I. — Pluribls réouubrs
Etant donné un radical, l'arabe en fait un nom en 7 joignant une des trois désinences à voyelles brèves on, an, m, lesquelles, perdant leur nasale, se réduisent à 0, a, 1,- lorsque le nom est déterminé par l'article ou par un complément'.
A l'époque ob l'arabe se montre à nous, ces désinences ont déjà reçu une spécification casuelle : la première est aSêctée au nominatif, la seconde à l'accusatif, la troisième au génitif let autres cas indirects). Mais cette affectation n'était pas tellapient essentielle qa'on ne trouve encore, servant pour tous les cas obliques, jusqu'aux derniers temps de la langue littéraire, et la désinence a et la désinence in, 1. Dans les noms jouant le roie d'adverbes, la désinence est tantôt 0, tantôt an, a; enfin, dans un assez grand nombre de cas, par suite de certaines lois phonétiques, les désinences an et in s'appliquent aussi au nominatif. Tout cela prouve, comme nous le disions, que la spécification casuelle des trois désinences n'est pas un fait essentiel et primitif.
Pour passer du singulier au pluriel, et c'est ici le point qui nous touche, Tarabe garde les mêmes désinences, mais il en
* Dam nos IrenBCriptions, nous ne diatingoerons pas les Duiaecs de pro- Doncial^oD des voyelles arabes, soit longues, soit brèves, et, couronné ment à l'écritui* arabe, dous n'emploieroos que les trois lettres o, a, i, ou, pour marqner Ici JoDeues. A, 1, t.
rânforce les voyelles. Nous oomparerons, si vona Toulez, oe
renforcement au gouna des langues indo-européenncB, c'està-dire que D0U3 admettrons l'insertion d'un a avant chacune des voyelles brèves, avec contraction consécutive. Les désinences on, an, in deviendront ainsi : aon = dn, aan = an, ain = ttyn ou în. Mais le génie de la langue souffre difficilement qu'une syllabe à voyelle longue soit fermée par une consonne; c'est pourquoi les désinences ci-desaus s'adjoignent une voyelle brève et deviennent
6na, àna, ayna, îna.
De ces quatre désinences, la première et la dernière sont restées comme formatives des pluriels masculinsdits réguliers, ôna pour le nominatif, îna pour les cas obliques. Les deux autres ont été attribuées an plus restreint des pluriels, c'està-dire au duel; mais, au lieu de âna, a^ntz, qu'on trouve seulement aux cas obliques dans certains dialectes, l'a-rabe classique dit au nominatif âni, aux cas obliques ayni^.
A la pause, c'est-à-dire au point où le discours s'arrête, la voyelle anale cesse d'être entendue, et les désinences sont 6n, an, ayn, in,
qu'on trouve, par exemple, dans la déclinaison du pronom in-
terrogatif mon « qui î «, employé isolément.
Dans des cas grammaticalement déterminés, elles subissent Vapocope de la nasale et se réduisent à 6, â, ay, î.
Cest de l'emploi de ces quatre désinences, pleines ou apo> copées, que résultent, dans notre théorie, toutes les formes de pluriel usitées en arabe, sauf toutefois celle des plnriels féminins dits réguliers. Ceux-ci forment une classe à part ; mais ils ont été tirés du aingnlier par un prooédé tout pareil i. celui
I Au présent des verbes, &na est aussi la marque du pluriel masculin, et âni la marque du duel . Ou sait que ce temps est fonné du radical muai d'ua * préliie qui marque la persoQQe. A la première persoDoe du pluriel, le préft^ie sigDiltaat noiu, il n'a pas été Dêcessaire d'y adjoindre la désinence du pluriel ; aussi dit-on naktoho, Doas écrirons, à cCté de taktobûna, tous écrivei, yaktobâna, ils écriveol.
que nous venons d'indiquer, c'est-à-dire par l'allongement de la voyelle brève de la désinence féminine at, qui devient ât.
IL— Pluriels bribes.— l. Foql-ân-, Fiql-ân-, Faql-a{y).
Sons la fonne que nous venons de reconnaitre, les quatre désinencea du pluriel 6na, âni, ayni, îna. sont exclusivement affectées, les deux premières au nominatif, les deux autres aux cas obliques. Mais, en j remplaçant la voyelle finale paj" les désinences casuelles on, an, in, chacune d'elles a pu servir à tous les cas. C'est ainsi, qu'à côté du pluriel régulier san-ùna, années {cas oblique san-ina), sont nées deux autres formes son-ôrt'on (ace. aon-ôn-an, génit. son-ôn-in) et sin-în-on (aco. sin tn-an, gén. sin-ln-in).
Pour ôna et îna, restées désinences toujours vivantes du pluriel, le fait que nous constatons est fort rare. Mais pour âni, qui ne sert qu'au duel, les exemples sont nombreux. At/ni, au contraire, n'a rien donné de pareil, ou du moins ici ayn se sera contracté en an, et les pluriels formés sur cette désinence Se seront confondusavec les pluriels en m-. (Nous remplaçons les désinences casuelles on, an, in, par un tiret).
Un fait remarquable sur lequel je dois appeler votre attentention, c'est que la formation du pluriel avec les désinences primitives n'altère point le corps du thème nominal auquel elles s'adjoignent. Ainsi les singuliers aA/-j famille^ Aâlti-, écrivant; maktob-, écrit, font au pluriel ahl~ôna,kâiib-6na, maktoàôna. De là le nom de pluriels saim qu'on donne à ces formes. L'action de la désinence ne se fait sentir que sur la anale lorsque celle-ci est une lettre faible, et cette action est alors conforme aux règles ordinaires de la phonétique arabe, phénomène dont nous n'avons pas à nous occuper ici.
Mais, lorsque la désinence du pluriel s'aiijoint les désinences casuelles, il n'en est plus de même : le corps du thème nominal peut alors subir des altérations qui, bien entendu, n'atteignent que les voyelles et quelquefois les semi-voyelles: de là le nom de pluriels àrisés ànuaà à ces nouveaux types. Nous Tenons d'en voir xta exemple dans son-ôn-, sin-în-, à côté da
san-dna ; l'a du radical, nenees ûna, ha, s'altèri
( reçoivent les dési
|ui n'est point modifié avec les désiau contraire lorsque cea mêmes ddsinences casuelles, et il subit alors l'attraction de la voyelle longue qui le suit. Nous allons voir des altérations plus considérables se produire avec la désinence art:
L'adjonction de ladésinence plurielle âa- au thème d'un nom y produit, en effet, une diminutiou intérieure qui consiste: 1» dans l'affaiblissement en o ou en ï de la première voyelle ; 2' dans la suppression de la seconde voyelle, si le mot en avait deux.
Ainsi les noms de la forme fagl- (ou fogl-) et ceux de la forme fagal- (ou foqal-) feront au pluriel foql-ân~ ou figl-ân-. Ex.: sagf-, toit, plur. soq-fân-; balad-, pays, plur. bold-ân; sorad-, sorte d'oiseau, plur. si'rd-ân-.
Une fois accoutumée à ce rhythme et à cette vocalisation, l'oreille les a demandés même pour des mots à voyelle longue. Ainsi : ghazâl-, gazelle; fiholàm, jeune homme, font au pluriel g/iizl-âa-, ghilm-àn-; fâris-, cavalier; raghif, gâteau, font forsân-,roghf-ân-; ckihâb-, îsa brillant, fait chihb-ân- ou chohb-ân-.
A côté de ces pluriels, nous pouvons ranger ceux de la forme faql-ai^y), dont la désinence a{y), qui ne reçoit pointles désinences casuelles, peut être regardée comme la forme apocopée de ayna. Elle s'applique à des mots de la forme faqîlet fait aussi disparaître la seconde voyelle, quoique longue. Seulement, la finale n'ayant plus \'à long, le premier a reste sans altération. Ainsi qatU-, tué; halik-, perdu, font au pluriel qail-(^y), kalk-a{y). Dana ces désinences, le yestmuet; c'est pourquoi, dans nos transcriptions, nous le mettons entre parenthèses.