‹ Les plantes tropicales de grande culture, Volume 1Chapitre 71 sur 78 · I9OI · texte numérisé non relu

I9OI

6,o65,6oo »

En 1905, TAngleterre a reçu 2,237,779 régimes de bananes provenant de Costa-Rica, et 1,814,123 venant des Canaries. Durant l'année se terminant le 3i mars 1906, la Jamaique avait expédié sur le même marché i million 217,901 régimes, onzième partie de ce que ce dernier pays avait envoyé sur le marché des États-Unis. Ainsi, d*après des calculs récents, l'importation totale des bananes en Angleterre dépassera, pour 1906, 7,000,000 de régimes.

Les plantations dépendant de V United Pruit Company sont situées le long des rivières, des canaux et chemins de fer de Costa-Rica ; elles suivent les lignes de chemins de fer de Guapiles, la rivière Banana et la rivière Zent, cela pour épargner du travail, des frais de transport et éviter la trop forte manipulation des fruits. Les terrains choisis pour la production des bananes sont les terrains d'alluvion, riches en matières végétales décomposées. Les meilleurs terrains sont toujours ceux situés sur les bords des rivières. Les plantations sont inondées deux ou trois fois par an et les eaux déposent à la surface du sol 5 à 6 pouces d'alluvion ; le sous-sol de ces terrains est graveleux et peut ainsi être facilement drainé. On y plante les bananiers à une distance de 20 à 3o pieds, en rangées distantes de i5 pieds. Généralement au bout de neuf mois la plante porte des fruits ; à partir de cette époque la fructification est régulière. Dans les plantations de la Banana River on a vu des régimes pesant jusque 100 livres; la moyenne est de 55 livres.

Les bateaux de la United Fruit Company, de Boston, le puissant trust américain au capital de près de 100 millions, chargent tous les ans, à Puerto -Cortez, environ 32o,ooo régimes de bananes.

Les régimes sont triés ordinairement en trois classes. Le n^ i compte 9 mains, chaque main comprenant de i5 à 20 doigts ou fruits séparés, de sorte que le régime n? i compte de 175 à 3oo bananes. Les régimes sont chargés généralement la nuit, sur les steamers spéciaux, au moyen d'un chargeur à vapeur muni d'une large bande de canevas sur laquelle les fruits sont placés et déchargés sans manipulation. Un surveillant du quai compte les régimes par groupe de dix.

U United Fruit Company emploie 4000 indigènes dans ce trafic et déjà en 1903, 2o5 bateaux déchargeaient pour son compte des bananes dans les ports des États-Unis, 25 dans le port de Manchester.

Les bananes furent introduites pour la première fois, il y a 35 ans, de l'Amérique centrale aux États-Unis; l'importateur était un Allemand, Ch. Frank, attaché au service d'un vapeur faisant le service de Panama à New-York. Ayant obtenu la permission du capitaine d'embarquer quelques régimes, il les vendit avec bénéfices à New-York et recommença le trafic sur une plus grande échelle; en i863. il abandonna le service à bord de son vapeur pour se consacrer à la culture et à l'exploitation du bananier. Les débuts de ce novateur ne furent pas très heureux ; bien souvent il ne parvenait pas à faire exporter, par les vapeurs, les régimes récoltés; le capitaine préférait embarquer d'autres produits, assurés par les compagnies, tandis que les bananes ne l'étaient pas. Au bout de dix années de travail, Frank n'avait pas réalisé de bénéfices; il ne perdit cependant pas courage,

et on finit par lui accorder certaines facilités; sept années plus tard, il se retirait fortune faite.

En février 1880, les 36o premiers régimes de bananes furent expédiés, par le steamer Eeaynholm. de Port- Limon à New- York, et le f^jouvernement, voyant que cette culture devait devenir une très grande source de richesses pour le pays, alloua à ceux qui étaient disposés à s'y consacrer de grands espaces de terrains.

En 1888. il y avait soixante-et-une grandes plantations de bananiers et un grand nombre de petites plantations.

Ce fut le capitaine L. D. Baker du Cape Cod, appelé « The millionnaire banana King ». qui fonda la « Boston Fruit Company ». Il se dirigea vers le sud avec un bateau chargé de produits américains et les offrit en échange de fruits tropicaux. Son trafic réussit, et il affilia sa Société à V a United Fruit Company » de Boston, dont le président, M C. Keith. habita le Costa- Rica pendant trente ans et y construisit le réseau de chemins de fer qui devait faciliter le commerce de ce fruit.

L'(( United Fruit Company » possède, au Costa-Rica. 109,000 acres de terre, à Cuba, 75,761 acres: à la Jamaïque, Saint-Domingue et Colombie, elle possède plus de 80 000 acres et, en outre, de vastes plantations au Honduras, à Cuba, au Nicaragua. Elle a fait construire à ses frais des voies ferrées dans les domaines qu'elle possède et ses wagons sont aménagés de manière à pouvoir contenir 450 régimes. Les plus grands bateaux de la Compagnie, peuvent recevoir de 25, 000 à 35, 000 régimes, c'est-à-dire environ 2.750,000 bananes; les autres, plus nombreux, transportent au moins 18,000 régimes.

En 1893-1894. les prédécesseurs de la même Compagnie, actuellement associés, exportèrent de la Jamaïque 5,162,000 régimes de bananes. Presque tout le commerce d'exportation des bananes, des côtes de l'Amérique centrale et de l'Amérique méridionale (Cuba, Saint-Domingue. Haïti et la Jamaïque), est contrôlé par !'« United Fruit Company », qui possède la plus grande partie des plantations de ces régions.

A côté de Va United Fruit Company » se sont fondées deux autres sociétés dont les transports partent également du centre américain Ce sont : « Bluefields' Steamship Company » et « Indépendant Line ». Les ports d'embarquement les plus importants des trois lignes sont : Port Limon (Costa-Rica), Bocos (Colombie). Bluefields (Honduras espagnol), Belize (Honduras anglais), Port Barrios et Livingstone (Guatemala).

Dans une récente séance du Congrès de Costa-Rica à San José, il a été décidé que les bananes exportées seraient taxées à la sortie d'un droit à un cent par régime. Le Gouvernement de la république cherche par cette contribution les moyens de payer ses larges dettes.

Les plantations de bananiers sont très importantes au Pérou, car le banane est une des bases de l'alimentation des Péruviens.

Dans les villes de l'intérieur du pays la banane, provenant du Musa paradisiaca, est usagée comme pain et pomme de terre; elle porte parmi les Péruviens le nom de « Platana » , et se différencie par les caractères

bien connus de la banane employée comme dessert. Il nous paraît inutile d'insister sur l'analogie du nom indigène « Platana » avec celui de Plantain dont les Anglais se servent pour désigner le même fruit. Le « Platana » ou Plantain, généralement mangé cuit ou grillé, peut également être mangé cru. mais il faut le prendre bien mùr quand la couche corticale est d'une belle couleur jaune. Ce fruit n'est pas connu sur nos marchés d'Europe où arrivent généralement les produits de l'autre variété de bananier où Musa Sapientum. Cette dernière plante est beaucoup plus variable que la première; M. Ule signale une seule forme, très rare, du Musa paradisiaca, caractérisée par les fruits de couleur grêle; et connaît un très grand nombre de formes de l'autre bananier. Une des variétés très estimée est celle qui porte la dénomination « Banana de San-Thomé » ; les Brésiliens la recherchent particulièrement, et l'emploient rôtie, ils la considèrent comme réconfortante dans la convalescence. C'est sous le nom de « Guinea » que cette forme est connue chez les Péruviens, mais ils la cultivent fort peu, réservant leurs emplacements pour la culture des Platanas.

Les fruits de ces derniers sont surtout usagés avant leur maturité. Généralement, ils sont cuits à l'eau, ce qui les rend farineux, un peu plus durs que les pommes de terre et leur enlève presque tout goût, ce légume porte le nom de « Engira ». On peut également les rôtir ou les passer au four et après les avoir grattés à l'aide d'un couteau, les découper en petites tranches comme du pain. Parfois aussi, des bananes préparées de cette façon sont pulvérisées, mélangées avec du beurre, et prises avec le café. A l'état de maturité, les « Platanas » ont un fort bon goût et portent le nom de (i Maturitas ».

Dans tout le Pérou oriental, les « Platanas » sont la base de la nourriture du peuple, et ils ne manquent pas sur la table des personnes aisées où Ton trouve souvent du pain de céréales et des pommes de terre. Parfois, mais plus rarement, on se nourrit aussi de fèves et de riz.

Les régimes de bananes constitués par des fruits de 20 à 3o centimètres de long, sont parfois si lourds, qu'un seul constitue la charge d'un mulet; cette charge complète coûte sur place un mark seulement. La valeur de la quantité de bananes employée par une personne est de 10 pfennigs environ et atteint au maximum 5o pfennigs. Les porteurs indigènes, qui transportent par les montagnes des charges de 60 kilogs et plus, vivent uniquement de ce fruit additionné d'une conserve de poisson, le « Peiche », très répandu dans les eaux de l'Amazone et portant au Brésil le nom de Praiicu; il se prépare à peu près comme le a stockfisch ». On comprend dès lors pourquoi les frais de port et la main-d'œuvre en général sont si peu élevés au Pérou, quand on les compare avec ceux de la région Amazonienne, et il y a lieu de faire remarquer que cette nourriture quoique paraissant frugale doit être très fortifiante car le travail exécuté par ces hommes est très dur.

Le. Brésilien se nourrit généralement de farine de manioc; en cours d'expédition, dans la région confinant ce pays, le Péruvien mange également cette farine, mais quand il séjourne un certain temps dans une région,

il installe immédiatement des plantations de « platanas » et des restes de telles cultures, dans certaines régions de l'Amérique, démontrent le passage de Péruviens.

Les variétés de bananiers cultivées au Venezuela sont également assez nombreuses et déjà en 1877, un relevé, publié par un journal agricole local, signalait une série de bananiers parmi lesquels on considérait comme importants : Plantains : Platano Arton, Platano topocho, Platano domi nico. — Bananes : Cambur morado (rouge). Cambur crioUo, Cambur manzaro (pomme), Cambur pigmeo (naine). Ces variétés sont probablement semblables à celles cultivées dans les Guyanes, à certaines des formes mises en culture dans diverses régions de l'Amérique Centrale et dans d'autres colonies tropicales.

Au Venezuela le Musaparadisiaca atteindrait, paraît-il , couramment 5 mètres de haut et donnerait des régimes de i5 kilos ; une bananeraie serait capable de produire pendant 60 ans.

Dans les Quyanes, la culture des bananiers a acquis une certaine importance et même on cultive dans ces dernières régions sous le nom de «bananes-iigues» ou de «bacoven» , bacooba. Paruru, Palouron, Coquin-tay, • banane de Suriname n, une série de variétés dont les fruits auraient de la valeur au point de vue de l'exportation. On cite généralement, parmi les plus importantes, la banane violette, à gros fruits violacés; les bananes musquées noires et blanches, toutes deux très estimées; la banane de Pernambouc; la banane- Pomme, la banane- bigarreau et la banane-ianga. Certaines de ces variétés ont d'ailleurs été transportées dans d'autres régions tropicales où leur culture a donné des résultats.

Sur le marché de Georgetown on citait, il y a quelques années, comme les plus estimées : Small Fig ou I^dy's P'inger, Large Fig ou Cokerite, Martinique, Jamaïque, Suriname, Giant green ou Canaan, Giant red, Arrababa ou Pomme, banane de Chine ou naine; c'est-à-dire la plupart des variétés cultivées également dans les régions voisines.

Jusqu'à ce jour, on n'avait guère essayé l'exportation des bananes des Guyanes; la production, qui peut être facilement augmentée, suffit amplement à la consommation locale. L'intérêt qui s'attache depuis peu au commerce de la banane fruitière a, cependant, attiré récemment l'attention de l'inspecteur de l'Agriculture, M. van Hall, de Suriname, et des envois d'essai ont été faits par lui. Les résultats obtenus, malgré les conditions peu favorables dans lesquelles les essais ont été entrepris, peuvent faire espérer la création d'un commerce suivi de ce produit, soit a^ ec l'Amérique du Nord, soit môme avec l'Europe.

Cet espoir a été d'ailleurs en partie réalisé, car un contrat vient d'intervenir entre le gouvernement de la Guyane Hollandaise et 1* United Fruit Company », de Boston, qui s'engage à prendre en Guyane les bananes par minimum de 20,000. Des primes ont été accordées aux planteurs qui veulent se consacrer à cette culture et, actuellement déjà, plusieurs milliers d'acres ont été aménagés, dans le plat pays, pour la culture des bananes comestibles.

Par le contrat, les planteurs de la colonie hollandaise s'engagent à planter 2,470 acres en bananiers et à porter, d'ici trois ans. la surface en bananiers à 7,410 acres, soit environ 3, 600 hectares.

Au début, les bateaux de V « United Fruit Compan}' » touchèrent tous les quinze jours, plus tard, tous les huit jours.

Les prix offerts par la Compagnie varient suivant les régimes et l'époque de production, et la main d 'œuvre, relativement rare à Suriname. sera amenée de l'Inde, le Gouvernement de la Guyane Hollandaise ayant eu grandement à se louer des services que lui ont rendus les agriculteurs hindous déjà occupés dans les plantations de cette région

Nombreuses également sont les variétés de bananiers cultivées au Brésil, leur rendement est en partie consommé sur place, en partie expédié sur Buenos-Ayres.

Parmi les variétés brésiliennes il en est certaines, telles la « Catura » forme du Musa sifufisisj « Massao n forme du Musa sapieniium qui offrent des avantages considéiables.

La première paraît être très facile à cultiver, puis vient le Massao, à la suite duquel se classent les variétés : Ouro, Sao-Thomé (bananes figues), Maranhao, de Terra, F al ta Veîhaca, htdia, etc. {M , paradisiaca) .

La variété Massao ou Maça est plus exigeante que le Catura, mais le rendement en est beaucoup plus considérable, 1,000 pieds de Catura produisent annuellement 2,000 à 3. 000 régimes du poids moyen de 16 kilos, 1,000 Massao, produisent en moyenne 5,5oo régimes par an du poids moyen de i5 kilos; il faut cependant faire remarquer que la vigueur de cette espèce empêche la culture aussi serrée, il faut laisser entre les plants le double de l'espace qu'on laisse entre les Catura; malgré cette différence, la culture du Massao donne encore de meilleurs résultats.

Cette variété mériterait donc de fixer l'attention des planteurs, peut-être pourrait-elle être introduite avec succès dans d'autres régions.

Le Paraguay produit également des bananes, deux variétés sont spécialement mises en culture : banane dorée et banane domestique; mais cette dernière ne pouvant pas se transporter aussi facilement que la banane blanche du sud du Mexique, le Paraguay se trouve devancé dans l'exportation par le Brésil. Mais actuellement le Paraguay a introduit des variétés brésiliennes et déjà en 1901 : 47,697 hectares de bananiers avaient produit 190,788 régimes.

Le Chili et l'Argentine possèdent également des cultures de bananiers dont le rendement ne dépasse guère la quantité nécessitée par la consommation locale.

Les bananeraies de la Jamaïque sont devenues très importantes et une grande partie de la production est exportée ; une partie de cette exportation atteint l'Angleterre.

En France, par contre, les bananes de la Jamaïque n'ont pas eu grand

succès; les bananes des Canaries sont surtout estimées sur le marché parisien, où elles airivent de Londres.

A la Jamaïque, les plantations de bananiers couvrent actuellement plus de 25,ooo acres et produisent plus de 9,000,000 de bananes.

Pendant l'année se terminant fin mars 1906, la Jamaïque a expédié, comme nous l'avons déjà renseigné plus haut, sur le marché de Londres, 1,217,901 régimes, soit environ la onzième partie de ce que la Jamaïque a expédié sur les marchés des États-Unis.

Plusieurs variétés différentes sont cultivées dans cette région et en particulier le « bananier Pouyat » que Ton connaît actuellement, en France, sous le nom de « Gros Michel », et sous 1 nom de « Jamaïcan » ou « Figue- Rose )) en Amérique.

D'après M. Fawcett, qui s'est beaucoup occupé de la culture du bananier, il y avait déjà, en 1901, à la Jamaïque, 29,282 acres de bananeraies; les districts les plus importants sont ceux de Sainte-Catherine et de Sainte- Marie.

Le nombre d'acres en culture dans les différentes parties de la Jamaïque en 1 901, se répartissait comme suit :

Saint-André 403

Saint-Thomas • . ... .^,0~9

Portland 3.Si5

Sainte-Marie . i2,g()3

Sainte-Anne !Si5

Trclawny . . i«»7

Saint-Jacques . . • . . 422

Hansver . 371)

Westmnreland. . . . . 5s

Sainte-Elisabeth . . 32

Manchester 24

Clavendon 267

Sainte-C:atherine 6,io3

Total . . . 2<>,282

Otte culture y est très rémunératrice. D'après un planteur très connu dans la région, M. II. C ork. en plantant 339 bananiers à Tacre, le rendement brut par pied est de i shel. 7 1/2 d., les frais s'élèvent à o sh. 4 d. 3/4, soit par pied un bénéfice net de i shel. 2 d. 3/4.

Depuis I^597, l'exportation se chiffre :

1^97 4,^33,645 régimes.

i^us . 6.981,858 »

Depuis 1901, une ligne directe de transport a été établie entre la Janiaï(]ue et l'Ant^ieterre qui, reçoit actuellement de cette origine environ 1,000,000 (le régimes de bananes par mois. Chacun des bateaux de cette

ligne est muni de cales spéciales pour le transport et la préservation de 20,000 régimes de bananes. Le port d'arrivée est Bristol.

Un contrat similaire à celui passé avec la Guyane hollandaise, est intervenu récemment entre la Jamaïque et V « United Fruit Company », de Boston. Dans la région on plante en moyenne 3oo bananiers à Tacre, et dans les bonnes terres le rendement est de 270 régimes par an dont 160 environ à 9 mains et au-dessus, 70 de 8 mains et 40 de 7 mains.

Dans les autres Antilles, la culture a fait des progrès, mais aucune de ces îles n'a une production aussi notable que la Jamaïque, et si plusieurs possèdent des variétés utiles à propager, les conditions de culture semblent moins favorables pour le développement des bananeraies.

D'après les renseignements récents, publiés par M. de Saumer}', la Guadeloupe serait bien placée pour faire la culture en grand de la banane « Gros Michel » (=Jamaïque ou Martinique), pour les Etats- l'nis, et delà banane de Chine pour l'Europe. Les régions les plus convenables pour cette culture sont : Trois-Rivières, Capestone, Petit- Bourg, Lamentin et Sainte-Rose; 4000 hectares pourraient être consacrés à cette culture, mais il faudrait employer des fumuies par suite du manque de chaux et d'acide phosphorique.

l-es Barbades méritent aussi une mention spéciale. Il y a (jnelques années, le principal produit de ces îles était le sucre, mais la culture de la canne a dû être presque totalement abandonnée On tenta alors la culture en grand des bananiers et l'envoi de bananes à Londres; api es des tâtonnements, après avoir installé des réfrigérants à bord des bateaux, on a pu amener en Angleterre des chargements dans lesquels i p. c. seulement de la récolte est perdu.

L'industrie de la banane aux liarbades n'est pas d'ailleurs destinée à concurrencer celle de la Jamaïque ; cette dernière fournit le « Gros Michel », tandis que les liarbades fournissent une banane analogue à celle des Canaries et de Madère.

Aux Barbades, toutes les bananes sont expédiées directement par les soins du Département de l'Agriculture; l'envoi se fait en emballages très soignés. Les exportations se font directement sur Plymouth et la presque totalité de l'exportation se consomme dans les environs.

A Cuba, la culture des bananiers est faite en grand par les indigènes, mais une grande partie de la production est consommée sur place, les régimes exportés le sont vers les États-Unis. L'exportation se fait directement des plantations par divers points de la Côte et échappe ainsi à la statistique.

Parmi les bananes de valeur de la région, on peut citer les variétés Nino et Maukano, qui existent également à Porto-Rico, et la variété locale : Cienioalaboca, dont les fruits à pulpe jaune, à écorce fine, de saveur douce et agréable, ne peuvent, malheureusement — grâce à la faible résitance de cette écorce — être exportés dans de bonnes conditions.

OCÉANIE

Le bananier peut également être cultivé dans les îles de VOcéanU où se sont également constituées des variétés locales, peut-être de valeur. Il en est de même pour les variétés des îles de l'Archipel et de l'Inde d*où on n*a pas encore fait d'exportations importantes.

A Hawai\ par exemple, l'introduction de la banane dite « Bluefields banana ». nom qu'elle tient du port de Bluefields (Amérique centrale), d'où se fait un très grand commerce de bananes avec l'Amérique du Nord, à donné lieu à certaines observations.

De saveur moins délicate que la banane de Chine ou la banane rouge de la Jamaïque, le « Bluefields banana » possède d'autres qualités qui en font une banane de choix pour l'exportation.

La banane de Chine a un épiderme délicat, facilement détérioré et devenant alors rapidement noir. Elle doit, grâce à cette particularité, être bien emballée, ce qui occasionne des frais. Par contre, la « Bluefields banana » a un épiderme résistant qui se colore beaucoup moins rapidement et, par suite, l'emballage doit être moins soigné.

La banane de Chine mûrit très vite et se tache rapidement, tombant du régime peu de jours après sa maturité. La « Bluefields », par contre, mûrit beaucoup plus lentement, conserve plus longtemps sa couleur jaune d'or et se conserve, par suite, au moins pendant une semaine de plus sur le régime.

La banane de Chine se dispose assez généralement à angles droits, par rapport au rachis, la « Bluefiels » est plus fortement appliquée contre le rachis et se trouve ainsi plus à l'abri, formant une masse plus compacte.

Un rapport officiel de la station expérimentale agricole de Hawai fait grand état d'une variété de bananier qui aurait une valeur commerciale notable. Cette variété, connue des indigènes sous le nom de « Braziliani), serait analogue au « Pisang Kadjah » ou « Pisang Medgi», de Java.

Jusqu'à ce jour, cette variété n'a guère élé exportée, car elle se détache trop facilement du rachis à maturité. Elle serait cependant supérieure à la variété Cavendtskii ; son arôme dépasse celui des meilleures bananes américaines. Elle demanderait simplement un peu plus de soins dans l'emballage. Cette plante, peu connue encore au point de vue scientifique, a été employée comme plante d'ombrage dans diverses plantations de cacaoyers et on compte faire, d'ici peu, une expédition d'essais vers San- Francisco.

D'autres variétés sont encore cultivées. La Borobora banane est produite par le Musa Fehi, répandu dans les forêts de Tahiti, elle a probablement été introduite à Hawai de Borobora, une île du même groupe. Chez cette plante le régime reste dressé au lieu d'être recourbé ; les fruits sont presque droits et de bonne qualité pour la cuisson. Le Hua Mata, ou œuf de poule, est fourni par une plante de taille moyenne, à feuilles à pétioles longs et grêles, plus nombreuses que dans la plupart des autres bananiers. Le régime est grêle, le fruit est environ aussi large que long et souvent il y

a deux ou trois fruits seulement par régime ; leur arôme est délicieux. Le Mata Hita Aleca, appelé aussi M olive, présente comme particularité, de produire deux régimes par tige. Le Mata Hapia, serait une des plus curieuses espèces; il aurait de Tanalogie avec le Subang; à la plantation de Java, ses fruits mûrissent dans la tige.

Il y a donc là un vaste champ à exploiter par cette culture, et TAmérique du Nord saura en tirer parti.

Les Philippines sont très riches en bananiers, non seulement en bananiers à fruits comestibles, mais encore en bananiers à graines et à fibres.

Blanco a, dans des recherches non encore reprises, classé la soixantaine de variétés fructifères en deux sections :

Bananes à épiderme épais; — — mince,

La variété la plus estimée est le Sahaîisco à fruits de 7 centimètres environ de long sur 2,5 centimètres de large. On cite encore : Lacaian, Bugulan,

A Luçon on pourrait différencier une trentaine de variétés, très mal connues d'ailleurs.

Dans les Indes Néerlandaises la culture des Mtisa à fruits comestibles est faite sur une grande échelle, mais elle ne fournit rien à l'exportation.

Connues sous le nom de Pisang, les variétés de bananiers, plus ou moins indigènes, paraissent très nombreuses et leur étude mériterait d'être entreprise. On s'est occupé, dans ces dernières années, de l'analyse chimique des fruits de diverses variétés, soit dans les laboratoires du Département de l'Agriculture de Java, soit dans ceux « du Kolonial Muséum » de Harlem, mais l'étude systématique des variétés et leur sélectionnement n'ont pu être encore entrepris.

Java possède des bananiers indigènes très curieux; il ne sera peut-être pas inutile d'attirer l'attention sur l'un d'eux. Il porte le nom de « Pisang Sariboe ». M. le D*" Hunger a observé ce Pisang Sariboe dans un jardin indigène à Tjiledoek et fut frappé de l'étrange inflorescence de cette plante. Ayant à quitter Garoet au mois de novembre, il acheta deux rejets de cette plante destinés à être plantés à Buitenzorg, en vue d'un essai de propagation. Ces deux plantes furent installées dans son jardin particulier à Pedjagalan, où elles se développèrent rapidement. Il restait à savoir si les rejets transportés auraient fourni, comme la plante-mère, des fructifications curieuses.

M. Hunger put observer, en juin 1902, sur une des plantes de son jardin que l'inflorescence se développait exactement de la même façon que celle de la plante-mère, à Garoet. Ce bananier paraît être très rare; il était complètement inconnu.

L'inflorescence, à laquelle il doit son nom de « Pisang Sariboe » (en malais) ou « Pisang Sewoe » (en javanais), noms qui tous deux signifient

« milliers », est allongée et contient un très grand nombre de fruits disposés les uns contre les autres, sans interruption. Coupé avant son entier développement, le régime mesurait, i^nçô de long, soit plus de 2 mètres après développement. Les fruits présents sur le rachis furent enlevés un à un : il y en avait 3, 137. Le bourgeon terminal fermé contenait encore 179 fleurs. Les mains (sisirs ou sikats), sur lesquelles naissent les fruits, étaient au nombre de i5i ; les fleurs étaient réunies dans neuf bractées, une bractée renfermait donc de 19 à 20 fleurs ; comme le montre le nombre de fruits, elles se transforment presque toutes en fruits. La banane isolée mesure environ 75 mm. de long; elle possède un goût assez fade, mais non désagréable.

Ce Pisang Sariboe se reproduit par des rejets ; chaque pied originel est souvent entouré par 5 ou 6 rejets.

L'auteur n'a pu déterminer la distribution ni Tusage de ce Pisang Sariboe; cette variété se rencontrerait parfois encore dans les environs de Semarang.

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