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LE BANANIER — L’ARBRE A PAIN

Le Bananier n’est pas un arbre , c’est une plante herbacée gigantesque, qui appartient à la famille des Musacées et à la classe des Scitaminées. Il n'est

vivace que par ses drageons, et sa tige périt aussi-

Le Bananier.

tôt qu’il a donné son fruit. Son mode de végéta-

tion présente, du reste, une analogie frappante avec celui de la famille des Liliacées. D’un plateau bulbeux et charnu sortent, en dessous des racines fibreuses, et en dessus des feuilles, dont la largeur peut atteindre un mètre, et la longueur de deux à trois. Les pétioles de ces feuilles sont persistants; en s’engainant les uns dans les autres et en se desséchant, ils forment une tige qui acquiert souvent, avec la grosseur d’un tronc d’arbre ordinaire (environ 25 centimètres), une hauteur de 4 à 5 mètres. Cette sorte de fausse tige est traversée dans toute sa hauteur par une hampe qui naît du bulbe, sort au sommet près de la feuille terminale, s’élève à quelques décimètres au-dessus, puis se recourbe, se penche souvent trèsbas vers la terre, et se termine par un régime qui porte à l’extrémité les fleurs mâles, et à la base les fleurs femelles, puis les fruits. Ces fruits, réunis en bouquets de douze à quatorze, sont allongés, de forme prismatique triangulaire, enveloppés d’une écorce d’abord verte, puis jaune, qui renferme une chair molle, féculente et sucrée, très-nutritive et très-agréable au goût. Dès que le fruit est mûr, les feuilles et la tige se fanent et périssent. Dans les pays chauds d’où il est originaire, le Bananier naît, grandit, fleurit, fructifie et meurt dans l’espace d’un an ou de dix-huit mois. Dans les climats plus voisins du nôtre et dans nos serres, son développement devient à la fois beaucoup moindre et beaucoup plus lent, et l’on en a vu vivre jusqu’à dix et douze ans.

C’est, dit-on, une tradition populaire parmi les chrétiens d’Orient, que le Lignum vitœ, l’arbre de vie, dont le Seigneur avait interdit à nos premiers parents de manger le fruit, n était autre chose qu’un Bananier. D’où le nom de Musa paradisiaca, que lui ont donné les botanistes, et dont la traduction est devenue usuelle dans plusieurs langues.

Quoi qu’il en soit, et si tant est que Dieu ait jamais interdit à l’homme l’usage de la banane, il paraît que cette défense est levée depuis bien des siècles; car ce fruit fournit aux habitants des zones tropicales, sur les deux hémisphères, une grande partie de leur nourriture. Deux espèces surtout sont pour ces peuples une précieuse ressource. Ce sont : le Bananier du paradis, dont je viens de parler, et le Bananier des sages. Le fruit du premier, qui est la banane proprement dite, se cueille un peu avant sa maturité. On peut le manger cru; mais on préfère ordinairement le faire cuire, soit au four ou sous la cendre, soit avec de la viande salée. La banane courte ou figue-banane, fruit du Bananier des sages, se mange, au contraire, plutôt crue que cuite. Elle est tendre, délicate, sucrée, et n’a besoin d’aucun assaisonnement; mais elle ne peut se garder longtemps, à moins qu’on ne la fasse sécher après l’avoir coupée en tranches. Quelquefois aussi on la dépouille, on la râpe, on la met en presse et on la fait cuire comme le manioc. On obtient ainsi une fécule qui se conserve bien et peut servir à faire d’excellents potages.

Le Bananier pourrait, d’ailleurs, emprunterune

grande importance industrielle et commerciale à l’abondance et à la belle qualité du produit textile fourni par sa tige. Depuis longtemps les fibres qui composent cette partie de la plante sont employées aux îles Philippines. Les habitants en font des tissus extrêmement fins, appelés nipis. Il y a quelques années, les Anglais, fort préoccupés de suppléer par quelque substance nouvelle à l’insuffisance des matières premières dont ils disposent pour la fabrication du papier, se sont avisés d’appliquer à cette fabrication les fibres du Bananier. Ils ne tardèrent pas à se demander s’ils ne trouveraient pas dans cette plante, que leurs colonies produisent en si grande abondance, un produit susceptible, non-seulement de leur rendre le genre de service qu’ils avaient en vue, mais de figurer sur les marchés à côté des fibres déjà en usage, telles que le lin, le chanvre et le coton.

Des études furent entreprises à la Jamaïque et surtout à la Guyane anglaise, sur le parti qu’on pourrait tirer du Bananier comme plante textile; leur résultat parut favorable, et l’on a vu, aux expositions de 1855 et de 1862, de fort beaux échantillons de fils et de tissus fabriqués avec les fibres de cette Musacée. Il ne semble pas toutefois que la nouvelle industrie, qui avait fait concevoir de si belles espérances, les ait jusqu’ici réalisées ; car ces fils et ces tissus n’ont pas encore pris rang dans le commerce européen. En serait-il de cette tentative comme de tant d’autres qui, saluées à leur début avec un enthousiasme trop irréfléchi,

succombent bientôt après par l’effet de circonstances imprévues?... Il y a lieu de croire que si le succès n’a pas répondu aux calculs basés sur des essais encore incomplets, c’est tout simplement parce que les fibres du Bananier n’ont pu réaliser, par rapport à la qualité ou au prix de revient, un progrès assez marqué pour leur permettre de soutenir la concurrence contre les produits textiles qui, jusqu’à ce jour, ont suffi à nos besoins.

A Ceylan et dans les îles de la Sonde, croît un des arbres les plus curieux et les plus utiles de la zone tropicale, c’est le Jaquier ou Arbre a pain (Artocarpus incisa, fam. des Morées), qui s’élève à 15 et 18 mètres de hauteur. Toutes ses parties, lorsqu’on les incise, laissent découler un suc laiteux qui durcit au contact de l’air. Ses rameaux sont très-nombreux, et les plus rapprochés de la base atteignent une longueur considérable. Ses feuilles sont grandes, consistantes et assez profondément découpées. Le nom d’Arbre à pain lui a été donné à cause de son fruit ovoïde ou arrondi, de la grosseur d’un œuf d’autruche, et qui est la principale nourriture des Gingalais. Lorsque ce fruit est bien mûr, sa chair est blanche, ferme, farineuse et très-agréable au goût. On le fait bouillir tout entier, ou bien on le découpe en tranches que l’on fait rôtir, et il peut entrer dans une foule de préparations Culinaires. On dit que deux ou trois Jaquiers suffiraient pour nourrir un homme toute sa vie.

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