‹ Les plus anciens drame en langue françaiseChapitre 3 sur 4 · UNUS M1L1TUM · texte numérisé non relu

UNUS M1L1TUM

« Frère Longin, veux-tu faire gain?

Longinus « Oui, beau sire, n'en doutez pas.

Miles

« Viens, tu auras un denier douzain (2) — pour percer le coté de ce supplicié.

Longinus « J'irai bien volontiers avec vous, — car j'ai grand besoin de gagner. — Je suis pauvre, je n'ai rien pour vivre. — Ce n'est pas faute de mendier, mais cela me sert de peu.

(Le Lecteur)

« Quand ils furent arrivés devant la croix, — ils lui mirent une lance au poing.

Unus militum « Prends cette lance en ta main, — pousse la ferme en haut et que ce ne soit pas en vain; — fais-la entrer jusqu'au poumon: — ainsi nous saurons s'il est mort ou non.

(Le Lecteur)

« Il prit la lance et il l'enfonça — au cœur, d'où sortirent sang et eau, — qui lui ont coulé sur les mains. — Il en a mouillé sa face. — Mais quand il en a touché ses yeux, — vraiment il vit clair; alors il dit :

Longinus

« Ah! Jésus! Ah! beau sire, — jusqu'à présentje ne sus que dire au ciel. — Mais tu es un bien grand médecin. — Tu tournes ta

(1) Ce lieu où est assis Longin n'est pas indiqué dans le prologue. Il est probable que l'aveugle était placé non loin du calvaire, sur le chemin même, en avant des mansions et des estais, que l'on appela plus tard le parc du jeu, et qui servait à la circulation des acteurs.

(2) Petite pièce de monnaie de la valeur de douze deniers. Cf. Du Gange, au mot Dozenus.

colère en miséricorde. — J'ai mérité de toi la mort — et tu m'as lait si grande grâce — que maintenant mes yeux voient la lumière que jamais ne virent. — Je me rends à vous, je vous crie merci.

(Le Lecteur)

« Alors il se prosterna en pénitence — et dit tout doucement une oraison. — Les chevaliers s'en retournent. — Ils parlent à Pilate en cette manière :

UNUS M1LITUM

« Beau sire prince, sachez qu'en vérité — Jésus a quitté la vie. — Nous avons vu de lui un beau miracle. — Beau compagnon, ne le vis-tu pas?

Page 1