LA LUMIERE ET LA FOULE II
ges et des ailles, voici donc, à l'aurore de l'Eglise, sainte Marie, mère <lo Dion, et voilà commenl la regardaient ceux qui allaient changer la face du monde; Saint Denys s'éclaira et se réchauffa près d'elle, comme à un foyer incandescent.
Or, depuis ce temps, depuis Hiérothée, depuis saint Denys, le monde est façonné par cette lumière qu'il reçoit el par cette chaleur qu'il sent, quelquefois sans le vouloir et très souvent sans le savoir. Tous n'ont pas plongé dans les sublimes profondeurs de la philosophie catholique ; eh bien ! cependant, regardez le globe terrestre : c'est la proximité OU l'éloignement de celte lumière qui fait ou qui défait les civilisations : les vérités admirables, que le vulgaire croit inutiles à sa ^ ie pratique, protègent les corps comme les âmes : les rayons qu'il croit lointains, le gardent jour et nuit. L'orthodoxie catholique veille sur cette terre, et quand l'orthodoxie est attaquée, la terre tremble, même sans savoir pourquoi.
Les aveugles ont dit de tout temps :
« Qu'importe à ma vie pratique de savoir si le Saint-Esprit procède ou non du Père et du Fils ? »
Regardez le globe terrestre : comparez les régions qui affirment aux régions qui nient : dites-moi quelle contrée produit des saints ? Songe/ aux rapports intimes et mystérieux de la lumière et de la nourriture, .t'ai nommé tout à l'heure le soleil et le pain. Certes, la lumière et la chaleur qui tombent à Qots dans les
champs bénis sur la moisson dorée ne ressemblent pas à un morceau de pain. Si les hommes étaient aussi étrangers à l'ordre physique qu'ils le sont quelquefois à l'ordre moral, ils diraient, en face du pain : Que nous importe la lumière ? que nous importe la chaleur ? Et pourtant, qu'est-ce que le pain, sinon un rayon de soleil pétri dans la matière terrestre par le travail de l'homme ?
Nous verrons un autre jour comment dans l'ordre du mal s'enchaînent les choses, comment l'homme, qui a travaillé, qui devrait ensuite se reposer, au lieu de se reposer, s'enivre, et fait le mal sans remords, après avoir fait le bien sans amour. Il mêle le bien et le mal, il dit : qu'importe ! Il n'a pas lu Hegel, mais il l'a respiré clans l'air sans le savoir, et dit à sa façon : L'être et le néant sont identiques.
Le paysan qui ne sait pas lire, mais qui, au moment où il remue la terre, s'arrête et tire son chapeau quand l'Angélus sonne, se nourrit de la lumière et a besoin de Dieu.
Nul ne connaît, dans son ensemble et dans ses détails, l'action de la lumière sur le monde, nul ne peut savoir quel bien fera une parole vraie, quel mal fera une parole fausse. Nul ne peut suivre sa parole à travers l'espace pour en surveiller les ricochets. Nul ne peut imposer aux conséquences lointaines d'une vérité, aux conséquences lointaines d'une erreur les limites qu'il voudrait leur i m poser. Nul homme, au moment où il attaque, même sur le point le plus étranger en
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apparence à la \ ie pratique, l'inviolable orthodoxie, nul homme ne peut savoir par quel acte se traduira un jour, dans l'ordre des laits, sa négation.
Admirable Unité de l'Eglise ! Continuité solennelle du discours que rien n'interrompt ! Perpétuité de la parole qui annonce toujours au\ siècles qui passent la vérité qui ne passe pas ! Parole qui ne peux tromper, tu me dis ce que tu disais à saint Denys ! tout a changé depuis ce jour, excepté toi ! Et les jeunes filles qui font leur première communion, affirment, en robe blanche, ce que saint Paul affirmait !
O Pierre, Pierre ! beaucoup se sont séparés de vous, tous auraient du faire leur œuvre, sous le feu de vos regards ; mais nous, nous \ous disons ce que vous disiez à Jésus-Christ : Vous avez les paroles de la vie éternelle ! Quand vous parlez, ô Simon Pierre, le silence se fait d'un bout du monde à l'autre, cl la création vous écoute. Même ceux qui vous ignorent, nos frères séparés, les hérétiques, les schismatiques, sont émus quand vous parlez. Même aux oreilles de ceux qui ne vous connaissent pas, votre voix, Simon Pierre, ne ressemble à aucune autre ! Par où je regarde, en avant, en arrière, je suis enveloppé par la continuité de votre Parole : \<>tre Parole, ô Simon Pierre, a enseigné saint Denys et enseigne les enfants chinois que nos missionnaires baptisent ! Je salue la science et la foi qui s'allient dans l'Unité.
lk LES PLATEAUX DE LA BALANCE
Vous devant qui passent tour à tour, vous devant qui passent, affamées de lumière, les générations, la tête découverte, je me prosterne devant vous, ô vieillard immortel, dépositaire des clefs trois fois saintes, représentant de la lumière incréée et son organe infaillible.