‹ Les plus belles cathédrales de FranceChapitre 3 sur 78 · AMIEN · texte numérisé non relu

AMIEN

symétrie, et par leur complication, leur élégance, leur hardiesse, iUpeuyent soutenir la comparaison avec les plus belles fenéties drculaires. Les roses du transsept sont également d'un dessin admirable. Vues de Tintérieur de l'église , elles proditûent un effet magique.

Une halustratle h jour, à hauteur d'appui, en forme de couroniiuinent, termine la gramlc l.ujad»'. Là iiuil longtemps le portail de la cathédrale d' Amiens, qui formait ainsi un paraliéldgramme parfait. Les deux tours et la galerie Yoùtée qui les unit à leur base, n*ont été élevées que plus d'un siècle après Tachèvement toial de l'édifice; elles ont été terminées au commencement du xv' siècle. Tout porte à croire que Robert du Lu/arches ne les avait point cunij)rises dans son jdan , parce qu'elles manquent de proportion avec le corps du monument : ce célèbre architecte les eût certainement conçues sur une plus vaste échelle. Outre que les deux tours ont été bâties sur un dessin différent , elles sont encore inégales en hauteur et dissemblables par Tomementation. Ce défaut de symétrie nuit à la perspective générale de l'édifice.

I.cs deux poHails latéraux se dislinuueiii par un caracière noble et sévère. Les statues qui les détx)reut sont d^un style large et d'une bonne exécution. Nous mentionnerons surtout la statue de la sainte Vierge tenant l'enfant Jésus endormi. A ses pieds est un ange qui joue du rebec ou viobn à trois cordes. Ce groupe est d'une naïveté pleine de grâce : la pose en est charmante.

I/aspcct extérieur de toute la cathédrale d'Amiens n'affaibUt point l'impression produite par l'intérieur. Les galeries, les clochetons , les contre-foris , les arcs-bouianU sout construits avec le plus grand soin. L'exécution ne laisse rien à désirer; tout satisfait la raison et platt au regard.

ff (.ATHÉI>R.M>:s m FRANCK.

M. (iilhei't, après plusieui-s auteurs, trouve que l'exfmeur de Notre-Dame d'Amieus annonce autant d^ timidité que rintérieur fait voir de hardiesse et même de témérité. Disons uotre'pensée tout entière sur ce sujet. L*aicbitecture ogivale n'a pas adopté les mêmes procédés que Tarchitecture classique , dont les proportions sont généralement peu hardies , et qui procède d aprèj? un syslèiiu» eutièrement dilléreut. D'un côté c'est la tcndanc t; à diriger les constructions jus<jue dans les. nues, de l'autre côté ce sont des principes invariables, quiilxentune hauteur déterminée. Peut-on apprécier avec la même règle et la même méthode deux styles opposés? Ne serait-ce pas agir avec la même ignorance, la même inconséquence que les architectes qui avaient déclaré barbare le style catholique , parce (jue les colonnes des églises Oirivales ne pouvaient se mesurer avec les modules des ordres antiques?

Le clocher central avait été primitivement construit en pierres, vers Tan 1240. il était en forme de tour carrée, surmontée d'une flèche en charpente couverte en plomb, dont le style était en harmonie avec celui du monument. I.a foudre le détruisit entièrement le 15 juillet 1527 * Deux ans plus tard, l'évèque Franrois llalluin. de concert avit son chapitre, prit uue décision en vertu de laijueile un coui uurs lut ouvert aux architectes pour la reconstruction de ce clocher. Les projets présentés n'offraient point toutes les garanties dé^rables» et cet état d'incertitude ue faisait que prolonger les regrets des fidèles, lorsqu*un pauvre compagnon

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(itïsl ail (Ivniiil qvifize j\ilh!t.

Par fovdre ht l« clocher de cvans Vs\tm dv fev . cl rasé tovl ncl :

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(•liai"])entier, originaire «U." (lnlU-iicliy. {tirs d'Amiens, iiominû Louis Cordon , fut présenté au diapilre par le chanoine Lam<>tlK Louis Cordon, de concert avec Simon Taneau, autre charpentier, dirigea laconstraction avec tant d'adresse et d'habileté, que le clocher est encore aujourd'hui un objet d'admiration et Tune des merveilles de Fart : il fut fini le 22 mai i533. La décoration exlérieure de ce clochor se compose de huit pieds droits ou giaiuls jàlaslit'S, pu.sés sur un stylobaio octogone et surnionlés de slalues de huit pieds de hauteur, repii^sentant Jésus -Christ, la sainte Vierge, saint Jean^-Baptiste, saint Pierre, saint Paul, saint Jacques le Majeur, saint Finnin, premier évéque d'Amiens, et sainte lilpbe. Ces figures sont placées sur des colonnes qui s'élèvent de dessus les acrotëres et se rattachent au corps du clocher par de légers arcs-houlanis. La partie supérieure du clocher est ornée de statues d'anges tenant chacun un instrument de la l'assion. Les autres ornements en saillie qui embellissent cette tlèche , sont des dragons à deux têtes servant de gargouilles, des sphinx et des salamandres, que Ton reconnaît être le cachet de toutes les œuvres d'art exécutées sous le règne de François Celte flèche est élevée de cinquante-neuf mètres quarante-trois centimètres, depuis sa baiie jusipi'à l'i^xtréniité de la croix, cl de reni trente mètres cinquante-quatre centimètres, depuis le pavé de l égiise jusqu'au même endroit.

SAIM- PIERRE

J>£ BSAUVAIS

La catliéiiraJe île Beauvais, comme celles d'Amiens el de Chartres, jouit eu France d'une renommée populaire. 11 n'est personne qui n'ait entendu parler de la grandeur, de la magnificence, des hardies proportions du chœnr de cette basilique. On Ta comparée ^ celle de Cologne, et nous adopterions volontiers la comparaison. Ces deux immenses monliments, enlrepris sur un j)l:ui i^i^anlcsque, offrent îles beaut/'s de premier ordre, (juuiqiie restés inachevés. Kn visitant les deux admirables édifices, on est frappé de la ressemblance qu'ils présentent dans leurs principales dispositions, et Ton n'esl pas moins étonné, en étudiant le dôme de Cologne, d*y reconnaître les influences françaises. On a essayé de prouver que la cathédrale d'Amiens était le type de celle de Cologne , et il faut avouer qu'en ce i as et sous reitains rapports la copie serait supéiu ure à I nriLnual. Mais ce qui assure aux monuments français la prééminence sur le monument aile-, mand, c'est qu'ils ont été bAtis sans modèle, dignes euxmêmes de servir de modèles. Les deux grandes églises de Beauvais et de Cologne sont là maintenant comme un défi des temps passés aux temps priants. Le moyen âge n'a pas fini son œuvre : noire siècle en jK)sera-l-il jamais le courouuemeul?

BCAL'VAIS. n

La cathédrale de Beauvais ne consiste qu*en un chœur ttès-étendu» avec transsept, et collatéraux autour de Tabside. La grande nef n*a jamais été exécutée. Hais il y a tant de

gravité, de iioSlesse, d'dlt^ance dans l'architecture, que cette partie passe avec raison pour un chet-dViiM f. L'iiomiiu'! de génie qui a conçu le plan de cette superbe construction doit être rangé parmi ces artistes d'élite qui ont ilhislré notre pays. Enguerrand, Robert de Luzarches, Eudes de Mon-* treuil» Uaurioe de Sully, Jean de Chelles, Erwin et Jean Hûltz, quels beaux nomsl Us vivront autant que les ini|M*rissables édifices auxquels ils sont inséparablement unis !

L'église de Beci avais eut pour premier fondateur suiut Lucien, qui annonça l'Évangile aux habitants de la vieille cité dos Jiellovaqucs y sous l'empire de Décius, vers 245. Les nouveaux chrétiens se réunissaient dans un oratoire petit et modeste, comme dans les antres villes des Gaules; Thistoire ne nous a transmis aucun détail sur la basilique ^isoopale primitive.

Des auteurs ont avancé que Téglise de la liasse-Œuvre avait été constmile pour lormer un templt^ païen, à l'époque où l'on construisit les murs d'enceinte de Beauvais. Un peu plus tard, ce temple aurait été consacré à la sainte Vierge et à saint Pierre pour servir de cathédrale. Quoique ce monument curieux présente le petit appareil, avec bande de briqueis, suivant la manière romaine, nous avons pdne à croire que sa fondation puisse remoiater à une époque aussi reculée. D'ailleurs, au niomcut où l'on coustruisit dans les Gaules les ruiuailles iortiGées, dmit on trouve de si curieux vestiges dans plusieui-s villes , on n'élevait plus de temples païens : le christianisme avait détruit et remplacé l'idolâtrie. U est impossible de fournir aucune preuve de cette extrême ancienneté. Malgié la difficulté de préciser un siècle auquel

CATHÉDRALES l>K FRANCK.

00 pourrait attribuer la Basse -Ubuvre, nous croyons pouvoir, avec M. de Gaumont, en {dacer la construction vers le vin* siècle. M. Woillez» auteur d^une description de la cathédrale de Beauvais, a publié une dissertation fort intéressante sur ee sujet. Onoique nous n^admettions pas tontes les conclusions (lu savant auteur, nous considérons ct't l'difice comme

un des plus iii Incessants de la période nmiano- byzantine primordiale. Avéc le baptistère de Saint- Jean, à Poitiers, l'église de la Basse -OËuvre est, sans contredit, en France, la construction la mieux conservée, antérieure au siècle. Nous inclinerions à penser que la Basse4£uvre servit d^église baptismale pour la ville de Beauvais. dans un tempe oii il n'y avait dans chaque cité qu'un Ijaptisltn idinmun. De vieilles coutumes conservt'cs jusqu'à la Hevulutiou c<»iiûnuent cette opiuion. Ce serait uu Irait de resseuibiauce de plus avec la basilique de Saint-Jean de Poitiers.

L'ancienne cathédrale de Beauvais reçut la dénomination de BastÊi^OEuvre à Tépoque oïl Ton construisit la cathédrale actuelle , qu*on appelait Haute-Œuvre à cause de ses belles propoi liiins t t la hauteur dfi ses voûtes. Son importance scientifiquL' inériiu une description délai lUr. Ce qui subsiste de laBasse-U^uvre forme uu rectangle large de vingt-deux mètres, sur une hauteur de seize mhU < jusqu'à la liase du fronton. Le mur latéral du midi a vingt-huit mètres cin< quante centimètres de longueur; le c6té opposé n*â guère que vingt-cinq mètres, une partie ayant été détruite lors- .]u'(>n voulut commencer les travaux de la nef de la cathédrale. L'intérieur uionlro une nef el des latéraux séparés par cinq piliers carrés, à angles tronqués, ayant un mètre de côté, supportant des ai^lies à plein cintre qui soutiennent les grands murs; cet intérieur n'a Jamais été voûté. Le parement des murs est en petites pierres cubiques. 1^ nef avait.

IttAtVAIS.

sur chaque face, cin(| fenêtres à plein cintre» à claveaux séparés par deux ou trois briques cimeiif ées ; un cordon horizontal, formé dp briques accouplées, court (riine lenètre à l'autre au niveau des impostes, et dessine l'archivolte.

La façade est terminée par un gaI>lo ou fronton triangulaire, au centre duquel est sculptée en demi-relief une grande croix ancrée, dont le sommet se trouve placé entre deux pe- , lites ouvertures rondes. Au-dessous du triangle régnent deux corniches, séparées Tune de l'autre par un intervalle; plus bas est une fem'fre avec une an hivolte, ornée d'un quadruple rang de uioulures tiguraut des étoiles. On remarque • au-dessus de cette fenêtre trois personnages grossii^rement sciilplés, qui ont donné lieu à des conjectures peu fondées, puisqu'on leur donnait une origine païenne. En examinant avec soin cette foçade, on est conduit à reconnaître qu'elle est postérieure au corps de la Basse-Œuvre; elte est comme applupu'e sur la tranche (k>: murs latéraux, auxtfuels elle ne se relie jminl. Quelques fragments de moulures si mhlent indiquer aussi une époque postérieure par leur analogie avec des formes usitées plus tard dans le centre et le midi de la France.

Tous les amis de l'architecture chrétienne, tous ceux qui dierchent à étudier sur les monuments la marche et les progrès de Part de Itàtir, souhaiteront vivement que cet édifice soit etlicacenient proléiré criutre toute mulilalion.

L'église de la Basse-Ubiuvre servit de cathédrale jusqu'à la fin du X' siècle, époque vers laquelle on renouvela les plus anciennes constructions rehgieoses, au témoignage des auteurs contemporains. Les fondements de la seconde cathédrale forent jetés ]iar Hervé, quarantième évéque de Beauvais; Roger, son successeur iumiéiliat, élu évéque en 990, continua l'œuvre de son prédécesseur. Ce monument fut érigé

iU ClATllfcUllVLLs DL l iU.Ni.K.

av^c une magnificence digne dn temps; mais Tincendie vînt le ravager à deux reprises différentes, en 1180 et 1225.

A cette dernière époque. Miles de Nanteiiil , alors t'vr()ue de Beauvais, résolut de reconstruire sa catliédrale dans des dimension?? supérieures à celles d'Amiens, dont les frjndemenls avaient été jetés cinq ans auparavant. A ce xiii* siècle, les nobles entreprises, semblaient naturelles; tous les hommes les comprenaient facilement. L*évéque« le dergé et le peuple travaillèrent de concert et avec le plus vif enthousiasme à réaliser le saint priijet. î.e plan était hardi jus(pi'à la téméî'ilé : les piliers étaient largement espacés, les arcades avaient une immeim' portée. A p^ine élevées, les voûtes, appuyées sur des contre-forts trop faibles, s'écroulèrent subitement, malgré les efforts tentés pour en prévenir la chute. En 1272, après plusieurs années d*un travail opiniâtre, les voûtes étaient recoifstmites. La veille de la féte de la Toussaint , on les bénit en grande pompe et grande alléirresse: mais les élans de joie se chaugèrent bientôt eu appréliensioiis . et, par une épouvantable cata.str(ipbe, le 29 novembre 1284, elles ionilji>rent une seconde fois ; pludeurs piliers furent renversés. Cet accident fit ouvrir les yeux, et Ton se décida il bâtir des piliers intermédiaires entre ceux qui existaient primitivement. On employa (juarante ans à ces réparations, et pendant cet espace de temps on célébra l'office divin dans l'église de la Basse-<)Knvre.

Eu t338, l'évèque de Beauvais et son cliapitre, voulant achever le chœur de cette vaste basilique, choisirent l'habile architecte Ënguerrand pour Texéeution de ce travail. Ses dessins et projets ayant été agréés par l'évèque Jean de Marigny , les travaux furent commencés avec la plus vive ardeur. Mais alors s'ouvre pour la France une série de calamités qui arrêtèrent l'élan général : les guerres intestines qui

ensanglantèrent alors ims pruvim ('s jtcndani plus d'unsikle, el l'occiipatinn d'uno irr.inrlp {tai lie «lu territoire par les armées anglaises, nt' permirent [tas de s'occuper activement des constructions ébauchées. Knfîn, après bien des malheurs, le 21 mai de Tan 1500, sous Tépiscopat de Yilliefs de l'Ile- Adam, la première pierre de la croisée fui bénite et posée avec un cérémonial pompeux. Les populations, fatiguées d'une si longue interruption, se portèrent avec le plus louable empressement à l'édification de l'église épiscopalc. Jean \Saast, de Beauvais, et Martin Camhiche, de Paris, tous deux architectes, furent chargés do la direction de l'œuvre.

Le zèle des fidèles se refroidit promptement, les ressources furent bientAt épuisées, et ce ne fut qu'à Faide des libéralités de Louis XII el de François que l'on put continuer les opérations, déjà Itien avancées. Aprîs la mort de Jean Waast et de Martin Cambiebe, la siirveillauce de î'ienvre fut donnée à Jean Waast, fils du précédent, et à François Maréchal , qui conduisirent les projets à leur accomplissement, en 1555.

Au lieu d^acbever la nef, dont ils avaient commencé une travée, les deux architectes voulurent lutter contre les grands travaux de Michel-Ange , dont la renommée leur faisait connaître la gloire. Li ronslniclion de la célèbre coupole de Saint -Pierre de Home l'emplissait aloi^ l'Europe du bruit de ses merveilles ; Jean Waasl el François Maréchal , voulant prouver que le style gothique était capable d*égaler les ordres classiques en hauteur, élevèrent au-dessus de la partie centrale de la croisée une tour pyramidale de quatre-vingtseize mètres de hauteur, et dont la hase avait seize mètres de largeur sur cliaipie face. La tour qui servait de base à cette pyramide, percée à jour de toutes paris, était ornée de vitres peintes « et les qualité angles, surmontés d'o]>élisque$. se

rattachaient au corps de la pyramide octogone par plusieurs nrcs tr^s-délicdtenicnt trav iilli's. f.'inf^rietu- en était MnWé en o^nves, de manière que le spei laleur, placé au centre du transsept , pouvaU eo considérer toute la hauteur. Cette coll* struction merveilleuse produisait un effet véritablement ma^ gique : flèche aérienne, qui semblait laisser flotter au vent les mille ornements de ses dentelles légères. Du sol de Téglise au sommet de la croix, on comptait cent trente-un mètres soixante «eatiniMrts d clévalion (le dôme de Saint-Pierre, à Home, a cent Uenle-deux mîîtres); elle [Menait son essor jusque dans la région où se f(»rmenties orages, pour aller porter jusqu'au trône de Dieule signe delà rédemption. Dans les jours de solennité religieuse, on plaçait au milieu de la pyramide une lampe ardente, et cette espèce de phare lumineux , qu'on a|iercevait à de très-loinlaines distances, iiidiquiùlque le temple du Seigiu iirui»! If \ t'rilaljle port duisalut.

Cette ma,L;niliquc pyramide ne subsista que cinq ans; le jour de l'Ascension de l'année lo73. tandis que le clergé et le peuple étaient en procession dans les rues de la cité, elle s^écroula avec un fracas é|K>uvantable : un épais nuage de poussière couvrit toute la ville. Dès la veille, de tristes in> dices avaient annoncé le malheur qui menaçait : quelques pierres isolées s'étaient détachées du soinmct ; l'étjiiilihre étaitrompu: rien ne pouvait arrêter la catastrophe. Leni;)iire mncoii ('lait monté à Tmlérieur de la tour pour exîiiniucr rélal d(> la luuruîUe; il s'aperçut promptement de Timminence du danger. 11 cria au peuple assemblé dans Téglise qu il ei\t à se retirer li-ès-promplement. Il était à peine descendu . (]ue la chute ébranla toute l'église et répandit la con« sternation dans les esprits.

On^se hAta de réparer los tlumtmires ••ccasionnés par ce terrible accident; mais qui eût osé penser à reconstruire

BEAI VAIS.

cette aiguille prodigieuse? On se contenta d*élever à k place un modeste campanile en bois.

Les voûtes du traussept méridional, qui avaient le plus souffert du désastre, furent répai^ées, ainsi que le portail correspondant, par la générosité du roi François F, de retour de sa captivité. On continua encore les travées de la nef; enfin les ressources étant complètement épuisées, on fut contraint de laisser imparfaite une oonstraction si remar* qualile sous taul de rappurU.

Nous devons placer ici les principales dimensions de l'œuvre : longueur totale, soixante-trois mètres; largeur des transsepts, cii^guante-^huit mètres soixante centimètres; hauteur des voûtes, quarante -huit mètres.

L'intérieur de la cathédrale de Beauvais impressionne vivement par' la grandeur majestueuse des proportions. Lorsqu'on tourne les regards vers l'abside, on considère un des poinls de \ ue les plus admirables que l'art ait pu créer. Uien ne peut égaler l'effet des immenses fenêtres qui rayonnent autour du rond-p(jinl; leur étendue semble encore augmentée par la disposition élégante des galeries percées à jour. Dans le saisissement de la première impression, . on comprend aisément qu'on ait proclamé le chœur de Beauvais le plus héau chœur des cathédrales de Frauce.

Maîheureusemenf l'église de Benuvais porte toujours di's traces des accidents qu'elle a souflerts. Des armatures on for, visibles eu beaucoup d'endroits, annoncent que la solidité n'est pas encore parfaite. La voûte, au centre du transsept, est du xvi' siècle; celle de la chapelle de Tautel privilégié, avec ses nombreuses nervures entreHjroisées, est de la même époque. Los hautes Fenêtres de l'unicjuo travoo do la nef sont trc's-olancôos ol rossoniltleiil à celles que l'on oljserve fréquemment en Allemagne dans les édifices contemporains.

2Î CATHÉUUALtS Uli FUANCii.

Les rosaces du transsepi sont flamboyantes; mais les meneaux manquent de légèreté.

La façade principale, du côté de la rue Saint-Pierre, présent»' dans toute son étendue ce que Var< luU3Ltiire du * temps offre de pjus riche et de plus giiu ieux. Quoique sur son déclin» le style ogival trouve encore de ces inspirations surprenantes par la grandenr de l'idée et par la richesse de Texécution. La beauté de cette partie porte des marques de la munificence royale d'un prince qui voulait imprimer un cacbet de somptuosité à tous les travaux entrepris sous ses ordres. On reconnaît facilement à la présence des salamandres le règne de François F^ ^

La fiiçade septentrionale , quoique moins belle que celle du midi, se recommande à l'attention de Tarchéologue par une magnifique porte en bois. A la partie supérieure, les quatre évangélistes, reconnaissables à leurs emblèmes, et les quatre grands docteurs de l'ill^^lîse latine, s*abritent sous des niches à coquilles, st'paiV't s Tune de l'anhc par des niKiiiants ouvraL'és, au-dessus des<niels st* diesscnl dr charmantes statuettes. Dans Timposle, on admire un arbre généalogique sculpté avec un art ingénieux et une grande finesse de ciseau.

SAIME-CÉCILE

D*AIiBI

Le cliristianisine pénétra de bonne lionre dans le pays d* Albigeois. Suivant les documents les plus authentiques» il y fui apporté par saiat Clair, ra})6tre de la Gaule naribonnaise. L'élise primitive d'Albi , partageant le sort de toufes les autres Églises, fut d*abord éprouvée par la persécution. Dans ces temps malheureux, où le nom de chrétien était un titre de proscription, les nniiveaux fidèles furent obligés de se cacher dans les ombres tle la nuit et de la solitude pour célébrer les saints mystères de la religion. Enfin, consolés par des jours plus sereins, ils voulurent élever à l'honneur de Dieu un temple digne de sa grandeur et de la majesté du culte chrétien. Alors fut construite, au sein de la capitale des Aibimges, l'église cathédrale, consacrée sous Tinvocalion de la Sainte-Croix. Qiioiqne cette antique et vénérable basilique ait laissé quebjues niiries qui subsistent encore de n(»s jours, il serait difficile de déterminer à quelle époque précise elle fut érigée. Elle était située sur la peute d'une colUne, presque sur les rives du Tarn, entre le palais des comtes d*Albigeois et ia métropole actuelle. ,

Vers le milieu du xiif siècle, on résolut de la rebâtir plus somptueuse et plus grande , dans une position plus conveiiahlc» soit qu elle fût ruinée par l'action destructive de>

temps, soit qu*elle fût insuffisante aux besoins religieux de la population. A cette époque, était assis sur le trdnc t'piscopal Bernai (l de Casianet, piélal émuienl par ses verlus et ses tuleJits, riionneur du sii'/o dV\ll)i , d<^jà illustré par phisieurs de ses prédire esscurs. U avait reru lu mission d'aller à Rome pour y presser la canonisation du saint roi I.ouis IX.

négociation dont il était chargé eut bientôt Tefiet qu'on devait attendre de son zële actif et intelligent, il revint en France, comblé d'honneurs, avec le titre de cardinal. Un pei'sonna^'c d'un tel inérife était capable de comprendre son si('cle f'I lie SLiivri' l'itiipiilsion irénérale. Ce fut sous ses auspi» (is (ju'oM dressa les plans de la cathédrale d'Albi, dont il bénit et posa la prelni^^e pierre le jour de la fête de l'Assomption , 15 août 12$2.

Bernard de Castanel, pour exécuter dignement la noble entreprise qui devait immortaliser son nom, abandonna ^énéreuseroent une partie de ses revenus. Il convoqua tout son clergé, et , d un coiisciilL'iiient unaniiue. il fut (li'riflé ({n'on prélèverait sur tous les bénélices le vinglièiiie d» s revenus pour aider au grand œuvre de la cathédrale. L'enthousiasme du clergé fut partagé par les seigneurs et le peuple. Chacun voulut participer à la construction du nouvel édifice. Dans ces beaux âges de foi vive et généreuse, une attraction irrésistible poussait tons les fidèles à concourir à Térection de Téglise épiscopale, mère et protectrice de toutes les éijlises particulières. Uayaiond, coiiile de Toulouse ; Mal fred, vicomte de Narbonne; Adélaïde, son épouse; les comtes d'Albigeois; Trincavel, vicomte de Béziers; enfin le fameux Sicard d'Ala* man, laissèrent en mourant des legs pieux pour en réaliser l'exécution.

Malgré la vive ardeur de révèque Bernard, malgré l'élan universel, l'église d'Albi, commencée en 1282, ne put être

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