‹ Les Plateaux de la balanceChapitre 14 sur 47 · COUP D OEIL SUR L HISTOIRE · texte numérisé non relu

COUP D OEIL SUR L HISTOIRE

et 8e perd dans le néant, mais le souvenir des deux abîmes persiste dans son sommeil : car

il doit s'appeler Thomas Didyme, comme celui qui l'a baplisé.

Telle esl la cause é\ idenle des victoires continuelles de l'Orient sur l'Occident. L'Orient n'a pour armes que ses ailes et ses regards, l'espace el la lumière ! Quand il a perdu ses ailes, ses regards, l'espace et la lumière, l'Orient se couche et meurt.

L'Occident, quand il est sans lumière, rit, badine, plaisante dans l'obscurité, plaisante parce qu'il voil ses bras forts, ses pieds agiles, remplace, comme il veut, la vie par la fièvre, et pique à coups d'épingles, pour s'amuser, le géant de l'Inde endormi, qui crie dans son sommeil et ne se réveille pas. El l'Occident se vante dans son triomphe facile, parce qu'il a vaincu, par les ruses de guerre, l'Orient vaincu d'avance, qui crie dans son sommeil et ne se réveille pas. 11 faut, pour le réveiller, inw voix plus douce et plus haute. Il faut la foudre, la brise et l'aurore. J'indique ici dans l'Orient el dans l'Occident la présence typique d'un des éléments de la \ ie : cette présence n'exclut aucun autre élément. il est clair que ni l'Occident n'est privé de grâce, ni l'Orient de liberté.

\ussi l'Occident fidèle vient de parler la parole qui, ébranlant les neiges vierges au sommet des montagnes, réveillera doucement, dans la joie et dans la gloire, les hauteurs endormies.

L'Eglise d'Occident vient de proclamer le secret : elle a dit le nom de Marie Immaculée, et l'écho de la foudre a répété, de montagne en montagne, la parole du prophète : Adducam servum ineum orientem.

Le travail sent qu'il ne peut rien sans la lumière : l'Occident regarde l'Orient, la race d'Abraham, d'Isaac et de Jacob essaye de réveiller les fils de Sem, parce que l'Océan supérieur élève enfin là voix. Abyssus dédit vocem suam. Altitude* marias suas levavit.

L'abîme a jeté son cri. La profondeur a levé les deux mains.

L'histoire regarde les autres peuples et enregistre leurs actes dans la mesure où ces peuples sont employés par Dieu à préparer Jésus-Christ. Dès qu'ils cessent d'agir, l'histoire les quitte, et quand le peuple juif a donné à Jésus-Christ la vie puis la mort, l'histoire l'abandonne à son tour et se promène avec la lumière parmi ceux à qui le Crucifié tendait les bras en mourant.

Jésus-Christ est né : le monde ne pourra plus travailler à la formation de son corps dans le même sens qu'auparavant, mais il travaillera encore à la formation du corps mystique de Jésus-Christ, qui est la Jérusalem éternelle.

L'histoire regardait autrefois vers les contrées qui préparaient : l'histoire regardera encore vers les contrées qui préparent, car Jésus-Christ est notre tête ; nous sommes ses membres, et il nous attend. 11 faut à

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l'histoire une certaine somme de lumière polir qu'elle puisse voir e1 écrire : le degré <!<• lumière esl déterminé par la proximité ou l'éloignemenl de Jésus-Christ. Que sait-elle el que peut-elle nous dire des destinées de l'Océanie P Que Bait-elle de l'ancienne Amérique, de l'ancienne Russie ? Si le Japon moderne a une histoire, il la doit à ses martyrs. Leur niorl a rendu aux temps historiques le lieu qui a eu l'honneur de la voir. Les missionnaires portent avec eux l'histoire à travers les mers. L'histoire \a vers la croix, comme le 1er vers l'aimant. L'histoire courait jadis vers la croix à travers le temps, l'histoire cours maintenant vers la croix à travers l'espace. Quand la croix paraît, la barbarie recule, et l'histoire s'avance. Les actes qui s'accomplissent en présence de la croix s'accomplissent sur la montagne, en vue des peuples. L<'s actes qui s'accomplissent en présence de la croix perdent le caractère de l'isolement, et entrent dans l'ordre universel, dans la communion générale. La peinture a un lart merveilleux : elle distribue toujours la lumière à partir d'une auréole. L'histoire est un tableau : les rayons de la croix donnent la lumière. Un acte est historique, dans la mesure où il participe à la force et à la lumière ou divine ou humaine. La magnifique théorie des participations, telle que saint Denys la présente, éclaire l'histoire. Les générations sont historiques : les multitudes ne le sont pas. Marie, mère de l'histoire, a dit que tou-

tes les générations la proclameraient bienheureuse. Les générations sont historiques clans la mesure où elles célèbrent la gloire de Marie, mère de l'histoire. Quiconque fait un pas pour s'éloigner d'elle, fait un pas dans la direction de la barbarie. Quiconque fait un pas vers elle, dit Amen aux destinées du monde, Amen au plan divin, Amen à l'histoire.

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