‹ Les plantes tropicales de grande culture, Volume 1Chapitre 31 sur 78 · I3.II · texte numérisé non relu

I3.II

Haïti ....

Lisbonne. . .

États-Unis . . .

Hambourg-Brème

France . . .

Angleterre . .

Divers . . .

Hollande . . .

sacs.

sacs.

3i,8oo »

Ensemble. .

732,059 sacs.

On sait que le Gouvernement belge a décidé d'abolir, à partir du ler janvier 1904, les droits d'entrée sur les cafés. — Ces droits s'élevaient, comme nous l'avons inscrit dans le tableau ci-dessus, à 10 francs les 100 kilos.

L'augmentation de l'importation a été presque générale dans les pays d'Europe, et même les régions consommant relativement peu de café ont vu, dans ces dernières années, leurs rapports commerciaux avec le Brésil augmenter notablement, c'est ainsi, par exemple, que l'Espagne qui, en 1898, n'importait pas de cafés brésiliens, a introduit chez elle, en 1906 : 5,080,022 kilos de café du Brésil. Cet accroissement a été très régulier comme le montrent les chiffres ci-dessous :

Kilos Kilos

Le caféier est atteint de nombreuses maladies ou attaqué par des ennemis qui sont, dans certains cas, très nuisibles et ont amené la ruine de bien des plantations.

Dans une plantation de Java, le D*" Kramers a, sur une superficie de 35o bouws, vu recueillir en 10 mois :

Insectes perforateurs 11,000 9,000

Chenilles 235,ooo 180,000

Rats et souris 5,ooo 3,5oo

Sauterelles. 19,000,000 5,ooo,ooo

On ne peut naturellement étudier ici, ni même énumérer tous les organismes, soit animaux, soit végétaux, qui ont été indiqués dans ces dernières années, comme détériorant le caféier.

Les insectes qui s'attaquent au caféier sont nombreux: ils appartiennent à divers groupes : coléoptères, lépidoptères, coccides, pucerons, cochenilles, fourmis.

Contre ceux qui attaquent les feuilles, on aura tout intérêt à employer des pulvérisations ou le badigeonna ^e des plantes. Parmi les principaux mélan;;es à employer pour la pulvérisation, il faut citer : l'émulsion de pétrole dans l'eau (i partie de pétrole, 3o parties d'eau). Après la pulvérisation, on saupoudre les arbres avec un mélange de : 75 parties de cendres, 20 de chaux et 5 de salpêtre. On préconise aussi l'émulsion de pétrole dans l'eau de savon en donnant au mélange la formule :

Pétrole 18 litres.

Savon I litre.

Eau g litres.

On fait dissoudre le savon dans l'eau et on chauffe à 40" centi grades. On verse alors la solution chaude dans le pétrole en agitant fortement pendant une dizaine de minutes. On doit obtenir un liquide d'apparence crémeuse qui peut même être étendu de 9 ou 10 fois son poids d'eau avant refroidissement. Le savon laisse sur les feuilles un enduit qui bouche les stomates; aussi a-t on préconisé l'emploi du lait au lieu de savon. Dans ce cas, le mélange sera conservé dans un vase fermé et on ajoutera l'eau nécessaire au moment du besoin.

Dans ces dernières années, on a également signalé les dégâts commis aux plantations, entre autres en Indo-Chine, par un insecte perforant le Xylolrechus quadripes. contre lequel on n'a actuellement encore que peu de moyens de défense. Les causes qui empêchent l'homme d'intervenir efficacement contre cet insecte sont multiples. La ponte peut durer deux jours, pendant lesquels l'insecte se déplace constamment, disséminant ses œufs sur une grande surface. Les expériences ont démontré qu'une certaine humidité empêche le développement des œufs pondus sous l'écorce. Les œufs éclosent au bout de six jours environ, il faut donc intervenir très vite. L'insecte parfait ne cause aucun mal, c'est la larve seule qui creuse les galeries; mais c'est sur l'insecte parfait qu'il faut agir en empêchant en particulier l'accouplement.

On a préconisé, pour détruire le parasite : le grattage de l'écorce, l'injection de substances, la bouillie bordelaise et le lait de chaux, les pièges lumineux, le colmatage au goudron ou avec des huiles lourdes. Ces moyens sont malheureusement peu efficaces; le grattage doit être fait au moins tous les six jours, l'injection ne peut amener a; cun résultat, car les galeries sont généralement bouchées; la bouillie bordelaise et le lait de chaux doivent être fréquemment renouvelés, car les pluies lavent rapidement les arbres; les pièges lumineux sont sans effet, l'insecte étant diurne, et le colmatage au goudron ou aux huiles lourdes constitue un mode de protection peu conseillable, car il nuit sûrement au développement de la plante.

On a prétendu qu'un des meilleurs traitements curatifs consisterait dans

renveloppement des tiges malades par des bandes d'étoffe ou des tresses d'herbages qui empêcheraient les insectes de sortir et, par suite, de se reproduire; mais on peut se demander si le séjour dans la plante d'insectes qui cherchent à s'échapper ne pourrait être nuisible à la plante.

L'ombrage, que l'on a considéré comme un excellent remède contre ce parasite, produit ses effets surtout en empêchant l'évaporation, en permettant le dépôt de corée pendant la nuit et en plaçant, par suite, les tiges dans des conditions plus favorables pour l'arrêt du développement des œufs.

On a également cité des dégâts sérieux occasionnés par VAntMores leuconoius Pasc, insecte perforant qui reste vivant pendant très longtemps dans les tiges mortes des caféiers.

Pour détruire les insectes dont les larves se trouvent dans le sol, on a également conseillé l'emploi du sulfure de carbone ou de la benzine. On fait pénétrer celle-ci dans la terre par un injecteur spécial, le « pal-injecteur » . Ce procédé a donné dans certains cas de fort bons résultats. L'idée d'injecter une substance insecticide dans le voisinage des racines de la plante a été appliquée tout d'abord, dans le midi de la France contre le Phylloxéra, Dans ces derniers temps on a recommandé, à Java, un procédé bien simple dont on pourra aisément faire l'essai.

On découpe de la tourbe sèche ou du bois sec sur le terrain en petits morceaux que l'on plonge dans du sulfure de carbone ou dans de la benzine, puis Içs morceaux bien imprégnés de liquide sont jetés dans des trous de lo à 12 cm. de profondeur et disposés à 40 cm. les uns des autres; on a soin, bien entendu, de refermer chaque trou au-dessus du morceau qui y a été introduit.

Dans l'usage de ce désinfectant, il faudra tenir compte de l'époque de l'année, du sol à injecter et de la quantité de liquide à employer. Le meilleur moment d'emploi est celui de la chute des premières pluies.

Le résultat que Ton obtient par l'emploi du désinfectant est d'autant meilleur que l'organisme nuisible aura séjourné plus longtemps dans les vapeurs du liquide ; celles-ci pourront se développer d'autant mieux que la température sera plus élevée, que le sol sera plus meuble et plus sec; elles ont une forte tendance à pénétrer dans le sous-sol et se répandent très peu dans les couches horizontales. Le meilleur moyen pour empêcher les gaz de se répandre dans l'atmosphère est d'opérer sur un sol dont la couche superficielle a été retournée. Aussi longtemps que le sulfure de carbone se trouve à l'état liquide, il agit d'une façon néfaste sur les racines des plantes, qui peuvent être fortement brûlées, et il peut occasionner la mort de la plante. Celle-ci ne souffre en aucune façon des vapeurs, même si la dose de désinfectant est considérable et si les vapeurs sont formées soit dans la profondeur, soit à la surface.

On emploie également, dans certaines régions, des lanternes pour attirer les insectes qui vont se noyer dans de l'eau disposée autour du foyer lumineux.

On a encore attiré l'attention sur les dégâts occasionnés, au caféier, par une maladie vermiculaire des racines. Elle sévit surtout au Brésil, dans la

province de Rio de Janeiro, et Ton a dû remplacer en beaucoup de points la culture du café par celle de la canne à sucre. (Elle a été signalée dans cette région, en 1878, par M. Jobert). La maladie est occasionnée par des Nématodes, sortes de vers qui se logent dans les racines, distendent les tissus et forment des nodosités rappelant celles des racines des vignes phylloxérées.

Les Nématodes ou anguillules, nombreux dans ces sortes de galles, amènent la pourriture des racines et le dépérissement de la plante. Ces organismes avaient été observés, il y a relativement peu d'années, dans quelques cultures européennes, mais ils paraissent se répandre de plus en plus dans toutes les régions du globe où Ton fait de la culture intensive. Des anguillules ont été retrouvées dernièrement dans les plantes les plus diverses et ont même occasionné des maladies sérieuses du bananier et du théier.

La gravité de cette maladie est due, à n'en pas douter, à l'appauvrissement du sol, résultant de l'intensité de la culture, et à l'affaiblissement qui en dérive pour la plante.

Il y a lieu d'arracher et de brûler les racines des plantes malades et de désinfecter le sol par le sulfure de carbone à l'aide du paUinjecteur ou de la • méthode que nous avons signalée plus haut. On a également préconisé l'emploi du sulfo- carbonate de potassium, qui possède la propriété de dégager petit à petit des vapeurs et d'exercer par suite son action pendant assez longtemps.

On opérera dès lors comme suit : On pratiquera d'abord, au pied de l'arbre, une cuvette, on y déposera ensuite, soit à sec soit à l'état de dissolution, le sel à la dose de 600 kilos par hectare; on arrosera copieusement. Afin d'éviter la déperdition du gaz, on recouvrira les cuvettes de terre.

Le meilleur moyen pour éviter l'extension de la maladie est d'arrêter la culture dans les terrains infestés, de nettoyer avec soin le terrain et d'y planter une culture n'ayant pas à souffrir de l'anguillule.

La maladie vermiculaire des caféiers a été signalée à Java où le parasite a été décrit sous le nom de Tylenchus Coffea; on l'a signalée à la Martinique et à Madagascar.

Parmi les organismes occasionnant des maladies du caféier, on a signalé des Algues parasites qui peuvent recouvrir les feuilles et les fruits d'une sorte de tissu feutré et empêcher le développement et le fonctionnement régulier de ces organes. Cette maladie rappelle celle causée par VHemileia. Elle a été observée à Java, où l'on a cru pouvoir rapporter l'organisme à une Algue spéciale au caféier le Cephaleuros Cofftae,

Ce Cephaleuros Coffeae, peu distinct du Cephaleuros virescens, a été observé et fort bien étudié par M. J. Went sur le caféier de Libéria cultivé à Tegal (Java), et M. G. Delacroix indiquait la forme typique du Cephaleuros virescens sur des feuilles de caféier de Libéria provenant de l'île de la Réunion. Et il ajoutait que, sous cette dernière forme, l'algue paraît moins nocive, car le plus souvent la pénétration ne dépasse pas la cuticule de la feuille.

Le professeur Laurent a récolté, au Congo, des feuilles de caféier atta-

quées par une Algue analogue (Cephaîeuros virescens Kunze) très répandue, non seulement sur les feuilles des caféiers, mais encore sur un très grand nombre d'autres plantes utiles, tels les camélias, le citronnier, le théier, et sur d'innombrables plantes sauvages. Mais la maladie est loin d'avoir la gravité de celle causée par VHemileia. On devra veiller cependant à ce qu'elle ne s'étende pas, en brûlant les parties malades et en faisant des essais de pulvérisations à la bouillie bordelaise ou à une mixture au pétrole.

L'Algue forme des taches rousses à la face supérieure des feuilles, sur les rameaux, et même sur les fruits dont elle entrave le développement; les baies restent petites, noircissent et renferment des graines qui n'arrivent point à maturité.

Mais, comme l'a fait très justement ressortir M. Laurent, ce n'est pas en luttant contre la maladie une fois développée que l'on obtiendra de brillants résultats, mais bien en la prévenant. Il suffira pour cela de soigner l'ombrage ou l'irrigation, car M. Laurent a pu démontrer que cette algue parasite uniquement sur les caféiers exposés en pleine lumière, et n'atteint pas ceux dont la végétation est normale grâce à l'ombrage (i).

Les champignons qui attaquent les Coffea arabica et liberica sont très nombreux, on en cite au moins une trentaine; trois sont particulièrement dangereux pour les plantations, ce sont : VHemileia vastatrix, le Pellicuîaria Koîeroga et le Stilbum fiaccidum. Le Siilhum paraît surtout répandu à Costa- Rica. à la Jamaïque et au Venezuela.

Le Pellicuîaria Koîeroga, dont on a à diverses reprises parlé dans ces derniers temps et qui serait capable de détruire en un an 20,000 pieds de caféier, a fait l'objet d'une note présentée par M. J. Gallaud à l'Académie des Sciences de Paris (2).

D'une manière certaine, ce parasite n'avait été signalé jusqu'à ce jour qu'au Mysore par M. Cooke, qui' le décrivit, et, au Venezuela, par le docteur Ernst. Une forme voisine et peut-être identique a été signalée à Java par M. le professeur A. Zimmermann, sous le nom de Spinnewehsiekte (3), et M. le docteur Zehntner est revenu sur la question dans le rapport 1904- 1905 de la (( Proefstation voor Cacao de Salatiga ».

Du Congo, nous avons reçu des échantillons de toutes les parties de la plante atteintes par les filaments blancs de ce champignon (4), qui forme bien, comme les auteurs l'ont décrit, une sorte de toile ou de pellicule à la surface des organes formée par un réseau de fibrilles issues d'un tronc principal; ce réseau paraît superficiel : M. Gallaud a décrit son mode de développement, sur lequel nous n'insisterons pas.

(i) « A propos de l'ombrage des Caféiers », par Ém. Laurent, in Rev. dés Cuit, colonial ts y no 118, 1903.

(2) Un nouvel ennemi des caféiers en Nouvelle-Calédonie (Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, Paris, 1895, no 22, 27 novembre, p. 898) ; voir également à ce sujet Ch. Delacroix : Les Maladies et les ennemis des caféiers, 2© édition, Paris, 1900, pp. 68-72.

(3) In « Eenige pathologische en physiologische waarnemingen over koffie ». Mededeelingen uit *s Lands Plantentuin, Batavia, 1904, p. 46.

(4) « Proefstation voor Cacao ». Jaarverslag^ 1 Mei 1904-30 april 1905. Semarang, 1905, p. 19.

Nous avons pu voir le champignon passer d'une feuille à une autre; quand deux feuilles sont plus ou moins en contact, il se forme alors au point de contact une sorte de bourrelet d'où partent en divergeant des troncs constitués par des faisceaux de filaments.

Les feuilles atteintes se dessèchent rapidement et, si elles ne sont pas soudées par paquets les unes aux autres, elles pendent lamentablement aux branches; si par hasard les feuilles ainsi détruites touchent des feuilles

Fig. 25. — Feuilles de Coffea canephora attaquées par h'Hemileia,

saines, et que la saison soit favorable, la maladie se développe vigoureusement.

S'il est démontré que le champignon ne pénètre pas dans les tissus, qu'il reste toute sa vie superficiel, il sera relativement facile de combattre son action à l'aide de pulvérisations de liquides à base de cuivre, de savon et de pétrole.

Le rapide développement du mycélium de ce champignon à la surface de toutes les parties de la plante doit être attribué, pensons-nous, à des conditions de végétation défavorables, par exemple à un excès d'humidité dans l'air ambiant de la plantation, à un manque d'aération.

Certes, la culture du caféier doit se faire dans certains cas avec ombrage et assez souvent sous abri, mais il faut cependant, comme l'ont bien fait remarquer les agronomes de Java, que l'air puisse circuler dans la plantation ; à l'étouffer, on risque beaucoup de voir se multiplier toutes les maladies et, en particulier, celles dues aux champignons.

Il est probable que le Koleroga, déjà observé à Ikenge, dans le Ruki, à Basoko, dans l'Aruwimi, et dans les environs de Bolombo, sur le fleuve au nord de l'Equateur, se retrouvera dans d'autres postes de culture de TÉtat du Congo; c'est la raison pour laquelle notis avons tenu à insister sur ce parasite et avons fait reproduire la photographie d'une feuille recouverte en partie par son mycélium, dont les organes reproducteurs sont encore presque totalement inconnus.

Il y a un grand intérêt pour les agronomes de l'État à fixer leur attention sur cette toile du caféier, qui peut produire de grands dégâts, car son développement ne tue peut-être pas directement l'organe qu'elle atteint, mais elle empêche cet organe de fonctionner régulièrement,

11 est probable que le Pellicularia Koleroga s'attaque non seulement aux caféiers, mais encore à d'autres végétaux de la forêt; il y aurait donc lieu, pour l'agronome congolais, de rechercher dans les environs des plantations si d'autres essences ne sont pas atteintes par cette maladie et, le cas échéant, d'agir sur elles afin d'éviter sa propagation.

Quant à VHemileia vastatriXj il est devenu malheureusement célèbre par les immenses dégâts qu'il a causés partout où il a pu se développer en grande quantité, et il y a lieu de s'arrêter un peu sur son histoire.

La maladie due à VHemileia a été observée pour la première fois à Ceylan en iSÔQ.Ceylan était à cette époque un des grands centres de production de café, l'exportation se chiffrait annuellement par 41 millions de kilos environ. En 1898, les ravages de VHemileia occasionnèrent une perte se chiffrant par 5o millions de francs. Pendant les quelques années qui suivirent l'apparition de cette maladie, la perte s'éleva à plus de 35o millions de francs; aussi les planteurs abandonnèrent-ils le café pour s'occuper surtout du thé. UHemileia s'est rapidement répandu dans toutes les régions où l'on cultive le café, et il a été trouvé en Afrique tropicale près du lac Victoria Nyanza, en 1892, et dans notre Congo. Le champignon apparaît sous forme de petites taches blanchâtres, devenant légèrement jaunes, il se montre surtout à la face supérieure des feuilles, mais l'attaque se fait par la face inférieure, et c'est par translucidité que l'on aperçoit la tache occasionnée par le parasite. 11 suffit d'une quinzaine de jours pour que d'une seule spore naisse une tache dont le diamètre peut atteindre jusque 6 millimètres.

On peut résumer dans le tableau suivant les observations faites par le professeur Marshall Ward sur le temps que prend ce champignon pour arriver à son développement complet. Ce tableau montre qu'il est très important de détruire le plus tôt possible les feuilles atteintes, car le champignon peut donner des spores au bout de i5 jours et continuer cette production pendant 8 à 11 semaines.

Les feuilles sont plus vite attaquées quand elles sont jeunes, car, en vieillissant, Tépiderme que le champignon doit perforer devient plus résistant.

Les plantes attaquées par le champignon perdent rapidement leur feuillage et meurent souvent ; en tous cas, elles cessent de produire.

Cette maladie a, dans bien des régions, diminué la production du café.

Le Coffta arabica a été atteint le premier par VHemileia, mais le Coffea liberica n'est pas indemne, comme on Ta cru longtemps. Quand il se trouve dans de mauvaises conditions, il souflfre aussi assez fortement de cette maladie. Le Coffea stenophylla n*est pas indemne et, à Java, on a observé sur ses feuilles les taches caractéristiques de VHemileia,

Le Coffea canephora du Congo est aussi attaqué, comme Tont démontré les observations d*Ém. Laurent (voir fig. aS et pi. XI); il n'y aurait que le Coffea congensis qui, au dire de certains observateurs, serait réfractaire à cette terrible maladie.

Défions-nous des résultats obtenus au bout de peu d'années d'expérimentation !

UHemileia peut même se développer sur les fruits et, en 1906, un planteur de Java, M. Lanzing signalait que, depuis plus de deux ans, on avait remarqué, dans diverses plantations de Java, le noircissement et la chute des fruits. On considérait cette perte de fruits comme due à une période particulièrement sèche avant la floraison et pendant la fructification ; mais le même fait s'étant reproduit en igoS, et les conditions climatériques ne pouvant pas être invoquées, il fallait chercher ailleurs la raison de cette perte de fruits.

L'examen approfondi des fruits fit trouver des baies non encore noircies qui présentaient des taches analogues à celles formées sur les feuilles par VHemileia, L'examen microscopique fait à Java, par le docteur Cramer, permit de rapporter le parasite à VHemileia, dont le mycélium pénétrait dans tout le parenchyme sans attaquer la graine qui reste intacte. Certains détails de structure du parasite sont différents de ceux du type, mais ils sont probablement dus à la différence de milieu.

Outre VHemileia, M. le docteur Cramer a trouvé un autre champignon, mais la présence de ce dernier doit être considérée comme sans importance.

Au début de cette maladie, les baies montrent des taches jaunes et brunâtres, puis elles se ratatinent, noircissent et tombent.

Dans le cas de VHemileia, comme dans celui du Koleroga, un des principaux facteurs favorisant le développement de la maladie est l'humidité; ce sera donc avant la saison des pluies qu'il faudra combattre la maladie, empêcher les taches existantes d'émettre des spores, car, en présence d'eau, elles germeraient très facilement; les pulvérisations avec les bouillies cupriques devront se faire plusieurs fois de suite, suivant les conditions.

Il est donc ici également très favorable de permettre à l'air et à la lumière de circuler entre les plantes, mais il est à noter que, lors de la maturation des spores, le vent est un facteur très énergique de dissémination et le planteur doit, par tous les moyens actuellement en son

pouvoir, combattre la propagation de cette maladie, pendant qu'il en est temps encore, en désinfectant soigneusement les plantes et même les graines qui doivent servir à étendre la surface plantée.

On semble généralement d'avis que VHemileia vastrairix est un parasite exclusif au caféier et qu'il ne se rencontre pas sur d'autres végétaux; néanmoins cette assertion mérite d'être encore vérifiée ; le seul moyen d'en obtenir la preuve, c'est d'étudier avec soin les parasites des arbres des forêts voisines des plantations attaquées. Dans ces études, il y aura toujours d'ailleurs beaucoup de neuf à glaner, car nous ne connaissons presque rien des maladies qui sévissent parmi les plantes des forêts tropicales.

Dans les pépinières où les plantes sont trop serrées et ne reçoivent pas la lumière solaire en quantité suffisante, elles sont particulièrement atteintes par le champignon. Il faut, si l'on a reconnu la présence de VHemileia, arracher avec soin les arbres malades et les brûler. Si la plante n'est pas très atteinte, si quelques feuilles seulementprésentent les taches caractéristiques, on pourra essayer d'enrayer le fléau en les cueillant et en les brûlant. Il faut, en tous cas, pour éviter l'action nocive du champignon, avoir soin de donner à la plante des éléments nutritifs appropriés, qui lui permettront de réagir contre la maladie.

On peut aussi employer, comme dans certaines de nos cultures européennes, des pulvérisations : jus de tabac, mélange de sulfate de cuivre et de térébenthine, sulfate de fer ou bouillie bordelaise; mais il ne faut pas oublier que le parasite s'introduisant dans la plante par la face inférieure de la feuille, la pulvérisation doit se faire de bas en haut.

Sans entrer ici dans le détail de toutes les formules de ces liquides désinfectants et de leur préparation, nous en citerons ci-dessous quelques-uns renvoyant pour des renseignements plus détaillés aux ouvrages spéciaux et aux articles de nombreux périodiques; nous signalerons en particulier une note récente sur la destruction de VHemileia, publiée par V Inspection générale de V Agriculture coloniale en France, et reproduite également dans le Bulletin économique du Gouvernement général de Madagascar, igoS, n® 4, et une de M. Buis parue à Paris en 1907 (i).

Bouillie bordelaise à 2 p. c. de sulfate de cuivre.

Faire dissoudre, dans la moitié de l'eau à employer, les 2 p. c de sulfate ; la dissolution s'o|>ère dans un vase en cuivre ou en bois et non en fer. On délaye la chaux dans l'autre moitié d*eau et on verse le lait de chaux dans la solution cuprique. Pour vérifier la neutralité des liquides on emploiera le papier de tournesol.

Bouillie au savon de Lavergne.

Savon noir 1,000 grammes.

Sulfate de cuivre 5oo »

Eau 100 litres.

On dissout le savon dans l'eau, puis on verse la solution dans celle qui renferme le sulfate de cuivre. Éviter l'emploi de la bouillie acide.

(i) UHtmiUia, par J. Buis, Paris, Challamel, 1907.

Bouillie sucrée à base de mélasse (Procédé Michel Perret) .

On prend une solution de 2 parties de sulfate de cuivre dans laquelle on verse une solution renfermant 2 parties de chaux et 2 parties de mélasse.

Sans détailler la question, il y a lieu d'insister sur le fait qu'au fur et à mesure que se développent les cultures, on voit apparaître des maladies et que le cultivateur devra lutter contre elles. Déjà, en Europe, on a reconnu la nécessité d'une lutte énergique; dans les colonies cette lutte devra se faire sans tarder et être régulièrement soutenue. Mais, comme le disait récemment M. Buis, dans un rapport sur VHetnileia et l'avenir du caféier à Madagascar et à la Réunion, si l'on a vu dans ces deux colonies, en particulier dans cette dernière, la production du café diminuer dans une si forte proportion, ce n'est pas uniquement par suite de l'invasion de VHemileia. En effet, la production de la Réunion était en café :

i836 . 928 tonnes

Or, VHemileia a fait son apparition en 1882 : il y a donc d'autres causes, et ce n'est pas uniquement par la lutte contre cette maladie que Ton pourra faire revivre dans ces deux colonies et ailleurs une culture qui a dû être abandonnée.

La question mérite cependant d'attirer toute l'attention du planteur, car elle est capitale; de l'emploi rationnel et rapide de mesures propres à enrayer les maladies dépend l'avenir de l'agriculture coloniale, agriculture qui est, comme nous ne pouvons assez le répéter, la vraie source de la prospérité de toute colonie.

Si l'on désire faire des plantations en élevant des arbres de semis, il sera bon de désinfecter les graines avant les semailles. Le meilleur désinfectant est le sulfate de cuivre, employé en Europe pour la désinfection des grains de blé. D'après les expériences faites par M. le professeur A. Zimmermann, le traitement au sulfate de cuivre ou à la chaux exerce une influence défavorable sur le pouvoir germinatif des graines du caféier; les graines traitées par ce procédé germent plus lentement que celles non sulfatées et chaulées; de plus, le nombre de graines germant est moins considérable dans la première des deux alternatives. Mais comme, après un séjour de douze heures dans le sulfate, il y a encore 76 p. c, après dix-huit et vingt-quatre heures 70 p. c. de graines capables de germer, il y a lieu d'employer ce procédé dans la pratique et de plonger les graines pendant vingt-quatre heures dans du sulfate de cuivre, immersion qui détruira certainement toutes les spores et donnera encore un pourcentage suffisant de graines capables de germer. Le tableau suivant donne une idée du pourcentage de graines capables de germination après 12, 18 et 24 heures d'immersion dans le sulfate de cuivre.

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