LES CAMPHRIERS ET LE CAMPHRE
Les amers, en général, agissent comme vermifuges, en même temps que comme toniques, dépuratifs, antiseptiques, etc. Mais lorsqu’il s’agit de. combattre certains parasites redoutables, tels que les gros lombrics et les tænias, on a recours à des substances douées, à cet effet, de vertus plus spéciales : tels sont, parmi les médicaments minéraux, le calomel, et parmi les drogues végétales, la semencine, la racine de Grenadier, le Kousso et quelquefois le camphre.
Ce que les herboristes, les apothicaires et avec eux le vulgaire nomment Sementine , sementine, graine de zêdoaire, barbotine, semence sainte, et plus ordinairement semen contra (sous-entendu vermes), c’est-à-dire semence contre les vers, est
la Heur, et non pas la semence, comme on l’a cru longtemps, de diverses espèces d’Armoise, les Artemisia contra, glomerata, Santonica, Judaica, etc. (famille des Composées). Telle qu’on la trouve dans le commerce, cette substance se compose: d’un tiers environ de petits grains à peu près gros comme le quart d’un grain d’avoine, qui constituent le semen contra proprement dit ; plus, d’un tiers'de petites sommités rabougries, de même couleur que les grains : ceux-ci sont striés, obtus aux extrémités, d’un jaune verdâtre; enfin le troisième tiers est formé de pédoncules et d’autres débris végétaux; ce troisième tiers exhale une odeur aromatique très-forte, et qui ressemble à celle de l’anis. Le tout a une saveur âcre et amère. La Semencine renferme une huile essentielle, une résine, une matière extractive et une autre substance sui generis, cristallisable, à laquelle on a donné le nom de santonine, et qui est le principe actif de la fleur. La bonne Semencine du Levant donne environ de cette substance, qui est peu employée en France, mais dont l’usage est généralement répandu en Allemagne. La santonine est blanche, sans saveur, sans odeur, volatile, insoluble dans l’eau, soluble dans l’éther, l’alcool, l’essence de térébenthine et les acides dilués; elle cristallise en tablettes quadrangulaires, allongées et brillantes. C’est un vermifuge très-puissant.
Le Grenadier ( Granatum ) est un arbrisseau qui a l’insigne privilège de former à lui seul,
non-seulement un genre, mais une famille, celle des Granatées. Il est originaire du nord de l’Afrique , et principalement des environs de l’ancienne Carthage; ce qui l’a fait appeler par quelques auteurs Granatum Punicum. Quant au nom
Le Grenadier.
de Granatum , qu’on a traduit en français par celui de Grenadier, il lui a été donné à cause de la multitude des graines ou semences que contient son fruit, la grenade.
Le Grenadier réussit très-bien en pleine terre dans le Midi de l’Europe; il peut même suppor-
ter les hivers modérés et donner des fruits dans nos climats, pourvu qu’on le mette en espalier, à l’abri des vents du nord. On trouve dans le commerce les fleurs, les fruits, la racine et l’écorce du Grenadier. Ces produits nous .sont apportés du Midi comme articles de droguerie. Les fruits se vendent aussi comme fruits de table; mais on les voit rarement figurer en France dans les desserts. Il n’en est pas de même en Espagne et dans les autres pays de l’Europe méridionale, où les grenades sont abondantes, et fort estimées pour leur saveur acide et rafraîchissante.
Les fleurs de Grenadier sont d’un rouge éclatant, et rappellent par cette nuance si vive, et un peu aussi par leur forme, les roses rouges. Ce sont ces fleurs, avortées et séchées, qu’on employait autrefois sous le nom de balaustes, à cause de leurs propriétés astringentes et vermifuges.
La Grenade est une baie qui acquiert le volume d’une grosse orange. Bien que sa formé soit sphéroïde, elle offre souventsix angles saillants et arrondis. Elle est recouverte d’une écorce dure, coriace, rougeâtre à l’extérieur, d’un beau jaune à l’intérieur, très-astringente et susceptible de servir au tannage des peaux. On l’emploie, en effet, à cet usage dans le Midi, sous le nom de malicor ( du latin malicorium, qui signifie cuir de pomme). Le jus de la grenade elle-même est un liquide de couleur rouge vineuse, doué d’une saveur à la fois aigrelette et sucrée. Il passe pour antibilieux.
La racine de l’arbrisseau est ligneuse, noueuse,
pesante, de couleur jaune, d’une saveur astringente. Elle est revêtue d’une écorce jaune aussi en dedans, d’un gris jaunâtre cendré en dehors, cassante, non fibreuse, et possédant, mais à un bien plus haut degré, toutes les propriétés de la racine elle-même. L’écorce de racine de Grenadier ressemble à celle du Buis; elle en diffère surtout en ce que sa saveur, fortement astringente, est exempte d’amertume. Les anciens se servaient de la racine de Grenadier et de son écorce contre les vers intestinaux, et notamment contre le tamia solium ( vulgairement et improprement appelé ver solitaire). Ce remède avait été abandonné, oublié même depuis longtemps, lorsque, il y a une quarantaine d’années, de nouveaux essais, faits dans l’Inde, l’ont remis en honneur. C’est l’un des deux seuls spécifiques que l’on peut employer avec certitude du succès pour la destruction du tænia. L’autre est le Kousso.
Les Abyssiniens appellent Kousso, ou encore Kwoso, Cosso, Cotzou, Cabolz, Ilabbi, un arbre qui fut décrit d’abord par Bruce, sous le nom de Banksia Abyssinica, et par Lamarck sous celui de Hagenia Abyssinica, et que M. Kunth a nommé plus récemment Brayera anthelmintica, parce que les fleurs de cet arbre, apportées de Constantinople par le docteur Brayer, sont depuis longtemps usitées, en Abyssinie, contre les vers intestinaux. Le Kousso, ou Brayère anthelmintique, est un arbre haut de 20 mètres, dont le tronc,
très-mou, se termine par une belle cime de rameaux inclinés, à extrémités velues, et marqués de cicatrices annulaires rapprochées, produites par l’insertion des pétioles; les pétioles, dilatés en gaines, portent des feuilles grandes-, ramassées vers l’extrémité des rameaux, et composées de 6 ou 7 paires de folioles principales, entremêlées d’autres très-petites et presque rondes. Les fleurs sont petites, et forment des particules très-amples. Leur calice, dont le tube est caché par les deux bractées qui accompagnent la fleur, est rétréci par un anneau membraneux portant une corolle à cinq pétales. Ce sont les fleurs, ou mieux, les inflorescences en grappes des fleurs femelles, qui, importées en Europe il y a trente et quelques années par le docteur Brayer, y ont acquis une-si grande renommée comme médicament souverain contre le tænia et tous les autres vers intestinaux. Ces inflorescences, telles qu’elles nous arrivent d’Abyssinie, ressemblent un peu à des fleurs de Tilleul brisées. Elles ont une saveur d’abord fade et légèrement mucilagineuse, puis un peu âcre, et une odeur qui se développe seulement dans l’eau chaude, et qui rappelle celle du sureau. Leur infusion rougit le papier de tournesol. Elles paraissent devoir leurs propriétés à un principe résineux auquel on a donné le nom de koussine, et qu’on en extrait facilement en les traitant par l’alcool.
Les chimistes rangent sous la dénomination de Camphres ou Stéaroptènes un certain nombre de
substances organiques neutres, analogues par leur composition aux résines, mais se rapprochant par leurs propriétés des huiles essentielles, dont elles diffèrent surtout en ce qu’elles sont solides à la température ordinaire; ce qui a conduit plusieurs auteurs à les regarder comme des huiles concrètes. Les camphres sont tous incolores, cristallisables, très-combustibles, doués d’une odeur particulière, pénétrante et forte, et d’une saveur amère ; volatils, peu ou point solubles dans l’eau, solubles dans l’alcool, l’éther, le vinaigre, les huiles essentielles et fixes, les graisses fondues, etc. On peut les extraire de plusieurs végétaux appartenant aux familles des Guttifères et des Lauréacées; mais le camphre médicinal, que nous recevons de l’Inde et de la Chine, se tire exclusivement du Laurier camphrier (Laurus ca?nphora) et du Dryobalanops camphora (famille des Diptéracées). Le camphre du Japon et celui de la Chine sont fournis par la première de ces deux plantes; celui de Bornéo, par la seconde.
Le L auras camphora est un arbre qui croît abondamment dans les provinces orientales de la Chine, au Japon et à Formose. Le camphre se trouve en petits grumeaux tout au plus de la grosseur d’un pois, au-dessous de l’écorce, dans les cavités du bois. Pour l’extraire, on débite l’écorce et le bois en brindilles ou menus morceaux, qu’on chauffe avec de l’eau dans des vases plats surmontés de cônes en carton ou en paille de riz nattée. Le camphre se volatilise et vient se con-
denser en petits grains agglomérés sur la paroi intérieure de ces cônes. Il est alors à l’état de
Le Laurier camphrier.
camphre brut. On le purifie par une seconde sublimation.
Le Dryobalanops camphora, qui fournit le cam-
phre dit de Bornéo, ou camphre malais, ne se rencontre que dans quelques parties des îles de Bornéo et de Sumatra. Les arbres de cette espèce qui passent pour donner le meilleur produit se trouvent dans le district de Barous. Pour recueillir le camphre, les naturels abattent les Dryobalanops, les fendent, et enlèvent, avec un instrument ad hoc, les cristaux qui se forment sur les surfaces coupées ; mais leur peine est souvent perdue. On assure, en effet, que le dixième au plus des arbres donne des quantités tant soit peu notables de camphre, et l’on ne peut, par aucun signe extérieur, savoir à quoi s’en tenir sur la productivité d’un Dryobalanops avant de l’avoir coupé. Le camphre, ainsi recueilli, est mélangé de beaucoup de débris ligneux. On le purifie une première fois sur place, comme celui du Japon; c’est en Europe qu’on lui fait subir son raffinage définitif. Le camphre de Bornéo diffère du camphre du Japon par sa composition. Son point de fusion et son point d’ébullition sont plus élevés : 195° et 215°, au lieu de 175° et 204°. Il est donc moins volatil. Du reste, ses autres propriétés et ses usages sont les mêmes.
Le camphre est une substance blanche, translucide, légèrement onctueuse au toucher, à texture cristalline, à cassure brillante. Sa densité est 0,98. 11 s’enflamme aisément, et brûle avec une flamme blanche, fuligineuse et odorante, sans noircir et sans laisser aucun résidu. Abandonné au contact de l’air, il s’oxyd, te sa surface devient terne et
pulvérulente. L’eau favorise beaucoup son évaporation. Un fragment de camphre projeté à la surface de ce liquide y prend un mouvement gyratoire très-rapide, qui dure jusqu’à ce que le camphre ait complètement disparu; à moins qu’on ne verse sur l’eau une goutte d’huile, ce qui arrête aussitôt le mouvement. Ce singulier phénomène est dû à l’évaporation simultanée de l’eau et du camphre, et à la pression qu’exercent les unes sur les autres les molécules des deux vapeurs.*
Le camphre est journellement employé comme médicament, le plus souvent externe, quelquefois aussi interne, surtout depuis qu’une partie du public, principalement des classes populaires, s’est mise à suivre le système médical de M. Raspail. Ce système, il faut en convenir, ne laisse pas d’être séduisant : premièrement parce que, dans la plupart des cas, au moins dans les cas les plus ordinaires et les moins graves, il permet de se passer de médecin, et que, munis d’un petit Manuel annuaire de la santé, sorte de catéchisme thérapeutique publié chaque année par le célèbre chimiste, les malades peuvent se soigner eux-mêmes; en second lieu, parce qu’il est simple et peu coûteux. On sait que le camphre est la base de cette médication, fondée sur ce principe, que la majorité, sinon la totalité de nos maladies, étant causée par le parasitisme de larves d’insectes, d’acarides, d’helminthes et d’autres animalcules problématiques, il suffit, pour se guérir, d’ingérer ou d’appliquer sur les parties malades une substance in-
sectioide. Or, d’après M. Raspail, le camphre est l’insecticide par excellence. Aussi l’administre-t-il à tout propos et sous toutes les formes.
Ajoutons qu’en résumé la médecine de M. Raspail n’est point malfaisante ; que le camphre, à la vérité, incommode par son odeur quelques personnes, qui dès lors ne manquent pas de l’abandonner; mais que, d’ailleurs, il ne saurait nuire en tant que médicament externe. Il n’en est pas de même si on l’emploie à l’intérieur. Pris en trop grande quantité et sans discernement, il peut devenir un véritable poison; mais on doit reconnaître que les doses que prescrit M. Raspail ne sont point exagérées.
L’action réelle du camphre sur l’économie varie beaucoup suivant la dose qu’on en prend, suivant le mode d’emploi, et plus encore suivant le tempérament et l’état de santé ou de maladie des personnes. On s’accorde néanmoins à reconnaître qu’il agit : 1° à la façon de tous les amers, comme vermifuge, et quelquefois comme fébrifuge ; 2° comme tonique et antiseptique; 3° dans certains cas, comme sédatif et tempérant. Ses vertus antiseptiques et vermifuges l’ont fait employer longtemps dans la préparation des animaux empaillés; on a reconnu depuis qu’il ne suffisait pas à garantir les pièces d’histoire naturelle de l’atteinte des insectes; toutefois on y a encore recours pour conserver pendant l’été les fourrures et les vêtements de laine.
LES PLANTÉS BÉCHIQUES OU PECTORALES LES LICHENS — LES JUJUBIERS — LA RÉGLISSE
Êtes-vous enrhumé, lecteur? Êtes-vous sujet aux irritations du larynx et des bronches? Les personnes qui s’intéressent à votre santé, qui s’en regardent en quelque sorte comme les gardiens responsables : votre mère, votre femme, votre fille, votre sœur insisteront sans nul doute poui vous faire accepter quelque bonne tisane adoucissante, béchique et pectorale. — Acceptez, croyezmoi : cela ne vous fera peut-être pas grand bien, mais cela ne peut vous faire aucun mal, et vous aurez donné satisfaction aux désirs inspirés par une affectueuse sollicitude. On vous laisse lé choix: lichen, jujube, réglisse; consultez votre goût. Voici d’ailleurs quelques renseignements sur ces diverses espèces médicinales.
De toutes les plantes dites béchiques ou pectorales, celles auxquelles la médecine accorde le plus d’efficacité sont, je crois, les Lichens, surtout le Lichen d’Islande. On sait que les Lichens sont de petits végétaux agames ou cryptogames qui croissent à la surface des corps. Pierres, métaux, tout, à la rigueur, leur est bon; cependant ils préfèrent en général l’écorce des arbres. Ce ne
sont point pourtant des parasites; car ils ne se nourrissent point aux dépens de la plante sur laquelle ils vivent, et qui leur sert seulement de point d’appui, mais aux dépens de l’humidité répandue à sa surface et de « l’air du temps ». Le Lichen d’Islande, appelé par les botanistes Cetraria Islandica, Physcia Islandica, Lichen Islandicus, est très-commun dans le nord de l’Europe, et particulièrement en Islande ; mais on le trouve aussi en Suisse, en Allemagne, dans l’est de la France et dans les montagnes de l’Auvergne. Il croît indifféremment sur l’écorce des arbres, sur la terre ou sur les rochers. Il est formé de lanières sinueuses, irrégulières, terminées par une sorte d’expansion foliacée bordée de cils trèscourts. Ces lanières, d’un brun grisâtre , sont coriaces et comme cartilagineuses.
Le Lichen humide n’a qu’une faible odeur vireuse; sec, il est tout à fait inodore ; mais sa saveur est toujours amère et désagréable. Lorsqu’on lo met à tremper dans l’eau froide, il se gonfle, devient membraneux et cède au liquide , avec un peu de mucilage, presque tout son principe amer. Soumis à l’ébullition dans l’eau, il s’y dissout en grande partie, et le liquide, par le refroidissement, se prend en gelée. Le principe amer dont je viens de parler rend le Lichen répugnant pour les malades, et même pour les gens bien portants; ce*qui est d’autant plus fâcheux, que cette mousse jouit de propriétés nutritives précieuses po,ur les pauvres habitants des pays septentrionaux. On
parvient à la débarrasser de son amertume en la faisant infuser à deux reprises dans de l’eau chauffée à 80 degrés environ. Ainsi adouci, le Lichen d’Islande peut remplacer, pour les peuples de l’extrême Nord, le Seigle et le Blé. Dans toute l’Europe il est considéré comme un bon médicament pectoral, et, à ce titre, souvent administré sous forme de pâte, de sirop, de potage, etc.
On employait autrefois aussi en médecine le Lichen pulmonaire ( Licli . pulmonarius, Lobaria pulmonaria) , le Lichen pyxidé ( Lich . pyxidatus et cocciférus, Scyphophorus pyxidatus et cocciferus ), et même le Lichen des pierres ( Lichen saxaiilis ), qu’on appelait aussi Usnée du crâne humain. Ce dernier a passé longtemps pour un remède souverain contre l’épilepsie; et celui qui croissait sur la tête des cadavres exposés à l’air était tenu pour infaillible; aussi se vendait-il jusqu’à 1,000 francs l’once; il est vrai qu’il fallait aller le recueillir jusque sur le crâne des suppliciés dont les corps restaient suspendus aux fourches patibulaires.
Revenons à nos innocentes plantes béchiques.
Le genre Jujubier (Ziziphus, famille des Rhamnéês) se compose d’arbrisseaux et d’arbres de petite taille , qui paraissent originaires de la Syrie et de l’Afrique, mais qui croissent généralement dans les contrées de l'hémisphère boréal voisines du tropique, et sur le littoral de la Méditerranée. Parmi les espèces assez nombreuses qui composent
ce genre, deux seulement méritent de nous arrêter: c’est le Jujubier commun et le Jujubier Lotos.
Le premier (Ziziphus communis) est un grand arbrisseau qui fut transporté, sous Auguste, de la Syrie en Italie, d’où sa culture se propagea assez rapidement en Grèce, en Espagne, dans les îles
Le Jujubier commun (Ziziphua communis).
de la Méditerranée et dans le midi de la Gaule. Sa hauteur est de 6 à 8 mètres; son tronc est cylindrique et recouvert d’une écorce brune. Ses rameaux sont tortueux, grêles, lisses, flexibles; ses feuilles sont ovales, luisantes, dentelées sur les bords. Son fruit est connu sous le nom d e jujube.
C’est une drupe ovoïde ou elliptique, du volume d’une grosse olive, recouverte d’une pelure rouge ou rougeâtre, et contenant une pulpe jaunâtre, ferme, d’une saveur agréable et douce quand le fruit est assez mûr et récemment cueilli. Lorsque la jujube a été séchée, elle devient plus sucrée, en même temps que, par la fermentation, il s’y développe un peu d’alcool. Au centre se trouve un noyau dur, allongé, divisé intérieurement en deux loges, dont une seule ordinairement s’est développée et contient une amande huileuse. Le noyau est sans usage. Les jujubes se mangent fraîches dans le Midi; mais la plus grande partie est séchée et livrée au commerce de droguerie. Les jujubes, en effet, avec les dattes, les figues grasses et les raisins secs constituent ce qu’on nomme les quatre fruits béchiques ou mucoso - sucrés. Leur décoction fournit une tisane réputée adoucissante et pectorale. En effet, elles sont censées entrer dans la composition de la pâte qui porte leur nom; mais les fabricants trouvent que ce nom suffit pour lui communiquer les vertus médicinales qu’on lui attribue, et ils n’v mettent pas plus de jujubes qu’ils ne font entrer de guimauve dans la pâte dite de guimauve. La pâte de jujube n’est autre chose qu’un mélange de sucre et de gomme, aromatisé avec de l’eau de fleur d’oranger, évaporé en consistance de sirop, puis coulé et séché à l’étuve dans des moules de fer-blanc.
Le Jujubier Lotos (Ziziphus Lotos) ressemble au précédent par ses caractères botaniques ; mais il
est beaucoup plus petit: sa hauteur ne dépasse guère 15 à 16 décimètres. Ses fruits, rougeâtres, presque ronds et de la grosseur de ceux du Prunier sauvage, jouissaient dans l’antiquité d’une grande réputation. Le peuple si célèbre sous le nom de Lotophages s’en nourrissait, disait-on, presque exclusivement; et d’après Homère, le sage Ulysse fut obligé d’employer la force pour arracher du pays des Lotophages ceux de ses compagnons qu’il y avait envoyés pour le reconnaître. Les malheureux, en effet, au lieu de retourner à Ithaque avec leur prince, préféraient infiniment rester là à se régaler jusqu’à la fin de leurs jours des fruits délicieux du Jujubier. Soit pourtant que ce fruit ait dégénéré, soit que le goût des modernes se soit modifié, les jujubes d’Afrique — car c’est dans la régence de Tunis et dans l’île de Zerbi que croît principalement le Ziziphus Lotos — ne sont aujourd’hui ni plus ni moins recherchées que les jujubes vulgaires, et leurs usages sont les mêmes.
Vous plaît-il un morceau de ce jus de réglisse?
Ce vers de Molière prouve que l’usage de la réglisse contre le rhume ne date pas d’hier.
Ce qu’on désigne communément sous le nom de bois de Réglisse, et dont l’extrait constitue le jus noir des épiciers, est la racine du Glycyrrhiza glabra, plante de la famille des Légumineuses, tribu des Lotées, qui croît naturellement dans toute l’Europe méridionale, mais qu’on cultive
et qu’on récolte principalement en Turquie, en Espagne, en Italie et dans les départements du centre de la France. Cette racine peut être considérée comme une tige souterraine; car elle présente toutes les parties constituantes du bois pro-
Liane à réglisse (Glycyrrhiza glabra).
prement dit : écorce, corps ligneux et canal médullaire. Elle est très-longue (de 1 à 2 mètres), traçante, cylindrique, lisse ou légèrement rugueuse, grisâtre en dehors, jaune en dedans, à peu près de la grosseur du petit doigt. Elle est
douée d’une saveur sucrée, due à un principe particulier qu’on a nommé la glycyrrhizine. La glycyrrhizine estincristallisable, etsoluble dans l’eau et dans l’alcool. Elle diffère d’ailleurs du sucre en ce qu’elle n’est point susceptible d’éprouver la fermentation alcoolique, et que, traitéo par l’acide azotique, elle ne donne point naissance à de l’acide oxalique.
Les usages du bois de Réglisse sont bien connus. Les enfants le mâchent avec bonheur, comme tout ce qui est sucré. On en prépare une décoction qu’on administre comme tisane dans les hôpitaux. C’est une infusion à froid 'du même bois que les limonadiers ambulants débitent sur les promenades publiques sous le nom de coco. Le suc ou jus de Réglisse, appelé aussi réglisse noire et jus noir, s’obtient en faisant bouillir le bois de réglisse dans de l’eau pendant longtemps. Lorsque la décoction a pris à la racine tous ses principes solubles, on l’évapore dans des bassines jusqu’à consistance d’extrait, puis on enlève cet extrait avec des spatules de fer, et on le moule en bâtons de 12 à 15 centimètres de longueur sur 1 1/2 à 2 centimètres de diamètre, presque toujours aplatis à l’une des extrémités par l’empreinte du cachet de la fabrique.
Pour l’usage des personnes délicates et raffinées on prépare du jus de réglisse anisé, qui est ordinairement en petites baguettes cylindriques enroulées sur elles-mêmes.
Enfin on trouve auss chez les pharmaciens, les
confiseurs et les épiciers, de la pâte de réglisse, fabriquée à peu près comme les pâtes de jujube et de lichen, mais où les fabricants ne peuvent se dispenser de faire réellement entrer du jus de Réglisse. Les-acheteurs ne s’y tromperaient pas, et, comme les fameux gendarmes de la légende, protesteraient énergiquement si on leur livrait de la pâte de réglisse qui ne sentît point la réglisse.