METZ
qui devient plus piquante encore par le contraste des formes qui lesavoisinent. Cette belle rose est incrustée dans des con-
slruclions nioderaes qui forment le portail extérieur. A l'oo (.isinii de l;i giiérison de Louis XV à Metz, le chapific Ht rebâtir la tacatle occidentale de la cathédrale. Il est inutile de dire qu'on adopta dans ce travail rarchitecturc prétentieuse, lourde sons des ornements sans nombre, triste avec des airs de coquetterie, qu'on a désirée sous le nom de Hyk PoM' patUmr, Ce frontispice est un contre-sens choquant; il est loin de mériter les éloges qu'on lui a souvent prodigués.
L'extérieur de la cathédrale de Metz présente de loin un coup d'œil imposant ; réilitici' domine toute la ville, et semble protéger de son ombre les maisons des habitants. Les contreforts sont couronnés de cloclielons en pyramides octogones^ et les arcs-boatants sont décorés de festons; la tour la plus ancienne est surmontée d'une flèche grêle et très-élanoée, bâtie aux finds des habitants de la ville en 1 497; Tautre tour n'avait pas été terminée. On y a exécuté récemment d*im-
puiiaut.s li'avaux.
Tous les admirateurs de la cathédrale de Metz et tous les vrais amis de nos monuments nationaux désirent ardemment de voir disparaître les échoppes et les maisons qui encombrent l'extérieur d'un édifice, l'honneur de la dté et l'une de nos plus belles ccmstructions gothiques du moyen âge.
NO TRI' -DAME
JJ£ SiKASBULfiG
Les andens avaient placé la plus grande des pyramides d'Égypte an nombre des sept merveilles du monde , à cause
de sa massL! énorme et de sa hauteur prodigieuse. Ils avaient été frappas d'îulmiralion cri considérant riniposaiile ,ui<indeur de ses dimensions, les immenses diliicultés de travail heureusement vaincues , et surtout Télévalion de sa tète , qui semble se perdre dans la réj^on des nuages. Combien les impressions sont plus saisissantes quand on est au pied de la façade de Téglise cathédrale de Strasbourg 1 La flèche pyramidale le dispute en hanteur au gigantesque Chéops; mais quelle différence dans la hardiesse de la construction! Ici c'est rélégance achevée, la grôce parfaite; là c'est la lourdeur immobile, la solidité sans déguisement. La flèclie de Strasbourg s'élance dans les cieux, aérienne et transparente; la pyramide égyptienne s'attache à la terre» qu^elle écrase de son poids; la première nous donne Fidée de la matière transformée, pour ainsi dire» sous le gàiie chrétien, prenant son essor vers le trdne de Dieu pour y porter les vœux et les prières des fidèles; la seconde rampe à la surface du sol, comme un de ces monstres adorés jadis sur les rivages du Nil, n'osant lever la tête au-dessus des roseaux qui bordent le fleuve, il y a entre ces deux monuments toute la distance
STKASBOL'RG.
STRASBOURG
d'une architecture sublime aux informes essiiii» d'un art primitif. D'un côté le symbolisme, la spiritualisalion des beauxarts; de Tautre la suprématie de la matière, Ténormité dans l'accumulatioii des roaléiiaox; à Strasbourg l'œuvre du génie» en Egypte PœuTre de la force.
La réputation de la flèche de Strasbourg est depuis longtemps populaire cliez toutes les nations de l'Europe. Appuyée sur un portail dont les proj)ortions sont iioljles et majestueuses, elle se distingue par sa merveilleuse lc%t'reté, par les ornements innombrables qui en couvrent les massifs et en indiquent les divers étages, par la décoration qui embellit le corps de la tour, par les tourelles dégagées, où Ton voit monter les spirales déliées de ses quatre escaliers. La finesse des détails s*umt h la grâce des formes, en sorte qu'on est embarrassé pour décider si l'élégance l'emporte sur la richesse du travail. La disposition savante de la pftinte aiguO, entourée d'anneaux sculptés que termine une couronne surmontée du âgne de la croix, concourt i\ porter au suprême degiérétoanementetl'admiration qu'inspire ce chef-d'œuvre.
La nef de la cathédrale de Strasbourg, quoique vaste et bien bâtie» est loin de répondre à la magnificence du portail principal ; la croisée et le chœur, d'une époque plus ancienne, s'en éloignent encore davantage. Ce défaut d'unité, le plus grave dans un édifice important, serait propre à diminuer le prestige de la façade, si l'esprit de Tarchéologue ne trouvait dans cette diversité de style un autre genre d'intérêt. La science y rencontre les sujets d'une étude presque complète des variations qu*a subies l'architecture religieuse daus le cours de sa longue et brillante carrière. Aujourd'hui que les principes archéologiques sont mieux établis, on éprouve une véritable satisfaction à les appHqiier à un édiliee important, et à en trouver la conUrmalion dans des constructions élen-
Digrtizeij Ly <jOOgle
m CATHÉDRALES DE FRANCE.
dues. La critique portée dans Thistoire des arts évitera des erreurs grossières que des traditions modernes, accueillies avec trop de facilité, avaient répandues dans tous les our vrages spéciaux publiés jusqu'à ce jour sur le monument de Strasâbouig. On a voulu rattacher le souvenir des plus grands rois et des plus grands empereurs à des parties de construction qui, certaiiieiutjnl , l« ur sont étrangères. Nous reviendrons sur ce sujet en faisant la description de cette cattiédrale.
Les auteurs qui les premiers ont écrit sur Thistoire de la catliédrale de Strasbourg prétendent que cette illustre basilique fut élevée sur remplacement d'un temple païen consacré à Hercule. Leur opinion s a|i|iuyait sur la découverte faite à cet endroit de deux statuettes représentant le dieu de la force.
Strasbourg, dont le nom latin est Argetiiorntum, avait entendu de bonne heure lu prédication évangéUque ; dès le IV* siècle, il y eut un siège épiscopaU et l'on ne saurait dou< ter qu*à la même époque il dût y avoir une église cathédrale. Les xnalheurs des temps ont effacé jusqu'aux derniers vestiges de cette basilique primitive. Les ravages des barbares et les iiicursi(»ns des Ahmanni eurent dos suites tellement désastreuses, que les vainqueui's ramenèrent le paga- ' nisme dans cette contrée. Lorsque leur domination puissante fut brisée, à la mémorable victoire de Tolbiac, Clovis, d<^ venu chrétien, rétabht la religion sur ces bords, et c^est à ce prince que Ton s'accorde généralement à attribuer la construction de la première cathédrale de Strasbourg. Dès le principe, Téglise épiscdpale fut dédiée 5 la sainte Vierge , sous le titre de son Assomption, (m Uaii et plusieurs autres de la luêiue nature nnus prouvent combien le culte que les catholiques rendent à la .Mère de Dieu est ancien dans l'Église,
STRASDOL'RG. 43S
malgré les prétentioiis «us fondement des protestants et des anties sectaifes modernes.
Selon le témoignage des chroniqaes andeimes, cette cathédrale avait été construite en bois. C'est nu fciit ( onstant, que confirme un i^raud nombre de passages de nt»s liisloriens eoclésiasLiques, que les éditices les plus importants élevés dons ces âges reculés furent bâtis avec des matériaux fragiles, ce qui nous explique les nombreux incendies qui détruisaient si facilement et si fréquemment les églises les plus grandes; ce qiu nous explique encore pourquoi les monuments de la première période romano-byzantine sont aujourd'hui si rares en France. Quoique les auteui*s ne nous disent rien des accidents que la première cathédrale dut épiouver en traversant les siècles, il est néanmoins très-probable que des agrandissements, on même une ou plusieurs reconstructions totales, eurent lieu dans ce long intervalle. Peut-être la chapelle souterraine située sous le chœur nous a-t-elle conservé quelques restes de l'un ou de l'autre de ces renouvellements ignoréis. Nous sommes convaincus qu'on s'est appuyé sur une autorité Irès-contestablc (inand on a avancé que le chœur avait été bâti sous les rois Pépin et Cliarlemagne , et quand on a prétendu que ce cbœur était celui qui subsiste actuellement. Les caractères architectoniques nous le feront apprécier d*mie manièro plus juste et plus certaine.
Dès 873, un incendie effroyable porta la désolation dans la cathédrale de Strasbourg. Réparée avec soin, elle fut pillée et incendiée , en 1002 , par lleiiiutun, duc de Souabe et d'Alsace, <[in \ Hilut punir l'évèque Wernher d'avoir pris le parti de Henri, duc de Bavière, son compétiteur à l'Empire. Quelques années plus tard, en 1007, un malheur plus grand encore vint foudre sur le monument : le feu du del le détruisit complètement» et Wernher commença, en 1015, à rebâtir
136 CATHÉDRALES DE FRAISCB.
tout rédiiice sur des fondations nouvelles. Enfin, dans le cours du XII" siècle, de grands désastres -vinrent, à diverses reprises, endommager Tédifice.
Une étude minutieuse des diverses parties qui constituent
le chœur et le transsept fait découvrir les (races de ces réparations snrcessives. Les caractères de rarchiteclui t^ indicpient évidemment plusieurs époques distinctes. I.c slylo romnno- Joyzaatio domine exclusivement dans les constructions inférieures, tandis que, plus haut, il se môle à l'ogive et aux autres particularités du système gothique, on du moins alterne avec elles, comme cela eut lieu au vf siècle, époque de transition. Toutes les restaurations ont donc laissé des vestiges, et les pages de Kœnigshoven trouvent «ne confirmation sensible dans la dispositif m .k tuclle des îioiix.
En suivant scrupuleusement les données chronoloi:i(|ues de la construction, nous voyons que le milieu du transsept et Taile septentrionale furent terminés dès la fin du XII' siècle. La forme générale, la disposition des arcades, les détails de l'ornementation accusent cette date; la nef, au contraire, et les bas côtés qui Paccompagnent présentent un système plus avancé; l'ogive s'y montre exchisivement, escorlée (le tous les ornements qui la suiveuf ordinairement; les piliers sont couvertes de colonnes réunies eu faisceaux , les chapiteaux sont ornés de feuilles recourbées en crochets, les galeries sont exécutées avec symétrie, les fenêtres sont élancées; en un mot, tout y annonce le style ogival primitif, qui régna dans le cours du xm' siècle.
La première pierre du portail fut posée en 1277, et celte consti-uction l'ut entreprise et dirigée par le télMne arf^liife( le Krwin, né à Steinhach, petite ville du duché de Hade. Son nom, ainsi que celui de Jean, son fils, continuateur de l'œuvre, et celui de Jean Hnltz, qui termina la flèche en 1 439,
STRASBOURG. 137
sont do petit nombre de ceux qui ont échappé au naufrage des temps. Nous ne devons pas omettre le nom de Sabine, fille d'Erwin, artiste habile , qui sculpta plnsieais statues au portail méridional , et peut-être aussi quelques-unes de celles
qui ornent le I^lier des Ançfcji.
Ln n'vnîiîtinn a pass»' à Strasljour^', cl n'a pas rcijpeclé le monumcnf , l'orgueil delà ville et de la province. Elle voulut flëtruire la liauie flèche , sous le ridicule prétexte que srm élévation blessait l'égalité; on se borna à en couvrir le sommet d'un bonnet roqge. La sotte préoccupation des patriotes de Strasbourg pour les droits de Pégalité universelle ne rappelle-t-elle pas les prétentions d'un nain qui voudrait, dans son impuissance à grandir, diminuer à i-a taïllu fous les objets qui l'entourent? Di s statues ont été brisées, des d»Vorations ont été mutilées, des sculptures qui omaieut les portes et les façades ont été broyées, mais le corps même do saint édifice n*a pas eu trop à souifrir. Depuis plusieurs années on travaille à réparer toutes les blessures que lui ont faites la main du temps et celle des hommes; les restaurations, conduites avec infolligenre et activité, assurent la conservation de ce ni.ii^uiti(|ij*: iiiomiincut. Il semble, du i^este, que les ré|iarations sont l'œuvre de notre siècle : nous avons trouvé tant de ruines, que notre premier devoir est de chercher à conserver les édifices que nous avons trouvés encore delx)ui.
Si les parties intérieures de la cathédrale de Strasbourg répondaient aux parties extérieures et surtout à la grande façade, ce serait incontestablement le monument le plus merveilleux qui filt sorti de la main des hommes. Mais, à rAté des œuvres les [ihis surprenantes du génie humain, on rencontre toujours quel([ues imperfections, quehjucs défauts; on dirait qu'oin siirnr de faiblesse doit constamment être imprimé sur les chefs-d'œuvre des hommes, en signe
aTHÊDRALES DE FRANGE.
de notre infirmité. Le chœur, le tianssept et môme la nef sont bien inférieuis à ces mêmes parties dans plusieurs de nos autres cathédrales. Nous n'avons point ici ces vastes nefs accompa^ées de latéraux, interrompues par le traussept,
et îse prolongeant autour du rond-point. Nous ne sommes point Jiappésde la hardiesse des voùles, de la succession des arceaux gothiques, de la majesté du chtijur et desdiapeiici» absidaies. Le chœur primitif est d'une simplicité extrême, et si restreint, qu'on a été obligé, pour l'agrandir, d'y ajouter non-seulement tout le milieu de la croisée, mais encore une travée de la nef. Ce défaut est encore rendu plus sensible par la grande fenêtre percée au fond du chevet, qui frappe dès l'entrée d'une manière jieu agréable. Celte impression défavorable, qui saisit au premier coup d'oeil, s'amoindrit à rcxameu du vaisseau ; on rendra justice à la beauté des proportions de cette partie, à la coupe ingénieuse des piliers, à l'élévation de la voûte centrale et à la'richesse des vitraux coloriés, qiû répandent dans le temple un demi-jour magique. Les colonnes sont couronnées de chapiteaux sculptés avec la délicatesse de l'art au xni* siècle ; leur corbeille , composée de fleurs variées, est encore ornée aii\ angles de belles feuilles recourbées en volutes. Les feuillages, découpés avec iinesse, sont disposés tantùt sur deux rangs, et tanlùi sur trois.
Après avoir franchi l'une des portes occidentales, on se trouve dans le vestibule gigantesque construit par Erwin. Les voûtes en sont plus hautes que celles de la nef, et la
grande arche du milieu laisse apercevoir dans son entier la belle rose qui occupe les trois quarts du second étagc! du portail central. La belle fleur gothique, largenieul é]janouie, étale les mille. compartiments de sa riche corolle, et, |>ar l'éclat de ses couleurs, produit un effet éblouissant, surtout
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STRASBOURG
vers le soir, quand le soleil couchant vient allumer le feu des saphirs, des émeraudes, des rubis et des topazes , qui scintillent de tous c6t&. Entre cette rose et la porte, une galerie transparente interrompt le massif du mur. Des ornements de toute espèce, des arcades trilobées, surmontées de frontons élancés, garnies de fleurons délicats, forment le complément de cette partie, vraiment imposante par l'ensemble et par les détails. Ajoutons encore de grandes fenêtres, à nombreux meneaux, remplies de vitraux peints d'un bon style : on distingue des figures représentant d*un côté la création de lliomme, sa chute, et le déluge; de Tautre, le Christ au milieu des splendeurs de la Jérusalem céleste.
Toutes les fenêtres de la grande nef ont des meneaux couronnés des formes gracieuses des trèlles, des quatre -feuilles et des rosaces. Plus heureuses que celles d'Amiens et celles de plusieurs autres cathédrales, elles ont conservé leurs précieuses verrières. On y voit représentés, sur plusieurs bandes horizontales, un grand nombre de saints et de saintes, quelques figures emblématiques ou allégoriques, et des traits de l'hisloire sacrée. Ces vitraux, d'une étonnante conservation, fonneiit aujourd'iiui une des principales richesses de la cathédrale de Strasbourg. Le moyen âge, dans ses }»his belles inspirations, ne nous a rien légué de plus parfait, et, à l'exception des verrières de Bourges, de Chartres, de la Sainte-Chapelle, à Paris, et de quelques-unes de Saint- Gatien de Tours, qui sont vraim^t incomparables, les vitraux de Strasbourg doivent être comptés entre les plus belles œuvres vitrifiées du xni" siècle j la [dupai t des figures sont accompa^niées de léi^^endes, dont quel(|ues-uiies sont conçues en vers allemands. Leur description complète serait sûrement du plus haut intérêt dans l'histoire des arts chrétiens.
Terminons Paperçu de 1 intérieur de Strasbourg, en disant
fUTUÊDRALES DE FRAACE.
que l'aprière-chœur est en hémicycle, et couvert d'une voùle en plein cintre. Autrefois (dff voûte était peinte, et on y avait iiguré le jugement dernier. Aujourd'hui il ne reste plus de traces de ce tableau.
Une des plus curieuses et des plus pittoresques décorations de Paile méridionale , c'est le Pilier deg Anges, 11 est composé d'une masse centrale Lrarni»' diMjuatrc enmdcs colonnes engagées, entre lestpielles quatre auîreb plu:» petites sont intei i t .nipues par trois étages de statues de grandeur nalurelle. Au bas sont représentés les évangéUstes» reconnaissablés à leurs attributs ; un peu plus haut sont posés quatre anges embouchant dos trompettes ; enfm, au-dessus domine la figure du Christ, accompagnée de trois anges tenant les instruments de la passion. Toutes ws statues ont une taille ellilée, des pruporliuiis élancées : elles sont travaillées avec recherche, et les tètes otirent une exprcsiiion grave et noble: sous le rapport du style, on observe qu'elles f»nt de la ressemblance avec d'autres statues de l'époque d'Enfin, et notamment avec celles que Ton voit à l'extérieur du portail sud, dont quelques-unes sont Tceuvre de Sabine» sa iille. On a cru reconnaître , dans une figure fixant les yeux sur le l'ilier des Anges et située près de l'angle de l'arrière-cliœur, un portrait de l'architecte de Steinl»ach , reî^sen)l)lant à celui que l'on voit au bas de la tour supérieure, miùs exécuté avec plus de fniesse, montrant dans ses traits Texprcision du génie. Serait-ce une inspiration de la piété filiale? Ce sentiment est assez vraisemblable.
Deux chefs-d'œuvre isolés rérlament aussi notre attention, la chaire et le baptistt're. Celui-<"i , exécuté en pierre sur les dessins du célèbre architeele Jud«M|ii, Dnt/.in-er, en 1453 , passe, avec raison, pour une des plus délicieuses créations de celte nature. I^s ciselures sont parfaitement comprises et
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STRASBULRU.
parfaitement expriou^. L*art du ny* siècle» si fécond, si varié, y a répanda d'une main prodigue toute la richesse
de ses ingénieuses combinaisons. Si l'expression d'orfèvrerie en pierre peut t^tre justfint'iil aripliqiiéc aux Iravaux de ce genre, elle est propre à exprimer toute la d(jlicatesse , tout le fini de celte composition. La cliaire est encore une helle conception de ia fin du xv* siècle. Le style o^val flamboyant a prêté ses formes contournées et capricieuses pour décorer cette admirable tribune. Cette chaire, construite, en 1486, sur les plans de Jean Hammerer, architecte de la cathédrale à celte époque, est d'autant plus intéressante au point de vue (le rarchéologie chrétienne, que la dt slnit tirm systéjiialique dos derniers siècles s'est appesantie plus déplorablement sur les meubles des églises. C'est à grand'peine si Von pourrait , en ce moment, trouver une chaire aussi curieuse que celle de la cathédrale de Strasbourg : on peut seulement lui comparer celle de la cathédrale de Mayence.
Avant de passer à la descri()tion de l'extérieur, jetons un rapide couji iVœil dans les cryptes creusées sf>us le chœur. Si, dans le monument de Strasbourg, il existe des constructions antérieures au siècle , c'est ici qu'il faut les chercher. Les colonnes sont courtes, surmontées de chapiteaux cubiques d'une excessive simplicité. Quelques-uns de ces chapiteaux, cependant, sont ornés sur les faces latérales de rinceaux singulièrement entrelacés : les angles sont formés de figures bizarres. Vers le fond on remarque les restes d'une frise ou plate-bande chargée d'enruulements caprit ieux rcKiurbés sur eux-mêmes en une suite de spirales. Depuis Fan 1082, cette chapelle est employée pour le saint sépulcre : le jeudi et le vendredi de la semaine sainte, elle est richement dé* Corée et éclairée de milliers de cierges. On y remarque un groupe de statues, aussi belles de forme que d*expression.
iA2 l ATIlÉDRALLS i)b FRANCE.
La disposition générale de la fa^de des cathédrales est à peu près semblable dans tons les monuments français. Un
portail central, large et orné, est accompagné de deux autres portes plus [ictitcs, égalemeni décorées : ces deux entrées latérales sont surmontées de loiirs plus hautes, qui communiquent à Tcnsemble beaucoup de mouvement et de ma» jesté. Dans les cathédrales d'Allemagne» oes arrangements sont pins variés : tantôt une seule tour ^élance du milieu des portails, tantôt les deux tours latérales sont isolées. Le plus souvent les efforts ont été dirigés vers la construction d'une tour colossale, terminée par une haute llècbe transpa- •rente : tout le reste semble subordonné à cette idée premi^re. La cathédrale de Strasbourg» située non loin du fleuve de Rhin, réunit jusqu'à un certain point , dans sa façade principale, ces dispositions diverses, mais modifiées de manière à présenter un caractère entièrement original et des proportions supérieures, de style et d'harmonie» à tout ee que l'art chrétien avait produit jusque-là.
Quand on cuutemple ce beau frontispice, couronné de sa flèche élancée , on n'ope pas critiquer le désaci urd qui se trouve entre la façade et le corps de l'édilice : c'est à peine si Ton ose regretter l'absence d'une seconde flèche parallèle, tant Texécution en parait gigantesque; Tentreprise eût infaiUîment empêché Tachèvement de celle qui existe.
Un système particulier de décoration donne & la façade une physionomie spéciale. Les moulures sont disposées sur deux plans diiTérents, de niani5re que les moulures extérieures se détachent complètement de celles qui sont en iq*plicaiiûu sur la muraille et forment claire -Toie, comme un magique réseau de dentelle en pierre. Cette combinaison ingénieuse produit im effet surprenant : on serait tenté de croire que les ornements sont placés derrière un riche écran
SraASBOPRG. 148
découpé à jour. Qttaiqtt*il en tésulte, à distance, un peu de ccmfuâon dans les lignes, on est presque ébloui à Faspect de ces prodiges de la sculpture.
La rose centrale doit être considérée comme un chefd'œuvre de goût et de grâce; elle est jirécédi'e d'un grand cintre isolé et festonné en dentelles, qui n'est soutenu que par des tangentes et des rosaces plus iietites, placées aux angles du cadre dans lequel il est retenu. Cette construction hardie fait l'admiration des connaisseurs. De riches galeries forment des oeinturiis ciselées qui interrompent la monotonie des trop larges surfaces. Autrefois Ton voyait, dans l'une des galeries, les statues des douze apôtres, rangées des deux côtés de celle de la sainte Vierge : le Christ présidait la sainte assemblée.
Les deux portes latérales du transsept ont Itenucoup souffert des injures delà révolution. Celle du nord est lemarquahle par ravant-portail de Saint- Laurent; on y voyait jadis un groupe de statuettes représentant le martyre du saint diacre. La saillie orientale du chœur n'est que de quatorze mètres : cet le p<*irtie ne se termine, ni comme la plupart des chœurs du systèiù* muiano-byzantin, en une abside semi-circulaire, ni comme les chœurs gothiques, en un octogone, mais carrément et en ligne droite.
De nombreur souvenirs historiques se rattachent à cette illustre cathédrale. On a vu déjà qu'ils remontent jusqu'aux siècles les plus reculés , et avec plus d'éclat aux premiers temps de la monarchie française. La cathédrale, constraite au temps de Clovis, fut vraisemblablement agrandie par la nnmifirence des roi^ d' Australie , ses descendants. Si nous avons été forcés de reconnaître pour fabuleux le renouvellement de son chœur sous Cbarlemagne , il n'en est pas de même des présents magnifiques dont la combla ce sonve-
raiu : ou die parjui ces dons un riclie reliquaire, une croix d'or el un psautier sur lequel il avait écrit son nom de sa propre main. Entre les empereurs germaniques» Henri 11 lui voua une attention particulière : on a conservé le souvenir des présents de Fempereup Frédéric Barberousse. La construction île la laraJe occidentale :se rallachc à la grande épo<]ui' de H(ult>lphè do Hafvsboiirg, dont la statue y fut placée en mémoire de ;ies bieidaits. Les successeurs de cet empereur visitèrent souvent celle basilique, ol c'est sur les degrés de la porte de son aile méridionale qu'ils avaient coutume de recevoir les hommages des habitants de k ville et de la province. Dans ces temps , Pintérieur du chœur était décoré des drapeaux et autres tropliées conquis par les citoyens de Stiasbuur^^ dans les cumbats où avait brillé leur bannière victorieuse. Le grand chapitre de la cathédrale était un des plus illustres de toute rAlleiuagne , el les évéques étaient des princes puissante ayant voix et séance aux diètes de l'Empire.
Louis XIV visita cette église le lendemain du jour oh il vint prendre possession de Strasbourg. C'est dans cette basilique que fut célébré, par procuration, le mariage de LouisXV avec Maria Lecziii.vka. tille du i'<»i de Pologne. L'infortunée Marie-Antoinelte la visita à sou entrée en France, en 1770.
A côté de ces hommages, oîi Téclat du rang se confond avec la majesté de la religion, les beautés de Tédifice luimême et le génie d^Erwin, son principal architecte , furent appréciés par des suffrages de plus en plus éclairés. Le cé* lèbre Gcethe lui consacra quelques*unes de ses pages éloquentes; d'autres écrivains distingués rivalisèrent d'elforts pour en faire connaître et sentir le mérite. Dans les lemi)s même où les fureui-s de la guerre désunissaient les peuples , où la flèche de cette cathédrale célébrait , par les mille
STRASBOURG
flambeaux de ses briliimtes iUumioaUoBs, des événements qui pesaient doiiloiueusement sur TEurope, ce monument , auquel deux nations rivales se plaisent à rattacher une grande part de leur antique illustration dans les arts, ne cessa de
réuiiir tous les bcninncnts dans une (x>mmuue admii'utiun.
SAINT-ÉTIENNE
BE CHAIiONS-SUR-MARKS
Le coafs du m* siècle est célèbre dans les annales de notre histoire ecdésiastique par la fondation du plus grand nombre des églises épiscopaJes de France. IjCs heureuses in-
llueiaes du ,L:ouvernement pacifique du urand Constautiii, devenu le protecteur de la religion, se fireiil sentir prompteuient dans toutes les provinces de son vaste empire. ï es fidèles, obligés précédemment de soustraire leur culte et leur foi aux yeux de leurs ennemis et de leurs bourreaux, osèrent sortir de leurs sanctuaires souterrains, étalèrent à la lumière du soleil les cérémonies pieuses, et montrèrent à la face du monde les splendeurs de leur croyance. A cette époque, le successeur de saint l*ierre envoya dans les Gaules une héroïque lésion d'apritre>. Les liumiues appelaient cette lia uu trépas ignominieux ; mais les martyrs sont dam» la paix : leur espérance était pleine d'immortalité.
La religion chrétienne fut préchée à Gbâlons dès les premiers siècles; mais il n'y eut un évèque spécial dans cette ville que sûr la fin du m' siècle. Saint Memmie vînt recueillir l'héritage des apôtres ses prédécesseurs, et fixa son siège dans le pays, auquel il consacra sa vie et ses ellbrts. Il fît élever, dès le principe, un modeste oratoire hors de l'enceinte de la ville, sur le mont Laviuien, et le dédia à saint
CfiALONS SUR -MARNE.
Pierre. Stilun les uns, ce fui une humble cliapelle qu'il plaça près des autels du paganisme; selon d'autres, et d'après d'ancienues annales, un temple d'Apollon, bâti sur ce mont et abandonné par les idolâtres conTerlls, devint la première église de la dié de ChAlons. Faut-il prendre à la lettre le récit de la chroniquet Ne savons-nous pas que |iour exprimer la victoire dn cbristiaiiisme sur le paganisme, les auteui-s ont dit que le temple chrétien l'ut t-levé sur les ruines du temple idoiàtrique, sans avoir 1 luteution de parler de l'église matérielle bâtie avec les débris du sanctuaire du polythéisme?
Dans un grand nombre de villes, le baptistère primitif fut séparé de la cathédrale, soit qu*il îAi établi dans une construction attenante , soit même qu'il fût placé dans un monument complètement isolé. Ce baptistère fut dédié au saint précurseur du Messie, qui prêcha le baptême de la pénitence sur les rives du Jourdain et qui eut Tinsigne honneur de baptiser Jésus-Christ. Nous retrouvons cet antique usage en plusieurs villes d'Italie, et, sans sortir de notre pays, à Lyon, à Poitiers» & Beauvais et ailleurs. Le baptistère de Châlons fut élevé à quelque distance de régUse mère et consacré à saint Jean-Baptiste. La petite église qui fut liAtie à coté et que nous voyons aujourd'hui, réédifîée au xi' siècle, fut mise sous le même vocable. A la partie latérale et inférieure nous avons admiré un petit monument d'une grAce parfaite, fleur délicate épanouie sur une . tige vieillie. Cette construction, appuyée sur la base du baptistère primitif, date du commencement du xvf siède.
Saint Alpin, élevé aux honneurs de Tépiscopat vers le milieu du v* siècle , passe pour avoir le premier dressé un autel à Jé.sus-Cln ist dans Tenceinte de la cité. Ce courageux évèque détourna de son troupeau les fureurs de la guerre
et sut fléchir ic cuurroux tl Atlila, comme le glorieux saint Loup de Troyes. Il bâtit la nouvelle édise 6piscopa!e dans remplacement où s'élève la cathédrale actuelle , et il la dédia à saint Yinceni et à saint Étienne, martyrs. On ne saurait raisonnablement conlester le lieu oà s'éleTa cette seconde calbédrale; le silence même de Thistoire serait déjà une preuve suffisante, quand on connaît le respect profond dont uu entoura sans cesse l'endroit témoin des réunions des premiers fidèles.
Après la convcrsiûu de Clovis et sou baptême à Heims , réalise de Chàlons reçut des témoignages d'affecUon du prince conquis à la foi par les prières et les larmes de la vertueuse Clotilde, son épouse. L'évéque Florent commença de grands travaux, qu*il n*eut pas la consolation de voir termint-s; la mort l'eideva au milieu du ses projets et au nioincnt où l'ardeur était générale. Ses successeurs continucreul son entreprise avec la môme activité, et Félix I"eut la gloire de poser le dernier couronnement à l'œuvre. Saint- Vincent devint la cathédrale, et Tancienne fut abandonnée, comme ne pouvant plus suffire à la foule. Ce fut probablement alors que l'église Saint-Vincent reçut le nom de Saintp Étienne , qu'elle a conservé jusqu'à nos jours.
Les calamités de la guerre pesèrent sur la ville de Chàlons dans le cours du x'' siècle, et la cathédrale ne put s'y soustraire, liéribert, comte de Vermandois, et liaoul, roi de France, la prirent et la livrèrent aux flammes à deux époques très-rapprochées. L'évèque Gilduin, qui méiita cette épitaphe digne d'envie : //le Jaeet Gilduimu boum tpiseopus, mot plus glorieux que les phrases les plus pompeuses et les plus retentissantes , s'appliqua à réparer les désastres de son église épiscopale. Dans le cours du xji' siècle, le monument souffrit une ruine presque complète par la
CHALOMS-SIR- MARNE.
foudre, qui le consuma et le renversa de fond en comble. Les évèqnes et les fidèles de Ghàlons s'armaienl de courage pour i^édifier leur cathédrale* Après sept années d'un traml opiniâtre, les ruines avaient disparu» et l'église se dressait triomphante. Elle fut consacrée, an milieu des transports d'allégresse de la nmltifuile, par le pape Eugène III, le 28 octobre 1147. Le pontile dédia la baiiilique régénérée à la sainte Trinité, à la bienheureuse Vierge Marie, à saint Étienne, premier martyr, à saint Jean-Baptiste et aux saints martyrs Vincent , Vàlèie, Chrysanthe et Darie. La religion, dans cette f6te« avait déployé toute la splendeur de ses c^monies. Un grand nombre de cardinaux et d'évéques accompafpiaient le [)réla[ roiisécraleur et rehaussaient encore de leur présence cette solennité déjà si briilanle. Saint Bernard, cette grande voix de son siècle, dont rélotjuence entraînante subjuguait tous les esprits, dont la parole était une arme irréâstible, prononça dans cette occasion un discours plein de majesté. En sorte que nous pouvons dire que la ville de Châloi^ fut témoin en un jour de toute la magnificence du culte chrétien.
Quatre- viiii:t -trois ans après sa dédicace solennelle, la cathédrale de C.liàlons l'ut de nouveau frappée du tonnerre; l'incendie fut si terrible, qu'il dévora toute la toiture, calcina les pierres des voûtes et renversa plusieurs murailles; il ne resta que quelques parties , faciles à distinguer aujourd'hui à leurs caractères archéologiques. Plnl^e lî de Nemours de Herville se voua tout entier à la restauration de son église et conduisit les travaux à bonne fin.
Sons Cilles de Luxembourg et Henri Clausse, la cathédrale pnt de nouveaux accroissements; le premier construisit sur la tour du nord une belle flèche en bois , qui passait pour une des merveilles de son temps ; le second agrandit la
CATHÉDRALES DB FRANCE
nef de deux travées. Cet accroissement , peu sensible à Tintérieur, par le bon esprit de Taicbitecte qui tâcha d'imiter roidoimance des travées voisines» occasionna la destruction d*un portail en rapport arec le style du reste du monument. Une façade lourde et disgracieuse le remplaça en 1628.
iNûus n'avons pas encore fini la série des malheui-s tie l'église Saint- Klieune. En HiOS, nn inccmlie effroyable porta de tous côtés ses flammes destructrices. La flèche élégante de Gilles de Luxembourg fut la proie du fléau; en s*écroulant elle embrasa la charpente et fit tomber la voûte du sanctuaire. Les cloches fondirent dans le brasier ardent qui les enveloppait ; les plombs des toits, devenus liquides par Faction du fen , répandaient autour des murailles une pluie brûJantu qui arrêtait les plus intirpitles. L'évèque Vialarl de Herse s'imposa de gt'uértMix sacrifices et trouva les i>essources nécessaires pour faire disparaître les traces de la désolation.
Un ouragan terrible fit tomber; en i 769, la rose du portail méridional; et comme si Fhistoire de la cathédrale de Chàlons ne devait être que le récit de ses désastres, on fut obligé de démolir ses deux flèbhes en 1821 , et aujourd'hui
des rép.ualions considérables, pour ne pas dire une reconstruction complète, se commencent au même portail du sud, . déjà si tristement éprouvé.
Nous indiquons ici les dimensions générales du monument : longueur totale, quatre-vingt-dix mètres quarante centimètres; largeur des transsepts, quarante mètres soixante-dix centimètres; laigeurdesnefis, vingt-huit mètres soixante centimètres; hauteur des voûtes de la nef principale , vingt-sept nirtres huit centimètres; hauteur des voûtes des nefs lat»'raJes, seize mrtres vini:t-trois centimètres; élévation des flèches, y compris les tours, soixante-trois mètres.
CHALO.NS*StR-MARNE.
L'aspeot extérieur de la cathédrale-de Ghàlons ne manque ni de grandeur ni de majesté , quoique înf&ieur à celui que
présentent beaucoup d'autres calhcklales.
Le portail septentrional , tlaiis un triste de mutilalion, mérite cependant l'attention des antiquaires. 11 otfre une grande ogive à voussures profondes, garnies de six rangs de statuettes. Les dais, les pinacles, les colonnettes, les fleurons, les feuillages, ont été endommagés en 179%. Les statues ont été les premières sacrifiées à la fureur de destruction qui semblait avoir gagné tous les esprits. Ce portail monumental ne duune plus aujourcrhiii qu'une idée imparfaite de son ancienne splendeur : ce n'e>i plus qu'un débris de lui-même, si nous osons parler de la sorte. La grande rose qui le surmonte en est le principal ornement ; elle peut être mise en parallèle avec les roses les plus vantées. Le travail et la disposition des meneaux indiquent la fin du jLVf siècle on le commencement du xiv*.
La tour voisine de ce portail est curieuse à étudier; on a prétendu que la base était d'architecture cnrlitvinirienne. On n'y découvre aucun caractère propre appuyer cette opinion. Les parties caractérisées dénotent le xi* s^^cle. Les fenêtres en sont à plein cintre et entourées d'une archivolte composée de moulures toriques. Ces fenêtres sont accompagnées de colonnettes dont les chapiteaux appartiennent è l'art romane- byzantin secondaire. On peut remarquer encore plusieurs rangées de tores rompus, moulure singubère dont la présence se fait distinguer principalement dans les édilices du second âge de l'architecture romano-Viyzantine.
Les deux flèches en pierre , reconstruites en 1821, sont loin de mériter leur réputation. L*art qui a présidé à leur construction n*est point reoonnaissable , et si Ton a prétendu imiter le style ogival, on s'est étrangement trompé;
si Ton a amplement voulu allier la forme antique à la forme gothique, on a réussi h produire un mélange bâtard d'un aspect équivoque, sans grâce et sans beauté.
Si nous p(>nétTons à Pintérieur de la cathédrale de Ghâ-
Ions, nous y tronvt?rons des parties de premier mérite, avec quolfîiic!, taoiies légères. Le plan ost en forme de croLx latine, à trois nefs et déambulatoires. Le transsept, comme à Metz, est plus rapproché de l'abside que dans les autres grandes cathédrales ogivales. Cette disposition a nécessité Tagrandissement du chœur aux dépens de la croisée et de la nef. L'abside, à partir des piliers du transsept, renferme sept travées et est destinée seulement an sanctuaire. Autour du rond-point on admire trois magniOques chapelles absidales, dont celle du milieu est dédiée 5 la sainte Vierîre. On a prétendu qu'elles furent bâties par M. Vialart de Herse, sous le règne de Louis XIV. La pureté de leur style , qui rappelle les meilleurs jours de l'architecture du xiv* siècle, ne permet pas d'admettre cette opinion. Il suffit de jeter un coup d'œil sur quatre piliers, précisément situés en face, autour du sanctuaire, bâtis par cet évéquc , ainsi que la partie supérieure de la voûte placée an-dessus de l'autel, pour se convaincre que l'auteur d'une pareille maçonnerie n'a \m comprendre le style chrétien du moyen âge d'une maniei e si distinguée et le reproduire d'une manière si irréprochable. Nulle part il n'eiiste rien de plus gracieux que ces chapelles; nulle part, peut-être, une réparation n*aété aussi maladroite qu'an sanctuaire de Châlons. Non, assurément, les grossiî^res colonnes et la voûte de l'abside ne sont pas eonteuiporaines dos élégantes rolonnef tes, des voûtes légères, des merveilleuses fen<Vres des trois r hapelles du chevet.
Les chapelles bâties le long des collatéraux de la nef indiquent une époque de décadence. Elles sont petites et mal
Digrtizeij Ly <jOOgIe
aiAi.U;NS- SUR- MARNE.
disposées, à l'exception d'une seule, qui porte Tempreinfe de Tait de la renaissance.
La grande n^ est un des vaisseaux les plus majestueux qui existent. Rlle est formée de dix trav(f*es, et soutenue par dix-huit piliers. Ces piliers sont cylimli iqiios, et offrent à l'observateur une particularité remarquable : leur base appendiculée indique un ^ge phis reculé que leur chapiteau à crochets ou à feuilles découpées. La partie inférieure appartiendrait réellement à une époque plus ancienne que le sommet, qui aurait été refait après une des nombreuses catastrophes qui ont dégradé ou détruit le monument à diverses reprises.
Les vf iùtes uni été presque entièrement rebAties il y a peu d'années. Elles ont été exécutées avec soin et intelligence. Nous n'en dirons pas autant de la tribune de l'orgue, mesquine construction couverte d'omementa gothiques en carton-plâtre, qui menacent déjà ruine.
Lës fenêtres sont généralement belles. Celles du sanctuaire surtout sont largement ouvertes. Elles s'unissent avec les ^aleiics transparentes, et communiquent à tonte la partie supérieure du monument une remarquable» légèreté. Il est vivement à regretter que la plupart soient dégarnies de leurs verrières. Celles qui les ont conservées peuvent nous donner une idée de celles qui les ont perdues. Elles étaient d'un bon style, et représentaient différents traits de TAncien et du Nouveau Testament, ou bien des légendes des saints protecteurs de Tédifice et du dîoc^e. On dislingue encore le Baptême de Notre-Seigneur, la Transfiiriiration et les priiiripalcs scènes de la passinn; ailltMu^ on vnit la condamnation et la décollation de saint Jean -Baptiste, saint Etienne rei evant le diaconat des ap^itrcs, distribuant des aumônes, traduit devant le conseil des Juifs, et entraîné pour être lapidé.
La cathédrale de GbAIons est très-riche en monuments d*ane antre nature. Presque tout le pavé est composé de
pierres tombales d'une belle exécution. Il y en a de diverses époques, et la plupart sont bien conservées. Malheureusement, par un vandalisme inexplicable, plusieurs ont été coupées. On en rencontre des fragments, encore admirables malgré leur mutilation, placés conmie au hasard de c6té et d*8utre.
NOTRE-DAME
DE BATSUX
La cathédrale de Bayeuz, illuslie & tant de titres, tient une place distinguée panni les monuments qui font l'honneur de la Normandie. En parcourant celte province renommée, si riche en souvenirs historiques, en pittoresques paysages , nous avons éiè vivement impressionnés à l'aspect des consiructions grandioses, élevées à diverses époques du moyen âge , qui en remplissent les villes et les campagnes ; * on y trouve à chaque pas, pour ainsi dire, de nouvelles ohservations à faire dans des édifices sans nombre. L*élan généreux qui anima les populations est manifeste à la vue des églises bâties sur un plan gigaatcscjue , dans les conlrées où le sol est le plus ingrat , comme dans celles où il se montre le plus prodigue. C'est un ensemble de qualités nobles et gracieuses , qui feront à jamais des monuments de la Normandie un des plus glorieux types de l'architecture chrétienne. On sent, on respire presque le mouvement et la vie qui firent palpiter jadis des peuples pleins de l'énergie de la foi.
Les prf>porlions gi'aves et rordonnance majestueuse de 1 édiiice produisent un saisissement involontaire sur Vesprit de celui qui entre pour la première fois dans la cathédrale de Bayeux. Placé au-dessus des degrés qui conduisent dans
CATOÉDRALES DE FRANCE.
la grande nef, le regard se promène dans toutes les pnHies du monument, avec cette ardente curiosité, ce charme indéfinissable et celte muette admiration qui s'emparent de toutes les facultés de l'Ame , en présence d'une œuvre inspirée- La pensée suit le regard, s'anime au spectacle de la l^randeur déployée dans les nefs, le chœur, et demeure absorlit'c dans la contemplaliou des m.'ig^i licences do l'aliside. Les transformaiinns de l'art religieux ont laissé dans cclto enceinte des traces plus nobles, peutrétre, que dans aucun autre édifice.' Le style romano-byzantîn y prend une expre»sioa qu^on lui croirait étrangère; la phase transilionnelle 7 est toute parée des grâces du style ogival sous la gravité de ses formes latines; Tarchitecturc gothique, appuyée sur ses deux sœurs aînées, ajoute à leuf sévérité les ornements les plus iiompeux et les plus élégants.
Nous avions hâte de traduire en quelques lignes les premières sensations que nous avons éprouvées en visitant la cathédrale de Notre-Dame de Bayeux. En étudiant les dates de construction des parties importantes» nous avons suivi pas à pas les développements qu'elle a pris successivement.
Les commencements de l'église épiscopale de Bayeux sont obscurs. Si nous nous eu rapportons à VHisloirc sommaire de la ville de Bayeux, du vliumnite iicziers, ouvracre qui manque souvent de critique , la cathédrale primitive aurait été fondée par sain! Exupère, pr^ier évéque de cette ville. Après avoir formé dans ce pays une chrétienté florissante » il h&tit un oratoire sur un emplacement donné par Regnohert» le plus puissant de ceux qu'il avait convertis. La trar dition, suivant le même auteur, rapporte que la sacristie de la chapelle Nofre-D irae, demire le eliunir, occupe la place de roratuiit; de saint Exupère. Ce modeste éditice ne pouvant plus contenir le nombre des Mêles qui se formaient
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BAVEUX
tous les jours , Hegiioberl, successeur inimédi^it d Exupèi-e, fit ék'vt r au même lieu une église plus spacieuse, ûU U fixa le siège épiscopal.
La première cathédrale de Bayeux, successivemenl augmentée et décorée par ses pontifes , éprouva de grands malheurs. Elle eut à soufliir les ravages des hommes et ceux de rincendie. Les pirates, du Nord, dont la cruauté répandit tant de sang dans le cours du n* siècle , minèrent la ville et l'église (U; Hayeux, en 801. L'édifice ne put .se relever de ses dubi'is (ju'apiès la toiivtihiuii de Hollon leur chef. Celte Gailiédraie est nommée entre les premières de celles qui reçurent des présents du guerrier converti, lorsqu'il se disposait à recevoir le baptâme.
A peine Téglise avait-elle oubli48es maux, qu'elle devint la proie d*un fléau non moins terrible que le premier. En 1046, elle péril encore une. fois dans l'horrible incendie qui réduisit la ville en cendres. Sur le trône épiscopal siégeait alors Hugues de Bayeux, prélat riche et pui^isaiit; il se voua généreusement à la restauration de son église, il ne ménagea rien pour élever un monument durable , en y déployant toutes les ressources de Tarchitecture de son siède. Malgré son zèle et son empressement, il n'eut pas la conso* lation de voir Tachèvement des travaux; il mourut en 1049. Aide de sou frère (.uiillaume , duc de Nonnaiidit; , Odon ou Eudes de Conteville, successeur de Hugues, continua l'entreprise déjà fort avaucéti et y lit des augmentations considérables. Plus heureux que son prédécesseur, il en fit faire la dédicace par Jean, archevêque de Rouen, en 1077, suivant Orderic Vital, en 1078, suivant une charte conservée autrefois aux archives du chapitre. Cette cérémonie se fit avec grande pompe : Guillaume le Conquérant , la princesse • Malliilde, son épouse, Hubert et Guillaume, leurs enfants,
LAiilKUKALES DE FKANCE.
accompagnés d*tme foule de barons et de seigneun de Nor^ mandie, étaient présents.
Inconstance des ciioses hamaines ! à peine trente ans se sont -ils éoonlés depuis cette imposante soleniiité , que l'église est encore brûJée , victime des iuieurs de la guerre. Kn 1100, Henri I", roi d'Angleterre, et Hélies, comte du Maine» furent les anteurs de ce désastre. Rétablie par Philippe de Harcourt, évèque en 1159, et par Henri U, son snccesseuTy elle reçut des accroissements et des embelljsse* ments qui emportèrent vite le souvenir de cette dernière
cil, unité.
En continuuut l'histoire des phases diverses travereées par la cathédrale de Bayeux, nous retrouvons dans les caractères architectoniques eux-n)^mes une confliination matérielle de toutes les reconstructions exécutées en différents temps, que nous venons d^indiquer rapidement. Le massif des tours doit être rapporté à Tan 1046» et la grande nef jusqu'à la galerie, à Tannée 1077. La conslruclion supérieure, entreprise après la guerre du roi d'Angleterre, Jale de 1100. Kn 1150 de grands travaux furent exéculés et se prolongèrent jusque dans le xiii" siècle. L'abside, véritaljle cliefd' œuvre de goût et de richesse, fut achevée vers 1221 par Robert des Ablèches, tandis que le portail doit être attribué à la belle architecture du xiv* siècle , et le transsept à la fin de ce même xiv' siècle ou peut-être même au commencement du XV*. Pour ne rien omettre, la coupole, commencée en 1 i77, sous l'épiscopat et aux dépens de Louis de Harcourt, patriarche de Jérusalem, fut détruite en 167t>. Llle ne fut rebodie en pierre qu^en 1714 et 1713, sousTépiscopal de François de Nesmond.
Void les dimensions principales de la cathédrale de Bayeux : longueur totale» cent deux mètres; largeur de la
BAYEUX
nef, dix mètres; largeur des collatéraux , cinq mètres; largeur des ehapelles des bas côtés, cinq mètres ; largeur totale, vingt mètres. La hauteur des voûtes est de vingttrois mètres trente centimètres; la longueur du transsept,
de trente-sept mètres soixante centimètres ; l'élévation des deux flèclicb du portail est de soixante-seize niMies suLxante centimètres, et celle de la tour de l'horloge, de soixantequatorze mètres cinquante centimètres.
Une crypte fort curieuse s*étend sous le sanctuaire et sous une partie du cbœur. Elle est soutenue siir huit colonnes courtes* à chapiteaux grossièrement sculptés. On y reconnaît le commencement du xi* siècle. Cesl une des cryptes les plus éleiuliies et les mieux conservées de nos grands éditices du moyen k^a. Par un concours de circonstances assez difficiles à expliquer, pendant longtemps on avait complètement perdu le souvenir de cette chapelle souteiTaiue. En creusant le tombeau de l'évéque Jean de Boissey, on fut tiès-fiurpris de la découvrir. Une inscription en lettres gothiques, placée au-dessus de Tune des ouvertoies de la crypte , est destinée à faire connaître cette particularité,
Cn mil CCC<t rt imt 3tm j^nr ^Vrrtl qut pUivr axoHÈt Cts birnf. Si- :rrrf, la jaurnic dut la (lo^at dut tiUhtlt «olItttiMcttMmitlIli»
It ÉM«Mf , ài II nb* CflÎM k Jairui paitcur tirnbtt l'amr à ton Cr^atfur H\m m fflttillant la f lace Stvant U jTant anttl ht gratt irouM-t'On la hust c^offlU Imi U «'«Mit të uwoMtt
Mm MiâUt «Mtar «m nw nt nwt.
CATUÊOlULES UE FRANCE.
Ëa plusieurs eudroits de la crypte on trouve encore des fragmeiitâ de peintures qui y furent exécutées sa xv" siècle. Elles sont assez mal conservées; elles méritent cependant qu*on veille à ce qu'elles ne disparaissent pas entièrement.
La nef principale de Notre-Dame de Bayeux est remarquable par sa grandeur, son élûvatiou et surtout son arcliitecture mélangée. Les nrcades romano -byzantines à pkin cintre y sont très-belles. Les archivoltes qui les accompagnent sont décorées de billettes , de chevrons brisés et de feuillages. Le xf siècle a rarement produit rien de plus élégant et de plus soigné. Les artistes qui ont travaillé à leur édification ont fait preuve de connaissances et de goût. L'ornementation est arrivée à une puissance d'effet que nous avons uLsoi veo seulement en certains édifices de la Touraine et du Poitou. (ît'uéralement Part normand à celte qjui jue est plutôt robuste et sévère que chargé de moulures et de décorations. Entre les ai-cades et au-dessus du pilier, on a placé une statuette dans une espèce de niche à sommet angulaii'e. Cette disposition annonce déjà des principes avancés dans le système de consiruction; mais eUe permet en môme temps, par comparaison y de juger de Tétat d'infériorité dans lequel se trouvait la statuaire, par rapjjort à la science de la sculpture inouunu'utalL' , appliquée spécialeuicul à repiuduu'e la végétation ou des formes capricieuses. Il y a toute la dislance d'essais imparfaits à des œuvres pleines de goût. L'appareil qui entoure les statuettes et qui remplit l'intervalle compris entre les arcades est composé de formes recherchées : ce sont des nattes délicatement tressées, des écailles imbriquées, des fleurons, des dessins variés. Au-dessous de la corniche iiilt ii. iiie dus galeries, on trouve déjà les caractères apparents du xu* siècle. Les quatie-leuilles i-éunis en chaine environnent l'édifice, comme uue guirlande légère, iu-
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crustée dans la muraille. Cette gracieuse frise produit un très-bon effet. Nous ne l'avons pas rencontrée souvent dans les églises monumentales.
Le transsept est large et majestueux. Il est à regretter qu*il ne soit pas entièrement libre, eomme dans le plus grand noiiibre de nos callicilrales. De larges fenêtres y répandent la lumière. Divisées par un grand nombre d(; meneaux , elles pourraient presque le disputer en légèreté aux roses, tant répanouissement des trèfles, des qua(re-feuilles et des rosaces qui remplissent le tympan est délicat et hardi.
Le massif jubé, placé à Tentrée du chceur, est une œuvre dont on déplore aujourd'hui la construction. 11 fut bAli à grands frais par M. de Nesmond, de 1698 à 4700. Comme œuvre isolée, il n'est pas dépourvu démérite, mais ce n'était pas là sa place. 11 interrompt les lignes de Parcliitecture et coupe la perspective d'une manièra regrettable.
En entrant dans le chœur on est vraiment ébloui de la gloire de Tabside. Nous n'avons jamais observé nulle part d*ausâ belles galeries que celles qui forment la couronne du rond-point. Elles sont dessinées avec la plus irréprochable élégance et la plus suave pureté de formes. Une grande arcade ogivale en renlerme d'autres plus petites , ]jressées comme des sœurs sous les bras de leur mère. Les coiouneltes qui les soutiennent, surmontées de bouquets de feuillages, unissent encore leur HA capricieusement effilé pour compléter cet ensemble ravissant. L'architecte a déployé id tout son talent ; il a parfaitement réussi. Â notre sens, la galerie de l'abside de Bayeox est le chef-d'œuvre des constructions de ce genre.
Il faut bien avouer maintenant que le développement des fenêtres a suullerl de celui de la galerie i]U\ les soutient. I^eur
ouverture à lancettes conserve ce caractère qui plait tou-
CATHÉDRALES l>E FRANCE.
jours; mais le défaut d'étendnt» diminue considérableineiit l'effet qu'elles auraient dû produire. Dans leur état actuel y elles semblent faire corps avec la baie des galeries , et , vues de loin , elles coinmiimqQent à toute ]a partie qu'elles éclairent un caractère de grandeur simple et noble. Puisque nous sommes obligés de laisser échapper quelques paroles de blâme, nous n'approuvons pas l'idée que l'on a eue de canneler les colonnes les plus voisines du ma!tre-autel. Nous ne comiaissous pas l'auteur de cet embellie > ment prétendu. Mous inclinerions à penser qu'il fut exécuté au cx3inmencement du dernier siècle. Malgré l'opinion de quelques personnes respectables, il est impossible de reconnaître dans ce^te opération un travail du moyen âge.
Toutes les voûtes sont d'une belle exécution : celles du sanctuaire et du chœur nous offrent peints les noms des premiers évéques de lîayeux, avec les biisles de plnsieui-s d'entre eux. Le travail n'est pas tout entier de la même époque, ni de la même main. On remarque que les douze premiers noms , ainsi que les peintures qu'ils accompagnent, sont d*une exéculioii différente de celle des noms qui suivent , écrits d'ailleurs avec une autre couleur et en caractères plus petits. Ces peintures offrent le plus haut intérêt et méritent qu'une active sollicitude veille à leur ronservalion.
Tout autour de la cathédrale di' Ikiyeux on coujpte vingt-une chapelles, sans y comprendre celle de la Sainte- Vierge. Cette dernière chapelle, originairement dédiée à la sainte Croix, parait avoir été construite après le corps du monument, peut-être sous Pépiscopat de Philippe de Harcourt ou de Henri II , son successeur. Elle est située à Textrémité de Tabside ; cin(| fenêtres Téclairent : la voûte est appuyée sur des piliei^ isolés, d'une grande délicatesse. La destination actuelle de ce sanctuaire » toujours si vénéré
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dans tous les temps, est tout à fait conforme aux tnulitions catholiques. A la tète du Chiist, c'estrà-dire derrière l'autel principal, était la place convenable de Tantel consacré à la Mire de la dime grâce.
Plusieurs chapelles des collatéraux sont éclairées par de grandes fenêtres flamboyantes. Elles annoncent clairement divei'sos reprises ou réparations faites dans le coui'S du xv^ siècle, ou même au commencement du xvi'.
L'extérienr de la cathédrale de fiayeox est très-imposant. La façade principale , accompagnée de deux flèches pyramidales, la tour de Thorloge, âevée sur le centre des transsepts, les deux clochetons aigus placés aux deux ofllés de
ral>si(]e communi(juent au monument une physionomie pleine de grandeur et de disliuction. Vue à distance, l'église Noire-Dame oifre une perspective enchantée. La masse géné-
164 CATHÉDRALES DE rRANCE.
raie se dessine accompagnée de mille acccssuiits pittoresques, dans ua {panorama riche et varié. Â mesure que l'observateur change sa positioa, le spectacle se modifie et semble devenir nouveau.
Le portail prmcipal est composé de dnq voussures y dont celle du centre correspond à la grande nef, les autres aux nefs collatérales et aux chapelles des bas côtés. L'étendue en largeur donne à Tensemble une certaine apparence de loui^ deiir ([iii n exij.te pas dans la réalité. Les oiiieinents ont été maltraités et par les prolestants au &vi* siècle et par les vandales de la révolution. On trouve encore quelques statuettes, surtout aux voussures latérales, mais les mutilations ont été affreuses. Nous avons observé en plusieun autres endroits de belles statues décapitées : les iconoclastes modernes ont exercé leurs fureurs sacrilèges sur tous les objets qni ne se sont pas trouvés hors de leur atteinte. Les deux llèches aiguës qui accompagnent le portail complèteut cette façade.
L'entrée latérale , du cdté de Tévéché, est chargée d'ornements et présente un ensemble remarquable. Il faudrait un volume entier pour rendre compte de toutes les foimes délicates et gracieuses qn*on y rencontre y pressées les unes
contre les antres.
Les murailles extérienres, surtout autour de Tabsîde, sont durées d'arcades ogivales simulées. De nondjreuses restaurations ont été exécutées avec soin et intelligence , grâce au sèle de M^^ Robin, évëque de Bayeux ; la trace des outrages du temps et des hommes aura bientôt dispara : la cathédrale de Bayeux brillera comme aux anciens jours , belle de la pureté de son architecture , plus belle encora de la loi et de lâ piété des iidèles 1
SAINT-ÉTIENNE