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LES BOIS DE TEINTURE — BOIS JAUNES — BOIS ROUGES — LE BOIS DE CAMPÊCHE

Un certain nombre de plantes renferment, dans leur écorce, dans leurs Heurs, dans le tissu ligneux de leur tige ou de leurs racines, des matières colorantes qu’on utilise dans l’industrie, soit pour la fabrication des couleurs, soit pour la teinture des tissus de laine, de soie, de lin, de coton, soit pour colorer artificiellement les bois blancs et leur donner l’apparence des bois précieux. Les arbres dont le bois renferme des substances colorantes susceptibles d’en être extraites par décoction sont, en général, fournis par des arbres exotiques, et il est à remarquer que presque tous ces arbres sont indigènes des régions intertropicales du nouveau monde.

Les couleurs qu’on extrait des bois de teinture

sont des nuances de rouge et de jaune qui varient depuis le rose violacé plus ou moins noirâtre jusqu’au jaune serin, en passant par toutes les teintes mixtes ou intermédiaires, suivant 1 espèce du bois ou le degré de concentration de la liqueur obtenue par la décoction. Ces couleurs naturelles sont, du reste, modifiées par le mélange des unes avec les autres, ou complètement changées par l’action des acides, des alcalis ou des sels qui, le plus souvent, jouent en même temps le rôle de mordants, et servent à fixer la teinture sur les tissus. Les bois de teinture sont beaucoup moins nombreux que les bois d’ébénisterie. La plupart proviennent d’arbres appartenant à la famille des Légumineuses et au genre Cœsalpinia; cependant il en est quelques-uns dont l’origine est encore fort incertaine.

On classe, dans le commerce, les bois de teinture en deux grandes catégories : les bois jaunes et les bois rouges.

Parmi les premiers, le plus recherche est le bois jaune de Cuba. Le Morus tinctoria (famille des Morées), qui le produit, est abondant nonseulement à Cuba, mais aussi dans la baie de Gampêche, à la Jamaïque et dans toutes les Antilles. Cet arbre atteint souvent une hauteur de 20 mètres. Son bois est dur, solide, d’un jaune brun avec des veines orange. On l’emploie, de préférence aux autres bois de même couleur, pour teindre la soie. Le bois jaune de Tampico est probablement fourni, comme le précédent, par

une variété du Morus tincloria; mais il est moins riche en principe colorant, partant moins estimé. On emploie aussi pour la teinture en jaune, sous le nom de Quercitron, l’écorce du quercus tinctoria. Ce Chêne,.originaire de l’Amérique septentrionale, fut introduit en France en 1816, et l’on en fit, dans le bois de Boulogne, un semis assez étendu, qui réussit à souhait. Cependant cette culture ne s’est point propagée, et notre commerce continue de recevoir des États-Unis la presque totalité du quercitron qu’il livre aux teintureries.

Parmi les bois rouges, je citerai, sans m’y arrêter: les bois du Brésil, ou Brésillets, qui sont tous fournis par des arbres du genre Cæsalpinia, mais qui diffèrent de nuance, et sont loin de venir tous du Brésil, ainsi que leur nom semblerait l’indiquer; — le bois de Ccilliatour, qui est celui d’un Pterocarpus (Légumineuses) propre aux régions montagneuses de l’Inde et de Ceylan; —le bois de Fernambouc, qui est donné par les Cæsalpinia ec/iina/a et crista, grands arbres noueux et épineux qu’on rencontre dans les immenses forêts tlu Brésil; — le bois de Santal rouge, qui nous arrive de l’Inde et de la côte occidentale d’Afrique. L’arbre qui le produit est le Pterocarpus Santalinus. Sa matière colorante se rapproche beau- .coup de celle du bois de Calliatour.

Le bois de Campêche, qui est, sans contredit, ie plus important de tous les bois de teinture, mérite de notre part une mention un peu plus

m LES PLANTES UTILES

étendue. On l’appelle quelquefois bois d Inde. Il est fourni par YHematoxylon Campechianum (Légumineuses). Son nom lui vient de la baie de Gampêche (Mexique), où cet arbre croît en abondance; on le tire aussi de Honduras et des Antilles,

Bois de Campêche.

notamment d’Haïti. Il exhale une odeur d Ins aeréable mais faible. 11 est dur, compacte, plus lourd que l’eau. Il suffit d’en mdcher un petit morceau pendit quelques secondes salive se teigne aussitôt en rouge fonce. C est d combien ce bois est riche en matière coloran e.

Il est d’un jaune rougeâtre lorsqu’il vient d’être coupé ; mais il prend au contact de l’air une teinte brune et même noirâtre, qui devient très-foncée si l’atmosphère est chargée de vapeurs ammoniacales. Gomme il se travaille facilement et prend bien le poli, on pourrait en faire des meubles, et même de fort beaux, s’il n’avait l’inconvénient de déteindre sur les mains et de se détériorer trèsrapidement. A raison de ces défauts, on se contente de l’employer pour la teinture des fibres textiles, des étoffes, des cuirs, des maroquins, des papiers, des bois, — et aussi parfois, s’il faut en croire des auteurs respectables, à la fabrication de certains vins artificiels, que des spéculateurs audacieux débiteraient dans les cabarets aux consommateurs peu difficiles.

Le fait est que le principe colorant du bois de Gampêche (1 ’hématine) donne à sa décoction une teinte rouge vineuse qui tourne rapidement au bleuâtre, absolument comme fait le vin populaire vulgairement, appelé petit bleu. La décoction, suffisamment concentrée et additionnée de sulfate de fer et de gomme, peut servfr d’encre à écrire. Sa nuance varie d’ailleurs selon qu’elle est plus ou moins étendue, et l’on peut, en y mêlant diverses substances ou alcalines ou salines, produire des tons très-variés de violet, de noir, de rouge, de brun et de jaune; ce qui multiplie considérablement les applications de ce produit. Ainsi les acides font virer la décoction de Campêche au jaunâtre, et les alcalis au

brun. L’acétate de cuivre et l’alumine la changent en violet. On obtient une couleur semblable, qui prend bien sur la soie, sur la laine et sur le ligneux, emy mêlant une solution de 1 partie d’étain dans une eau-régale contenant 12 p. 100 d’acide chlorhydrique et 4 p. 100 d’acide azotique. On teint encore la laine en un bleu noir en la plongeant dans la décoction de bois de Campêche bouillante et concentrée, après l’avoir traitée soit par l’alun, soit par un mélange de tartre, de sulfate de fer et de sulfate de cuivre.

Dans les fabriques de toiles peintes, on prépare une teinture violette en mettant une quantité convenablô d’alun dans la décoction de Campêche étendue d’eau pure, et une teinture noire en ajoutant à la même décoction de l’huile d’olive, de l’amidon, de l’infusion de noix de galle, de l’acétate de cuivre et du sulfate de fer. Enfin on fait entrer la matière colorante du Campêche dans plusieurs autres couleurs composées qu’il serait superflu d’énumérer, et qui d’ailleurs se modifient chaque jour par la mise en pratique de procédés nouveau^.

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