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LE DATTIER — LE COCOTIER

Le Sagoutier n’est pas, à beaucoup près, la seule espèce de Palmier qui rende aux habitants des régions tropicales d’importants services. Plusieurs membres de cette noble famille contribuent pour une part plus ou moins importante à la nourriture de l’homme. Mais il en est deux entre tous qui doivent être rangés au nombre des végétaux les plus utiles. Je veux parler du Palmier-Dattier et du Cocotier.

Le Dattier (Phœnix dactylifera) est un bel

Porte des fleurs pistillées ou staminées, auxquelles succèdent les fruits, appelés dattes, que tout le oronde connaît. « Le Dattier prospère, disent : IM. Warnier et Jules Duval, dans toute la vaste zone que coupe en deux le tropique du Cancer, depuis l’océan Atlantique jusqu’à la vallée de

arbre dioïque, de 20 à 25 mètres de haut. Son bois est dur extérieurement, mais sans consistance à l’intérieur. Ses feuilles ou frondes, réunies en bouquet à la cime du tronc, sont pennées. Son spadice ou régime sort d’une grande spathe, et

Le Palmier-Dattier.

l’Indus, entre le 12 e et le 37 e degré de latitude nord. Dans cette région il est, comme le Bambou dans l’Asie orientale, comme le Coctftier sous l’équateur, le don le plus précieux de la nature, car il fournit à presque tous les besoins de la population: nourriture, vêtement, logement, ustensiles de ménage, sans compter une foule d’emplois d’économie domestique; en même temps ses couronnes de feuillage permettent de cultiver sous leur ombre épaisse une multitude d’autres végétaux b » Les oasis des grands déserts de l’Afrique et de l’Arabie ne sont autre chose que des bois ou vergers de Dattiers entourant un ou plusieurs villages fortifiés. La culture de ce Palmier est la principale, souvent même la seule industrie des habitants de ces villages. Cet arbre doit, disentils , « plonger ses pieds dans 1 eau, et sa tete dans le feu du ciel ». Le fait est qu’il ne mûrit parfaitement ses fruits qu’après s’être chauffé pendant huit mois aux rayons ardents du soleil. Il peut néanmoins supporter un froid nocturne de 5 à 6 degrés au-dessous de zéro. Il fournit, en outre de ses fruits, qui sont la base de l’alimentation et du commerce des Sahariens, un liquide laiteux et sucré, qui acquiert par la fermentation une saveur vineuse.

« Dans la vigueur de l’âge , disent encore MM. Warnier et Duval, chaque Palmier porte moyennement, par année, de 8 à 10 régimes de

i Art. Dattes, du Dictionnaire universel du commerce et de la navigation.

dattes, dont chacun pèse de 6 à 10 kilog. La maturité et la qualité des dattes sont en raison directe de la chaleur. C’est pourquoi les oasis méridionales et peu élevées au-dessus du niveau de la mer, ou qui, par leur forme et leur situation, concentrent le mieux les rayons du soleil, produisent des fruits meilleurs que les oasis septentrionales ou d’une altitude élevée.

« Les dattes fraîches (en arabe koufarra ) constituent un aliment de luxe, auquel on attribue la propriété de favoriser l’embonpoint. Les dattes sèches ( temeur ) sont la nourriture essentielle de tous les habitants du Sahara, et un élément notable de l’alimentation dans les autres régions à Palmier, car elles entrent dans la composition de presque tous les mets, sinon comme base, au moins comme accessoire. A peine cueillies, elles sont mises à sécher au soleil, puis entassées dans des magasins où leur dessiccation s’achève; en cet état, elles peuvent se conserver dix à douze ans, et mieux encore, comprimées sous forme de gâteaux. Pour l’usage des caravanes, on fait avec la datte une préparation alimentaire qui porte en arabe le nom spécial de bsica. A cet effet, le fruit, débarrassé de son noyau, est pilé avec de la farine de froment et du beurre fondu, puis placé dans une peau de mouton ou de chevreau, °u il se conserve d’une année à l’autre. La bsica est délayée dans l’eau pour être mangée. »

Le genre Cocotier, établi par Linné sous le

nom de Cocos, dans la famille des Palmiers, est formé d’arbres qui sont presque tous de grande taille. Leur diamètre varie de 2 à 3 décimètres, et leur hauteur de 20 à 30 mètres. Leur tige est lisse , marquée de cicatrices annulaires assez écartées , et surmontée de grandes frondes pennées, à pétioles épineux, à folioles nombreuses, ordinairement étroites, flexueuses et pendantes. Les {leurs mâles sont jaunâtres, les fleurs femelles sont verdâtres. Tous les Cocotiers connus, sauf le Cocotier commun, appartiennent aux régions équatoriales du nouveau monde, et sont surtout abondants au Brésil. Une seule espèce, le Cocos Australis, s’étend jusqu’au sud de Corrientes, sur les bords du Parana. Dans l’hémisphère boréal, ils ne dépassent pas les Antilles et l’isthme de Panama. Seul, le Cocotier commun, qui est l’espèce la plus importante, est cultivée avec succès dans les contrées intertropicales des deux continents.

Le Cocotier croît de préférence sur les bords de la mer et dans les terrains imprégnés de matières salines. Cet arbre est sans contredit un des plus précieux que possèdent les habitants des pays chauds. Son bois, bien que peu solide, peut servir à la construction des charpentes légères ; mais on préfère en général le respecter, car le Palmier est beaucoup plus utile pendant sa vie qu’après sa mort. Si l’on incise son tronc de manière à entamer le bois, il découle de ses blessures un suc laiteux qu’on désigne sous le nom de toddi, ou vin de Palmier. Cette liqueur, douce et sucrée

lorsqu’elle est fraîche, devient, au bout de quel-

Le Cocotier.

ques heures, alcoolique, piquante et très-rafraî-

chissante; puis en peu de temps elle surit et se transforme en vinaigre. Soumise à la distillation au moment où elle vient de subir la fermentation alcoolique, elle fournit une boisson spiritueuse appelée arrack, dont il se consomme dans l’Inde d’assez grandes quantités. On peut enfin en extraire, lorsqu’elle est fraîche, un sucre semblable à celui de la Canne et de la Betterave. Les feuilles du Cocotier sont employées, soit en guise de chaume, à couvrir les maisons, soit à faire des nattes, des corbeilles et divers autres ouvrages.

Mais le principal produit de ce genre de Palmier, ce sont ses fruits, bien connus sous le nom de noix de coco ou, plus simplement, cocos. Ces fruits sont à peu près gros comme là tête d’un homme, et réunis en grappes énormes de dix ou douze, qui sortent de la touffe de’ feuillage dont l’arbre est couronné. Leur tégument lisse, mince et dur, d’un brun gris ou verdâtre, recouvre un brou fdamenteux de 4 à 5 centimètres d’épaisseur. Les fibres qui composent cette partie du fruit prennent une couleur brune rougeâtre. Elles sont grosses et tenaces. On les utilise non-seulement dans les pays chauds, mais aussi en Europe, pour le calfatage des navires et pour la confection de toiles à emballage, de câbles et de tapis. Leur application la plus répandue parmi nous consiste à en faire des tapis de vestibule et d’antichambre, qui sont très-solides et d’un excellent usage. Les fibres de coco sont désignées dans fïnde sous le nom de queir, dont nous avons fait coir. La noix

ou graine unique qu’elles enveloppent est de forme ovoïde. Sa coque, très-dense et très-dure, est susceptible d’un beau poli; son épaisseur est de 3 à 4 millimètres. Elle est percée à sa base de trois trous, dont un est presque toujours ouvert; les deux autres sont bouchés par une substance molle et fibreuse qui s’enlève aisément. Les indigènes façonnent ces coques pour leurs usages domestiques. En Europe, on en fait divers ouvrages de fantaisie ordinairement sculptés avec art, tels que coupes, ronds de serviette, tabatières, etc.

L’amande, lorsque le fruit n’est pas encore parvenu à sa maturité, est blanche, tendre, nutritive et d’un goût très-agréable; mais lorsque la noix est mûre et qu’elle a été cueillie depuis un certain temps, elle devient âcre, très-dure et n’est plus mangeable. Au centre de cette amande se trouve une cavité remplie d’un suc laiteux vulgairement appelé lait de coco, qui, dans le fruit vert, tient en suspension la substance, encore trèsdivisée, de l’amande. Sa saveur est alors douce et crémeuse; mais il ne tarde pas à déposer cette matière contre les parois ; il s’éclaircit et perd en même temps sa saveur agréable. Nous ne pouvons malheureusement pas, en Europe, apprécier les qualités du coco frais, tant vanté par les voyageurs; car ce fruit ne nous parvient que desséché, dur et indigeste.

Au surplus, bien qu’on voie figurer les noix de coco aux étalages des marchands de comestibles, ce n’est pas, en réalité, à titre de produits alimen-

taires qu’elles nous sont expédiées, mais bien en vue des autres usages dont nous avons parlé. En outre, on extrait des amandes de coco une huile butyreuse, Xhuile ou beurre de coco, dont on tire parti de plusieurs façons ^et notamment pour la fabrication des savons. II s’en consomme beaucoup en Angleterre, où l’on envoie de l’Inde, de Geylan et des Antilles les pulpes dépouillées et concassées tout exprès pour l’extraction de l’huile. Notons, en passant, qu’il ne faut pas confondre cette huile avec Xhuile de palme, qui est fournie par une autre espèce de Palmier.

On reçoit du Brésil, et particulièrement de Bahia, de petits cocos de la grosseur d’un œuf de poule, le plus souvent dégagés de leur enveloppe filamenteuse. Ges noix proviennent d’une espèce de Cocotier très-répandue sur plusieurs points de la côte du Brésil. Leur coque est très-épaisse, trèsdure et d’un beau rouge brun. On en fait des ouvrages de tabletterie. Leur amande ne se mange point; on la travaille quelquefois à la. façon de l’ivoire, dont elle a presque la consistance.

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