COUP D'OEIL 81 B L'HISTOIRE
par l'Oocideni :l L'Orient, berceau du monde, fut le théâtre du premier crime. Jusqu'où tombèrent dans l'abîme du mal 1rs races antédiluviennes ? Pour répondre à celte question, il faudrait savoir jusqu'où elles devaient monter dans les hauteurs du vrai et du beau. Leur» crimes furent sans doute proportionnés à leurs lumières. De Maislre se félicitait de ne pas savoir assez pour devenir coupable à ce point.
La déchéance de l'Orient est plus sensible que celle de l'Occident. La déchéance de l'Orient est la désolation traditionnelle sur laquelle pleure, depuis six mille ans, tout ce qui pleure. L'Orient déchu a été insulté dansa déchéance, attaqué, criblé. Comme il représente essentiellement la Paix, il a été généralement vaincu par l'Occident, qui es! beaucoup plus guerrier.
L'Orient, qui devait surtout contempler, a été vaincu, sur le théâtre de l'action, vaincu sur un champ de bataille qui était particulièrement le terrain de l'ennemi.
La lutte «le l'Orient et de l'Occident constitue l'histoire du monde, car le péché originel. commis en Orient, en séparant l'homme de Dieu, a séparé L'homme de l'homme. Or tonte- les l<»i- <pie l'Occident a pu transporter la lutte sur le terrain de la guerre. l'Occident a eu l'avantage. La Grèce a pris Troie ; Alexandre a vaincu Darius.
\erxès n'a pas conquis la Grèce. Les exploits des héros classiques, Marathon, les
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Thermopyles, Salamine, Platée, elc.,^ont les victoires de la force occidentale.
Toutes les fois que l'Occident se jette sur l'Orient pour attaquer, l'Occident triomphe.
Toutes les fois que l'Orient se jette sur l'Occident pour attaquer, l'Orient échoue.
Mais toutes les fois que l'Orient envahit l'Occident pour fonder, l'Orient réussit.
Troie fonde Rome.
Tyr fonde Carthage.
L'Orient est impuissant pour détruire !
Il ne peut qu'édifier.
Rome représenta dans l'ancien monde l'Occident ; Carthage représenta l'Orient ; Rome garda le caractère de la louve qui l'avait nourrie, jusqu'au jour où, ayant achevé l'œuvre de la force, elle tomba en décomposition, vaincue d'avance par les premiers rayons de la lumière qui allait paraître. La Rome de la louve eut le calme inflexible et stupide d'un bras fort qui agit sans souci de la pensée.
Elle était choisie pour châtier l'Orient, elle obéit.
Carthage avait des intuitions indépendantes de sa situation extérieure. Elle fut vaincue, parce qu'elle était l'Orient.
L'Orient est le lieu de la lumière et de la grandeur, l'Occident celui de la science et de l'effort.
L'Orient, pour porter le poids de la lumière, a besoin de la force appropriée à cette destination glorieuse, et cette force c'est la purelé. Plus la créature est grande, plus il faut
coup d'oeil si r l'histoire ^*>7
qu'elle soit pure. L'Orient devait garder les ressemblances et les splendeurs du soleil levant qui sort de la nue. 11 tomba du haut de cette majesté, il tomba dans la mesure où il devait grandir. 11 perdit l'intuition en perdant la pureté du regard. L'Orient commit les crimes monstrueux qui s'opposent directement à l'intuition, à l'innocence, à la lumière, à l'enfance, à la contemplation, à la naïveté du génie qui bondit en s'éveillant. Il fut livré à l'Occident qui, incapable de le comprendre, mais capable de le châtier, le frappa sans le connaître.
\nnibal était sans doute un des représenliiuts d'une civilisation disparue, qui avait mêlé de trop grandes erreurs à de très grandes vérités. Annibal était sans doute, dans l'histoire ancienne, le dernier témoin des choses antiques. Annibal était sans doute dépositaire de grands sou\enirs ; il haïssait Rome comme la grandeur tombée et affaiblie par sa chute déteste la force brutale sous le joug de laquelle elle va tomber, car voici une loi générale :
La grandeur impure est vaincue par la force brute.
Les lois de l'ancienne Rome, son organisation, sa conception de la cité, de la religion, de la famille, toute sa vie, tous ses mouvements, toute sa substance, tout en elle était une conspiration de la force brute contre l'intuition égarée des races affaiblies. Elle posait Ba main de fer sur des fronts plus hauts que
Je sien, mais souillés et vaincus avant le combat par la tache qu'ils portaient. Annibal sentait au fond de lui les fureurs de l'Orient indigné qui regardait grandir la force brutale, invincible, persévérante, implacable, la force froide des fils de la louve. Voilà la raison profonde de cette haine surhumaine qui avait sa source plus haut que ne l'a cru Tite-Live. Ce n'était pas son foyer, ce n'était pas sa patrie, ce n'était pas sa famille, ce n'était pas ses droits qu' Annibal défendait contre une cité conquérante. C'étaient les souvenirs de l'Orient qu'il voulait proléger contre les lois des Douze Tables. Mais l'impureté le rendit faible et Annibal fut vaincu, car l'amour déchu avait pris en lui la forme de la haine, et jamais la haine ne donnera la victoire à l'Orient. Les célèbres délices de Capoue, dont les historiens ont tant parlé, représentent une de ces pierres qui se trouvent sur la route de ceux qui doivent tomber. Cette parole : tu sais vaincre, Annibal, mais tu ne sais pas profiter de la victoire, exprime la situation de ceux qui ont gardé l'ardeur, en gardant les souvenirs, mais qui ont perdu la sagesse en perdant la pureté.
Les grandes races qui ont dégénéré prennent les deux caractères qui leur conviennent le moins, et qui contredisent le plus directement leur type : elles deviennent efféminées et rusées. Tous leurs sentiments, jusqu'à la haine, viennent s'éteindre dans leur mollesse. Capoue fut l'indigne écueil que
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heurta \nnibal, le mensonge lut l'indigne linceul qui enseveli! Carthage, fille de l'Orient.
Tant que Rome, fidèle à son type, resta forte, elle châtia les races supérieures mais infidèles. Mais dès qu'elle pécha contre ellemême au point de s'énerver, Rome prononça son arrêt de mort. Elle tourna contre ellemême la massue qu'elle avait promenée sur le monde. Quand l'Orient et l'Occident eurent atteint tous deux le fond de l'abîme, \ntoine rencontra Cléopâtre. Alors il n'y eut plus que des vaincus. L'ancien monde finissait, assassine par lui-même.
Cependant les regards du monde étaient toujours tournés vers l'Orient : la terre a toujours attendu la purification de l'Orient, la réconciliation de la lumière et de la grandeur.
Orictur Stella, avait dit Ralaam. il se lè- \era une étoile. Les Mages quittèrent leur pays, et l'Orient, se levant comme l'Enfant prodigue, pour regagner la maison du père, alla s'agenouiller (Un uni Celui qui rend la lumière aux veux fermés. Quelques années après, l'Apôtre qui avait mis ses doigts dans les plaies glori liées du Sauveur, rencontra au pays du soleil ceux qui, jadis, avaient suivi l'étoile. Thomas Didyme, dont h; nom \ent dire double abîme, baptisa l'Orient dans la personne (\<^ rois Mages.
Si l'Orient eût été eette fois fidèle, les destinées du monde seraient redevenues lumineuses. Mais l'Orient oublia le baptême qu'il
avait reçu. Pour comprendre le désordre que sa chute jeta dans l'histoire, il faut préciser le caractère des deux parties du monde. L'Orient représente le don gratuit, l'eau vive que le Seigneur donne, la lumière qui vient d'en haut. L'Occident représente le travail, l'effort de la créature, le libre arbitre, le mérite.
Voilà pourquoi l'Orient, clans sa chute, est plus anéanti, plus impuissant, plus nul que l'Occident. C'est que l'Orient ne possède que le don de la lumière ; quand il ne l'a plus, il n'a rien. Il ne porte d'autre fardeau que la lumière ; quand il ne la porte pas, il ne porte rien. Il ne sait qu'adorer, contempler, prier, offrir sur le grand autel l'universalité des choses, dans l'unité du principe : quand il ne fait plus cela, il ne fait rien. L'aigle, sans ailes et sans regard, chargé de faire le métier de la taupe, ne sait pas, comme elle, creuser la terre.
L'Occident a des ressources, des expédients, de l'habileté, de l'entregent, du savoir-faire. Aussi il dissimule ses chutes, et s'agite avec assez d'habileté pour se persuader qu'il travaille. Il remue au fond de son trou, pendant que l'Orient dort au fond de son abîme. Les rêves de l'Occident endormi sont des in- I ligues de salon. L'Orient endormi prononce dans ses songes le nom de Bouddha. L'Occident, oublieux de l'être et du néant, se noie dans le devenir avec tapage, vanité, sottise et bavardage. L'Orient se trompe sur l'être