‹ Les plus belles cathédrales de FranceChapitre 26 sur 78 · SENS · texte numérisé non relu

SENS

du moyen âge , que la fragilité des édifices qu'on élevait

alors. Les ravages du lenips et des éléments hâtaient rapideniêiitla destruction des premières églises chr^^tiennes, qui, au rapport de saint Grégoire de Tours, étaient bâties en bois. Parmi les accidents qui assaillirent la cathédrale de Sens, le plus foneste fut, peutpéiie* l'incendie de 970. Tels fuient les ravages du fléau, que la construction entière B^abUma. dans les flammes, et qu'il n*en resta qu'un amas de décombres.

A cette époque était a^jsis sur le trône arrliiépiscopal de Sens Archambaud, fils de Robert, comte de Champagne, prélat dont les mœurs étaient plus militaires qu'ecclésiastiques. Quelques auteurs ont prétendu qu'il avait lait rebâtir les cryptes 6t.relever le sanctuaire. 11 est bien plus probable que ce fut saint Anastase, son successeur, homme plein de vertus et de talents, qui jeta les fondements de Téglise nouvelle. Sévin , pontife ardent et éclairé , conduisit à un heureux aclièvement les travaux commencés et fit la dédicace solennelle de l'église en U97. Par suite d'accidents trèsgraves, cet édifice fut presque entièrement rebâti de 1143 à 1 108 par les évèques Henri Sanglier et Hugues de Toucy, qui le laissèrent tel que nous le voyons encore, à Tezception des deux tours et du transsept , qui doivent être rapportés à une époque postérieure.

Après avoir [xisé les principales ikites des diverses parties qui constituent la i athédraie de Sens, nous allons en donner une description succincte.

Dom Martène a dit que la cathédrale de Sens était grande et large, et qu'elle pouvait passer pour une des plus belles du royaume. Nous ne voulons pas contester le jugement porté par le savant bénédictin ; cette église cependant se fait plus remarquer par sa grandeur majestueuse , par sa gravité im-

CATUÉDKALhS i>K FRANCE.

pesante, que par la beauié de ses proporUons et la richesse de ses ornements. -Prise isolément, cette cathédrale nous donnerait une hante idée de l'aidutectare chrétienne du

moyen Age ; mise en pai allclo avec nos basiliques du xiii* siècle , elle ne peut être plact^e qu'à un rang secondaire. La loQgueiu^ totale de ce monument est de cent dix-sept mètres trenie^inq centimètres; sa largeur, de trente-huit mètres, et sa hauteur sous voûte , de trente mètres.

' En pénétrant dans l'intérieur de Saint-Étienne de Sens , il est impossible de n*ètre pas frappé de la disparité des styles d'architectnre qui ont présidé à l'érection de ses diverses parties. Le style romano-l)y/aiitin tertiaire, si facile à reconnaître à ses caractères de transition, domine dans les nefs et le chœur, tandis que, dans la croisée, le style ogival du XV' siècle se montre dans les ornements des fe» nètresy des roses et des portes. Quelques fragments intéressants, échappés aux mines des édifices antérieurs, rappeUent les constructions du xi* siècle. Ainsi les bas côtés du sanc» tuaire portent le cachet du xi* siècle.; la croisée ou transsept et la plus grande partie des nefs sont de la fin du xu* et du commencement du xui* ; enlm ks trois arcades à Tentrée de la grande nef, du côté droit, approchent de l'époque de la renaissance.

Le plan de Téglise métropolitaine de Sens est régulier dans Fensemhle : les chapelles seulement sont moins symétriquement disposées. Elles sont au nombre de vingt , dix autour du chœur et dix autour de la nef. L'effet général du moniinient est noble et sévère. La grande nef est d'un bun style. On y reconnaît sans peine à ses colonnes, à ses fenêtres et à ses voAtes, les inspirations d'un art transformé. Le génie chrétien semblait préluder à ses chefs-d'œuvre. Pour les antiquaires versés dans Tétude do l'archéologie religieuse,

la cathédrale de Sens est un édifice d'un haut intérêt. Placée

aux limites de Tarcbitecture romano-byzantine, elle porte Tempreinte de la magnifique rénovation de rarchitcclure catholique au xin* siècle. Elle conserve quelques fracos de la période architectonique qui expire, elle se dresse sous rinfluence d'une ère nouvelle, féconde en prodiges*

La cathédrale de Sens n'est pas seulement remarquable par son architectnre'mélangée , elle attire encore l'attention par les restes de ses magnifiques vitraux, par divers monuments de sculpture, des toiubeaux et des curiosités du trésor arrachés à la destruction et à la spoliation révolutionnaire. Les verrières du chœur, de la chapelle de Saint-Savinien et du bas-oité au nord du cbflnur sont du xiii' siècle; on les doit à la générosité d'Ëtienne Béquard , archidiacre de Sens, en 1 294. Gomme toutes celles qui remontent à cette époque, elles sont admirables par la vivacité des couleurs, riûinnonie des tonsi VeSki sainssant de la mosaïque et l'élégance du dessiu.

La grande rose au-dessus du portail d'Abraluuu, au nord du Iranssept , est aussi remarquable par sa construction que par la beauté des peintures : elle représente la glorification de Jésus -Christ. Le Sauveur est au centre; un séraphin jouant d*nn instrument de musique occupe un des fleurons de la rose. La Résurrection des morts, le Jugement et la Séparation des justes d'avec les réprouvés sont les scènes les plus fitipjuintes de celte œuvre mei-veilleuse. Cette verrière fut faite aux I rais do Gabriel (iouliier, doyen de Sens, en lo2U; le donateur y est représenté avec ses armoiries.

La rose du portail de Saint -Éiienne» au sud, quoique moins célèbre et moins estimée, n'est pourtant pas dépourvue de grandeur et de beauté. Elle représente les quatre fins dernières de l'homme» ainsi (jue plusieurs traits de la vie de

ailiÉDRALES Dt HIANCE.

saint Élienne. Ce fut un don de rardievéque Sallaiar, au commencement du xvi" siècle.

La cathédrale de Sens n otlre point à l exli rieur la niagnificence d'un grand nombre de cathédrales de France. Elle présente toute la rudesse de style, toute la pénurie d'ornements et la timidité de consbnictîon du aiècle où la masse principale fut élevée. Quoique cette eicesâve sévérité ne d^laise pas à Farchéologue , heufeux d*étudier sur des édifices de grande dimension toutes les transformations de Tapchitecture catholique, l'œil, cependant, ne se repose qu'avec fati-:iie sur de larges MirLices nues, sur des contre-forts massifs, sur des murailles lourdes. Les fen^^trcs sont étroites et peu divisées , les arcs-boutauts rares et sans hardiesse. L'aspect général du monument ne présente à Timagination que ridée de la solidité , à laquelle on ne savait point encore unir l'élégance et la légèreté.

Trois portes de dimensions différentes s'ouvrent à la façade occidentale. Le portail du milieu était autrefois décoré de statues et cU; bas-reliefs d'une riche exécution. Le marteau des vandales de la lin du xvni* siècle a broyé cette décorar tion : c'est à peine si Ton peut en découvrir les débris. Les restes qui ont échappé à la destruction suffisent, malgré leur mutUation, pour faire naître d'amers regrets sur la perte de ces admirables sculptures. Au-dessus de la voussure de rentrée principale on voit une large fenêtre rayonnante. Les deux tours, carrées et d'une élévation peu considérable, ne donnent pas d'élancement à l'ensemble de la façade. En résumé, le portail de SoiutrÉtienue de Sens est loin d'égaler les portes ravissantes qui embellissent tant d'autres cathédrales. Les deux portails latéraux furent élevés bien plus tard, puisque celui d'Abraham, commencé en f491, par Pierre Gennard, doyen de Sens, n*a été terminé que sous

SENS. m

Louis de Mdun» arcfaeTdque en 1506, qui y 6t placer ses annoirieB; Fautre fut achevé sous Tépiflcopai de Sallazar. Tous deux ont beaucoup souffert des injures de la révolution.

Le trésor de l'église métropolitaine de Sens , malv-^ré des pertes trop nombreuses , est peut-être encore le plus riche de ri'dûce. Le diveiii oltjets iju'il renferme sont inappréciables • aux yeux de l'antiquaire chrétien ; aujoui'd'bui surtout que le vandalisme et la cupidité les ont rendus si rares , ils offrent le plus liaut intérêt pour Tart et pour la science. Ce sont des ténioignanes de la pieuse lai^esse des princes et des seigueurs , quelquefois de la sainte prodigalité des fidèles, dans ces temps où toutes les richesses étaient consacrées à Dieu, à cette époque oîi riiidustrie humaine rivalisait d'efforts pour onier ses lempies.

I. Un des objets les plus précieux à la piété, comme à l'archéologie, est une croix à doubles branches, renfermant un fraient considérable de la vraie eraix. Elle est enchâssée dans un ancien reliquaire en or, enrichi de deux rubis , de six saphirs et de huit perles fines. Cette relique inestimable fut donnée à l'église de Sens par l'empereup Chai lem.'tgut» , vers l'an 800.

II. Ln ciboire en vermeil, qui fut volé eu 1541 et retrouvé sous un monceau de pierres , sur la place de Sainl- Étienne. L'église de Sens attachait la plus grande importance à oe vase magnifique. Pour expier le sacrilège et en même temps pour manifester sa joie , on célèbre tous les ans dans cette église, le 4 août, jour anmversaire du vol, une fête appelée de la lii'cupérulion de la Coupv , et l\>u expose ce ciboire sur le tabernacle pt iukint les oflicos.

III. Une boite cylindrique eu ivoire, découpée à jour, que l'on présume, avec assez de fondement, avoir été travaillée à Bagdad, où l'on faisait fréquemment de pareils

ouvrages. Dans le haut de la boite et dans le bas, on lit deux ûiscriptioDS gravées Girculairement en caractères arabes.

Traduction de Tinscription supérieure :

c La gloire dans ce monde s'acquiert par les richesses, et « la récompense des bonnes œuires est la gloire et le bon- « heur. Lorsque la fortune ne t'est pas favorable en quelque « affaire, ombrasse alors f(trtenient la patience; aulremenl « lu perdrais ta récompense , et tu n'aurais ni la félicité de « ce monde ni colle de l'autre. »

Traduction de l'inscription inférieure :

« Puisses-tu» pendant toute la durée de tes jours , vivre « dans fonte sorte Ah délices et posséder la gloire, la vie- « toire , la bonne fortune , le rang le plus éminent , la no- M blesse, la di^it»' . It s louantes et toute espère de biens.

Cette boîte si curieuse , apportée en Europe probablement au temps des croisades, est rapportée au iy* siècle de l'hégire.

IV. L'ne autre boite ronde, en ivoire, présumée être du ui* siècle I représentant une chasse aux lions et aux panthères.

V. Une autre botte de forme carrée , en ivoire» attribuée au XV* siècle, et reproduisant quelques traits du Nouveau et de l'Ancien Testament.

VI. Un grand coffre en ivoire, à douze laces, et datant de la fin du xn* siî'cle; on lui donnait anciennement le nom de catncombe, parce qu'il renfermait des reliques. Le couvercle est de forme pyramidale ; le bord est orné d'un cercle de cuivre émaillé, qui doit être aussi ancien que les plaques d*ivoîre. Des événements de Thistoire de David et de celle de Joseph y sont sculptés sur trois rangées.

Toutes œs sculptures sont trrs-int Pressantes pour l'iconographie chrétienne. Klh'S soni d'autant plus dignes d'attention , qu'elles sont le produit d'un art qui se régénérait à cette époque dans la décoration murale.

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