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LE CÈDRE — LE GENÉVRIER — LE NOYER — LE BUIS

Le Hêtre ( Fagus ) et le Charme ( Carpinus ) sont deux beaux arbres très-communs en Europe, appartenant, comme le Chêne, à la famille des Cupulifères, et fournissant aussi des bois durs et compactes très-bons pour le chauffage (le second surtout), et employés par les charpentiers, les boisseliers et les tourneurs.

L’Orme ( Ulmus, fam. des Ulmacées), et le Frêne (Fraxinus , fam. des Oléacées), sont préférés par les charrons, les carrossiers et les fabricants d’outils. Mais aucun de ces arbres n’égale en importance le Sapin, qui peut seul être placé à cet égard sur la même ligne que le Chêne.

Les Sapins constituent, dans la classe des Coni¬

fères et dans la famille des Abiétinées, un genre

composé d’arbres à feuillage persistant, d’un vert sombre, à tronc droit, à cime pyramidale, à fruit ligneux, conique, à écailles planes. L’espèce la plus commune de ce genre est l’Épicéa (Abies excelsa), qui atteint souvent une hauteur de 40 mètres, et forme dans plusieurs parties de l’Europe, notamment sur les flancs des hautes montagnes,, d’immenses forêts. Le bois de Sapin n’a pas la dureté et la densité du Chêne; sa valeur vénale est aussi beaucoup moindre; mais c’est précisément à cause de cela que son emploi est plus général. Il convient parfaitement pour les charpentes légères et pour les ouvrages de menuiserie. Il a d’ailleurs l’avantage de se débiter en planches très-droites et très-unies, et de se travailler avec une extrême facilité. Il doit d’ailleurs à la résine dont il est imprégné la propriété de se conserver très-longtemps dans l’eau; ce qui, joint à sa légèreté et à son élasticité, le fait employer avec avantage dans les constructions navales. On s’en sert aussi dans les constructions hydrauliques, et c’est avec des Sapins que les Hollandais ont élevé les fameuses digues qui les préservent de l’invasion de l’Océan.

Le bois de Pin ( Pinus, même famille) présente à peu près les mêmes qualités. Le Pin se recommande d’ailleurs à l’attention des botanistes et des industriels par ses produits résineux. Nous y reviendrons plus loin. Enfin il est une autre espèce d’Abiétinée, plus voisine encore du Sapin, et

que nous ne saurions passer sous silence, bien qu’elle soit aujourd’hui bien déchue de son ancienne renommée : c’est le Cèdre ( Cedrus ). Cet arbre pourrait être justement appelé « le roi des montagnes »; car il atteint, non-seulement en hauteur, mais aussi par la grosseur de son tronc et par le développement de sa cime, des dimensions gigantesques, et il ne le cède point au Chêne pour la noblesse de son port.

C’est sur les crêtes de l’Atlas et du Liban, à une altitude de quinze à dix-huit cents mètres, que les Cèdres majestueux étendent leurs rameaux. Les Cèdres de l’Atlas atteignent une hauteur de 40 mètres, et leur tronc mesure, à la base, 1 mètre et jusqu’à 1 mètre et demi de diamètre.

« Jeunes, ils ont, dit M. Ch. Martins, une forme pyramidale; mais quand ils s’élèvent au-dessus de leurs voisins, ou du rocher qui les protège, un coup de vent, un coup de foudre, un insecte qui perce la pousse terminale, les privent de leur flèche; l’arbre est découronné. Alors les branches s’étalent horizontalement et forment des plans de verdure superposés les uns aux autres, dérobant le ciel aux yeux du voyageur qui s’avance dans l’obscurité sous ces voûtes impénétrables aux rayons du soleil. Du haut d’un sommet élevé de la montagne , le spectacle est encore plus grandiose. Ces surfaces horizontales ressemblent alors à des pelouses du vert le plus sombre, ou d’une couleur glauque comme celle de l’eau, sur lesquelles sont semés des cônes violacés; l’œil plonge dans un

abîme de verdure au fond duquel gronde un torrent invisible. »

Le Cèdre de l’Atlas constitue sinon une espèce, au moins une variété distincte du Cèdre du Liban. Ce dernier est aujourd’hui fort rare sur la montagne que l’on considère comme sa patrie. Les forêts qu’il y formait autrefois ont disparu. La Billardière, qui explora le Liban vers la fin du siècle dernier, n’v compta pas plus d’une centaine de ces arbres; encore, sur ce nombre, n’y en avait-il que sept qui fussent de grandes dimensions.

Le bois de Cèdre jouissait, parmi les anciens, d’une grande réputation d’incorruptibilité, et il fut préféré à tout autre pour la construction du temple de Jérusalem. Il est cependant d’un grain peu serré, très-semblable à celui du Sapin, et les modernes en font peu de cas. Nous devons ajouter toutefois que ce bois est d’une jolie couleur et répand une odeur agréable. On trouve dans le commerce, sous le nom de Cèdre, un bois également odorant et d’une nuance analogue, qui sert notamment à la fabrication des crayons, et qui n’est autre que le Genévrier (Juniperus communis, famille des Cupressinées). Le bois du Genévrier est d’un grain fin et agréablement veiné. Son odeur aromatique devient très-sensible lorsqu’on le brûle. On en fait des coffrets, des nécessaires et d’autres menus meubles à l’usage des dames.

L’Europe possède plusieurs autres arbres dont les bois sont employés dans la tabletterie et l’ébé-

nisterie : tels sont le Tilleul, l’Érable, le Citronnier et surtout le Noyer et le Buis.

Nous n’avons pas à revenir sur l’histoire naturelle d.u Noyer. Son bois est, après 1 Acajou, celui qui joue le plus grand rôle dans 1 ébénisterie, et parmi les bois indigènes dont cette industrie fait usage, il occupe assurément la première place. A l’état d’aubier, il est blanchâtre, peu capable de résister à l’action de l’air, et souvent attaqué par les insectes; mais à l’état parfait, il est compacte, durable, d’un jaune fauve marqué de belles veines brunes ou noirâtres ; il est gras, liant, facile à travailler et susceptible d’un très-beau poli.

On distingue, dans le commerce, le bois de Noyer en deux sortes : le Noyer blanc et le Noyer noir, ou Noyer d’Auvergne. Le premier est le moins estimé. Il est largement veiné sur un fond de couleur sombre; mais il manque d’éclat, même lorsqu’il est poli. Le second a été appelé , non sans raison, l 'Acajou d’Europe. En effet, s il diffère de l’Acajou par la couleur et s’il possède moins d’éclat, il ne le cède point à ce bois sous le rapport de la richesse et de la variété des dessins. Comme le bois d’Amérique, il est tantôt veiné, tantôt flambé, tantôt rameux, moucheté, etc.

Il possède d’ailleurs toutes les qualités qui rendent un bois.propre à la confection des objets utiles dans lesquels on aime à trouver du luxe et de l’élégance. On l’emploie rarement plein; presque toujours on l’applique, comme les bois précieux,

en placage sur le corps du meuble, qui est construit en bois plus commun: Chêne, Hêtre ou Sapin. La racine de Noyer, lorsqu’elle peut fournir des pièces d’assez grandes dimensions, est plus recherchée que le tronc, à cause de ses veines nombreuses, ondulées et chatoyantes. Enfin, le Noyer porte quelquefois des loupes volumineuses, qui offrent des dessins d’un effet remarquable : des fleurs, des arabesques, des rosaces, formées par les contours capricieux d’une multitude de veines diversement nuancées.

Le bois du Buis (Buxus semper virens , fam.

des Euphorbiacées. — Box-wood des Anglais) est remarquable par sa pesanteur spécifique, qui est à celle de l’eau comme 1,25 est à 1, par son tissu fin et serré et par son extrême dureté. Sa couleur est jaune fauve plus ou moins pâle, avec des veines peu apparentes. Il prend très-bien le poli et le vernis. Ses emplois varient selon la partie de l’arbre. Pour la gravure sur bois, la brosserie, la lutherie, la sculpture, on se sert seulement du bois proprement dit. Pour certains ouvrages de tabletterie et de marqueterie, on préfère souvent la racine, qui est encore plus dure, et sillonnée de veines noirâtres, ou la loupe, également très-dure et agréablement nuancée.

Le Buis est un arbre, ou plutôt un arbrisseau assez abondant en Orient, dans l’Europe méridionale et en France même, dans le Méconnais, dans le Jura et dans les Alpes-Maritimes. Il pousse lentement, et se plaît dans les terrains froids et

stériles. A Saint-Claude (Jura), et dans les Alpes- Maritimes, l’art de travailler le buis occupe exclusivement la plupart des paysans pendant la saison rigoureuse, et constitue pour eux une industrie assez productive.

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