NOTRE-DAME-DES-DOMS
D'AVIGNON
LÏXrLiSE d'Avignon rappelle de grandes gloires et de grands malheurs; à jamais elle gardera le souvenir de la résidence des papes oopime sa plus mémorable illustration, quoique ce fait ait engendré dans la chrétienté des divisions funestes.
Pendant toute la durée du xiv' siècle , la cathédrale d'Avignon, oîi les souverains pontifes nfliciaient souvent avec la majesté qui entoure le vicaire de Jésus-Christ sur la terre, vit se presser sous ses voûtes toutes les puissances du monde. Plusieurs pontifes y reçurent la consécration de leur pouvoir, entre autres Innocent VI, Urbain Y et Grégoire XI. Les rois, les princes, les seigneurs, et les flots d'une population immense inondèrent son enceinte et ses parvis. Tant de splen* (leur, hélas! devait bientôt s'éclipser. D«^s le commencement du XV- sii^de , Grégoire XI retourna à Ronie , et les Français, fatigués des longueurs du grand schisme d'Occident, forcèrent l'antipape Benott XIU à quitter la viUe et à s'enfuir en Espagne.
« A Avignon, la ville papale, dit M. le comte de Montalembert, on voit encore de magnifiques débris de Tarcbitec-
ture du moyen âge. Dans un temps uii Tari était exclusivement catholique, le saint-siége exerça sur ses dévelopjiemeuls une influence salutaire. De tous ces moDuments, le plus rare
U UTHÉDHALEi» Db tUA.NCE.
était k coup sûr le palais des papes, habité par tous ceux qui piissèrent le xiv' siècle en FrniK o. Je ne pense pai> qu'il existe vu Eui^ope un débris plus vaste, plus complet et plus imposant de Tarchitecture civile ou féodale du moyen âge. Le voyageur qui» arrivant par le Rhône, aperçoit de loin, sur son rocher, ce groupe de tours liées entre elles par de colossales arcades, est saisi de respect. Je n*ai vu nulle part Pogive jetée avec plus de hardiesse. On ne saurait imaginer un ensemble [iliis l)eaii dans sa simplicité, plus grandiose dans sa coucepliou . (Test bien la papauté tout eiitu'it', delK)ut, sublime, immorlelle, étendant son ombre majestueuse sur le fleuve des nations et des siècles qui roule à ses pieds. »
Les origines de l'église métropolitaine d'Avignon sont environnées de ténèbres. Une tradition, rapportée par plusieurs auteurs j^raves qui ont éciit sur Vbistoire ecclésiastique de celte province, alItilniL à sainte Maiihe, so'ur de Lazare et de Marie-Madeleme. ia itropagatiou de la foi chrétienne dans la vieille cité. Elle réunissait, dit-on, ses prosélytes dans une grotte qui existait sur le rocher, à la place de Tancien cloître. Malgré tout le prestige d*une fondation si merveilleuse, l^glise d'Avignon, s'appnyant sur des preuves historiques d'une valeur plus incontesbble, reconnaît pour fon(iaU iir saint Paul, qui faisait partie de cette apostolique légion d'évùqucs envoyés par saint Fabien piocher la foi dans les Gaules. Il donna des preuves de son zèle en évangélisant les populations de Narhonne, de Béziers et d'Avignon. Il établît saint Buf évèque de cette dernière ville : c^était un homme rcni[)li des qualités éminenles qui font les grands saints, et dont les exemples sont pour la postérité un modèle et un puissant encouragement.
L'église épiscopale fut rebâtie, ou peut-être seulement
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restaurée par Constantin. Cet empereur, devenu chrélicn, et .issistanl à un concile d'Illyrie, ordonna la c/ubilniction de plusieurs églises. I n litre inenlionné dans la Gnllin vhnsliona nous apprend que celle d'Avignon fut de ce nomhro; elle était placée sons Tinvocation de la sainte Vierge. L'évéqne Aventius en Ot la solennelle dédicace au mois de septembre 326, et consacra en même temps trois autels qu'il y avait fait ériger. C'cfSt un des actes les plus anciens oft il soit fait mention de la jilnrnlité des autels dans la uirnte »'ulise.
Cette vén(Tal)!L' i>a.sili(jue suti oniba sous les Liuips des barbares qui inondèrent Tempire en 407. Au vni' siècle, de nouveau.! désastres, occasionnés par la formidable invasion des Sarrasins, vinrent fondre sur elle. La ville d'Avignon, à celte époque de calamités, fut (irise et reprise plusieurs fois; et, devenue proie de guerre; elle futrava^'ée par les vaijujueurs. Tous les édifices publics furent emportés dans cette effroyable tempèle.
Charlemagne, dont la main vigoureuse sut fonder el alfermir un des plus vastes empires du monde , mit tout en g?u vre pour réparer les maux qui avaient aOtigé la France. 11 releva réglise Notre-Dame d'Avignon, ainsi que nous en instruit une charte de Louis le Débonnaire, son fils et son successeur. Ce litre, traduit en français au xv* siècle , dit que le roi Louis lui accorda de nonilireux privilèges, en ( onsid.Matîon de ce qu'elle était moutt nucicnne el de (omlalimi roynlle.
Aux temps les plus reculés, l'église métropolitaine n'était connue que sous les noms d'église d'Avignon, de Notre- Dame, de Saint-Jean et de Saint-Étienne. Ce fut seulement dans le courant du xiv* siècle qu'elle fut désignée sous la dénomination de Notre^Dame-des-Doms. Voici à quelle occasion : dès le vm* siècle, l'évArpie Auricdl avait fait v<>nir des moines de Lérins, qui avaient une manière particulière
W CATHÉDRALES DK HlA.XCt.
de psalmodier à deux ehfeais altemalifs. Ces religieux furent sécularisés au ix* siède, et formèreut plus tard un chapitre
distingué; l'église qu'ils desservaient était appelée Ecekfia bentœ Mun'œ de Dojunia ou Doniinis.
En chen lianl à prétiser li-s dates des diverses parties qui «Xinstiiuent aujourd'hui l'église métropolitaine d'Avignon, plusieurs dillicultés se présentent dans celte appréciation ar* cbéologique. Le monument a subi tant de changements, que les caractères de certaines portions assez importantes en ont été complètement altérés.
Quelques antiquaires ont prétendu que cH édifice était du la traiisilion entre TarchilcLiurL' rornaïue et l'arrhiteclure dégénérée de la première période du moyen âge. Kn étudiant le porche si curieux et d'un as^pect vraiment antique, ib ont pensé que la construction en était antérieure au règne de Gharlemagne. Telle est Topinion de M. Mas« auteur d'une notice savante, quoique trop courte, opinion que nous n'adoptons pas. Celte question ayant occupé déjà les antiquaires, nous devons exposer le passage de riipux ult' de Al. Mas, où il résume les raisons (ju il apporte en faveur de son seuLiment. Nous motiverons ensuite notre sentiment particulier.
« D*abord on lie peut supposer que ce porche ait été construit postérieurement au xi* siècle; car, à celte époque, commença en Provence et dans toute TEurope un style d'architecture tellement carat luise, que toutes les constructions qui s'y rapportent sont facilement reconnaissables. On pourrait , il est vrai, supposer (l'intenlion d'imiler l'antique étant patente) que cette imitation a pu avoir lieu aussi bien au XI' siècle qu'aux siècles précédents : c'aurait été une exception, un capi ice d*artiste. A la rigueur, la chose serait possible; mais, pour l'admettre comme vraisemblable, il fau-
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drait pouvoir citer quelque exemple à Tappui. Nous voyons bien plusieurs imitations de l'antiqué dans le xi* et le XII" siècle , mais toujours incomplètes et tiès-ieconnaissables : les pilastres d'Autun, par exemple, sont copiés sur ceux des
portes romaines de celte \ille; mais leurs cliapileaux et tous les détails do l'église à laquelle ils ap[iaitit'miLMit sont romans. A cette époque ou a bien imité des détails; mais je ne ilSichepas qu'on ait jamais copié le style général de l'architecinre antique. D'ailleurs où étaient les modèles que les architectes de ce temps auraient eus sous les yeux pour les copier? Avignon , successivement saccagé par les FVancs et les Sarrasins, ne devait plus présenter que des ruines iutunnes. iNous iiensoiis donc qu'il l'aul se reporter à une date plus éloignée de nous; il semble d'abord naturel de cber* cher une époque de renaissance où le goût antique , auquel > on revient toiqouts en sortant de la barbarie » a été remis en honneur. Le siècle de Charlemagne m*avait paru probable par ce motif. En effet, dans les dernières années de son émpire, Cliarleniagne imprima à l'Kurope un mouvement de civilisaliun prouducé, (|ui se m.iailesla par une imitation de l'organisation politique de l'empiie romain, par l'étuclt de la langue et des arts de ces maîtres du monde. Mais rien ne prouve que Tarchitecture ait suivi ce mouvement : les constructions que l'on est fondé à croire carlovingiennes sont empreintes de barbarie , et rien n*y rappelle les prtjportions élégantes du portail de Notre-Dame-des-Doms. "
« lieculant ainsi de siècle en siècle, on est bientôt forcé de s'arrêter à la Uniile tracée par les invasions des barbares , pendant lesquelles on ne peut guère supposer que Ton ail élevé d'autres constructions que celles qui pouvaient défendre les villeff contre les dévastateurs. Du vt* au vil* siècle, la Provence a joui d'une tranquillité relative qui permet de
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peiLser qu'on a pu s'occuper alui-s de bâtir des édiiit ts leligieujc durables et de grandes proportions. Les souvenirs romaîns n'étaient pas encore efiacés, et l'on ne connaissait alors d*aatre architecture que celle du Bas-Empire t plus ou moins adroitement reproduite. C'est à' cette époque qa*on pourrait supposer que le portail en question a été élevé. Dans cette hypothèse, les liiiiiteii seruiit, d'un cCAê, le règne du roi bourguignon (lontran; de l'auli^e, l'invasion des Sarrasins. »
En analysant attentivement ces arguments, on sera loin de les trouver démonstratifs. On connaît {dusieurs termes de comparaison, tels que la cathédrale de Langres et plusieurs autres âSifices de la Bourgogne qui présentent, dans leurs formes imitées de Tantique , de frappants rapports avec le nioiiiunent d'Avisnon. Nous serions asM-z puilé à i roire que le purlail de Notre- Dame doil f^lre attribué à « otte remar^ quable école bourguignomie, qui se développa à la fin du XI' siède et dans le cours du D'ailleurs nous retrouvomi dans le système de la construction elle-même des caractères qui nous paraissent suffisants pour en attribuer la date au commencement du xu* siècle. Outre quelques moulures d'une signification non équivoque, la disposition du porche et l'étalilissement de la tour à sa partie su^iéiiLure nous induiraient à tirer cette conclusion. L'ouverture de la porte, avec son arcade cintrée et les autres circonstances qui Taccompagnent, servent encore à corroborer notre opinion. Jamais, avant le siècle, on n a vu une construction produite par des principes semblables à ceux qui ont présidé à Téreclion de cet intéressant narthex. Ce serait un fait unique, dans l'histoire de rarchitectui e. dont on ne pourrait donner nulle explication. Les clochers sont, comparativement, d' une date trop récente pour qu'on puisse en trouver un si développé dans sa base dès le vui* siècle.
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Le porche de Notre-Dame-des-Doms est suimonté d'un fronton dont riBcUnaison indique les fvaditieos antiques.
Les moulures des corniches rampantes ont disparo : an milieu est une ouverture circulaire que les auteurs nomment oculus, œil. L'entablement, étalili dans des proportiuns peu correctes, et décoré de détails imités servilement de l'architecture Tomaine, soutient le fronton et est supporté lui-même par deux cdloimes ooiinthiennes enga|;ées dans les angles du porche. Ces colonnes sont probablement antiques, et pro- Tiennent de quelque monument à pi^nt inconnu. Les emprunts de ce genre ne sont pas rares dans le midi de la France, et sont tr^s- communs à Home et dans le reste de ritalie. La porte en arcade oilre une grande analogie avec celles des arcs de triomphe d'Orange et de Saint-Remy. Le soubassement du clocher .est orné d'un ordre de colonnes d\ai caractère tiès-remarquable.
Le tympan du fronton élevé au-dessus de la porte d*entrée est couvert d'une fresque dans un triste état de dégradation : les fragments qu'on peut encore distinguer annoncent uu dessin pur et correct , et une composition simple et grandiose. Cette peinture est présumée du m* siècle. D'autres fresques, plus modernes peut-être, maïs sûrement moins bien exécutées , appanussent sur les murailles qui unissent le vestibnle à la nef de la cathédrale. Le morceau le plus intact représente le baptême de Notre -Seigm ur par saint Jean. Deux an^es, dont la tète est admirable, planent au-dessus du groupe : on voit à côté un homme avec un enfant , une femme et deux jeunes filles; c'est probablement la famille du donateur. Les curieux regardent surtout les costumes des personnages, frappants par leur richesse et par leur singularité.
L'ancien clocher, bâti sur le mur môme du porclie, s é-
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croula die vétusté en 1405, pendant qu'on chantait les vêpres : sa chute n'entraîna pas toute la muraille ; ce qui
resla fu( jugé assez solide ^lour y établir celui que l'ou vuil aujourd'hui.
L'intérieur de la cathédrale d'Avignon offre le plan général de la basilique. De fréquentes réparations ont tellement 'changé l'ordonnance et les dispositions des parties essentielles, que la réflexion seule et Tanalyse peuvent aider à retrouver la disposition primitive, voûte la plus ancienne est o^'ivale, tandis que les arceaux intérieurs et exti^^i ii urs des miu-s latéraux et les fenêtres sont à plein cintre; les caractères du xii* si^cle sont ici évifîi nts. 11 ne s'est probablement pas écoulé un long intervalle de temps entre la construction du porche et celle de ces diverses parties; l'ornementation est largement imitée de Pantique. La nef de Notre-Dame est environnée d*nne tribune formant une frise, surmontée truiii' l)ahislrade en pierre, soutenue par Jes perideiilifs d'une riche sculpture. En i(»70. sons l'anlu'vèque Azou, Arioste, on agrandit la nef en dumnuant une immense tribune, et Ton construisit le chœur. I \iTitel est éclairé par un dôme, sur quatre rangées d'arcs doubleaux, qui s'élèvent graduellement et portent une voûte en coupole.
Nous ne devons pas passer sous silence nue œuvre de sculpture gracieuse, le Irùac archiépiscop^J actuel : c'était autrefois le siège des papes qui ont habité Avignmi de KIOS à 1377, et des papes qui y ont demeuré pendant le grand schisme de 1379 à 1403. Après l'extinction du scliisme, en 14M , le cardinal Pierre de Thurci, légat d'Avignon, le fit sceller, par respect, dans Tépaisseur d'un mur, à quatre mètres d'élévation, oîi il est resté juscju'en 1837. W du Pont, à cette époque arclievèque d'Avignon, ju-eant que ce siège monumental, à peine aperçu de lœil inattentif de
la foule, et dont la position était pour la plupart une véritable énig^me, n'était pas sullisamment à la purtée des observateurs, l'a l'ait descendre pour l'usage des archevêques.
Les chapelles sont géuéralemeat décoiées avec luxe, mais pas loujouis avec un goût asses sévère. Dans Fune d*eUes, dite chapelle de Jean XXH, on conserve un autel en marbre fort ancien, en forme de table, n était autrefois dans le chœur, cachp sous ua autel plus moderne, ressenilthiiif à un tomijeau. C'est dans cette mèmu ( hapeile qu'on a Iranslcré le beau mausolée du pape Jean KXII. Ce monument , en style gotldque du xiv' siècle, étale toutes les magnificences de la sculpture la plus fine et la plus diversifiée. Ce sont les figures les plus gracieuses entrelacées avec symétrie, les feuillages ciselés, les festons transparents; en un mot, toute la prodigalité de l'art de cette époque. Plusieurs clochetons, ornés de riches végétations, s'élèvent graduellement jK>ur former une pyramide lumulaire du plus imposant effet. Ce tombeau fut d'abord élevé au milieu de Téglise; malgré cette position trè»-incomnu)de, il y demeura pendant quatre cent vingt-cinq ans. 11 fnt plusieurs fois déplacé, et enfin horriblement mutilé en 1793; des barbares arrachèrent le corps du jwntife de son tombeau , où il avait espéré trouver un repos jusqu'à la résurreclion bienheureuse, el en dispersèrent les lambeaux. Enfin ce sépulcre vide a été rétabli an milieu de la chapelle, et dans Tétat oh nous le voyons maintenant.
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