‹ Les plus belles cathédrales de FranceChapitre 12 sur 78 · DU HANS · texte numérisé non relu

DU HANS

La cathédrale du Mans, bâtie à deux époques bien distinctes, présente dans toute leur grandeur les deux princi» pales transformations de rarchitecture chrétienne. La période romano'bysantîne nous a laissé la grande nef et les bas

côtés, la période ogivale a élevé le chœur et la partie supérieure de l'églist'. Le double njouvemeul du j^éuic religieux au moyen âge s'y montre dans sa puissance. Quoique le défaut d'enseiiibie détruise rbarmouie générale de l'édifice, on serait fâché ^pendant de ne point rencontrer d'une manière si complète l'expression de la pensée des architectes de la période romano-bysantine mise en parallèle avec la pompe et la noblesse qui caractérisent la période gothique. Les deux styles sont en présence, avec leurs caractères, leur ornementation propre , leurs procédés particuliers, et, s'il était permis de s'exprimer ainsi, avec leur physionomie spéciale. L'archéologue, sans système exclusif, les admirera toujours, Tun dans sa forme sévère, Tautie dans son élégance et sa prodigieuse hardiesse.

Les principes de cette imposante cathédrale furent extrêmement modestes. Le premier apôtre de la foi chrétienne au « Mans, saint Julien, av.'iit d'ah(»rd consacré au culte du vrai Dieu la maison d'un néophyte, en dédiant l'autel à la sainte

LE UA^S. ff!

Vierge et à saint Pierre. Suivant la coutume des premiers siècles chrétiens, il avait sans doute déposé sous cet autel que]qu(y relique du glorieux martyr et grand apôtre , chef de l'Église, ou au moins un de ces linges» dont parle saint Grégoire de Tours, que la dévotion des fidèles rapportait des grottes vaticanes , après qu'ils y avaient séjourné sur le tombeau des saints apôtres. La basilique, trop étroite, fut au'randie au vi' sitîcle, sous l'éveique saint Iniiocent. Ruinée plusieurs fois par le temps et la inain des barbares ^ elle fut relevée sur un plan plus vaste , et ornée avec plus de magnifioence par les évèques du Mans, Francon, saint Âldric, Robert, Mainard, Vulgiin et Amault. Hod, qui occupa le siège épiscopal de 1085 à 1097, donna une grande impulsion aux travaux de la cathédrale. 11 en fit la dédicace , et y transporta avec grande solennité les reliques de saint Julien. Hildtïherl de Lavardin, sou successeur, et depuis arciievêque de Tours, acheva quelques parties restées imparfaites, et conduisit les tours à une si grande hauteur, qu'elles dominaient le château, ce qui lui attira mille vexations de la part de Guillaume le Roux. Quelques années après, l*incendie fit de grands ravages dans Téglise du Mans, mais i)s furent promptement réparés, et, vers îc milieu du \\\* siècle, nous voyons Hu^rues, archevêque de Tours; Ulger, èvèque d'Angers; Hamelin» évéque de Rennes, et Donoaud, évêque d'Alet, réunis pour assister à la translation des reliques de saint Julien dans la nouveUe église, qui lui fut de nouveau consacrée.

Au commencement du xm* siècle, les chanoines obtinrent du roi Philippe -Auguste la permission d'augmenter leur église en l'étendant au delà des murs de la ville. Les tiavaux furent entrepris sous l'influence des idées nouvelles, et }>oussés avec une incroyable ardeur; commencés en 1217, ils furent heureusement terminés en 1254. Geoffroy de Loudon

8H CATHÉDRALES UE FRANCE

transporta le corps de saint Julien de raadeime église dans la nouvelle, avec une pompe extraoï'cUnaire et au milieu

d'un concours immense de peuple. Le mi^mc évèque décora les fenùires du ch«eur lL s magnin(}ues vitraux qui existent encore , et sur lesquels on ruconnait ses armoiries.

Vue dans son ensemble et d'une certaine distance, la cathédrale du Mans offire beaucoup de noblesse dans sa masse imposante. Le chœur et le transsept surtout, entourés des chapelles latérales, soutenus par de grands piliers butants, se montrent dans una perspective très-pittoresque. L'extérieur de la nef se fait distinguer plutôt par l'austérité des lignes architecturales que par la ricliesse de l'ornementation.

Rien n'est plus simple que le grand portail de la nef. Un immense pignon en maçonnerie réticulée» soutenue par des pierres de taille de moyen appareil; trois portes à plein cintre, surmontées de chevrons brisés, de billettes, et des ornements capi i( iciix (laij> l('S(juels se compl.iit le style romantj-liyzantin; au-dessus, une grande iein'tri». accompagnée de deux autres fenêtres latérales de moindre dimension, .également à plein cintre; deux contre- forts, sur lesquels sont fixés deux animaux grossièrement , sculptés : voilà toilte la décoration du grand portail, y a loin de cette aichiteolure sobre et réservée à Vart prodigue qui a semé les sculptures avec tant de profusion au fi ontispice de nos grandes cathédrales gothiques, et nirme à l'art romann-l)y/,anlin (jui a présidé à l'ornementation du portail méridional. Celui-ci est richement décoré, et montre tous les caractères de Tar^ chitecture de transition au xii* siècle. L*ogive, qui donne entrée dans une espèce de narthex ou vestibule, est encore indécise et chargée de moulures roroano-byzanfines. La porte est surmontée d'un tympan orné de la figin-e du Sauveur entourée des quatre évangélistes, sous la loi-rae de l'emblème

Page 1