‹ Les Plathelminthes du GibierChapitre 6 sur 30 · NT QUE · texte numérisé non relu

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chasses. Nous renvoyons aux récits d'Hérodote pour les détails de ces fêtes cynégétiques. Il existait déjà des pares où l’on enfermait le gibier qu’on lâchaïit devant les chasseurs, comme aujourd’hui les faisans des chasses officielles de Rambouillet. Les Romains étaient aussi de grands amateurs de gibier; tout le monde a traduit au collège l’ode d’Horace et la lettre de Pline le Jeune; le premier recommandant la chasse comme un exercice salutaire, le second racontant spirituellement ses exploits cynégétiques. Les Romains avaient pris des Egyptiens l’art de tendre des filets de façon à rabattre les animaux et à empêcher leur fuite devant les chasseurs. Les Gaulois chassaient l’auroch dont ils gardaient le massacré comme trophée. C’est du moins ce que mentionne César dans ses Commentaires. Il semble que le célèbre conquérant ait été victime, à propos des élans, d’une galéjade qui pourrait figurer dignement dans les histoires marseillaises. Il existe, dit-il. (Commentaires lib. VI, parag. XXVII) dans la forêt hercynienne des animaux : « quæ appellantur alces. Harum est consimilis capreis figura et varietas pellium; sed magnitudine paullo antecedunt mutilæque sunt cornibus et crura sine modis articulisque habent; neque quietis causa procumbunt, neque, si quo afflictæ casu conciderint, erigere sese aut sublevare possunt. His sunt arbores pro cubilibus; ad eas se applicant; atque ita, paullum mode reclinatæ, quietem capiunt, quarum ex vestigiis quum est animadversum a venatoribus, quo se recipere consuerint, omnes eo loco aut ab radicibus subruunt, aut accidunt arbores tantum, ut summa species earum stantium, relinquantur. Huc quum se consuetudine reclinaverunt, infirmas arbores affligunt

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atque una ipsæ concidunt. » Ce qui signifie, en traduction libre, que ces malheureux animaux sont affligés de pattes raides sans articulation : pour dormir ils s’appuient contre un arbre. Connaïssant cette particularité, rien de plus simple que de les capturer : on scie presque complètement le tronc de l’arbre contre lequel ils vont venir s'appuyer. Le poids de leur corps achève le travail commencé par le chasseur, bête et arbre s’écroulent ensemble. L’élan tombé, incapable de plier ses pattes, ne peut se relever; on vient le chercher le lendemain. Nous nous demandons comment César a pu accepter et écrire une pareille biïlevesée. |

La loi romaine faisait découler le droit de chasse du droit de propriété, le gibier appartenant à celui qui. l’avait tué : on pouvait le poursuivre sur le terrain d’autrui avec autorisation du propriétaire. On sait que les Romaïns de la décadence consommaient des plats de gibier qui aujourd’hui reviendraient à un prix plutôt élevé : cervelles de paons, langues de flamands, offerts par Lucullus à ses invités. En Gaule aussi, la chasse était en honneur, mais ce sport tomba en défaveur après la conquête romaine, il ne fut plus exercé que par des esclaves. Après la chute de l’empire romain, les Francs lui redonnèrent un nouvel éclat. La chasse fut considérée comme une prérogative de la noblesse et le manant surpris à braconner sur les terres du Seigneur risquait souvent la pendaison.

A cette époque, le gibier était très abondant : entretenu avec soin pour [les plaisirs cynégétiques des nobles, il commettait de grands ravages dans les cultures notamment aux environs de Paris. Gaston

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Phaebus, Comte de Foix, qui vivait au xiv° siècle et dont le chenil comprenait 1.600 chiens, a publié, sous

le titre de « Miroir de Phaebus des déduits de la chasse des bêtes sauvages et des oiseaux de proye > “un grand traité de vénerie où nous voyons figurer,

comme communément rencontrés, des animaux rares ou inconnus actuellement dans notre pays : renne de Pyrénées, ours. On trouvait fréquemment le chamois, dont les ongles sont tellement pointus, qu’en se grattant il les enfonce dans ses cuisses et ne peut plus les retirer. Les histoires de chasse ne datent pas d'hier. Au Moyen- Age, figuraient sur les tables une foule d’oiseaux qui nous paraissent maintenant incomestibles : héron, grue, cigogne, cygne, cormoran. À la Renaissance, le goût était déjà plus affiné, mais les oiseaux de proie étaient encore servis bouillis ou rôtis; on rejetait seulement ceux qui vivaient de détritus, comme les vautours. Voici, dans Rabelais, l'énumération du gibier CHETSEUEE ch. XXVI) que Carpalim, en courant,

< print de ses mains en | « Trente et deux pigeons

l’air : ramiers Et tua de ses pieds dix ou « Quatre grandes otardes douze que Levraukx, « Sept bitards (petites que lapins, qui ja esoutardes) toient hors de paige.

€ Vingt et six perdrix | Dix et huit rasles parés grises ensemble « Trente et deux rouges Quinze sanglerons (mar- « Seize faisans cassins) « Neuf bécasses Deux bleraux « Dix et neuf hérons Trois grands renards. »

.. Plus un chevreuil pour lequel il demanda du vinaigre afin de le faire mariner, ce qui amena d’ailleurs une méprise, le bon Pantagruel s’imaginant qu’il se trouvait. mal: mais Panurge, plus avisé, comprit de suite de quoi il s’agissait.

A cette époque, la gelinotte était considérée comme d’une qualité supérieure au faisan, ainsi que la tourtereile. Le chevreuil, le cimier de cerf formaient des plats de choix. D’après Corneille de la Pierre (Commentaires sur l’'Ecriture Sainte, in Saint- Foix, Ess. Paris, Œuv., t. VI, p. 239) un moine avait été jusqu’à affirmer, dans un sermon, que le bon gibier avait été créé pour les vrais fidèles, et non pour les hérétiques. Si les perdreaux, les faisans et les ortolans pouvaient parier, ils s’écrieraient : « Serviteurs de Dieu, soyons mangés par vous, afin que notre substance, incorporée à la vôtre, ressuscite un jour avec vous dans la gloire, et n’aille pas en enfer avec celle des impies. »

Le gibier d’eau a une grande importance au point de vue historique. On sait que l'Eglise admet que la chair des oiseaux aquatiques est maigre et peut être consommée le vendredi, contrairement aux autres viandes. L'origine de cette interdiction est, dit-on, dans le fait que beaucoup de couvents possédaient de vastes étangs dont ils pouvaient ainsi écouler les produits chaque vendredi, sans avoir à craindre la concurrence des bouchers. Aujourd’hui encore, certains quartiers de viande portent des noms d'oiseaux aquatiques, tels que : macreuse, gallinette, ce dernier terme, usité surtout dans le midi de la France, signifie étymologiquement : petite poule, comme le latin gallinula, et désigne la poule d’eau, bien que les natu-

ralistes sachent depuis longtemps que cet oiseau, qui est un rallidé, n’a rien à voir avec les gallinacés. Ces termes de boucherie ont-ils un rapport quelconque avec le remplacement de la viande par la chair de l’oiseau aquatique au jour maigre (substitution, fraude)? Pour le moment, nous nous bornons à constater le fait.

Le cerf fut toujours considéré comme le gibier le plus noble, puis venait le sanglier, et enfin les oiseaux. Il nous faudrait, à ce propos, parler de la chasse au faucon qui dura jusqu’à Louis XIV; mais ce sujet nous entraînerait à de trop longs développements. Pour ne pas sortir de notre sujet, disons seulement que les maladies de cet oiseau sont longuement décrites dans tous les traités de vénerie du Moyen-Age et de la Renaissance. En ce qui concerne les maladies parasitaires, les auteurs parlent de l’absorption accidentelle de sangsues qui peuvent causer la mort par suffocation. Le faucon peut également héberger les vers intestinaux « aïiguiles ou aguiles où lumbriques », les excréments contiennent des vers ou probablement des mucosités. Les « filandres en la gorge » sont certainement des syngames. On les voit quand l'oiseau ouvre le bec pour tenter de se débarrasser de ses parasites; s’ils sont en grand nombre, ils peuvent entraîner la mort.

L'histoire de la législation de la chasse pourrait faire la matière de plusieurs volumes : constatons seulement que c’est Louis XIV qui abolit la peine de mort pour délits de chasse. Le 11 Août 1789, l’exercice de ce sport fut permis à tous les citoyens, mais entraîna de tels abus que diverses lois, de 1791 à 1844,

PERDUE réglementèrent ce droit et que l’on institua le permis de chasse encore en usage aujourd’hui. C’est à partir de ce moment que l’on songea à protéger le gibier pendant sa période de reproduction et que l’on défendit l’usage des pièges, filets, etc qui détruisaient un irop grand nombre d’animaux. On s’efforce actuellement, dans tous les pays, de créer des parcs-réserves où la chasse est formellement interdite et où les animaux peuvent vivre en toute tranquillité. Si ces mesures avaient été prises plus tôt, beaucoup d’espèces ne seraient pas disparues.

Nous n’avons pas la prétention d’avoir écrit ici une histoire du gibier et de la chasse. On sait qu’il existe de gros traités de Vénerie que nous ne pouvons résumer en quelques lignes. Nous avons simplement voulu donner une idée de ce qu'est le gibier et montrer, par quelques exemples, qu’il a varié suivant les époques. D'une façon générale, le sens de ce mot s’est plutôt restreint. Un grand nombre d’animaux, autrefois consommés, ne paraissent plus sur les tables, soit parce qu’ils sont devenus rares ou ont disparu, soit parce que le goût s’est affiné et qu’on juge leur chair de qualité inférieure. Le développement de l’élevage de la boucherie, de « l’animal industry » comme disent les auteurs de langue anglaise, a encore contribué à faire passer le gibier au rang de plat de luxe et non plus de première nécessité.

Il est superflu d’ajouter que si le sens du mot gibier a évolué suivant les époques, il se modifie aussi suivant les pays, et la faune des diverses régions envisagées. Nous avons déjà dit que le gibier des tropiques est souvent de qualité inférieure à celui de France; n’ayant qu’une maigre nourriture, pour-

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