‹ Les Plateaux de la balanceChapitre 11 sur 47 · LES 8 IBLES MOI VANT · texte numérisé non relu

LES 8 IBLES MOI VANT

possible d'arrêter ><>n navire, les câbles cassent : impossible de dire : voilà qui je suis ; le vent change, el l'homme n'esl plus le même. Il n'a pas le temps de faire son portrait, l'impression de la figure a déjà changé.

En dix-huit cent cinquante, les enfants au collège riaient des illusions qu'ils croyaient avoii eues. Dix-huit cent trente n'avait que vingt ans d'âge, il était mort de vieillesse.

On essayait de rire, mais sans succès: le rire était aussi usé que les larmes.

Les fils de Voltaire, en haine de leurs pèinventaient, il y a trente ans, des religions nouvelles.

Les petits-fils de Voltaire, en haine des religions nouvelles, essayent de revenir vers Voltaire.

Mais l'athéisme est aussi usé que les religions nouvelles, les religions nouvelles sont aussi usées que l'athéisme.

L'ennui reste debout.

C'est lui qui, après chaque déroute, fait prisonniers ceux qui survivent.

On rit et l'on s'ennuie, on pleure et l'on s'ennuie.

On se moque et ce personnage ne se soutient pas. L'homme est vivant. Quand il n'aime pas, il faut qu'il haïsse. L'impassibilité ne lui est pas accessible. Quand il dit : Je prends mon parti, l'homme ment. Jamais l'ironie n'a le dernier mot chez l'homme.

L'ironie appelle les larmes. Petit-Jean dit plus vrai qu'il ne pense :

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3 !\ LES PLATE Al X DE LA BALANCE

Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.

Mais les larmes sont un cri qui appelle, et le cri qui reste sans réponse se fatigue et s'arrête. Après avoir cherché longtemps, l'homme qui ne trouve pas, s'assied sur la pierre.

L'homme de i83o, s'étant assis sur la pierre, est devenu l'homme de i85o, qui retourne à une forme plus calme de l'ennui. Ses cris n'ont pas été entendus. Le voilà désillusionné. Depuis quelque temps, chez les jeunes gens, l'illusion a pris la forme de la désillusion. Dans cet état, plus ridicule et plus bas que l'état précédent, on croit que la vérité est glaciale, et que l'enthousiasme est le partage de l'erreur ; mais, comme on aime l'erreur, on lui donne un nom qu'on croit joli, on l'appelle illusion. L'homme de i83o se livrait à ses illusions ; mais il aimait le genre échevelé. Le même homme, en i85o, a renoncé à ses illusions, mais il les regrette ; il s'est rangé, et il s'ennuie. Voici comment certains hommes conçoivent la conversion. Ils croient que la conversion, c'est le refroidissement. Us croient que les jeunes gens doivent jeter leur feu, pendant un certain temps, mais qu'à un autre âge, il est temps de se convertir, c'est-à-dire de s'ennuyer suivant certaines règles. Ils ne s'aperçoivent pas que le contraire est vrai exactement. Se convertir, c'est se tourner vers le Dieu qui est un feu dévorant. Se convertir, c'est s'associer au transport des joies.

Se convertir, c'est se tourner vers l'amour,

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demander à Dieu de nous prêter sa vie, afin d'aimer divinement. Se convertir, c'est se livrer sans mesure et sans réserve aux ardeurs inextinguibles de l'amour immense !

Ceux qui prenaient l'ennui calme du romantique dégoûté pour une conversion, feront bien de remarquer un symptôme assez curieux, qui se manifeste en ce moment. L'homme de i83o, qui a voulu une religion nouvelle, et qui, ne la trouvant pas, a fait le mort pendant quelques années, s'il ne se convertit pas aux ardeurs dévorantes de la Religion éternelle, va, entendez-le bien, plutôt que de dormir toujours, recommencer ses anciennes illusions, et revenir à ses vingt ans. Ses vingt ans l'ont trompé ; soit. Ses cinquante ans le trompent encore davantage. Il aime mieux courir sans jamais tenir que s'ennuyer toujours sans tenir et sans courir. Ainsi, voyez ! on reprend des vieilleries : les murs de Paris sont couverts de vieilles affiches. L'ancien mélodrame, que j'aimais tant à l'époque où je n'aimais rien ; l'ancien mélodrame, qui trompait ma soif, et dont j'ai tant ri depuis, l'ancien mélodrame revient. Il revient avec les cris féroces, avec les fureurs et les désespoirs qui ébranlaient, il y a quelques années, les murs des théâtres. Que voulez-vous ? l 'homme aime mieux cela que rien. L'homme a besoin d'une pâture. Quand il n'a pas de pain, il s'empoisonne. Il lui faut quelque chose, à cette impérieuse nature humaine, el. quand ell<> ne se nourril pas du feu divin

qui désaltère et rafraîchit, elle se précipite dans le feu qui brûle, afin de sentir quelque chose ! A l'homme qui s'est trompé, il faut le pain de vie, et non le néant. A l'homme qui a égaré ses désirs, il faut le Christianisme. L'homme qui a égaré ses désirs, loin d'avoir désiré trop, a désiré trop peu. Il n'a pas porté assez haut ses regards. Le vulgaire croit qu'égarer ses désirs c'est être trop ambitieux. C'est le contraire qui est vrai. Egarer ses désirs, c'est manquer d'ambition, c'est vouloir se contenter de ce qui n'est pas infini. C'est l'Infini seul qui peut rassasier l'homme : à celui qui a désiré une religion nouvelle, il faut la parole de Dieu ; il lui faut le Christianisme tel qu'il est, le Christianisme embrasé !

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