‹ Les plus anciens chansonniers françaisChapitre 11 sur 16 · i kk II mm l · texte numérisé non relu

i kk II mm l

On remarquera tout d'abord que la premiïre rime de chaque couplet est la même qui termine le couplet précédent; c'est une forme provençale bien connue, appelée cobla capcaudada ou capcoada par les Leys d'amers (Monuments de littérature romane pubL p, Catien Arnoult, I, 168 rt 236). Par ce fait que la première rime de chaque couplet est reliée à la dernilre du couplet précédent, la pihce offre {en dehors des rimes I, i et V, 8) une série régulihre

de rimes plates. C'est là un fait tout particulier, généralement, dans la poésie lyrique du Nord aussi bien que dans celle du Midi, l'emploi de la rime plate se borne aux deux ou trois derniers vers des strophes (cobla caudada, Leys, /, 1 69), aux refrains, aux courts couplets qui finissent souvent les chansons en répétant les dernïtres rimes de la derniïre strophe, et aux envois qui replient aussi souvent ces rimes *. Notre chanson présente dix rimes plates réparties entre les cinq couplets de manière que chaque couplet conserve les deux dernïtres rimes du couplet précédent et introduit à la place des deux premières deux nouvelles qui sont conservées à leur tour dans le couplet suivant. Ainsi chaque rime (toujours à l'exception de la première et de la dernière de la pièce) figure dans deux couplets.

Dans la seconde, a et b disparaissent et sont remplacés par e et f

— troisième, cetd — — g et h

— quatrième, e et f — — i et k

— cinquième, g et h — — l et m Je n'ai rencontré ni en français ni en provençal de pièce d'une

construction rhythmique analogue. Les coblas capcaudadas en autra maniera dichas capcoadas ont régulièrement des rimes croisées comme le spécimen donné dans les Leys d'amor, /^ 236 (Mayres de Pieu glorioza); c'est du reste une forme qui se rencontre très-souvent dans la poésie provençale et qui n'est pas rare dans la française. Les trouvères l'ont empruntée aux troubadours comme la cobla capfinida que nous retrouvons p. ex. dans une des meilleures pièces de Gasse Brûlez (De bone amor et de loial amie).

I. Les saluts d'amour à rimes plates ne sauraient constituer une exception à cette règle. Bien qu'ils aient quelquefois une forme strophique régulière et une sone de refrain, comme le n« V publié par M. Paul Meyer d'après le ms. f. fr. 837 dans l'appendice de son mémoire sur le Salut d'amour (p. 31), on ne pourrait guère leur appliquer les règles de construction rhythmiaue observées dans les chansons, vu qu'ils constituent un genre tout a fait à part et trèsdéterminé, comme l'a fort bien fait remarquer M. Meyer (le Salut d'amour, p. 3).

RENALS

// n*y a qu'un seul chansonnier qui donne le prénom de Renais (Reignaut) au célèbre chdtelain. Cest le ms. Egerton 274, conservé au Musée britannique ( Voir le premier rapport de M. Paul Meyer inséré dans les Archives des Missions scientifiques et Httéraires, 2' série, tome ^, à la page 293). Cependant ce témoignage ne fait que confirmer une certitude déjà acquise par le roumans dou chastelain de Couci^ conservé dans le ms, 1 5098 /. fr, de la Bibl. imp, et publié par Crapelet en 1823, où l'on trouve au V. 68 ;

De Couci estoit chastelains^ Bien sai que Regnaus avoit nom.

et par la chronique dont Fauchet rapporte un long passage (Recueil de l'origine, etc. p. 129-130, à la fin : « Geste histoire est dans une bone chronique qui m'appartient, escrite avant CC. ans »).

Il y a deux éditions des chansons du chdtelain de Càuci, La première, publia par Labprde, se trouve dans le second volume de son Essai sur la musique ancienne et moderne, p, 260-305. Elle a été publiée séparément en deux volumes (1781 m- 18) avec la dissertation de Laborde sur la vu et les chansons du chdtelain

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qui figure igaUmmt dans /'Essai, etc. L'édition de Lahorde comprend^ vingt-trois chansons placées dans un ordre tout arbitraire, qui fut fidèlement suivi par M. Francisque Michel dans la seconde édition quil donna des chansons du châtelain en 1830. // intercala seulement aprïs la ly (je ne sais pas trop pourquoi)

la pilce :

Au renouviau de la douçor d*esté,

attribuée au chdtdaitt par le roumans et admise dans le recueil de Laborde, Dans les additions et corrections ajoutées à la fin il publia encore cinq chansons tirées du ms. 1591 {amen 'j6i}) qu'il parait ne pas avoir connu plus tôt. Il y a donc en tout vingt-neuf chansons qui, dans l'édition de M. Michel, forment le bagage littéraire du châtelain. Mais il faut en retrancher. D'abord la première pike : ^

Por verdure ne por pree attribuée au châtelain par le roman déjà cité (Ms. f. fr. 1 5098, ancien suppl. fr. 63 2, fol. 8 r) se trouve sans nom d'auteur dans quatre des cinq chansonniers qui la reproduisent (E, F, G, M) et le cinquième, le ms. K, le plus digne de confiance pour l'attribution des pièces, la place sous le nom de Gasse Brûlé. Nous la restituerons donc à ce trouvère.

La deuxième chanson, qui est attribuée au châtelain dans Laborde et Michel, d'après l'autorité (peu sûre comme nous avons déjà eu occasion de le voir) des mss. E et G, est: Nouvele amor ou j'ai mis mon penser. Deux des plus importants chansonniers {A et N) la contiennent sans nom d'auteur, un troisième généralement digne de foi (L) l'assigne à Symons d*Autie, — En face d'une paternité aussi douteuse, j'ai cru devoir reléguer cette pièce dans un appendice.

La quatrième pièce, dans les éditions de Laborde et de Michel,

Mult ai esté longuement esbahis se trouve sous le nom du châtelain dans les mêmes mss. (E et G)

du saond groupe/ tandis que le ms. A l* attribue à Messire Willames de Vies Maxon. Le ms. K l'assigne à Gasse Brûlé. Elle trouvera sa place parmi les œuvres de ce poète, L'attributhn au châtelain de la pièce :

Par quel forfait ne par quele ochoison

la septième dans Lahorde et Michel, n'est pas beaucoup plus sàre que celle de la deuxième. Ce sont encore les mss. E et G qui r attribuent au châtelain, tandis que A l'assigne à Gasse Brûlé et que les mss. capitaux pour les attributions (K et L) la donnent à Rogier d'Andelis. Un ms. du deuxième groupe J' plaide encore en faveur du châtelain; cependant en face de la divergence des témoignages de manuscrits p\us importants j'ai cru devoir la reléguer aussi à la fin parmi les pièces douteuses. Quant à la neuvième, qui commence :

Moult chantasse volentiers liemant^ '

elle appartient certainement au châtelain dont elle porte le nom dans les mss. E, G, K, L, N, Q^ malgré l'affirmation du ms. A , qui l'assigne à Gemiers d*Airches. C'est par erreur que Laborde dit {II, 322) que « cette chanson est double dans le ms. du roi » (844, l'ancien 7222, le même que nous désignons par K) oà elle serait attribuée la première fois au châtelain et la seconde fois à Hugues de la Ferté. Le serventois de Hues de la Ferté (K fol. 97 r), qui se retrouve dans le ms L. f. 149 v, n'a rien de commun avec la chanson du châtelain que les deux premiers vers. C'est un usage assez répandu dans la poésie lyrique du moyen âge français que d'emprunter le début d'une pièce trèsconnue, comme on empruntait les rimes, la forme métrique, l'air, le refrain. Wackernagel a donc tort (Altfranz. Lieder, p. 182), s'il restreint cet usage aux troubadours. Une connaissance un peu plus étendue de la poésU lyrique des trouvères nous apprend au contraire que ces emprunts de vers entiers, avant tout pour le début d'une pièce, se faisaient plus souvent peut-être dans la poésie

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du Nord que dans celle du Midi, C'est avant tout à la fin du XIJI* et au commencement du XIV* sikh que cet usage devint tris-commun. Le magnifique ms, de Montpellier (196 Bibl. de V Ecole de médecine) nous en fournit de nombreux exemples; j'en trouve aussi dans les œuvres de Guillaume de Machault oà se rencontre par exemple le début d'une chanson tris-connue de Thibaut de Navarre :

Qui plus aime plus endure

(Ms, des poésies de G. de Machault fonds fr, 1 586 fol, 210 r). Ce sont avant tout les auteurs de chansons pieuses qui font un fréquent usage deî chansons d'amour en vogue pour embellir leurs productions^ peut-être aussi pour en faciliter la vulgarisation. Jaques de Cambrai {comme j'ai eu plusieurs fois l'occasion de le dire dans les notes au chansonnier de Berne, qui a conservé seul le nom et la plus grande partie des chansons de ce poète) n'imite que la construction rhythmique; Gautiers de Coinsy, dans les pilces lyriques qui se trouvent à la suite de ses miracles de la Vierge {dont la Bibl. imp. posslde 16 mss,) va beaucoup plus loin^ Pour en finir avec cette digression , je citerai un dernier exemple de cet usage qui a donné lieu à une méprise de Matzner {Ueder, p. 270), c'est la pièce :

Puisque jou sui de l'amoureuse loi^

chanson pieuse attribuée à Wuillaumes de Bethune dans le ms. 1490 du Vatican (fol. 126 v) que Matzner croyait être « incontestablement » (unstreitig) la même que la chanson tris-connue /Adans de la Haie, qui se trou)fe dans le ms. de Berne {A) fol. 181 r. Cependant en dehors du premier vers la pilce dévote, qui est du reste de tous points inférieure à la célèbre chanson ^'Adans, n'a rien de commun avec celle-ci qui se retrouve dans le ms. mime du Vatican au fol. 5 5 r. C'est de cette façon que s'expliquent les différences d'attribution que Matzner désespérait de concilier.

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Si la ncuvihmc chanson attribua au châtelain dans les collections de Laborde et Michel reste sa propriété incontestable, maigri la contradiction isolée d'un ms., il n'en est pas de mime pour la douzihme qui commence :

Quant li louseignolz jolis^ attribuée à Messires Ferris de Ferrières par le chansonnier A, et à Raous de Ferrières par K et L.; elle appartient certainement à ce dernier (dont le nom est apparemment altéré dans A), maigri le témoignage de E et G, qui la donnent sous le nom du châtelain. La quatorzïtme chanson dans V édition de M, Michel (Au renouviau de la douçor d'esté) qui, le premier, l'a admise parmi les pièces du châtelain d'aprïs le témoignage du roumans {fonds fr. 1 5098, foL'\ 16 r), appartient sans le moindre doute à Gasse Brûlez, auquel elle est attribuée par l'unanimité des cinq chansonniers qui la présentent avec un nom de poète {A, E, F, G, K).

La seizilme qui commence :

Mult m'est bêle la douce commencence se trouve sous le nom du châtelain dans les mss. A, E, G, K, L, ^> Q^ H' ^^ présence de cet accord de huit manuscrits, le témoignage isolé du ms, J ', qui l'attribue au roi Thibaut, n'a aucune valeur.

De même la dix-septâme chanson de l'édition de M. Michel : Quant voî venir le bel tens et la flor est attribuée à tort à Messire Andreus 11 contredis par le ms. A; tandis que J*, K et L sont d'accord pour l'attribuer au châtelain.

fai déjà restitué à Gautiers d'Espinal (v. p. 11) la chanson :

Comancemens de douce saison bêle attribuée au châtelain par les mss. E et F.

Le témoignage des mss. Ket L assure au châtelain la paternité de la chanson :

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A la douçor du tens qui raverdoie.

malgré l'attribution de A qui l'assigne à Messire Gasse et de E et F qui la réclament pour Blondiaus de Neele. C'est donc à tort, selon nous, que M. Tarbé a admis cette chanson panni la pïUes de ce dernier,

La chanson 2} du recueil de M. Michel :

Ay amors! com dure départie est déjà imprimée ci-dessus parmi les puces de Qpenes de Bethune, auquel elle est assurée par le témoignage des nus, J'^ K, L, N.

De mime la chanson 24 :

S'onques nus homs por dure départie ne saurait être attribuée au châtelain en présence du témoignage des mss, L, N, Q^ qui la donnent à Messire Hugues de Bregi *.

Parmi les pièces urées du ms. J*, qui se trouvent sous le nom du châtelain dans les additions et corrections ajoutées par M. Michel à son édition, il n'y en a aucune qui soit la propriété de ce poète.

La première, conservée sous une forme trh-corrompue dans le ms. J*, appartient à Jakemon le vinier d'après N {fol. 59 r).

Cest à Gasse Brûlez que la seconde de ces chansons qui

commence :

Li plusor ont d'amors chanté

est attribuée par l'unanimité des autres mss. {A, E^ F, K, L).

Les deux chansons suivantes :

Autre que je ne suel, faz et :

Se j'ai esté lonc tens hors du pais

I. Labordc affirme (II, 317 et 522) que cette pièce se trouve aussi attribuée à Hugues de Bregy^ dans le ras. du roi (K). Cette fois encore, il n'a consulté que la table; la chanson ne se trouve plus dans le corps du volume , d'où elle est enlevée avec le feuillet orné des armes de Hugues. Il est constaté par les notices de Ste Palaye (Ms. f. Morcau 1^64 fol. 236 r] que le ms. était déjà mutilé du temps de Laborde. 11 n'a donc pas pu y trouver une chanson qui n'y était plus.

appartiennent à Gau tiers d'Argies^ bien que pour la seconde qm porte son nom dans K et L, le ms. A confirme l'opinion de J et que les ms^. E et F V attribuent à Gasse Brulé. Quant à la pre» mitre, ce sont les mss, E, F, G, K qui la donnent à Gautiers d'Argies à Rencontre du seul J'.

La pïtce :

Quant la saison dei dous tens s'asseûre, la cinquihme parmi ulles que M, Michel attribue au châtelain dans lis additions d'après le ms. J*, et qui porte le nom de Gasse Birulez dans le chansonnier A, appartient, selon nous, au Vidame d€ Chartres, auquel elle est assignée par les mss. E, G, K, L, N.

Aprïs ces éliminations, des vingt-neuf chansons publiées par M. Michel sous le nom dû châtelain, il n'en reste que quinze qui soient sa propriété incontestable.

Le chansonnier A, qui, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, mérite généralement aussi peu de confiance pour les attributions, qu'il en mérite beaucoup pour la valeur et l'ancienneté des textes, attribue encore au châtelain la pièce :

Plux aîn ke je ne souloie M. Michel n'a pas examiné assez soigneusement la copie de ce ms. qu'il avait entre les mains (fonds Moreau 168^-89), puisqu'il dit (p. 14) qu'il n'y a qu'une seule chanson attribuée au châtelain dans le ms. de Berne, tandis qu'il y en a huit. S'il avait remarqué cette pièce avec le nom du châtelain en tête, il se serait probablement empressé de lui en faire honneur avec ce manque d'esprit de critique dont il fait preuve en lui attribuant toute chanson qui porte son nom dans n'importe quel manuscrit , sans s'inquiéter de la valeur que peuvent avoir les attributions souvent contradictoires des autres. Le témoignage décisif des mss. K et L qui s'accordent pour attribuer cette chanson à Monios ne permet pas de mettre en doute la paternité de ce dernier.

Une autre pièce attribuée au châtelain dans A : Quant voi l'esteit et lou tens revenir

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u rencontre encore dans quatre autres mss. sans nom d'auteur. Elle a dû être admise, en présence de cette attribution non contestie, parmi les pièces du châtela'm. M. Michel ne ïa pas connue ; elle a été imprimée pour la première fois dans mon édition du grand chansonnier de Berne (Archiv, 45, p. 330). Cette chanson est de tout point digne du chdtilain; elle mérite mime, selon moi, de prendre place parmi les mâlleures productions de ce poète,

U édition de M. Michel, bien qu'elle reproduise généralement les textes les plus récents et les plus remaniés, qui présentent, comme on doit s'y attendre, moins de difficultés que les autres, n'est cependant pas exempte d'un certain nombre de contre-sens fdcheux. Je n'en signale que quelques-uns, notamment se veut si bel mentir pour sevent s. b. m. {VI, j^i, dans Michel p. 30); fai amé en pnidons (XÎU, 15), correction des moins réussies pour pardon, qui donne un sens excellent, mais que M. M. parait ne pas avoir compris; enfin Si me Cache, Deus aïe {IIII, 22^ p, 26)^ oà l'ignorance des particularités du dialecte picard, à ce qu'il semble, a fait commettre à M. Michel une bévue qui ne manque pas d'un certain comique.

En dehors des deux éditions des œuvres du châtelain, que j'<ù signalées, et qui contiennent toutes les chansons que j'imprime cidessous, à l'exception du n* 14^ on en trouve encore un certain nombre imprimées dans d'autres publications. La première a été publiée par M. Tarbé, Œuvres de Blondel de Neele, p. }, la douzième par le mime. Chansons de Thibault IV, p, 43^ la quatrième par M. Hofmann, Altfranzoesische lyr. Ged. a. d. bern. Cod. 389, p. 30. M, Bartsch a inséré dans sa Chrestomathie de l'ancien français, col. 189-194, les chansons S, i^, j. La dcusdème des pièces que je publie dans l'appendice a été imprimée par M. Dinaux dans ses Trouvères Artésiens, p. 454. fai publié dans mon édition du chansonnier de Berne toutes les pièces du châtelain qui se trouvent dans ce ms., c* est-à-dire toutes les chansons que j'imprime ci-aprïs, à l'exception de V et VIÏÏL

LI CHASTELAINS DE COUGI. lOI

A défaut de toute indication spéciale, qui me pourrait autoriser à placer les chansons dans un ordre à peu pris chronologique {comme je l'ai essayé pour celles de Quenes de Bethune)^ j'ai suivi l'ordre alphabétique que j'ai dâ adopter, par cette même raison, pour le plus grand nombre des trouvhres,

AfoL 14 r {attrib, à Messires Gaisez, le 4* couplet et l'envoi manquent) B fol, 26 r (Red. de A, sans nom d'auteur) D grans chans XII {les eoupl. i, 2, }, 5^ sans nom d'auteur), C* foi 105 V (sans nom d'auteur) E pag, met F foi 41 (/« coupl. 1-5 attribués à Blondiaus) G fol. 149 v {les couplets 1-$ et l'envoi sans nom d'auteur) K fol, 56 r {les coupl. 1, 2, 5, attrib, au chdtel., deux vers et demi du commencement sont coupés avec la lettre historiée d'une pïUe qui se trouve sur le verso). L fol. 1 58 r {les mêmes couplets que dans K, attr. au châtelain) M fol, 2 V {sans nom d'auteur) a fol. 88 v {sans nom d'auteur) /. {la 42* des chansons attribuas à Monios).

A la dolçor d'esté qui renverdoie, Chantent oîsel et florissent vergier; Mais je ne sai dont resjoir me doie, Puisqu'a merci fail quant je plus la quier.

5 S'en chanterai senz joie et senz proier :

Car ma mort voi, ne faillir n'i porroie, Puisqu'amors vuet que contre moi la croie.

Deus! qu'a amors, que toz les siens guerroie P Cels qu'ele puet grever et maistroier ?

10 Li bel samblant qu'en ma dame veoie, M'ont plus grevé qu'il ne m'aient aidié.

Ele me fu cruels a i'acointier,

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Or sai de voir qu'a son tort me guerroie; Si me covient qu'a sa volenté soie.

1 5 Puisqu'ensi est qu'a li ne puis contendre, Ou vuelle ou non, servir la me covient :

Qui cuide avoir grant joie senz atendre, Est come cil qui adés faillir crient ; S'est si destroiz, quant secors ne li vient :

20 Mais je ne puis moi ne mon cuer deffendre De plus amer, qu'amors ne me vuet rendre.

Grant pechié fait qui son home vuet prendre Par bel semblant mostrer, tant qu'il le tient : Ensi me fist ma dame a li entendre,

2 j Qu'ele me fait cuidier que ce devient

Qui en veillant fait et en dormant vient; S'en nest l'amors et croist qui ja n'iert mendre Dont el me fait enflanber et esprendre.

Je ne tieng pas l'amor a droit partie îo Dont il covient morir ou trop amer :

Si me covient que chans et jue et rie, Et faz semblant de ma joie cuidier.

Ma dame dist qu'ensi doi endurer, Vivre esperans, en atente d'aïe,

3 5 Morir en puis, mais ne sai que j'en die.

Dame, bialtez, valors et cortoisie At il en vos, il n'i a qu'amender.

Se vos ces biens tornez en vilenie Por ochoison de vostre ami grever, 40 Molt durement en ferez a blasmer :

Car vostres sui, de vostre seignorie, Et vostre amors me donra mort ou vie.

Li quens de Blois devroit bien honorer Force d'amor qui li dona amie; 45 Amer pot ii, mais il n'en morut mie!

AfoL 17 V (Chaste!.; Ity, 14 et renv. manquent, U 2* et le î • coupl. sont intervertis) BfoL 1 9 v (sans nom d* auteur) C * fol, 80 r {les coupl. 1,2, ^,^,6 sans nom d'auteur) E pag. 107 (les mêmes coupl, tfKr. JuChastel.) GfoL ^^r (comme E) H(cems. perdu présentait la même rédaction que les deux chansonniers de la même famille que je viens de citer (E et G), Une copie partielle ety pour les couplets non copiés, une collation soigneusement faite par les soins du M** de Cangé, se trouve sur les marges et sur les passages correspondants du ms. M conservé à la Bibl, imp.) J" fol. 1 19 r (réd, de C, E, G, H sans nom d'auteur) KfoL 52 v (les coupl. i, 2, 3, 4, 5, 6 attrib, au Chaste!. Le premier vers est coupé avec les armoiries du châtelain qui se trouvaient sur le recto) LfoL 155 r (la même réd., attrib. au Chaste!.) M fol, 4 V (la même rédaction, les deux derniers couplets sont intervertis) k fol 142 V (réd, de K, L, M, et un envoi qui diffère beaucoup de celui de B).

A vos, amant, plus qu'a nule altre gent Est bien raisons que ma doior complaigne, Quant il m'estuet partir oltreement Et dessevrer de ma dolce compaigne; 5 Et quant li pert, n'ai rien qui me remaigne Et sache bien amors seûrement Se n'i morisse por avoir cuer dolent, Jamais par moi n'iert meus vers ne lais.

Dolce dame, qu'iert ce donc et cornent

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10 Covendra moi qu'a la fin congié praigneP Oïl, par Deu, ne puet estre altrement; Por vos m'en vois morir en terre estraigne.

Ne cuidiez mais qu'aitres mais me soiiiraigne^ Que je n'en ai confort n'aligement,

1 5 Car de nule altre avoir joie n'atent Fors que de vos, ne sai se c'iert jamais.

Dolce dame, qu'iert il del consirrer, Des dolz solas et de la compaignie, Del bel semblant que me soUez mostrer

20 Quant vos m'estiez, dame, compaigne, amie ? Et quant recort sa simple cortoisie Et les dolz moz que soit a moi parler, Coment me puet li cuers el cors durer Que ne s'en part? Certes, trop est malvais!

2 5 Or voi je bien qu'il m'estuet comparer

Toz les déduis qu'ai eus en ma vie, Deus ne m'i volt en pardon rien doner; Ançois criem molt, cist loiers ne m'ocie.

Merci, amors, que Deus hait vilenie,

)o Que vilain font bone amor dessevrer,

Et je ne puis mon cuer de li oster.

Si me covient que je ma dame lais.

Or seront lié li fais losengeor

/ Qu'avoient duel des biens qu'avoir soloie,

3 5 Ja pèlerins ne serai a nul jor

Por ce qu'a els en bone pais resoie.

Por tant puis bien perdre tote ma voie, Et sachent bien li félon menteor, Se Deus voloit qu'il reûssent m'amor

40 Ne me porroit chargier plus pesant fais.

Je m'en vois, dame, a Deu ie creator.

Qui soit vos en quel iiu que je soie. •

Et sachiez bien, niant iert del retor,

Aventure est que jamais vos revoie, 45 Por Deu vos pri qu'en quel Iiu que je soie,

Que mes covens tiegniez, viegne ou demor;

Et je pri Deu qu'ensi me doinst honor,

Com je vos ai esté amis verais.

De moie part di, chançons, si t'en croie, 50 Que sols m'en vois, que n'ai altre seignor:

Et bien sachiez, dame de grant valor.

Se je revieng, que por vos servir vais.

C^foL 66r {sans nom d'auteur) E pag, 108 (Chaste!.) G fol, 141 V {sans nom d'auteur) b fol, 62 v {sans nom d'auteur), La leçon du ms, perdu que je désigne par la lettre H et qui l'attribuait aussi au Chastelain nous est conserva par les soins du marquis de Cangé sur une des feuilles (146 v) qu'il a fait ajouter à la fin de M,

Bêle dame me prie de chanter, Si est bien drois que je face chançon; Ne ne m'en sai ne ne puis destorner, .

Car n'ai pooir de moi, se par li non.

5 Ele a mon cuer, que ja n'en quier oster.

Et sai de voir qu'il n'i trait se mal non.

Or le doinst Deus a droit port ariver, Car il s'est mis en mer sans aviron.

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Pros et sage, je ne vos os conter 10 La grant dolor que j'ai, s'en chantant non, Et sachiez bien, plus n'en orrez parler, Car je n'i voi nule droite raison, J'aim mielz ensi soffrir et endurer Ces très dolz mais, sans avoir garison,

1 j Que d'une altre quanqu'en puet demander.

Ce sachiez bien, debonaire al dolz nom.

De ceste amor qui tant me fait pener Ne voi je pas com je puisse partir; Car je n'i voi raison de l'eschiver, 20 Ne n'est pas drois que j'en doie joïr.

Mais fols désirs fait sovent cuer penser En si hait liu qu'il n'i puet avenir; Et fine amor si ne doit pas grever Cels qui painent toz jors de li servir.

2 5 S'onques amis ot joie por amer.

Je sai de voir que n'i doi pas faillir; Car riens fors moi ne poroit endurer Les grans travals que j'ai por li servir.

A son plaisir me fait plaindre et plorer

30 Et sospirer et veillier sanz dormir; Mais itant fu a moi reconforter Que, nuit et jor, en plorant la remir.

Je ne m'i sai tenir ne conforter De vo bel cuer servir entièrement;

} 5 Et quant je plus merci vos doi crier, Lors vos truis je cruel si durement Que ja a moi ne ferez bel semblant, Ains le faites altrui, por moi grever.

Mais quant vostre oii me vuelent regarder, 40 Et je remir le vostre bel cors gent, Tant sui je hors de paine et de torment.

ini.

AfoL 175 r {sans nom â! auteur, Us vers 16 rt 47 manquent) M fol, 16 V {sans nom d'auteur) N fol. 12 v {attr, au Chasteiain, les vers 14 dt 47 manquent) Q^(la 6* parmi les pièces anonymes).

Jen cuidai vivre sens amor Desor en pais tôt mon aé; Mais retrait m'a a la folor Mes cuers, dont l'avoie eschapé.

5 Empris ai greignor folie

Que li fols enfes qui crie Por la bêle estoile avoir, Qu'il voit hait el ciel seoir.

Cornent que je m'en desespoir, 10 Bien m'a amors guerredoné

Ce que je l'ai a mon pooir Servie senz deslealté.

Que roi m'a fait de folie.

Si se gart bien, qui s'i fie, 15 De si hait mérite avoir ;

Mais n'en puis mon cuer movoir.

N'est merveille se ja m'aïr Vers amor qui si m'a grevé.

Deus! car la puisse je tenir

I08 RENALS

20 Un sol jor a ma voienté!

El comparroit sa folie.

Si me face Deus aie !

A morir la covendroit,

Se ma dame ne m'oôit.

25 He ! frans cuers ! que tant covoit,

Ne béez a ma foieté.

Bien sai, qu'en vos amer n'ai droit,

S'amors ne m'i eûst doné;

Mais d'efforcier fais folie, 30 Si com fait nés que vens guie,

Qui va la, ou il l'empoint.

Si que tote esmie et fraint.

Dame, ou nuls bien ne soffiraint,

Merci! par franchise et par gré!

3 j Puisqu'en vos sont tuit mal estaint

Et tuit bien vif et alumé, •

Conoissiez, dont la folie

Me vient, qui me toit la vie ?

Qu'a rien n'os faire clamor, 40 S'a vos non, de ma dolor.

Chançons, ma bêle folie

Me salue, et si li prie.

Que por Deu et por s'onor

N'ait ja l'us de traïtor, 45 Que bien sevent li pluisor,

Que Judas fist son seignor,

(Et Guenes l'emperaor).

B foL 8 V (sans nom d'auteur) C * fol, 105 v (i-j sans nom d'auteur) E p, 381 (les couplets 1-4 sans nom d'auteur) F fol. 38 r (les coupL 1-4 attrib, à Gaces) J* fol, 33 (Icscoupl, 1-4 attrib, au Chast.) K fol. ^2 (les coupl, 1-4 attrib, au Chast.; le 5* couplet a été enlevé aux ciseaux avec les armoiries du Chastelain qui se trouvaient sur le recto du feuillet) L fol, 1 54 v (les coupl, 1-5 attrib, au Chast.) M fol, 26 v (les coupl , 1-6 sans nom d'auteur) N Jol, 1 5 v (les couplets i^2,},^,6 attrib, au v

Chast.)

Cornent que longe demore Aie faite de chanter, Or est bien raisons et ore Que m'i doie retorner, 5 Qu'amors m'a fait obiier

L'anui qui lonc tens m'a mort, • Et doné novel confort.

Dame, por cui chant et déport, Merci !

10 Certes, dame, molt s'onore

Qui cortois est contre tort; Qu'àinz de cruel al desore N'oi dire boen recort.

Et ceste amors que je port 15 Me fait plus que moi amer,

Vds, dame, doit il manbrer Qu'on doit en franc cuer trover Merci !

IIO RENALS

En perillose aventure

20 M'avez, amors, atome,

Quant por vos n'a de moi cure Celé a qui m'avez doné.

Morz me sui por vostre gré; Mais honte i aurez, por voir,

25 Se ne l'en faites doioir

Tant qu'eie de moi doinst avoir Merci ! La merciz m'est si oscure Qje je ne la puis veoir;

30 Mais tant désir sa faiture

Et sa manière savoir, Que bien cuiz a mien espoir Qu'entre pitié et bialté Sont por moi desassemblé,

3 5 Quant en vos, dame, n'ai trové

Merci!

.Granz péchiez est et granz poine D'amor servir faintement.

Si com la false gent vaine

40 Qui font samblant sanz talent

Ahi, Deus ! por quoi les consenz Qu'il sevent si bel mentir?

Et je, qui mielz aim morir, N*ai qu'un mot que tant désir :

45 Merci!

Molt fait l'amors que vilaine Qui comence por faillir.

Car plus que morz est grevaine,

Quant il la covient guerpir.

50 Mielz ne puet ele traïr

Celui, ou ele se prent,

Quel fait roi et puis niant.

Amors, por ce qu'a vos me rent, Merci!

5 5 Dame, sachiez senz mentir

Que vos aim je solement

Ne ne losenge altre gent

Ne d'altre guerredon n'atent.

Merci !

A fol. 72 V {sans nom d'auteur) B fol. 39 v {les couplets i, 3, 4 sans nom d'auteur) Kfol. ^6 r {les coupl. i, 2, 3 attrib. au Chastelain) LfoL 1 58 v {réd. de K, attrib. au Chastelain).

En aventure comens Ma daerraine chançon; Si ne sui liez ne dolens.

Ne sai se vif ou non, 5 Ou se j'ai tort ou raison,

Ou se j'ain ou s'est noians.

Mais itels est mes talens, Que sens nule repentance Pens a la millor de France.

10 Et li très dolz pensemens

De sa tresclere façon Me fait renovelement De tote joie sens nom.

114 RBNALS

Qu'el mont ne truis tant bêle tie si sage,

Ne nule rten^ n'est tant a mon plaisir.

Molt ain mes eus qui me firent choisir; 50 Lors que ia vi, li laissai en ostage

Mon cuer qui puis i a fait lènc estage^

Ne jamais jor ne l'en quier départir.

Chançon, va t'en por faire mon message

La, ou je n'es trestomer ne guenchir, 3 j Que tant redot ki maie gent ombrage

Qui devinent ains que puist avenir

Les biens d^amor^ Deus les puist maleir!

Qu'a maint amant ont £ait ire et oltrage.

Mais de t'ai je toz jors mal avantage, 40 Qu'il les in'escuet sor mon gré obeïr.

AfoL 12^ V (Us couplas 1-4 sous U nom dt Muse an borse') B fol, 38 r {les coupl. 1-4 sans nom d'auteur) C* foi. 75 r (h 2, l, 5, J^sans nom d* auteur) E pag. 95 (les couplets 1-5, dont les deux derniers sont intervertis, attr, au Chast.) GfoL 30 v (comme È) J* fol. 129 v '(sans nom d'auteur) K fol. 53 v (attrib, >au Chastclains) Lfol. 155 v (id.) M foU 73 v (sans nom d^ auteur) N fol. 13 v (le y tt h 4' coupl. sont intervertis; attrib. au Chastét.) Q^(la deuxième parmi les pûcts du ICastellains) b fol 62 v {la rid. de E^ sans nom d'auteur) k {ia cin-

I. Ce nom a presque l'air d'être dn sobri^fiiet; )e suis cependant tenté de le regarder plutôt comme -une corruption qui^erait déjà vieille^ parce que le scribe qui a ajouté les rubriques après coup dans A l'a répétée deux fois sans chaqger d^orthograpbe.

LI CHASTEi^MNa DE COUCI. 115

quâme des chansons insérées dans le récit et attribuées nu Chastelain) / foL 73 {le premier couplet seulement, sans nam d'auteur),

Li novels tens et mais et vîolete Et roisignors me seraont de chanter.

Et mes fins cuers me fait d'une amorete Si dolz présent, que nel doi refuser.

5 Or me laist Deus en tel honor monter, Que celé ou j'ai mon cuer et mon penser Tiçgne une nuit entre mes braz nuete, Ains que j'aille oltre mer !

Al comencier fu si franche et dolcete, 10 Que ne cuidai por li mal endurer;

Ses simples vis et sa dolce bochete

Et si bel oil vair et riant et cler,

M'orent ains pris que ne m'i soi doner.

Or ne me vuet retenir n'aquiter :

1 5 Mielz ain faillir a li, se me promete, Qu'a nule altre achiever .

De mil sospirs qu'ele ^ de huh par i^ete Ne me vuet ele un sol quite damer.

Sa fake amors ne vuet que s'entremete 20 De moi laissier dormir ne reposer S'ele m'ocist, s'aura mains a garder.

Je ne m'en sai vengier fors qu'ai plorer ; Car qui amors destraint et desirete, Ne s'en sait ou clamer. ''

2 $ peus J si inar fu de me$ eys e^gardée

Il6 RENALS

La doice riens qui false amie a nom, Ele me rist, et je l'ai tant plorée, Si dolcement ne fii trais nuis hom !

Tant corn fui miens, né me fist se bien non; 30 Mais or sui siens, si m'ocist senz raison : Et por itant, que de cùer l'ai amée, • N'i sai altre ochoison.

Sor tote joie est celé coronée

Que j'aim d'amor, Deus ! i faldrai je donc!

i 5 Oïl, par Ûeu ! tels est ma destinée, Et tel destin me donent li félon !

Si sevent bien qu'il font grant mesprison.

Car qui ce toit dont ne puet faire don.

Il en conquiert anemis et mellée,

40 N'i fait se perdre non !

Si coiement est ma dolors celée, Qu'a mon semblant ne la reconoist on ; Se ne lussent la gent maleûrée, N'eusse pas sospiré en pardon; 45 Amors m'eùst doné son guerredon;

Mais en cel point, que dui avoir mon don, Lors fîi l'amors descoverte et mostrée I Ja n'aient il pardon !

BfoL 24 r {attr. au Chastelains de Coci, une des deux chansons qui portent un nom d'auteur dans ce ms.) C* fol, 77 r {i, 2, 4

sans nom d'auteur) E p, 100 {attrib. au Chastelain ; les couplets 3 ef 4 sont intervertis) G fol, 54 r {même attribution et ordre des coupL) KfoL 54 r {id,) LfoL i$6 r (id,) M fol. -j^risans nom d'auteur, le même ordre des coupl. que E, G, K, L); une seconde fois fol. 78 v {sans nom d'auteur, le 4' coupl, manque),

ors quant rose ne fiieiie Neflor ne voi paroir, Ne n'oi chanter par bruelie Oiseis al main n'ai soir, 5 Alors florist mes cuers en son voloir En bone amor qui m'a en son pooir,

Dont ja ne quier issir, Et s'il est riens qui m'en doie partir, Ja nel quier savoir ne ja nel vuelle.

10 Bien est droiz que m'en duelle,

Quant ma dolor désir Et s'aim plus que ne suelle Ce dont ne puis joir, Et bien conois que n'i puis avenir, 1 5 S'amors ne vaint raison, i doi faillir, Ce sai je bien de voir; Por Deu ! amors, faites en nonchaloir Mettre raison, tant qu'ele m'i recuelle.

Par mainte foiz m'essaie 20 Amors et fait pensant

Et sovent me rapaie Et done cuer joiant; Ensi me fait vivre mesleement

1 1 8 RENALS

D^rt et de joie^ ne sài s'ele a taiant i 5 Qu'é ftie voillè ^saier

Aîi!ç6îs le fait, espoir, por iiloî îrier> I^of eà|)rovéri S6 por mal recroîfoie.

Dame, tiuls mais que j'aie, Ne me puet aligier, 30 Ne vivre ne querroie

Senz vos un jor entier* En vos amer ai Tnis mon desirrier;

Miek vue! morir qu'ai siecte âttûîef > Ne n'estre morz vivanz ; 3 5 Ja DamedeUB ne tm dom vivre tant Qu'ai siècle anai, ç'auraî amof veraiè*

lïâinte tongae semaine Trai, quam sui loing de ti Et Mlant a grant pdne; 40 Sovent les en maldi,

La, ou je pens <et que je désir si De recevoir celé, dont pas n'obK Les moziie les semblanz^ Ainz la recort et désire sovent 4j Et mi ddjtia, ou pluà m'e^ lointaine.

A fol 146 r (Chaste!.) B./a7. 4:2 r {ta même réd. sans nom d'auteur^ lev. 47 manque) QJoL 78 r (kscoup. 1-5 sansnomd'aateur) E pag. 104 (Ch^teL) C/o/. 37r(Chastek) P foi 122

r (les coupL i»5 sans nom d'auUur) KfoL ^j r (tes ceupL i, 2, 4, 3 attrib, au Chastel.) LfoLi^\r (la nUrne rU, attr. au Chastel.) M fol. 82 r (Us couplets i, 2, 6, 4^ ], sans nom d'auteur) N fol. i^r(,le^ coufl, ^ h 6, 4^ } 0r, 4U ÇhasteJ,)* Q (la quatrième des çJ^nsQns du Kâ^tçlljtins) h fçh U i '' (li castellains de Couchy).

Merci damans de mon fol errèn)ant , Ferai la fin de mes çhancons olr :

Car traï n]'a et mçrt a escîgnt Mes jolis cuers que je doi tant haïr, 5 Maint mal m'a fait par le gré d'^iltre gçnt. Parti se sont de moi joie et talent ; Et quant joie me fait, bien est raisons Qu'avec ma joie failienî mçs chançons.

Or il est bien lius et tens et saisons 10 Qu'a toz les biens dei mont doie faillir Car porquis l'ai, moie en iert l'ochoisons.

Et qui mai (juiert, il doit bien mal soffrir. Deus doinst que mors en soit mes guerredbns, Ains que de moi face fiez le§ félons!

1 5 Et por mon pis vivrai et por veoir Ma bêle perte, et por plus mal avpir, A toz amanz pri qu'il dient le voir Liquels doit mielz d^amqr par droit joïr : Ou cil (jui aime de cuer a son pooir, 20 Et ne s'en sait mie très bien covri;-, Ou cil qui fait semblant por décevoir^

1 . Les copistes de K L M N, qui ont changé l'ordre des couplets, ne se sont apparemment pas aperçus que ce sont des coblas capcaudadas.

1 20 RENALS

Et bien s'en sait covrir par son savoir ?

Dites, amant, qui valt mielz par raison Leals folie ou sage traison ?

25 Se de forfait ot onques nuls pardon, Bien me devroit amors boen liu tenir :

Car je forfis en bone entention, Et si cuidai, biens m'en deùst venir.

Mais ma dame ne me vuet se mal non :

}o Por ce si het et moi et ma chançon; Et quant mi mal li sont dolz et plaisant, Por li me hé, et m'en faz malvoillant.

Hé! franche riens por cui je muir amans, Faites en vos amor plus bel fenir.

3 5 Sor tote rien est ce la miels vaillans Et nonporquant, si puis je bien mentir.

Car fins d'amor ne puet estre avenans, Se mors nés part, por ce morai soffrans, Et chanterai sens joie et sens finer, 40 Que nuls ne doit a fin d'amor penser.

De poi me sert qui me vuet conforter D'altrui amer; mielz l'en valdroittaisir; Car je ne puis pas en mon cuer trover Que ja de li tomasse mon désir.

4j Siens sui, comentque me doie grever, Et se s'amors me fait plus comparer.

Les mais que j'ai et la dolor que sent :

Tôt li pardoins en mon defmement; Et quant mon cors li toi, mon cuer li rent.

AfoL 149 r (iittri^u^ ^ Gerniers d'Airches) Bfol, 5 r{sans nom d'auteur) C* foL 79 r {Us coupL i, 3, 4, 5 sans nom d'auteur) E p. 105 (Chastel., l'envoi manque) G fol, 37 v (Chastelain, l'env, manque) KfoL $2 r (Chastel.) Lfol. 154 r (Chastel.) M /o/. 62 r (^j/15 nom d'auteur) N fol. 12 r (Chastel., l'envoi manque) Q^{la cinquilme parmi les pikes anonymes) f {la troisiïme des pièces attribuées à Monios).

M oit chantasse volentiers liement, Se j'en trovasse en mon cuer Pochoison;

Mais je ne sai dire, se je ne ment,

Qu'aie d'amor nule rien se mal non.

5 Por ce n'en puis faire lie chançon

Qu'amors le me desensaigne,

Qui vuet que j'aim et ne vuet que j'ataigne 1

Ensi me tient amors en desespoir,

Que ne m^ocist ne ne lait joie avoir.

10 Je ne doi pas amor trop mal voloir

S'a la millor del monde mon cuer rent;

Qu^onques bialtez ne fist si son pooir

D'estre en nului si amerosement,

Com ele a fait en son très bel cors gent, 1 5 N'a riens qui a bialté ne taigne.

Ne cuit qu'en li nule façon soffraigne

Fors qu'un petit li messiet, ce m'est vis,

Ce qu'envers moi tient ses eus trop eschîs. Quant je regart son debonaire vis, 20 Et je la proi por bel respons avoir.

122 RENALS

N'est merveille s'en l'esgart m'esbahis, Car je conois ma mort et sai de voir.

Puisque mercis ne m'i puet rien valoir, Ne sai ou boen confort preigne,

2 5 Car ses orguels m'ocist et H mahaigne

Hèl franche riens cruels, tantmar vos vî, Quant por ma mort nasquistes sejaz merci j

Deusi que ferais partirai moi de U^ Ains que s'amors me par ait tôt oml )0 Nenil voir, las! ains m'estuet estre ensi, Qu'amors me tient a sa volenté pris, Qui a mon cuer en li por morir mis.

Ne jamais tant ne li taigne.

Se ceste araors m^odst, bienPen covaagne,

3 5 Mielz ain morir ensi en boen consir,

Que vivre iriez et a ma mort haïr.

Pmqse mes cuers ne «'en vuct revenir

De vos, dame, por cin il m'a guer^,

Almosne aurez, sel dcignSez retenir, 40 Car s'il relent, a moi a il failli.

Por vestre honor et por Deu vos «n pri,

Que de li p^ez vos praigneî

Qu'il n'afiert pas a vos que utils s'en plaigne,

Qu'el «Kmde n'a si cruel traïson 45 Com bel samblant et corage félon I Amors, qaoi qu^l m'en avaigne.

Ma dame merci, de ce qa'ele me daigne

Temr a sien : ne ja de sa prison

Ne quier issir, se mers ^a amez non.

LI CHASTELA1NS DE COUCI. Il)

AfoL 147 r (ChâSlel.) B fol, i r (sans nom d*auUur) C* fol. 'j^ V {les coupl. i-j rt l'envoi, sans nom d* auteur) E p, ^6 et G f, 31 (les coupl, 1-4 et Venv,, attr. au Chastelains) Le ms, H (Clairembaut), que te marquis d€ Cangé a collationnè dans M, contenait la même rédaction que les mss, E >et€ J* fal, 37 v (I, 2, 3, 5, 4«iftriè. éu roy de Navarre) Kfal. 54 r (i, 2, 3^ 5^ 4 fT env., êUr^ au ChastdaiRs) LfoL 156 y {même ordre des coupl., attrib, au Chastdain) M fol, 83 r {même ordre des coupl., sans nom d'auteur) N fol. 14 r(i, 2, 3, 5, 4, attrib. au Chastel.) Q^(la troisiïme . parmi les chansons du Kastellain) bfol. 63 r (la rédaction de Ë, G et H sans nom d'auteur).

M oit m'est bde la doke comencence Del flovel tans a P-entrer de Pascx3r, Que bois et pré sont de mainte semblance Vert^ vermeil; covert d'erbe et de fior* 5 Et je sui, las ! de <:e en td balance, Qu'a mains jointes aor Ma bêle mort ou ma halte nohor, l^eêsà lequel, s'en ai jok et paor, Si que sovent chant la, ou dd cnef plor ;

10 Que Ions respis m'csmaie et an^escfaeanoe,

Ja de mon cner h^tva mais f aoonitanoe Dont m'a conquis as imoz .plains de dolçor Celé qui j'ai toz jors en remenbrence, Si que mes 'Caers aie sert d^ihre hèon 1 5 Hé ! franche riena, en qui j'ai ma ^fianœ, Mûr<À por vùStre henor !

1 24 RENALS

Car s'en vos truis le semblant menteor, Mort m'auriez a loi de traitor; Si en valdroit noient vostre valor, 20 S'ensi m'aviez ocis sens défiance.

Deus ! com m'a mort de debonaire lance,

S'ensi me fait morir de tel dolor 1

De ses bels euz me vint senz défiance

Ferir al cuer qu'ains n'i ot altre estor.

2 5 Molt volentiers en pranroie vengeance, Par Deu le creator!

Si que mil fois la peûsse lé jor

Ferir al cuer ausi de tel savor,

Ne ja, certes, n'en feïsse clamor, }o Se j'eusse de moi vengier poissance.

Hé! franche riens, puisqu'en vostre manaie Me sui toz mis, trop me secorrez lent :

Car dons n'est pas cortois qui trop délaie; Si s'en esmaie icil qui s'i atant,

} 5 Qu'uns petiz biens valt mielz, se Deus me voie, Qu'on fait cortoisement, Que cent grignor fait anuiosement.

Car qui le sien done retraianment Son gré i pert et si coste alsiment,

40 Com il feroit al point que bien l'emploie.

Je ne di pas, dame, que je recroie De vos amer, se mors nel me deffent ; Mais fine amors tient mon cuer et maistroie,

Qui tôt se donc a vos entièrement, 4j Si n'ai pooîr, dame, que je le r'aie, Si m'avient il sovent

Que trespensis me trais entre la gent

El dolz désir et el dolz pensement

Et en la joie que je de vos atent , 50 Se ce n'iere, ja parler n'en querroie.

Chançons, va t^en la, ou mes cuers t'envoie,

(Ne Pos dire altrement) La troveras, se mes sens ne me ment, Cors sens merci, graille, lonc, blanc et gent, 55 Simple et bêle, de dolz acoentement, Cler vis riant o la bialté veraie.

A fol. 20$ V {Us couplets 1-4 sans nom d'auteur) B fol, 45 V {la rédaction de A sans nom d'auteur) 7' foL 54 v {attribule au Chastel., rédaction tris-différente) KfoL 55 v {attribuée au Chastel., la même rédaction) L fol, i$8 r {comme J* et K) k fol. 51 r {les trois premiers couplets, leçon trls-corrompue).

Quant li estez et la dolce saisons Fait fuelle et flor et les prez renverdir, Et U dolz chans diès menus oisillons Fait les pluisors de joie sovenir, 5 Las! chascuns chante, et je plor et sospir, Mais ce n'est pas droiture ne raisons.

Car c'est adés tote m'ententions, Dame, de vos honorer et servir.

I a6 RSNILS

Qui tôt auroit le sens qu'ot Salemons, 10 Cil feroit bien amor por fol tenir ; Tant par est maie et cruels sa prisons :

Bien le me feit comparer et sentir.

Or me devroit respasser et garir Et enseignier queU est ma gansons, 1 5 Que j^ai servi longuement en pardon Et servirai adés sens repentir.

Dolce dame^ mais quels est Pochoisons Dont me faites de teldolor languir?

Je sai de voir, vos créez les félons, 20 Les losengiers, que Deus puistmaleïr!

Tôt lor pooir ont mis en moi traïr; Mais ne lor valt lor mortels traisons, Car en la fin iert boens mes guerredons Quant vos saurez que je ne sai mentir.

2 5 Onques ne soi envers amor falser,

Ne ja Deus cuer ne m'en doinst ne talent t Ains pens toz jors a ma dame honorer^ Et faire adés tôt son comandement.

Car je saî bien, se bels servirs ne ment, }o Ou mes fins cuers qui bien me puet grever, Toz les desduis qu^on puet avoir d'amer Aura mes cuers qui adés s'i atent.

Se vos daigniez ma proiere «scoter, Dolce dame, je v>os proi et demant

3 5 Que tros pensez de moi ^guerredoiner,

Je penserai de bien servir avant.

De toz les mais que j'ai ne m'est noiant,

Dolce dame, se me volez aner :

En poi de taiis poez guerredoner 40 Les biens d'amor que j'ai atendus tant.

A fol, 20$ r (li Chastelain de Cousi; la $• strophe manque) B fol, 48 V {mime rédaction sans nom d'aaîear) E pag, 390, F fol, 179, M foL 114 V {les couplets i et ^, sans nom (fauteur).

x>^uant voi esté et le tens revenir v^Que bois et pré comencent a verdir, Se j'ai amé, bien m'en doit sovenir.

Trop m'ont grevé cil qui m'ont fiait guerpir, 5 La riens fors Deu que plus aim et désir»

DeuSi si vair oil, si vair oil Me font amer cent tens que ne suel !

Tant m'ont mené del tôt a lor plaisir ;

Contre mon gré me firent revenir; 10 Tant m'ont duré li plor et li sospir.

Si m'ont hasté que nel puis mais soffrir

Qie «or mon gré me firent revertir.

Deus, si m'en duel, si m'eti duel Quant perdu ai la rien que je plus vuel !

I ; Je ne puis mais longuement endurer Geste dolor qu'jimors me fait porter .:

Ne mes fins cuers ne porroit oblier Son bel cor^s jgent ne son vis .frés et cku

128 RENALS

Las ! tant me font et veillier et penser !

20 Deus, si vair oil, si vair oil

Me font amer cent tens plus que ne suel!

El mont n'a riens qui me puist conforter

Por ce que doi en France demorer;

Ne je n'i puis longuement sejomer 2 5 Qu'il ne m'estuet ou morir ou r'aler

Savoir, se Deus m'i lairoit recovrer.

Deus, tant la vuel, tant la vuel Por son solaz et por son bel acuel!

Cil qui d'amer n'orent onques talent 30 Ne sevent pas l'angoisse que je sent

Que je sui cil par le mien esciant

Qu'amors fist ja plus lié et plus joiant.

Helas! chaitis^ com or le me revent!

Deus, tant la vuel, tant la vuel, 3 5 Por son solaz et por son bel acuel!

A fol, 196 V (attribua à Andreus 11 contredis, le coupla 4 manque) B fol, 10 v {le coupl. 4 manque, sans nom d'auteur) Kfol, 55 r (Chaste!.) L fol, 157 v (Chastel.).

Quant voi venir le dolz tens et la flor, Que l'erbe vert s'espant aval la prée, Lorslme sovient de ma dolce dolor Et del dolz liu, ou mes cuers sovent bée.

5 S'ai tant de joie et tant ai de dolçor,

Ll CHASTELAINS DE COUCl. I29

Que je jamais n'en partirai nui jor;

Et quant je sui plus loins de sa contrée,

Lors est mes cuers plus près de sa pensée.

Il n'en est riens dont je soie en tristor, 1 Quant me menbre de ce qu'ele est senée,

Et si sai bien que je fais grant folor :

Par mainte fois l'aurai dure trovée,

Mais bels semblans me retient en vigor.

S'emploierai molt bien la grant amor, 1 5 Dont je l'ai tant dedans mon cuer amée,

Se lealtez m'i puet avoir durée.

Deus ! si mar vi les bels euz de son vis,

Par quoi mes cuers se mist en acointance

De ceste amor dont si tost sui empris.

20 Se devers li ne vient ma délivrance,

Dolcementsui engigniez et conquis;

Et, s'il li plaist, longuement serai pris.

Nel di por ce qu'en soie en repentance :

De repentir ne me doinst Deus poissance !

2 5 Dame, merci, se je sui fins amis ;

N'esprovez pas sor moi vostre vengance :

Car vostres sui et serai a toz dis, N'en requerrai por mal ne por grevance.

Et se je sui de vostre amor espris, jo Dolce dame, ne m'en doit estre pis ; Et se por vos ai et paine et pesance.

Ne me doit pas pas trop torner a grevance.

Bels sire Deus, coment porai avoir Ceste merci que tant aurai requise ?

3 5 Ja nel deûst ne soffrir ne voloir

I }0 RENALS

La dolce riens qui tant est bien aprise :

Puis qu'ele m'a del tôt a son voloir, Que me feist si longuement doloir?

S'ele seûst, corn s'amors me jostise, 40 Ja ne falsist, pitiez ne l'en fust prise.

AfoL 241 V (Chaste!,) E pag, 105 (id.) C* fol. 78 r {Us coupl, i, 2, 3, 5 sans nom d'auteur) G fol. 36r(ChasteI.) H {copie exécutée par Us soins du marquis de Cangé dans des feuilles de parchemin ajoutées à la fin de M, fol, 146 v).

Tant ne me sai dementer ne complaindre Que puisse avoir de ma dolor solas, Ne de mon cuer ne puis la flame estaindre, Dont tant de fois me claim chaitif et las.

5 Celé m'ocist vers qui ne me sai faindre :

Âinz sui adés en poine et en porchas Se ja porrai jusqu'à s'amor ataindre.

Tant fais por li grevaine penitance.

Que toz jors sui en poine et en sospir; 10 Et si set bien que je l'aim senz dotance, Tant com li plaist; me puet faire languir.

Ja par altrui n'i aurai délivrance, Se n'est par li que tant aim et désir Que tôt i met mon cuer et m'esperance.

1 5 Adés amors me semont et atise De li amer, mais n^i truis fors dongier.

Et si l'aim tant de fin cuer senz faintise Que ne me puis tenir de li proier.

Ne sai se ja l'aurai a moi conquise; 20 Et nonporquant ce me fait rehaitier,

Que eave qui chiet ront bien la piere bise.

Dame, mar vi le cler vis et la face

Ou rose et lis florissent chascun jor.

Tant m'esbahis que ne sai que je face 2 5 Quant je remir vostre fresche color

Et vostre front qui plus est cler que glace.

Dame, merci ! car a trop grant dolor

Muir et languis; vostre pitiez le sace.

Vainque pitiez, dolce dame, et droiture 30 Ne me laissiez morir en tel torment,

Tant par vos truis vers moi salvage et dure

Que m'ocirez, s'il vos vient a talent.

D'à vos penser ne puis faire mesure,.

Dame, merci, trop me secorrez lent :

35 Si me merveil, cornent vos cuers l'endure.

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