou silico-argileuses; mais on lui préfère pour ces sortes de sols les. plantes susceptibles de donner des produits plus rémunérateurs.
La cameline, en raison de sa végétation rapide, peut se semer assez tard ; il en résulte qu'on peut l'employer avantageusement pour occuper les terres portant des récoltes manquées ou détruites par les intempéries, telles que l'œillette, le lin ou même la betterave. Elle remplace aussi les céréales de printemps et l'on peut y semer du trèfle avec beaucoup de succès.
Dans la région du Nord, on lui consacre souvent les parcelles inoccupées qui se trouvent à l'emplacement des meules et des silos.
52. Engrais. — Son aptitude à venir dans les sols médiocres permet de dire quelle n'est pas exigeante; toutefois comme toutes les plantes, ses produits sont en raison directe de la fertilité des terres, et il est utile, lorsqu'on lui demande une récolte abondante, de lui donner une fumure convenable. Elle est d'ailleurs plus épuisante que le colza et exporte par hectare la proportion suivante d'éléments fertilisants : '
Paille 3200 kil. Graines i3oo kil. Total
Azote 34 36 70
Acide phosphorique. . . 7 21 28
Potasse 76 Q 85
Chaux 48 23 71
Le fumier de ferme est l'engrais le plus employé dans la culture du Pas-de-Calais. Les tourteaux jouent aussi un certain
rôle ; le nitrate de soude, utilisé à raison de i5o à 2a) kilog-rammes, les superphosphates, à la dose de 3oo à 400 kilog-rammes, sont des engrais complémentaires tout indiqués, bien qu'on réduise les dépenses de fumure en raison du produit brut peu élevé que la culture permet de réaliser.
La cameline exige une terre parfaitement ameublie. Nous avons appris qu'on lui donne souvent un labour avant l'hiver et un autre au printemps. On évite tout particulièrement de travailler le sol par un temps humide, ce qui, comme on s'exprime, gâterait la terre à laquelle la graine ténue de la cameline doit être confiée.
52. Semailles. — On sème la cameline en mai, et quelquefois même au commencement de Juin dans les terres ayant la propriété de conserver un peu de fraîcheur pendant le mois de juillet. Le semis a lieu à la volée, à raison de 6 à 8 litres de graines par hectare. On peut aussi faire la culture en lignes distantes de o m. 18 à o m. 20, mais c'est une pratique peu suivie; elle aurait cependant l'avantage de faciliter les binages, sans augmenter bien sensiblement les frais de culture. Pour répartir uniformément une aussi minime quantité de semence et éviter une levée en touffe, on fait appel à un semeur d'une habileté reconnue: souvent il augmente le volume à répandre en mélangeant la graine à du sable ou à des cendres tamisées.
On enterre à l'aide d'un hersage léger; si on prévoit la sécheresse, on fait passer sur le sol ensemencé un rouleau uni de moyenne pesanteur.
53. Travaux d'entretien. — La cameline met environ huit jours pour germer. Son développement est rapide et, dans bien des situations, on ne lui donne aucun soin d'entretien. Il est préférable d'éclaircir les plantes, de manière à réserver entre elles un espace de o m. i5 à o m. 18. On enlève en même temps les plantes adventices. Dans certaines conditions on remplace le binage par un hersage, mais ce dernier n'est généralement pas suffisant pour maintenir la propreté de l'emblavure.
La cameline n'est attaquée par aucun insecte, chose que Ton constate rarement pour la majeure partie de nos plantes de grande culture.