‹ Les plus anciens chansonniers françaisChapitre 10 sur 16 · JI&H · texte numérisé non relu

JI&H

Les mss. nous offrent différentes formes du nom de ce poite : A : Cunes de Betunes (Betunez), mesure Cunes de Betunes, K : Cevaliers, Quenes, sire Quenes, mesire Quenes de Bttune, de Biethune. L : Chevaliers, messire Quenes. J* ; Mesire Guesnes, mesire Qaesnes chevalier (trois fois). N: Mesires Quenes de Bietune.* D'aprïs Laborde (Essai sur la musique, II, 319) le chanson' nier de Saintc-Palaye, actuellement perdu, contenait les chansons : Au comancier de ma nouvele amor Chanter m'estuet, que pris m'en est corage Chanson legiere a entandre sous le nom de Guesvres chevaliers. Il y a là sans doute une faute d'impression ou de lecture ou même de copiste et il faut lire : Quesnes chevaliers. Cette mention vient à l'appui de mon opinion que le Cevaliers ou Chevaliers^ auquel les mss. K, L attribuent la chanson Au comencier de ma nouvele amor, et Mesire Quenes de Bethune ne font quune seule et mime personne, La chanson se retrouve dans i ' (/. 11 v) sous le nom de Mesire Quesnes chevalier^ désignation qui se rencontre encore deux fois dans le mime ms. {fol. 10 v et fol. 40 r).

I . Villehardouin écrit Coenes ou Cuenes ; Philippe Mouskes Quennes (de U Bietune 204(1) 23034). Une chronique de Flandre citée dans Duchesne (Hist. gin. de la mais, de Béthune, p. 74) Connain; Niketas Chômâtes (éd. Bekker, Bonn, 183$, p. 825) dittàvT^ç netouvT)c xôu,7)Ta Kov(ii>va ; il se nomme enfin lui-même Cono de Bethunia dans aeux chartes latines du cartulaire de Saint-Barthélémy de Béthune, datées de 1202.

En dehors des onze pikes de Quenes ^ae j'imprime ici on lui attribue encore généralement la chanson :

Chanter m'estuet que m'en est pris coraige

d'aprls Vautoriti du ms. J*. Elle a été imprimée dans le Romancero françois de M. Paulin Paris (;?* 85) et dans /w Trouvères Artésiens rf« M. Arthur Dinaux (7. 390). D'aprls le témoignage plus décisif des mss. K, L, elle paraît appartenir plutôt à Mesire elles de Vies Maisons {trois mss. du 2* groupe, E, F, G, la rangent cependant parmi Us pikes de Mesire Robert de Marberoles).

M. Dînaax attribue aussi à Quenes^ d'aprls l'autorité du chansonnier de Berne, le jeU'parti :

Amis Bertrans dites moy le mîllor

^ne j'ai imprimé dans mon édition de ce ms, (Archiv XLl, p. 347). Wacktrnagel (altiranzœsische Lieder^ p. 104) avait déjà reconnu que ce jeu-parti ne pouvait pas avoir été composé par Quenes, d'autant plus que Guichairs, le véritable auteur, est nommé au commencement du second couplet, ce qui est de rlgle dans les jeux-partis.

En finissant son article sur Quenes M, Dinaux ajoute (Trouv. Art. p, 407) ;

« II reste encore trois chansons connues de ce charmant » trouvère; elles commencent par les vers suivants :

1 Au point d'yver

2 Dex est assis en son saint

3 Gente m'est la saison d'été

» A tout il faut des bornes; sans la longueur démesurée de 9 cette notice^ nous ne nous lasserions pas de citer les produc- » tions du plus aimable poète qu'ait enfanté l'antique province » d'Artois. »

A l'exception de la seconde pike qui n'est que le 3* couplet de:

Ay amors com dure départie

MESIRfi QUBNES DE BETHUNE. 67

(pmicttlurki qui a échappé à M. Dinaux), ces chansons ne sont peint aussi connues quil veut bm le dire, et s'il allègue la lon^ gjuair de sa notiu sur Quenes, pour ne pas les insérer en entier, c'est qu'à la vérité il est daiu l'embarras di les produire. En effet, il ne connaissait gutre ces deux chansons que d'aprïs Uàordi qui, dans sa table des concordances, a donné le premier vers de chMune d* elles (Essai, H, 315).// les citait d'aprïs la table du ms. K qu'il désigne sous le nom de œs. du roi, et d'aprïs le chansonnier de Saintt'Palaje, dont j'ai parlé plus haut. Or, la table du ms. K est fort inexacte et ne correspond souvent avec le texte du volume ni pour l'attribution des pâces ni peiur leur suite. Souvent même elle contient des indications 4e piïces qui ne figurent pas dans le corps du ms. taudis qu'elle en omet qui s'y trouvent. On serait teiUé de croire qm ce serait plutôt une liste des pikes que le scribe se proposait de copier dans les différents recueils qu'il mettait à contribution, que de celles qu'il a copiées en effet. Quoi qu'il en soit, ces piïces ne figurent pas au ms., qu'elles n'aient jamais fait partie du chansonnier ou qu'elles aient été enlevées aux ciseaux, comme tant d'autres dans ce magnifique recueil qui se trouve dans un état affreux de mutilation. Le second ms. qui les contenait et qui appartenait à Sainte-Palaye, est actuellement perdu comme je l'ai dit plus haut.

La table inexacte du ms. Kque Laborde avait le tort de consulter exclusivement au lieu du ms, mime, lui a fait commettre un certain nombre d'erreurs qui sont en grande partie reproduites sans examen dans le livre de M. Dinaux. Pour ne citer quun seul exemple, Laborde dit que la chanson :

L'autrier un jor après la Saint Denisie est attribua à Jean Erars dans le ms. du roi (K). Cependant la table mime cite cette piïce parmi les chansons de Quenes. Dans le nombre des piïces de Jean Erars indiquées par la table il y en a une qm commence ainsi :

Lautrier un jor

Elle ne se trouve plus dans le corps du volume; c'était probablement, à en juger par le début si commun pour ce genre de poésie, une des nombreuses pastourelles que Jean Erars nous a laissées. En tout cas elle n'avait rien à faire avec la puce de Quenes qui se trouve encore sous son nom dans le volume (foL 47 v) et dans la table. Au lieu de vérifier l'assertion de Laborde, ce qui lui eût été facile s'il eût seulement pris la peine de chercher à reconnaître quel était le chansonnier que ce critique désignait sous le nom de Ms. du roi^ M. Dinaux s'attache à démontrer à grand renfort d'arguments (p. 397) que cette pihce ne peut pas être de Jean Erars.

fai exclu de la liste des chansons de Quenes la pièce Voloirs de faire chanson ^ui lui est attribuée par le chansonnier de Berne et que M, Dinaux admet parmi ses poésies d'aprls l'autorité de ce ms. Le chansonnier K qui {comme j'ai déjà eu occasion de le dire) a plus de poids dans la balance pour l'attribution des piïces que tout autre ms. et avant tout que le chansonnier de Berne, l'attribue, d'accord avec le ms. L, à Maistre Willeaumes li viniers {KfoL 105 v, Lfol. 26 v). Cette rédaction compte deux couplets de plus que celle du chansonnier de Berne,

La même autorité pour l'attribution des pièces qui nous a servi à éliminer de la liste des œuvres de Quenes une chanson dont Willeaumes li viniers est le véritable auteur^ assure d'un autre côté à notre poète la paternité de la pièce :

Il avint ja dans un autre paîs qui est attribuée à Richars de Fumival par trois mss, du second groupe {E, F, G), mais qui appartient à Quenes d'après le témoignage du ms. K {d'accord avec A et L). En règle générale^ les attributions des mss, du deuxième groupe ne doivent jamais être admises sans examen.

Les chansons de Quenes nous fournissent encore deux autres exemples qui démontrent combien on est en droit de se méfier des désignations de ces mss. C'est d'abord la chanson :

MESIRB QUENES DE BETHUNE. 69

Ay aroors^ corn dure départie qui appartient à Quenes d*aprïs l'autorité de cinq mss. de trois groupes différents {a qui augmente naturellement de beaucoup le poids de leur témoignage). Les mimes trois mss, du second groupe qui font honneur, comme nous venons de voir, à Maistre Richars de Fumival d'une des meilleures pièces de Quenes^ s'accordent aussi à assigner cette pilce de Quenes à un poète qui, à vrai dire, n'a guère besoin de voir, augmenté son bagage littéraire, au chastelain de Couci. C'est sur l'autorité trh'peu assurée de ces trois mss. {dont deux, E et F, sont exécutés par le mime copiste) que Laborde et Michel réclament cette belle chanson pour leur trouvïre de préfé' rence. Elle appartient de plein droit à Quenes^ et je l'ai imprima ci-aprls {IIII),

La troisilnu pièce de Quenes^ attribuée faussement à un autre par des mss. du 2' groupe, c'est la chanson :

Au commencier de ma nouvele amor.

que le ms. E place sous le nom de Jaques d'Espinais^ et le ms. F sous celui de Gautiers d'Espinais^ mais qui est assignée par J*, K, L, à Mesire Quesnes chevalier, chevaliers (cevaliers) {voy. p. 2).

Les chansons de Quenes ont été, pour la plus grande partie, très-souvent publiées, mais trop souvent aussi d'une façon fort incorrecte.

Voici les titres des ouvrages oh elles figurent :

Sinner, Cat. codd. mss. bibl. Çern., ///, 365 {la chanson IIII d'après A).

Laborde, Essai sur la musique^ II, 302 {la mime, parmi les pikes du chdtelain de Coucy auquel elle est attribuée à faux par les mss. E, F, G); //, 169 {VIIII, d'après K).

Auguis, Poètes françois depuis le Xll' siècle, //, 2 1 J[ VIIII, d* a près Laborde).

Paulin Paris, Romancero françois, pp. Syi 10 {I, II, IIII, V, VII, VIII, VIIII, d'après B, K, L).

70 MESIRE QUENES DE BETHUNB.

Van Hassclt, Essai sur l'histoire de la poésie française en Belgique, ;;. i8-} i (///, ////, V, VII, Vllîî, d'aprls M. Paris),

Btuhon, Recherches et matériaux pour servir à une histoire de la domination française dans les provinces démembrées de Tempire grec, /, 419-425 {l'X, d'aprhs les mss, K a L).

Dinaax, Trouvères Artésiens, p. 386 rt suiv, (l'XI d'aprls A, K, L).

Keiler, Romvart, p, 254 (//// d'aprh N).

Matzner, altfranzcesische Lieder, p, 7 (//// d'aprh Kdler),

Wackernagel, altfranzœsische Lieder und Leiche, p. 39-42 (////, XI, d'après A).

Michel, Chansons du châtelain de Coucy, p. 85 (IlIId'aprls E, F, G).

Uroux de Lincy, Chants historiques, /, 30-4) (///, VII, VIII, VIIII, d'aprïs B, K, L); /, 109-1 1 5 (////, V, d'aprïs A, K,L).

Bartsch, Chrestomathie de Pancien français, col, 183-186 (///, ////, d'aprhs Matzner, Leroux de Lincy et les mss. K, L).

Mon édition du chansonnier de Berne, Archiv, XLII, ;?. 330 (Jf 368(V7/, VIIII d'aprls A),

Hofmann, altfranzœsische lyrische Gedichte, p, 23 {VIIII ^ d'aprïs A).

Meyer, dans les Archives des missions scientifiques et littéraires, 2* série, tome V, p. 226 {VII, d'aprïs D).

M, Dinaux, qui, comme je viens de le dire, a imprimé le plus grand nombre des piïces de Quenes dans ses Trouvères Artésiens, s'est quelquefois étrangement mépris sur le sens du texte qu'il publiait, P, ex. il prend I, 14 hardement pour un adverbe; III, 1 il traduit m'envoise par je chante, au v, 4 defois par défout, au V, 19 outrageus del trover par hardi en mes vers; X, i derverie par amour. Son texte, qui n'a aucun caractère critique, est ou trïS'mal transcrit ou imprimé avec trïs-pea de soin: Ufour*

IffKSmË QUENES DE BETHUNE. 7I

mille de formes barbares qui ne se trouvent dans aucun ms. et de mots changés ou estropiés qui défigurent quelquefois les phrases de façon à les rendre inintelligibles,

J* fol 10 r (Mesire Gaesnes) L fol, loi r {Mesire Qaenes).

Chançon legiere a entendre Ferai, car bien m'est mestiers

Que chascuns la puist aprendre,

Et qu'on la chant volentiers; 5 Ne par altres messagiers

N'iert ja ma dolors mostrée

A la millor qui soit née.

Tant est sa valors doblée *

Qu' orguels et hardemens fiers 1 Seroit, se ja ma pensée

Li descovroie premiers;

Mais besoins et desiriers

Et ce qu'on ne puet atendre

Fait maint hardement emprendre.

1 5 Tant ai celé mon martire

Toz jors a tote la gent,

Que bien le devroie dire

A ma dame solement,

Qu'amors ne li dist néant 20 Neporquant, s^ele m'oblie,

Ne Publierai je mie.

Porquant se je n'ai aïe,

De li et retenement,

72 MESIRE qUENES DE BETHUNE.

Bien fera et cortoisie

2 5 S'alcune pitiés l'emprent.

Al descovrir mon talent Se gart bien de i'escondire S'ele ne me vuet ocirre.

Fols sui, qui ne ii ai dite )o Ma dolor qui, est si grans, Bien deûst estre petite Par droit, tant sui fins amans!

Mais je sui si mescheans Que, quanques drois m'i avance,

3 5 Me retolt ma mescheance.

Toz i morraî en soffrance; Mes sa bealtez m'est garans De ma dame et la semblante Qui toz mes mais fait plaisans.

40 Si que je muir toz joians^ Que tant désir sa mérite Que ceste mort me délite.

Noblet, je sui fins amans, Si ai la millor eslite 4 s Dont onques chançons fu dite.

B fol. 102 V {sans nom d'auteur, Us coupL 3 et 4 intervertis) E pag. 2 1 5 (attribuée à Jaques d*Espinais, l'envoi manque) F foL 104 r (Gautiers d'Espinais, l'envoi manque) G fol, 135 {sans nom d'auteur, l'envoi manque) K fol, 22 v {attr. à Cevaliers, à moitié arrachée) L fol. 98 r (Chevaliers) J* fol. 1 1 y

(Mesire Quesoes chevalier) M fol, 1 1 r (Vtmoi manque, sans nom d'auteur).

Al comencier de ma novele amor Ferai chançon, car pris m'en est talens; Si vuel prier a celé qui j'aor, Puisque del tôt li sui obedians, 5 Por Deu, qu'ele ne m'i soit desdaignans :

Ainz daint voloir que par moi soit servie, Si en serai plus liez tote ma vie.

Ce ne me doit nuls tenir a fôlor, Se je désir estre ses bien voillans^ to Puisque biahez fait de li mireor Et en toz biens est ses entendemans.

Deus! com serai renvoisiés et joians, Se ja nul jor vers moi tant s'umilie Que par son gré l'os apeler amie !

1 j Je me delis al espoir que j'en ai

Si dolcement, qu'il m'est sovent avis Qu'ele m'otroit s'amor de cuer verai :

Mais tost m'en est cest dolz pensers faillis, Car de paor sui mas et esbahis, 20 Tant dot raison, se ele i met s'entente, Sanz estre amez criem morir en atente.

Et nonporquant toz jors la servirai Sanz falseté come leals amis Car nuls fins cuers ne doit estre en esmai

2 5 Portant qu'il s'est en halte amor assis ;

Ains doit penser, coment iert desservis Li très grans biens, ou il a mis s'entente :

74 MESIRB qUBNES DB BETHUNB.

Ne ja nul jor por mal ne s'en repente.

Il m'est avis, qui a droit vuet jugier

}0 Que fins amans ne doit d'amor partir, Qu'en poi d'ore rent ele tel loier Qge nuls n'auroit pooir del desservir.

Por ce li vuel bonement obdf , Et vuel prier ma dame honorée

^ 5 Qu'avec bialté soit pitiez assamblée.

Cuens de Qaelre, rians ne puet avaftder Fors bone amors celui qui a li béé :

Entendez i, s'iert vostre honors doblée.

K foL 45 V (Quenes. Le dernier mot du v, i^ et les vers 20 et 2 1 sont arrachés avec les armes de Quenes qui se trouvaient sur le recto) L fol, 99 r (Mesire Quenes).

M oit me semont amors que j6 m^envoise^ Quant je plus doi de chanter estre cois.

Mais j'ai plus grant talent que je me coise, Por ce s'ai mis mon chanter en defois } Que mon langage ont blasmé li François Et mes chançons, oiant les Champenois Et la contesse encor, dont plus me poise.

La rolne n'a pas fait que cortoise Qui me reprist, ele et ses fils li rois; 10 Encor ne soit ma parole françoise, Si la puet on bien entendre en françois.

Ne cil ne sont bien apris ne cortois

MESIRB QUBNES DE EETHOUEé 7f

S'il m'ont repris, se j'ai dit mot d'A^tote,

Car je ne fui pas norris a Pontoîse.

1 5 Deus, que ferai ? dirai ii mon corage i , Li irai je dont s'amor demander?

OU, par Deu ! car tel sont li usage

Qu'on n'i puet mais, sans demant, rien trover.

Et se je sui oltragos del trover, 20 Ne s'en doit pas ma dame a moi irer,

Mais vers amors qui me font dire oltrage.

A fol. i V (Cunes de Betunez) C* foL 74 r (les couplets 1 , 2, 4, 6, 5, sans nom d'auteur) E pag. 93, F fol, ^^ r et G f. 29 (les couplets i, 2, /^, 6, ^, au chastelain de Coud) J^ fol, 40 r {les couplets i, 2, 6, 5, 4, à Mesircs Quesnes chevalier) Il /. 46 V et Lfol, 100 r {les couplas i> 2> 6, 5^ 4, 3^ i Quenes de Betune) M fol, 90 v {sans nom d'auteur, la rédaction du ms, A sans les 4 derniers vers qui appartiennent exclusivement à ce ms,) N fol. 23 v {les couplets i, i, 6, $, et les v, 25-30, à Quenes de Bietune). Le fragment f {partie du Chansonnier d'Esté) que je n'ai pas vu, contient une copie italianisée de notre chanson, elle est la 49' au rang des pilces que le scribe a attribuées à tort à Monios.

Ahi, amors, com dure départie Me covient faire a perdre la millor, Qui onques fust amée ne servie !

Deus me ramainst a li par sa doiçor 5 Si voirement com j'en part a dolor!

Deus! qu'ai je dit? ja ne m'en part je mie :

Se li cors va servir nostre signor, Toz li miens cuers remaint en sa baillie.

Por li m'en vois sospirant en Surie,

10 Car nuls ne doit faillir son creator; Qui li faldra a cest besoing d'aie, Sachiez de voir, faldra li a grignor.

Et sachent bien li grant et li menor Que la doit on faire chevalerie,

1 5 Qu'on en conquiert paradis et honor Et los et pris et l'amor de s'amie.

Lonc tans avons esté pro par oisose :

Or i parra qui a certes iert pros, Qu'il voist vengier la honte dolerose,

20 Dont toz li mons est iriés et hontos, Quant a nos tens est perdus li sains lius Ou Deus por nos soffri mort angoissose.

Or ne nos doit retenir nule honors D'aler vengier ceste perte hontose.

2 } Qui or ne vuet avoir vie anoiose, S'i voist morir liés et bals et joios, Car celé mors est dolce et saverose, Ou conquis est paradis et honors.

Ne ja des mors n'en i aura uns sols,

90 Ains vivront tuit en vie gloriose.

Et sachiez bien, que ne fust ameros, Molt fîist sa voie et bone et delitose.

Tuit li clergiés et li home d'eage Qui de bienfois et d'almosnes vivront,

3 ; Partiront tuit en cest pèlerinage, Et les dames qui chastement vivront.

Et lealté portent cels qui iront :

Et s'eles font par mal conseil foiage,

A lasches gens malvaises le feront, 40 Car tuit li boen iront en cel voiage.

Deus est assis en son saint héritage :

Or i parra com cil le secorront

Qui il geta de la prison ombrage^

Quant il fut mis en la crois que Turc ont !

45 Certes, tuit cil sont boni qui n'i vont,

S'il n'ont poverte ou viellece ou malage,

Et cil qui sain et jone et riche sont

Ne porront pas demorer sans hontage.

Las! je m'en vois plorant des eus del front 50 La ou Deus vuet amender mon corage,

Et sachiez bien qu'a la millor del mont

Penserai plus que ne fais a voiage.

Lt chansonnier provençal conservé à la bibl, du Vat. sous le /i* 3208 contient à la p, 54 une chanson que M. le D" Gruzmacher a publiée dans /'Archiv fur das Studium der neueren Sprachen, t. 34^ p, i'](), parce qu'il ne la trouvait dans aucun autre chansonnier provençal et quil la croyait inconnue. Ce sont deux chansons françaises bien connues que le scribe provençal a fondues ensemble. On reconnaît encore, à travers le langage horriblement mutilé et défiguré par le fait du copiste qui évidemment ne comprenait pas le plus souvent ce qu'il transcrivait, dans le premier couplet du ms, du Vatican (Fonka nuls hom por dura departea) et le deuxilme (Li renoiers, etc.) les deux premiers couplets de la chanson française trls-souvcnt imprimée {par Laborde, Tarbé, Michel y Keller, Matzner, Leroux de Lincy et dans mon édition du Chansonnier de Berne n* 467) :

S'onques nuis hom por dure départie

78 MBSIRE QUENES DE BETHUNE.

que U ms» 4 attribue au roi Thibaut, E et G au chàtetain de Coucy, et K, L, N, Q^ avec plus de raison, à Hugues de Bregi. Les 4 premiers vers du y coupl, de la pièce proveoçalisée qui commence : Mult acrossez amoros acointandre, correspondent fiu 4* coupl. de S'onques nuls hom dans N: Tout a croisies amourous a contendre; les 4 derniers auxv, 5-10 de notre chanson Ahi, amors, etc.; les coupl, ^^ et 5 sont les coupl, z et 6 de notre pilcCy 6 et j sont ^ et j^ de S'onques nuls hom dans N; viennent ensuite dans le ms. du Vatican le ^* de la même pïtce dans la rèd, de L (ce coupl. manque dans N) et le 6* de cette rld. qui se trouve également dans N et qui est le y dans A- Quant aux 4 derniers vers de la copie provençalisée du Vatican, je ne Us retrouve dans aucun chansonnier français.

B fol. 96 r {sans nom d'auteur) E pag. 598 et F fol. 18} r {les couplets \, 4, 1, G, et les vers 37-40, rédaction toute différente, sans nom d'auteur) Kfol. 47 r et L fol. 100 v {les couplets 1,2, } y 6,^, attribués à Sire (Mesire L) Quenes, rédaction plus rapprocha de celle du ms. B) M fol, 18 r {la rédaction du ms. F plus les vers 49-52, sans nom d'auteur).

Bien me deûsse targier De chançons faire et de dis et de chans, Quant il m'estuet aloignier De la millor de totes les vaillans.

5 Et s'en puis bien faire voire vantance Que je fais plus por Deu que nuls amans.

Si en sui bien en droit m'arme joians, S'en ai a cuer et pitié et pesance.

Chascuns se doit enforcier

10 De Deu servir, ja n'i soit li talans,

Et la char vaincre et plaissier,

Qui toz jors est de pechier desirans;

Et lors voit Deus la doble pénitence,

Helas! se nuis se doit salver dolans, 1 5 Dont doit par droit ma mérite estre grans,

Car plus dolans ne s'en part nuls de France.

Vos qui robez les croisiez

Ne despendez mie l'avoir ensi :

Anemi Deu en seriez, 20 Las! que poront dire si anemi,

La ou li saint trambleront de dotance

Devant celui qui onques ne menti?

A icel jor seront tuit mal bailli,

Se sa pitiés ne cuevre sa pesance!

25 Ne ja, por nul desirier

Ne remaindrai ci avec ces tyrans

Qui sont croisié a loier

Por dismer clercs et borjois et serjans :

Plus en croise envie que créance ; p Puisque la crois n'en puet estre garans,

A cels croisiés sera Deus trop soifrans

S'il ne s'en venge a poi de demorance!

Li quens s'en est ja vengiés

Des hais barons qui or li sont failli :

j 5 Qu'or les volsist enpirier,

Qui sont plus vil que onques mais ne vi

Si mal deshait, bers de si faite semblance

Con li oisels qui conchie son nitl

Poi a de cels : n'a son règne honi,

8o MESIRE QUENES DE BETHUNE.

40 Puis qu'il i a sor ses homes puissance.

Qui si a baron empiriez,

Sert sans aûr, ja n'aura tant servi

Que ior en praigne pitiez.

Por ce valt mielz Deu servir, que je di 45 Que lui n'afiert ne aûr ne chevance

Mais qui mielz sert et mielz li est meri.

Pleûst a Deu qu'amors feist ensi

Envers toz ceis qu'en li ont Ior fiance I Or vos ai dit des barons la semblance :

jo Se ior en poise de ce que je ai dit,

Si s'en praignent a mon maistre d'Oisy

Qui m'a apris a chanter très m'enfance.

Le ms. qui a seul conservé le y couplet complet et {avec M) les vers 49-52 si importants pour l'histoire littéraire et particuUïrement pour fixer l'âge respectif de Hues d'Oisy et de Quenes de Bethune contient à la suite de ceux-ci quatre autres vers qui ont été omis par tous les éditeurs. Il est vrai qu'ils présentent des difficultés d'explication, mais ce n'était pas, selon moi, une raison de les passer sous silence. Les voici :

Par Deu, compains, adés ai ramanbrance Conques aûst amin ne tous li mons Ne vadroit riens sans li magrei Gilon Adés croif sa vaillance.

On voit tout de suite que ces quatre vers ne se rattachent au servtntois de Quenes ni par la construction rhythmique ni par le sens. Mais comment expliquer leur présence dans le ms. B, oà ils sont rangés à la suite des autres couplets et écrits de la mime mainf f incline à croire que nous avons affaire à un fragment de sotte chanson du genre de celles dont le ms, D nous a conservé de si

MESIRE QUENES DE BETHUNE. 8l

nombreux exemples ou d'une chanson satirique dans le goût de :

Arras est escole de tous biens entendre (L foL 197 r);

car on pourrait restituer, sans faire trop de violence au texte, les quatre vers de cette mamhre :

Par Deu, compains, adés a ramanbrance Qff'onqués ^ûst amin, ^ue tous li mons Ne va/droit rien sans le maigre Gilon ; Adés croist sa vaillance !

La confusion du scribe qui aurait fait entrer ce fragment dans la pïtce de Quenes aurait été causée par les rimes en ance. // n'est pas sans exemple que des copistes peu soigneux aient rattaché des couplets isolés à une chanson connue, sans autre raison suffisante. Il faudrait encore, pour motiver une telle supposition, admettre beaucoup d'inintelligence et trhs-peu de soin de la part du scribe. Et en effet, ces deux défauts se retrouvent dans presque toutes les pièces de cette partie du ms. B, laquelle constitue la seconde section de ce chansonnier comprenant les feuilles 94 ^ 109. (Je ne tiens pas compte des deux feuillets 92 rt 93 qui, laissés en blanc originairement, ne paraissent être remplis qu'à la fin du XIII' s. par celui qui a réuni les différents cahiers sous une même couverture). Cette section, qui est regardée, à tort selon m(û, comme la plus ancienne du ms. par M, Leroux de Lincy (Bibl. de l'Éc. des chartes, /, 360), formait comme les autres dans l'origine un cahier à part qui, pour le jongleur, tenait lieu des rouleaux que nous voyons sur les miniatures du ms. M. Ce cahier a été probablement écrit de la main même du jongleur. Les jongleurs portaient ces rouleaux ou cahiers avec eux pour chanter les chansons qu'ils y avaient transcrites.

Je ne puis pas entrer ici dans plus de détails sur la composition de ce recueil, j'aurai à en parler plus amplement dans l'introduction; il doit me suffire, pour le moment, de constater que cette seconde section est exécutée avec autant de négligence que le scribe

de la première a apporté de ^oin dans son travail» En dehors des mots travestis par une orthographe impossible, il y a presque sur chaque page des mots et des lettres oubliés : on dirait que le scribe a écrit à la hâte ou sous la dictée de quelqu'un. Heureusement ces corruptions n'entachent que la langue et l'orthographe, et il est possible le plus souvent de reconnaître la bonne leçon à travers le langage corrompu par la négligence du copiste.

On trouvera à la fin du volume les variantes de B pour cette chanson et pour les autres qui se rencontrent dans cette section : elles donneront une idà suffisante de l'état général du texte qui me parait autoriser la supposition que je viens d'émettre sur la nature des quatre vers et sur la raison pour laquelle ils se trouvent à cette place ainsi que les corrections que j*ai proposées pour leur rendre un sens.

A fol. 257 V {sans nom d'auteur) Kfol. 4S v rt LfoL 99 r (les couplets 1^ 2^ 4, attribués à Mesire Quenes).

Tant ai amé qu'or me covient haïr.

Et si ne quier mais amer, S'en tel liu non, qu'on ne sache mentir.

Ne décevoir ne falser.

5 Trop longuement ai soffert ceste paine, Qu'amors m'a fait endurer, Mais nonporquant leal amor certaine Voldroie encor recovrer.

Assez i a de celés et de cels 10 Qui dient que j'ai mespris -

De ce qu'ai fait coverture de sels.

Mais li pluisor ont mespris De son anel que je mis en traîne,

Car en boen droit i fu mis; 1 5 Car par l'anel fu faite la saisine

Dont je sui mors et trais.

A molt boen droit en fis ce que j'en fis,

Se Deus me doinst boens chevals, Et cil qui dient que j'ai mespris 20 *Sont parjure et tuit fais.

Por ce deschiet bone amors et descline,

Car on lor soffre les mais ;

Et cil qui cèlent les fais, Covines font les pluisors desleals.

25 Qui or voldroit leal amin trover, Si vaigne a mon loz choisir ; Mais bêle dame se doit bien garder, t Que ne m'aint pas por traïr, Qu'ele feroit com foie et corn vilaine 30 S'en poroit bien mal oïr; Ainsi com fist la false chapelaine, Que toz li mons doit haïr.

Le sens de la plus grande partie de cette pilce est loin d'être clair. Les difficultés d'explication tiennent moins encore aux corruptions que le texte parait avoir subies qu'à l'ignorance absolue dans laquelle nous nous trouvons sur les faits de la vie priva de Quenes auxquels il est fait allusion dans cette pike»

^ MÏSIRR QUENES DE BETHUNE,

À /(»<. 98 r (Messiwx Cunes de Betuncs) B foL i j6 » (5tfw i^m /rfttJ#ttr) £> grawi ci^<M5 XIV {sans nom d'aïUtnr) E pag. iif? f M >09 rt UM Ma (k dtrmr coapL mênqm, attr. 4 RWh^fs i^ FurnWal) K^/. 4S *« ^^^• 9« (**«« Qsenes) W /^/. 74 ^ ('♦ rf^'^w^ <^/^^** «<wfw> *<« ««« «^«ttnr) /,

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MESIRE QUENES DE BETHCNE. 85

i( Par Deu! vasals, on vos doit bien amer!

20 Guidiez vos donc qu'a certes le deisse i Nenil, par Deu ! ne me vint en penser Qu'onques nul jor je vos doignasse amer, Que vos avez sovent gringnor envie D'un bel valet baisier et acoler. »

25 — « Par Deu! dame, j'ai bien oit parler De vo bialté, mais ce n'est ore mie ; Et de Troies ai je oït conter Qu'ele fut ja de molt grant seignorie; Or n'i puet on fors la place trover:

}o Por ce vos lo, dame, a escuser Que cil soient reté de tricherie Qui désormais ne vos voldront amer. »

— « Par Deu! vasals, mar vos vint en penser Que vos m'avez reprové mon eage,

55 Se j'avoie tôt mon jovent usé,

èi sui je riche et dé molt hait parage, On m'ameroit a petit de bialté.

Certes, encor n'a pas .11. mois passés Qui li marchis m'envoia son message,

40 Et li Barrois ala por moi joster. »

— « Par Deu! dame, ce vos puet bien grever Que vos gardez toz jors en signorage.

On n'aime pas dame por parenté Ains l'aime l'on quant ele est bêle et sage 45 Vos en saurez par tens la vérité,

86 MESIRB QUENES DE BETHUNE.

Car tel cent ont por vostre amor josté Qui, s'estiez fille al roi de Cartage N'en averoient jamais la volenté. »

Kfol, ^6 V et L fol, 99 v {à Mesire Quencs).

ele dolce dame chiere, 'Vostre grans bialtez entière M'a si sospris, Que se g'iere en paradis 5 S'en revendroie arrière, Par covent que ma proiere

M'eùst la mis Que fuisse vostre amis N'a moi ne fuissiez fiere, Car aine en nule manière 10 Ne forfis.

Que fuissiez ma guerrière.

Por une qu'en ai haie, Ai dit as altres folie Come iros ; 1 5 Mal ait vos cuers covoitos Qui m'envoia en Surie!

False estes, voir plus que pie.

Ne mais pour vos N'avérai mes eus ploros.

20 Vos estes de Tabeie

. As sofraitos, Si ne vos nomerai mie.

A fol. 133 r (Cunes de Betunes) B fol, 97 v {sans nom d'auteur) KfoL jyjvetLfoL 100 v (i, 2, 4 ^ Mesire Quenes).

L'altrier, un jor après la Saint Denise, Jere a Betunes ou j'ai esté sovent; Remembrai moi dés gens de maie guise Qui m'ont sus mis mensonge a.esciant,

5 Que j'ai chanté des dames folement.

Mais il n'ont pas ma chanson bien aprise, Qu'ains n'en chantai fors d'une solement Qui me fist tant que vengence en fut prise.

Il n'est pas drois d'un home desconfire^

10 Si vos dirai bien la raison coment :

S'on prant, par droit, d'un laron la justice Qu'en afiert il a leals.? — De néant!

Néant, par Deu! qui raison i entent.

Mais la raison est si ariere mise,

1 5 Que ce qu'on doit loer, blasment la gent. Et loent ce que li sage moins prise.

Dame, lonc tens ai fait vostre servise La mercit Deu, or n'en ai mais talent :

Qu'une altre amor m'est el cuer si assise,

20 Que toz li cors en alume et esprent, Et me semont d'amer si haltement, Q^'en moi ne truis ne orguel ne faintise.

Et j'amerai, ne puet estre altrement, Si me métrai del tôt en sa franchise.

25 En la millor del reaime de France, Voire del mont, ai mis tôt mon penser.

Mais ce me fait sovent estre en dotance, Que sa valor ne me taigne en vilté.

Car tant redot l'orgoillose bialté

30 Mais ce me fait avoir bone espérance, Qu'el monde n'a nule si grant fierté, •Qu'amors ne puist plaissier par sa puissance.

KfoL 46 V (Mesire Quenes de Betune) Lfol. 99 v

(Mesire Quenes).

e rage et derverie Et destrece d'amer M'a fait dire folie Et d'amor mesparler; 5 Nuls nç m'en doit blasmer.

Se a tort me fausnie Amors qui j'ai servie, Ne me sai ou fier.

Amors, de félonie 10 Vos voldrai esprover.

Tolu m'avez la vie Et mort sanz desfier.

La m'avez fait penser Ou ma joie est perie.

MESIRE QUENES DE BBTHUNE. 89

1 5 Celé qui je en prie

Me fait d'altre espérer.

Plus est bêle qu'image

Celé que je vos di; *

Mais tant a vil corage 20 Anuios et failli,

Qu'ele fait tôt ausi

Con la louve salvage,

Qui des lous d'un boscage

Trait le pior a li.

2 5 N'a pas grant vasselage

Fait, s'ele m'a traï ; Nuls ne l'en tient por sage Qui son estre ait oi :

Mais puisqu'il est ainsi 30 Qu'ele a tort m'i dégage,

Je li rent son homage Et si me part de li.

Molt est la terre dure, Sanz iave et sanz humor,

3 5 Ou j'ai mise ma cure.

Mais n'i cueldrai nul )or Fruit ne foille ne flor :

S'est bien tans et mesure Et raisons et droiture 40 Que li rende s'amor.

Xï.

A fol, 229 V (/f vers 32 manque, Cunès de Betunes) B foL 28 r {sans nom d'auteur) f, la 47' piïce attr, à Monios.

Si voirement, com celé dont je chant, Valt mielz que totes les bones qui sont, Et je l'ain plus que rien qui soit el mont, Si me doinst Deus s'amor sens décevoir :

5 Que tel désir en ai et tel voloir.

Ou tant ou plus, Deus en sait la verte, Com li malades désire la santé Désir je li et s'amor a avoir.

Or sai je bien que riens ne puet valoir, 10 Tant com celé de cui j'ai tant chanté.

Qu'or ai veû et li et sa bialté.

Et si sai bien que tant a de valor.

Que j'en doz faire et oltrage et folor :

D'amer si hait ne m'averoit mestier.

1 5 Et nonporquant maint povre chevalier Fait riches cuers venir a halte honor.

Ains que fuisse sospris de ceste amor, Savoie je altre gent conseillier.

Et or sai bien d'altrui jeu enseignier, 20 Et si ne sai mie le mien juer.

Si sui com cil qui as eschas voit cler, Et qui très bien enseigne l'altre gent.

Et x^uant il jue, s'i pert si son sen.

Qu'il ne se sait escorre del mater.

2 5 Helas! iriés je ne sai tant chanter

Que ma dame perçoive mon lorment :

N^encor n*est pas si grans mes hardemens, Que je li os dire les mais que trais Ne devant li n'en os parler ne sai ; 30 Et quant je sui aillors, devant altrui, Lors i paroi, mais si poi m^i desdui.

Qu'un anui valt li desduiz que j'en ai.

Trestot devis, coment je li dirai La grant dolor que j'en trais sens anui,

3 5 Que tant la doz et désir quant g'i sui,

Que ne li os descovrir ma raison, Si va de moi, come del champion, Qui de lonc tens aprant a escremir :

Et quant ce vient el champ as colps ferir, 40 Si ne sait rien d'escu ne de baston.

La pike précédente ne manque pas d'intérêt au point de vue de la métrique. Voici le tableau des rimes :

\. a bb ce dd c 2. c dd ee ff e

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