LES TKNKBRES ET LA FOULE T Q
beaucoup de mal à l'humanité : ce germe grandira à travers l'histoire, et sera donné en Spectacle au monde, pour sa joie ou pour son malheur.
Quittons le terrain de la science égarée : abordons celui du bavardage, du bavardage creux et vain. Nous allons entendre partout les échos de la voix d'Hegel.
Les petits hommes dont je parle ici connaissent peu celui dont ils sont indirectement. à la troisième ou quatrième génération, les disciples. Ils l'ont dépouillé de sa sévérité, des aspérités de son langage. Ils l'ont dépouillé le son audace. Ils donnent à l'Allemand Hegel leur taille, leur habit et leur cravate blanche. Ils le promènent, pour sa punition, dans leurs salons, dans leurs salons où l'on bavarde, oui, vraiment, dans leurs salons ! ! ! Esprit d'erreur et de ruine, ô menteur, qui as tenté Hegel, que tu dois être humilié ! Si Hegel entrait, vers dix heures du soir, dans beaucoup de salons, à Paris, il entendrait l'écho travesti, l'écho devenu ridicule de sa formule terrible. Il sentirait peut-être que sa pièce d'or était fausse, s'il en voyait la monnaie. Il entendrait des causeurs, hommes du monde, qui se trouvent graves, parler philosophie. Ils ne proclameraient pas comme lui, en propres termes, l'identité de l'Être et du néant. Mais ils diraient, d'un air mesuré, sérieux, convenable, poli, et même bienveillant, <pie tout, ou, Si l'on veut, à peu près tout, est également vrai : que I'' christianisme est
parfois sublime, le rationalisme aussi, et le panthéisme également ; que la Foi est bien respectable, mais que le doute est bien respectable de son côté ; que l'Eglise est une admirable institution, qui a beaucoup fait pour le bonheur du genre humain, mais que Luther mérite bien notre reconnaissance.
Ils diraient que sans doute la figure du Christ est une admirable figure historique, que l'esprit de Dieu a, si Von veut, parlé par sa bouche, mais que l'humanité sort de tutelle et que voici l'émancipation de la raison humaine, l'âge viril de l'homme.
Ce qui veut dire :
« L'esprit de Dieu pouvait avoir autrefois ses avantages ; car, tout bien considéré, Dieu, si l'on veut, a du bon. Mais cet esprit n'est tout au plus capable que de diriger des enfants à la mamelle. Maintenant que nous sommes grands, il nous faut Terreur, le mensonge. A quoi me servirait ma dignité d'homme, sinon à me précipiter fièrement, la tête la première, dans un abîme ? »
Ou bien encore :
« La vérité a son mérite. Je ne le nie pas précisément. Ce serait peut-être aller un peu loin que de le nier. Mais pourquoi ne pas la mélanger d'une certaine dose d'erreur qui la compléterait agréablement ? Peut-être que la négation délicatement combinée avec l'affirmation enlèverait à cette dernière ce qu'elle a d'un peu étroit, si j'ose le dire. »
Veulent-ils deux Églises, l'une pour affir-