‹ Les pluriels brisés en arabe: leçon faite au cours d'arabe de la Faculté desChapitre 3 sur 11 · F6qol-, Foqol · texte numérisé non relu

F6qol-, Foqol

Les formations de pluriel que nous venons d'examiner ne présentent rien d'eBsentioUement différent de ce que nous

sommes accoutumés à voir dans les langues du groupe indoeuropéen, où l'addition d'un suffixe produit si fréquemment des modilîcations intérieures, des allégements dans le thème. Celles que nous allons maintenant aborder sont d'un tout au-

tre caractère; non pas qu'on ne trouve aussi dans nos langues des esemples nombreux de chacun des faits que nous allons constater, mais parce qu'on ne les trouve point systématisés, régularisas comme en arabe, pour amener daaa l'esprit une notion particulière bien définie.

Le fait essentiel que nous allons reconnaître, c'est une mélathèse de la désinence du pluriel, qui, perdant sa nasale, franchit d'abord la première et plus tard la seconde radicale.

Prenons la première de nos désinences, 6na. Par l'apocope, le pluriel régulier faqiôna devient façl-ô;\' 6 recule d'un rang et donne faqôl-: par l'attraction de à, t'a qui précède se change en o, et nous avons cette nouvelle forme de pluriel, fogd!-, qui jouit d'une grande vitalité.

Le passage de faqt-ôna à foqôl- a pu être amené ou aidé par les circonstances suivantes:

Dans les pluriels à désinence pleine, tels que ban-6na, fils ; ab-àna, pères; akh-ôna, frères ; han-ôna, choses, kor-dna, boules, etc., où le radical n'a que deus lettres (consonnes), l'oreille arabe, accoutumée à la ti'ilitéralito ordinaire de ses noms, a cru sentir des radicaux i-w-n, â-b-n, a-kh-n, ft-n-n, k-r-n, c'està-dire que i'n de la désinence lui a semblé partie intégrante du mot*. Dès lors, le pluriel a paru formé par cerhjthme et ce vocalisme: une voyelle brève à la première syllabe, un 6 introduit avant I'n final. Appliquant cette conception aux trilitères réellement terminés par un n, comme qarn-, corne; âyn-, œil; badan-, corps, etc., et changeant l'a de la première syllabe en 0, par suite de l'attraction de Vô qui suit, on a eu les pluriels qorôn-, 6yÔH-, bodôn-, etc. Et ce système de pluralisation a paru si naturel que presque aucun nom terminé en n n'y a échappé.

L'articulation / est physiologiquement très-voisine de n; c'est pourquoi les mots terminés en / étaient naturellement portés à suivre la même loi ; aussi ces mots, pour la plupart, font-ils leur pluriel suivant le m^e système : labl-, tambour; p!ur. tobôl-; 'idjl-, veau, 'odj'ôl-; fodjl-, radis, fodjôl-; àsalmiel, ôsôl-, etc. Le nombre considérable de ces mots a conduit, par analogie, à appliquer ce sjstèrae à toute Sorte de noms

* Voj. Oofard, ouvrage cité, p. 80.

— Iodes formes faql-, foql-, figl-, /aqal-, quelle que fût d'ailleurs leurdésiDence;ainsina/g', âme, a fait au pluriel no/ôs-; diond-, armée, a fait djon&d-, etc.

De la îormefogdl- est née, par l'abrègement de ô [soit vocal, «oit purement orthographique), la forme allégée foqol-, égalem^at très-emplojëe. Souvent les mâm es mots prennent indifféremment Tune ou l'autre forme. Ainsi saqf-, toit, fait ioqôf'OM (o^o/'-;na;nt'r-, léopard, fait notniJr- ou nomar-; atad-, lion, osôd- ou osod-, etc.

Beaucoup de mots de la forme fiqâl- font leur pluriel en foqol-; par exemple kitâè-, livre, fait kotob-. Pour comprendre la transformation, imaginons que kilâb- ait d'abord pris la désinence 6n-, en subissant les altérations que provoquerait en pareil cas l'adjonction de la désinence an-: de même qne chihâb- fait chokb-ân, de même kttâb- fera kotb-ôn-, puis kotâb-, et enfin kotob-.

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