L'ESPÉRANCE
Le christianisme place l'Espérance au rang des vertus, et des vertus théologales. 11 la place entre la Foi et la Charité. Si cette sublime nomenclature des choses indispensables frappait nos oreilles pour la première fois, si la parole de vie nous parlait pour la première fois aujourd'hui ce langage surhumain, nous le sentirions surhumain : le commandement d'espérer ne peut pas venir d'un autre que de Dieu. Mais les merveilles du catéchisme ont fait comme les astres : assiduitate viluerunt ;et nous ne remarquons plus la sublimité singulière de cet ordre miséricordieux qui nous défend de nous croire perdus.
Il n'est pas rare d'entendre parler les hommes comme s'ils croyaient que le christianisme est une des formes du passé, forme épuisée déjà, vide de sève, forme qui craint l'avenir, et qui, si elle subsiste, en face de l'avenir, en face de sa grandeur, en face de sa science, ne subsitera qu'en demandant grâce.
Il n'est pas rare d'entendre parler certains hommes comme s'ils croyaient que le christianisme a besoin de l'indulgence de
quelqu'un : ils ont l'air de croire que la doctrine de Nicée, la doctrine de saint Jean, la doctrine de saint Denys, la doctrine de saint Athanase doit se trouver timide en face de nous, en face du gaz qui éclaire nos rues, et qu'il est bon, quand on lui veut du bien, de plaider en sa faveur la circonstance atténuante. Dans leur pensée avouée ou inavouée, tout ce que la vérité éternelle peut attendre et espérer de nous, c'est la tolérance.
Ces hommes respectent la religion, ou plutôt les religions. Le mot de respect, quand il porte sur le christianisme, demande singulièrement à être expliqué.
Par une duperie étrange, nous avons beaucoup d'orgueil, quant à nos personnes, et très peu de fierté, quant à nos croyances.
Il est temps de devenir humbles, car il est temps de devenir fiers.
Abandonnons nos âmes au rayonnement intérieur de la lumière incréée ; devenons ses miroirs, et ses miroirs ardents, pour qu'elle rayonne de nous hors de nous, pour qu'elle envahisse et pénètre les substances qui lui sont demeurées jusqu'ici étrangères et impénétrables.
Pour atteindre ce grand but, ne faisons qu'un, ne faisons qu'un avec nous-même, ne faisons qu'un tous ensemble.
L'erreur, qui parodie toujours la vérité, sait bien que l'union fait la force. Aussi voyez comme elle procède : regardez-la, non pour imiter ses procédés, mais pour réaliser
su esprit <'l en vérité l<v modèle qu'elle parodie.
L'erreur veut unir ses amis et diviser gea ennemis.
Elle veut unir ses amis, mais n'ayant pas en elle la vertu qui unit, n'ayant pas le don d'unité, ue posséda ni pas et ne pouvant donner aux siens la force de cohésion, elle lia- \cslit ce qui lui manque et demande à la haine de remplacer l'amour et de produire ses effets.
Voici commenl :
Si elle détache cent intelligences du centre de vérité, elle ne les fixera pas toutes dans un autre centre ; car cet autre centre n'existe pas. Les cent intelligences détachées seront donc divisées entre elles, puisque l'erreur est le lieu de la division ; mais elles se tiendront par un point, par le fait même d'être détachées. Séparées partout ailleurs, elles se rencontreront sur un seul terrain, le terrain de l'exil.
Les unes seront emportées par le vent du nord, d'autres par le vent du sud, d'autres au couchant, au levant. Il y en a qui gèleront dans les glaces du pôle, et d'autres qui brûleront sur les sables du désert.
Les terres qui les verront promener leur douleur ne porteront pas le même nom géographique : mais, dans le langage de la patrie, elles porteront un nom commun. Elles seront la terre d'exil.
Pourvu que la terre, où vous portez votre
égarement, s'appelle la terre d'exil, l'erreur est satisfaite : peu lui importe la nature du sol, il suffit que vous soyez sur la terre d'exil. La hideuse unité de l'exil remplace à ses yeux l'unité de la patrie, l'unité de la cité habitable, l'unité de la ville aux douze portes, l'unité de Jérusalem. Fussent-ils perdus les uns pour les autres et dispersés à toutes les extrémités du monde, les exilés se tiennent par un côté, l'éloignement de Jérusalem.
L'éloignement de Jérusalem constitue un genre de rapprochement qui suffit à réjouir l'erreur. Considérées à ce point de vue, Babylone et Memphis se donnent la main.
L'histoire qui ne ment jamais, rend témoignage à cette loi des choses. Quand l'erreur, au comble de sa force, a précipité dans l'abîme Luther, Calvin et Zwingle, elle n'a pas pu les unir entre eux, les unir dans l'amour ; car elle n'a pas l'amour à sa disposition : on ne peut donner que ce qu'on possède. Aussi, elle leur a partagé son patrimoine ; elle a partagé entre eux la haine de l'Eglise catholique. Et elle s'est endormie sur ses lauriers, satisfaite d'avoir produit le genre d'unité qu'elle est capable de produire.
Son procédé est toujours le même. Nous voyons quelquefois, avec un étonnement irréfléchi, nous voyons les doctrines les plus contradictoires entre elles conclure une paix apparente et s'accorder contre nous.
Il y a, dans l'histoire des idées, des faits