POLYNÉSIE
Toutes les îles de la Polynésie sont riches en bananiers fruitiers et en bananiers à graines, de nombreuses espèces ou variétés nouvelles existent probablement dans ces régions, dont la Flore est encore relativement mal connue.
Le Musa Fehi est répandu plus ou moins largement dans plusieurs de ces îles : Marquises» Taîti.
On cultive des variétés nombreuses du Musa paradisiaca, dont les fruits servent pour la fabrication d'une boisson fermentée ou pour la préparation de farineux.
A Taïti, la fabrication de la banane sèche a pris une certaine expansion; le produit y prend le nom de Piéré,
ASIE
Dans presque toute l'Asie, la culture des bananiers est plus ou moins étendue ; de Chine et du Japon certaines formes nous sont arrivées, telles le M, sinensis et des variétés dont on a essayé Tacclimatation dans les autres pays.
Dans TAsie Française, la culture se fait pour les usages locaux et, récemment, le Bulletin économique, du Gouvernement général de Tlndo- Chine, a insisté sur les bananiers cultivés dans le pays, entre autres dans le province de Hung-Yen. Six variétés principales sont surtout cultivées; elles se différencient par les caractères des feuilles et des fruits, par le nombre de mains et de fruits dans la main. Ce dernier caractère mériterait d'être étudié ; il serait intéressant de savoir si le nombre de fruits dans la
main reste constant, dans une certaine mesure, s*entend. Dans ces variétés les chiffres de fruits de la main sont : 17-18; 17-18; 16-17; i5-i6; 13-14; 16-17.
Comme on le voit, le nombre de fruits produits par un seul régime varie notablement; il y a donc grand intérêt pour le planteur à étudier en détail la valeur des plantes, tant au point de vue du mérite de leurs fruits que de leur force productrice, avant de se décider dans le choix de la variété à cultiver.
Dans les Indes Anglaises, la culture des Musa est faite, depuis fort longtemps, dans les provinces de Madras, Bengale, Bombay, Sind, Pendjab, Assam et Burma. Suivant les auteurs, le nombre de variétés cultivées est très différent ; on en cite plus de trente encore peu étudiées, dont plusieurs sont peut-être à rapporter à d'autres espèces que les Musa sapientum et paradisiaca.
Parmi ces variétés, on cite à Madras, comme la meilleure pour la production de bananes de dessert, le « Guindy », dont un régime peut produire 1000 fruits. La variété « Rustali » est également très estimée, mais la qualité est un peu inférieure à la précédente. Parmi les fruits à cuire, on cite le « Monthen »,
Au Bengale on cite, comme fruit de table, les : Champa, Cheenee Champe, Martaban, Daccae ou Daccae-Martaban, Kuntela, Kutch Kela, Mahl-bhog ou Mohun-bhog, Rane- Kela. Parmi les fruits à cuire : Anacan plantain, Huet-Pyan-Nang.
A Ceyian, on a indiqué une cinquantaine de variétés, soit indigènes, soit cultivées, appartenant au type paradisiaca ou au type saptentum. Les variétés les plus recherchées seraient « Suwandoule » et « Kolikuttu w. Le Musa troglodytarum existerait à l'état indigène et sous plusieurs formes cultivées.
AFRIQUE
Partout, en Afrique, nous retrouvons les bananiers cultivés sur une plus ou moins grande échelle par Tindigène.
Dans l'Afrique du Nord, en Algérie, par exemple, la culture de la banane a pris une certaine extension. D'après toutes les observations récentes, la culture des Musa à fruits ne peut guère donner des résultats en dehors de la zone côtière, il y a, cependant, une assez grande étendue de terrains cultivables en Musa dans la région.
Au début de la culture des races, indigènes ou introduites, on obtenait des fruits médiocres, mais la variété dénommée « banane du Hamma », et qui paraît originaire du Brésil, peut se sélectionner.
Les premiers essais de M. Rivière, au Hamma, furent difficiles. Beaucoup de ses plants périrent par le froid, quelques-uns résistèrent enfin et fleurirent en donnant des fruits avortés. Les bourgeons, propagés au Jardin du Hamma, ont donné des pieds de plus en plus satisfaisants, qui ont amené des fruits excellents à pleine maturité.
Cette banane du Hamma pourra donc être cultivée sur beaucoup de points du littoral Algérien.
La culture du Musa Cavendishii, considérée au début comme impossible, est faisable, mais il faut lui donner des abris ; dans de telles conditions, il peut produire des régimes de i5o à i8o bananes.
Le Musa paradisiaca ou « banane plantain, banane cochon », un peu plus résistant que les Musa sapientum et Musa Cavendishii, peut donner aussi certains résultats, mais rarement les régimes fournis sont complets.
Des analyses faites sur des fruits obtenus au Jardin d'essais d'Alger ont donné :
Eau 68,3o
Sucre 14, 5o
Matières saccharifîables (calculées en amidon) 7,10
Cellulose 3,82
Matières protéiques 2,56
Gommes et matières extractives 3,72
Total . . . 100,00
En És^pte, les bananeraies du Caire et d'Alexandrie sont assez renommées; on évalue à plus de 200,000 les bananiers qui existent dans les jardins des environs de ces deux villes.
D'après certains auteurs, l'Afrique continentale centrale pourrait peutêtre lutter contre l'Amérique pour l'exportation des bananes. Malheureusement, on possède encore bien peu de données sur la valeur des bananiers cultivés par les indigènes.
Certes, les colonies africaines de la côte sont mieux favorisées pour cette culture, mais l'éloignement est une cause qui en retarde peut-être l'installation. A ce point de vue, cependant, la Guinée ferait un peu exception, car, par Conakry, elle est éloignée de douze jours seulement de la France.
D'après M. Dybowsky, pour faire la culture des bananiers dans cette région, il faudrait faire des réserves d'eau pour irriguer les plantations pendant les cinq à six mois où la chute d'eau est faible. Naturellement, le sol devra être bien préparé et très fortement amendé, cette culture étant comme on le sait très épuisante. L'établissement d'un hectare de bananiers reviendrait à 5, 000 francs.
Récemment, M. Y. Henri du service de l'Agriculture en Afrique occidentale française, est revenu sur la question; d'après lui, dans la Guinée Française plusieurs centres conviennent admirablement à cette culture. Des essais systématiques de cultures ont été entrepris dans la région et si pour certaines variétés les conclusions ne sont pas encore définitives, on peut dire qu'au point de vue commercial le Musa sinensis est pour la région la seule espèce à multiplier.
Dans toutes les autres régions de l'Afrique, la culture des bananiers est faite soit pour les usages du blanc, soit pour la nourriture des indigènes.
De nombreuses variétés ont été introduites dans tous les jardins d'essais du Gabon, du Congo, mais, outre ces variétés introduites, il y en a plusieurs
cultivées probablement depuis fort longtemps et dont Tétude mériterait d*être entreprise.
Le bananier vient admirablement dans les terrains alluvionnaires que l'on trouve partout le long des fleuves et des marigots. Le rendement annuel approximatif, obtenu dans le jardin de la Station de Kati est le suivant : Les bouquets de bananiers sont placés à deux mètres en tous sens, ce qui met 25oo bouquets à Thectare. Chaque bouquet donne en moyenne deux régimes de lo kilogrammes par an, le produit d'un hectare serait de 5ooo régimes, soit 5o,ooo kilogrammes de bananes. Le bananier n'étant pas mangé par les criquets, il est doublement précieux dans un pays dévasté par ces insectes.
Propager la culture du bananier et du manioc dans la zone soudanienne, du bananier et du dattier dans la zone sahélienne, est, comme le disait M. Vuillet, la meilleure façon de parer aux disettes causées par des passages de sauterelles et, avec l'introduction de la charrue, d'atténuer toute crise agricole.
A San Thomé, la culture des bananiers est très florissante. De nombreuses variétés ont été introduites et, grâce aux travaux de M. A. -F. Môller, on connaît plus ou moins bien certaines d'entre elles. Cet agronome cite particulièrement une douzaine de variétés, dont une, la Bananeira aga, produit des graines et n'est pas comestible.
Bananeira pào ou banane à pains, originaire du Gabon et utilisée cuite. Elle sert également dans Talimentation du bétail; huit mois après la plantation, elle peut donner des fruits. Une sous-variété forme deux régimes.
Bananeira plata, à fruit très savoureux et d'origine brésilienne.
Bananeira anà ou naine, venant de Madère, à fruit petit mais très succulent.
Bananeira riscada ou rayée, venant du Gabon, où elle porte diverses dénominations ; le fruit est connu en Europe sous le nom de c< banane de San Thomé ».
Bananeira mulher ou banane de femmes, également originaire du Gabon, et surtout estimée sur place ; au lieu de disposer ses fruits pendants, les doigts des mains sont plus ou moins redressés.
Bananeira da Ilha ou de l'ile, originaire du Gabon, et Bananeira parda, de même origine, à tiges et feuilles d'un bleu violet, à fruit gris foncé. Le Bananeira rosea ou ouro, (banane d'un bleu violet ou dorée), possède des fruits douceâtres, d'un bleu violet ou rougeàtre; elle est également originaire du Gabon.
Bananeira quichicha donne des fruits savoureux, riches en sucre, dont on peut tirer de l'eau-de-vie et du vinaigre, mais la culture de cette variété serait très délicate.
Bananeira maca ou banane pomme, originaire du Brésil, très estimée, et enfin le Bananeira homene. dont les fruits se mangent toujours cuits.
Dans le domaine de l'État Indépendant du Congo, il existe de nombreuses variétés de Musa à fruits comestibles et à graines; nous reviendrons plus loin sur plusieurs des espèces de ces régions.
Lors de la traversée de l'Afrique par Stanley, le célèbre voyageur a trouvé, dans les environs de Yambuya, des bananiers dont les fruits mesuraient 54 centimètres de long, plus de 6 centimètres de diamètre et 30 cen-
timètres de circonférence ; à Bokokoro, il rencontra des « plantains » de 43 centimètres de long et de l'épaisseur de l'avant-bras.
On a insisté récemment sur l'importance que pourrait acquérir au Cameroun la culture et le commerce de la banane. Les conditions dans lesquelles se trouverait l'exportation de ce fruit dans ces régions sont éminemment favorables, la distance du Cameroun à TEurope n'est pas plus considérable que celle de Port- Limon (Costa-Rica) à Manchester, et les côtes se prêtent à l'embarquement en divers points.
D'ailleurs, la culture de bananiers à fruits comestibles, soit de dessert, soit à cuire, mérite d'être entreprise partout, car elle sera toujours d'un grand secours pour le planteur, surtout dans les débuts.
Fig. 5o. — Musa avec régimes fructifères (Congo).
On connaît l'importance acquise aux Canaries par la culture des bananiers et l'exportation de leurs produits; aussi dans ces dernières années, la valeur des terrains a-t-elle considérablement augmenté dans la région, atteignant parfois 35, 000 francs l'hectare.
Le commerce annuel de Ténériffe se chiffrerait, pour la banane seule, à 5oo,ooo francs pour un chargement de i5o,ooo régimes. Aux Canaries on cultive particulièrement le Musa Cavendiskii; son exportation s'est répartie comme suit :
1900 1,242,562 régimes.
A l'île Madère, la banane très cultivée est connue sous le nom de « Figue du Paradis »; c'est, pour les habitants, ce fruit qui tenta Eve au
Paradis terrestre On cultive surtout la banane naine, exploitée également aux Canaries et aux Açores.
On exporte vers Lisbonne et Oporto.
Aux Açores, où les mêmes variétés sont mises en culture, l'étendue des surfaces s'accroît annuellement.
D'après des rapports récents envoyés au Comité allemand d'Agriculture coloniale, il existe dans les possessions africaines allemandes un nombre assez notable de variétés, loin d'être équivalentes entre elles.
Dans le West- Usant bara, le plus cultivé des bananiers, Boko, possède des régimes à 8 mains de 12 bananes; le Huti^ 10 mains de 12 bananes, dont les plus grosses sont employées comme bananes à cuire, tandis que les petites, très douces et aromatiques, sont surtout mangées crues à maturité. A Dar-es-Salam, la variété fruitière la plus cultivée est dénommée Sukari'y les régimes possèdent en moyenne 8 mains de 17 à 20 fruits; la variété à cuire ordinairement' cultivée est le Mzuzu, 5 régimes de 8 mains de 12 fruits. Dans la région de Kwai, on cite 8 variétés principales :
1. Kibanguîa. — Régime de 6 à 8 mains de 12 à 14 fruits. Estimé pour le séchage et la
préparation de farine.
2. Mhonoja Tembo — Régime de 6 à i5 mains et jusqu'à 20 fruits par main, donnant une
très bonne farine.
3. Msuso. — Régime de 6 à 14 mains de 10 à 12 fruits, bonne banane à cuire.
4. Bawalla. — Régime de 20 à 3o mains de lo à 12 fruits ; banane de valeur secondaire,
bonne pour la préparation de la farine et s'employant de préférence cuite.
5. Kipokussa. — Régime de 8 à lo mains de 12 à i5 fruits ; banane fruitière et banane à
farine.
6. Kishukari, — Régime de 5 à 20 mains de 10 à 12 fruits ; banane fruitière très douce.
7. Kideroma. — Régime de 8 à i5 mains de 8 à 12 fruits; banane fruitière de très bon
goût.
8. Hala-Hala. — Régime pesant parfois 60 kilogs, de in»25 de long, à fruits très rappro-
chés; cette plante serait d'origine arabe.
Dans la région de Kilwa, on cultive :