‹ Les pleurésies au cours de la scarlatineChapitre 10 sur 20 · DRE · texte numérisé non relu

DRE

La langue est recouverte d'un enduit blanc jaunâtre épais au centre, limité sur les bords par un V rouge où la muqueuse est dépapillée. On constate la présence de ganglions angulo-maxillaires petits, peu douloureux.

L'examen des poumons révèle une sonorité normale. Rudesse légère de la respiration aux deux sommets. En arrière, on perçoit quelques râles muqueux disséminés à la base gauche. La malade tousse très peu. L'expectoration est insignifiante. ,

Cœur rapide, régulier. Pouls à 92, bien frappé. La tension artérielle, prise avec l'appareil de Laubry-Vaquez est de 8 xX 6. S

Le foie déborde d'un travers de doigt le rebord costal. Sa limite supérieure est au niveau de la cinquième côte. Il n'est pas douloureux.

La rate est de dimensions normales.

Les urines ne présentent pas d'albumine, on en recueille 400 grammes le premier jour.

Aucun antécédent personnel ou héréditaire notable.

Le 8 janvier, on pratique une hémoculture qui reste négalive. L'examen des poumons ne montre aucune modification. On a pratiqué un examen de l'expectoration qui ne décèle pas de bacille de Koch. Abattement profond.

Le 14 janvier, on note à la base gauche une diminution du murmure vésiculaire correspondant à une zone submate.

Le 15, la température s'élève brusquement à 39°2. Dyspnée légère et point de côté en arrière et à gauche. Le même jour, la malade est secouée par un grand frisson qui dure vingt minutes. L'abattement est profond. L'hémithorax est complètement mat jusqu'à l’angle de l'omoplate. Les vibrations vocales et le murmure vésiculaire sont très diminués. Le signe du sou, de Pitres,est positif. On pratique une ponction exploratrice qui ramène un liquide citrin. L'examen de celui-ci montre de nombreux polynucléaires, sans microbe.

Le 17, apparaît le souffle pleurétique. On pratique une

: seconde ponction qui raméne un liquide Fun les z 250 caractères que le précédent.

Le 19, la ponction laisse écouler un liquide citrin à polynucléaires, et l'examen direct 4 décèle la présence de strep- __ tocoques.

E- L'examen du cœur dénote un déplacement de l'organe : la pointe bat près du bord gauche du sternum, la base paraît 4 Être au niveau du mamelon droit. On perçoit les battements cardiaques en dehors du bord droit du sternum du 2° au 4° È espace intercostal. L'espace de Traube est mat.

= Le 21, on pratique une ponction évacuatrice qui permet de È

B:.8... 15ans 1/2.

retirer 300 grammes de liquide citrin. La température tombe, la malade se sent très soulagée.

L'épanchement se résorbe dès lors progressivement,.le cœur reprenant sa place normale et les signes pulmonaires s'atté” nuent peu à peu. Si bien que dans les premiers jours de fé vrier la respiration est rétablie.

Le 19 février, la malade sort de l'hôpital. Les examens de crachats dés 7, 13 et 27 janvier n'ont jamais révélé la pré sence de bacille de Koch.

Cette observation est, dans ses grandes lignes, caractéristique des cas de pleurésies scarlatineuses. En regardant la feuille de température, nous voyons d’abord

une scarlatine banale avec fièvre assez élevée qui baisse peu à peu après un court plateau aux environs de 39°. Puis, brusquement, grand frisson, élévation thermique à 40°%5, dyspnée et apparition du liquide. Cest bien le début foudroyant qu'ont reconnu la plupart des auteurs à la pleurésie scarlatineuse. ;

Un point à noter d’une façon toute particulière est la découverte, à l'examen direct, du streptocoque dans le liquide citrin retiré par ponction. Si, par culture le plus souvent, on a pu isoler ce microbe dans la plupart des pleurésies purulentes de la scarlatine, ilest peu d'exemples où le streptocoque a été trouvé dans la pleurésie séro-fibrineuse dès l'examen direct. Malgré la présence de cet agent, le liquide est toujours resté clair sans tendance aucune à la transformation purulente.

D'autre part, bien que notre petite malade ne fut pas à un âge où la résistance physique est encore considérable, bien qu’elle eut présenté un état général assez atteint durant toute sa maladie, elle a fort bien guéri. C’est donc un exemple de plus à ajouter aux pleurésies séro-fibrineuses dont la terminaison à été tout à fait favorable, el que nous reliendrons dans l'établissement du pronostic de cette complication.

A noter également, que cette pleurésie est survenue chez une malade très abattue et dont la tension artérielle était de 8 X 6. Le cas se rapproche done de ceux qu'observèrent MM. Teissier et Duvoir chez des sujels présentant des signes ataxo-adynamiques.

Ainsi que nous le disions plus haut, le début des acei-

dents pleurétiques a été rapide, foudroyant, mettant

vite le médecin sur la voie du diagnostic. Mais un clinicien averti pouvait ét devait craindre cette complication : dès son entrée, la malade, qui n’avait devant elle aucun passé tuberculeux, présentait de pelits râles à sa base gauche, une très légère expectoration, signes qui, malgré leur minime importance apparente n’en sont pas moins fort intéressants. Ils ne paraissent pas attribuables à la maladie éruptive dont les manifestations internes sont avant tout digestives. C’est à la base gauche qu’un état congestif se révèle le 4 janvier : c’est à la base gauche que, le 14, apparaissent la submatité, la diminution du murmure vésiculaire, et, le 15, le point de côté et le liquide. Fait qui vient bien à l’appui des idées exprimées dans l’étude de MM. Teissier et Duvoir : « La participation du poumon est, à notre avis, un des points de la scarlatine qu’il conviendrait de mettre le plus en lumière ».

Fn effet, la question de l’origine de ces réactions pleurales a été bien souvent agitée. On a cru d’abord avoir affaire à une hydropisie ; puis on émit l’hypothèse d’une infection pyohémique. Enfin, plus récemment, la participation du poumon a été mise en lumière.

Œdème, disaient Rüilliet et Barthez : « La sécrétion séreuse domine. Sa cause est presque toujours une hydropisie active demi inflammatoire ». Ces auteurs faisaient entrer dans le même cadre les pleurésies scarlatineuses, les méningiles, les péricardites.

Pyohémie, disait Trousseau. Pour lui, c'était le virus

ro

scarlatin qui attaquait la plèvre, comme d’ailleurs certains tissus pour lesquels il semblait avoir une prédilection spéciale : «Au huitième ou au dixième jour de la pleurésie, ce liquide est souvent purulent comme celui de la pleurésie puerpérale. Cette production de pus reconnaît pour cause une infection générale en vertu de laquelle les inflammations scarlatineuses ont, sans qu’on puisse en dire la raison, une extrême tendance à la suppuration ».

MM. Teissier et Duvoir, en 1909, étudiant tout particulièrement la question étiologique, laissent ressortir nettement de leurs observations que les pleurésies scarlatineuses sont sous la dépendance étroite de lésions pulmonaires.

Et en effet, si l’on serre de près l’examen de son malade, il est bien rare que l’on n’observe pas ces lésions minimes du poumon. D'ailleurs M. Hutinei, dans son étude sur les pleurésies scarlatineuses s'exprime en ces termes : « L'étude attentive des faits m’a prouvé l’exactitude de la conception de Teissier et Duvoir. Les pleurésies scarlatineuses apparaissent rarement comme des localisations primitives d’une infection générale ; le plus souvent, elles sont consécutives à des lésions pulmonaires et quelquefois elles sont liées à des lésions péricardiques ».

D’après Toupance, la participation du poumon ne s'étend pas à tous les cas. Il y aurait alors véritable septicémie. Il est bien certain que fréquemment on ne peut cliniquement dépister une lésion pulmonaire souvent infime ; il suffit à nous reporter à ces cas de tuberculose pulmonaire silencieuse qu’une exploration clini-

f Fa MY

Page 1