ALBI
consacrée cpie le 23 avril 1 480, et ne lut entièrement achevée qu'en lali, c'esl-à-dire 230 ansapirs s.i rniidation.
Cette cathédrale, élevée avec lenteur, doit nécessairement présenter dans sa construclioa des signes historiques im» primés par les siècles qu'elle a traversés. Plusieurs générations ont apporté à ce temple le tribut de leur patience et de leurs travaux. On sent que ce n'est pas ici Touvrage d*une société fugitive qui s*épuise en brillantes improvisations pour se procurer, en passimt, les jouissances du |iivsont. C'est celui qu'un peuple qui a conscience de sa durée consacre lentement à une religion immortelle.
Les mêmes causes ont imprimé aux travaux du moyen âge, et en particulier à la cathédrale d'Albi» un caraclèi^ solennel et religieux que n^offrent pas ceux d'une autre époque. « Plus les âges qui ont élevé nns monuments ont eu* de piété et de lui, plus ces iii.îuuhk nls suiit liappants par la grandeur et la noblesse de leur caractère. Les arts ont toujours dégénéré dans les siècles philosophiques; c est que Tesprit raiso^meur, en détruisant Timagination , sape les fondements des beaux-arts : on croit être plus habile parce qu'on redresse quelques erreurs de physique , qu'on remplace par toutes les erreurs de l'esprit » el Ion rétrograde en ellet , puisque Ton perd une de ses plus belles facultés •»
\ji cathédrale d'AIbi a cent sept iiu-ircs viii-l-ciiiq cfiilimètres de longueur, et vingt-huit mètres vingt- limt i cntimètres de largeur. C'est incontestablement la construction en briques la plus vaste du royaume. Son porche latéral , original avec noblesse, est renommé parmi les plus spleudides; sa tour, qui monte h soixante -(juatorze mètres cîn* quante-cinq centimètres au-dessus du sol, à cent trente
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mètres aa- dessus dn niveau des eaux du Tarn, est plus remarquable par son élévation que par la beauté de son
art'liilectun'.
Le principal autel de l'ancienne église de Sainte-Croix avait été dédié à sainte Cécile, vierge et martyre, ainsi qu'on peut s*en convaincre par plusieurs textes curieux des vieux bistoriens. Après la consécration du nouvel édiflce, le monument fut plus connu sous le nom de cette sainte, si célèbre en Occident, que sous sa dénomination primitive. Dédié à la patronne des beaux -arts, cet auguste monument d» vail ofirir tout ce que îe L:<'nir ilc rijouiuie peut inventer de plus délicat, de plus pur, de plus élégant, de plus }><irfait. Aussi quand on pénètre dans cette enceiflte, Toeil est ébloui de la magnificence qui resplendit de toutes les parties de rédifice. La richesse y est jointe à ?a grâce la plus exquise : partout se déploient aux regards d^immenses tableaux, du plus liaiil intérêt comme objets d'arf . tivs-curicux de l'f.nijiositirin et d'exécn'ion. L'art tatliolitjiic a versé à pleines muiiis dans l'église de Sainte - Cécile toutes les fleurs qu'il peut l'aire germer et épanouir.
Avant d^enlrer dans quelques détails sur Tinténeur de réglise métropolitaine d*Albi, nous esquisserons à grands traits les masses générales de Pextérieur. Vu à une certaine distance, le monument se présente sous des formes graves et majestueuses, un peu lourdes même; ((insidéré de plus près, il garde encore un aspect austère et presque triste. Point de clocbetons» qui se dressent avec tant de grâce autour des autres édifices gothiques ; point de ces arcs-boutants dont les courbes élégantes viennent s'appuyer sur les hautes murailles, et donnent une apparence légère aux édifices les plus lourds. Les flancs des mui-s latéraux sont interniuipus seulement de distance en dislance par des conlre-iorts semi-
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circulaires. Les' briques» dont toutTédifice est bâti, ont pris., sous rinfluenoe des sièdes, une teinte noirâtre: ces matériaux rebelles ne pouvaient céder, sous le ciseau de Tartisfe, comme la pierre dont soal con^lruiles nos grandes églises du centre et du nord de, la Franœ. A voir Suiule-Cécile d'Albi, si sévère au dehors, avec ses hautes murailles lisses de Irente-huit mètres d'élévation, avec sa tour massive divisée en étages, sans sculptures, sans statues, sans couronnement élancé, on ne soupçonnerait nullement sa beauté, et on serait pK s([ue tenté de croire que sa réputation est nsnrpée. Mais^ semblable à celte feimiic symLtolitjue dont pai'le 1 Lcrilure. toute sa beauté est à l'intérieur.
La principale entn'e do lY'diso est au sud *. Le portail fut construit en 1380, d'après, les oidres de Douûiiique de Florence, alors évéque d'Albi. Il est en pierre, délicatement ciselé, et paré des grâces de la sculpture italienne. Malheureusement, à une époque désastreuse, le marteau du vandalisme a délriiit la plus grande partie di; ses ornements, qui cuiLsistaienl en statues et bas -reliefs. Ces slatues attiraient rutteulion par leur originalité autant que par leur beauté, où le comique s'alliait au sérieux: on peut trouver à ce sujet des détails très-piquants dans un manuscrit île 1684 , déposé à la bibliothèque d*Alhi , intitulé : Detcriplùm naïve de Samte-Cieile.
Ce portail donne entrée à uu grand escalier qui conduit à une piate-forme, sur latiuellc s'ouvre la [iriiicipale pu-le de i église. Là, sur un espace de douze mètres eu carré, s'élèvent à une asscE grande hauteur des arcs gothiques , dont la réunion forme un vaste portique. Les matériaux (pii
' l.'pnlr(''0 occi<ienluli.> sous la Imir n'a jamais l'-ti' oiivrrlc, fiarco qu'elle uVùl |»rt'*scnl^' d'accès tiiie sur la roimminc de Ca.slel -Vieil.
CATHÉDRALES DK FRANCE.
le composent sont travaillés avec une rare perfection, et percés à jour avec un fini surprenant. Ce monument, car c*en est un véritable appuyé sur un antre plus considérable, commencé vers la fin du xv* siècle par les soins de Louis
d'Amboise, ne \mt <Mre lermin^ pendant la \ io de ce prélat; on y apeiToil sur toulei» les laces lesannes des rardin.inx d»? Prat et de Lorraine, des évt'^ques Joffroi et Aymar Goullier. qui lui ont succédé, il était autrefois couvert d'une voûte, dont on voit encore les ruines; le temps et la Révolution ont dégradé cet admirable ouvrage, mais il conserve encore toute sa majesté; et, par le pittoresque de son ordonnance , il prépare aux effets qui attendent rnliservateur dès qii il aura dépassé le seuil de l'égli.se '. « 11 ne luauque à ce l»ean péristyle, dit M. du Mî»ge, pour être considéré comme Tune des plus importantes créations de l'art, que d'être dégagé des constructions qui l'environnent en partie, et qui empêchent d'en saisir à. la fois Tensemble et les détails. *>
Franchissons maintenant l'entrée de la cathédrale, et 'tontempluiis ilnns le ravisseuienl toutes les iiuTveilk's aicumulées dmia .sun iiilérieur. La régulai itt' de l'édifice, l'aspecl imposant du Jubé, la vaste étendue de la nef, l'élévaliou des vitùtes, sur lesquelles la main de l'art a semé des arabesques du dessin le plus correct; les restes des vitraux peints, qui ne laissent pénétret qu'une clarté mystérieuse et affaiblie ; le pavé même, formé de pierres sépulcrales, oh des signes héraldiques à demi effacés indiquent en même temps et la vanité de riiiinnne et le néant do ses grandeurs; tout s'empare vi.vement de l'esprit et y laisse une impression profonde.
• iNulicL' historique t>l dewnplix' sur i'éj^liso in^'lropolilaiiH' de SaiuU'- (;^'cjle d'Albi. par M. Henri Crozes. ancien magisinit. Touloiu», 1841, «l Aibi, im.
AIJH.
Le plan, ;\ une seule iiel", ne priJiiuit pas ces beaux effets de perspective de nos cathédrales de Paris , de Bourges , de Chartres, de Tours; maïs la régularité la plus parfaite, les dimensioDs les plus harmonieuses, la pureté des lignes et la légèreté des masses, onAnn mérite spécial, facile à saisir et à apprécier. Moins imposante peut-être que nos plus grandes éî^lises gothiques, Suinte -Ceci le d Allii iieiit cependant soutenir une comparaison, qui ne sera p.is à son davantage, s'il s'agit d'élégance, de gi'àce et de richesse.
Le jttbé divise l'égfise en deux parties à peu près égaies; tout autour sont pratiquées vingt-neuf chapelles, au-dessus desquelles régnent de spacieuses galeries, placées à la moitié de la hauteur de l'édifice. Nous ne pouvons nous arrêter à en faire la ilescriplioii , nous avons hâte d'arriver au jubé, un des cheis-d œuvre de l'arciulecture chrétienne au xs i' siècle. Ce magniGque jubé, tout en pierre, jouit d'une réputation hien méritée : l'œil ne peut se lasser de considérer ces pierres réduites en dentelles, d admirer la légèreté de leurs réseaux, la variété de leurs découpures, la finesse de leurs ciselures, hrillanles créations d'une imagination libre et inépuisable. Les feuillages s'épanouissent avec grâce, les clochetons aigus s élaucent comme des tiges festonnées, les arcades sont chargées des moulures les plus variées. I^s voyageurs, les artistes n*ont vu qu'avec le plus vif enthousiastne ces magiques décorations architecturales.
« A rentrée du chœur, dit M. Mérimée S un jubé magnifique reproduit les formes gracieuses de Fenceinte de la plateiurnic. 1^ sculpture du xV siècle y a épuisé tous ses délicieux caprices, toute sa patience, toute sa variété. On piisserail des heures entières à considérer ces détails gracieux et toujours
* Noten «l'un voyaiv duo» le midi de la Fnnve.
<:athédralis uk krancë.
nouveaux, à se demander, avec nu rtonnement siuis .tsse renaifisaai, crtmment ou a pu trouver tant déformes étégautes sans les répéter, comment on a pu faire , avec une pierre dure et cassante, ce que de nos jouis on oserait à peine tenter avec du fer et du bronze. Je n*lÉme pas les jubés, ils rapetissent les églises, ih me font l'effet d*un grand meuble dans une petite cbanilnv : pourtant celui de Sainte-Cécile est si ^'l<'i:aul, si parlait de travail, que, tout entier à raJininilimi, ou repousse la critique, et que l'on a honte d'élre raisonuaLW eu présence de cette magniûqui^ folie. »
Cette prévention de M. Mérimée contre les jubés en général sera rarement embrassée, mais tout le monde partagcira son admiration pour le jul)é de la cathédrale d'Albi.
Les sculptures qui forment îa clôture du chœur ne sont % pas iimiiis Jimies de llxL'r rallentinn que relies du julié :
même prodigalité de ciselures, iiiLiiie luxe de moului'es; le pourtour inférieur présente soixante-douze niches renfermant autant de statues d'anges travaillées avec goùi, variées avec • intelligence. La naïveté, le sentiment, brillent dans leurs
traits, qui semblent respirer le del. Le sanctu^re renfenne celles des douze apôtres, tenant chacune dans ses mains des légendes écrites en caractères 4 liiques , dont l'ensemhle forme le Credo, symbole de la loi chrétienne. Un remarque derrière l'autel une statue de la sainte Vierge , chef-d'œuvi'e « de pose simple et d'expression candide. 1/eztérieur du chœur est encore décoré de statues représentant les prophètes et les patriarches.
Tous les genres de magnificence brillent dans cette su- |)erlit' édise; les V(»ùle£i«;l les nmrs sont couverts en entier de peintures à fresque d'une grande beauté. Nous ne pouvons nous arrêter à faire connaitre les épotpies on elles ont été faites et les diverses écoles qui les ont produites, nous
nous contenterons d'en apprécier le mérite et Teffet général. Les antiquaires et les artistes ont tous, et comme h l'envi les uns des autres, exprimé en termes non équivoques leur adnnraHoii siiicèré pour ce noble ouvrage. Écoutons les paroles des savants auteurs des Vuet piUO" retques ûi romanliqttet de VaneimM France :
« Bien en Fiance ne peut être comparé à cette magnifique décoration ; dans toute sa longueur» cette voûte n'offre qu un tableau immense , ({ue les nervures divisent en brillants compartiments. Tout ce vaste champ est peint en aznr, et sur ce fond d'oulrcmor une riclie imagination a fait courir avec une grâce iniinie d'élégants rinceaux d'acanthe , dont les enroulements sont remplis de sujets tirés des livres • saints. Des images allégoriques y sont représentées avec un sentiment profond- du sujet et toujours heureusement inventées dans rintérét bien entendu de Tunité des décorations du temple. Les arabescjnes sont rehaussées d'or; les mouliin»s des norviues, des arêtes des voûtes, sont dorées; mais ce ne sont point de longues lignes riches seulemenl du brillant métal qui les recouvre, elles présentent des encadrements ornés avec un goût exquis. Cet ouvrage inouï est dû à des artistes qui appartiennent à la brillante aurore des arts de l'Italie, et dont les études s'étaient formées devant les fresques admirables qui couvrent tant de monuments élevés sur cette terre, la plus riche peut-être et la plus parée du monde entier. »
On complétera l'idée qu'on doit se former de cette inimi» table décoration en parcourant ces lignes de M. du Mège :
« On doit considérer oommé un ouvrage inomense , qui honorera toujours les arts, les peintures de la voûte de Sainte-Cécile, ornemenls de la plus grande richesse, du plus étonnant elFet, et où le goût du xvi* siècle paraît avec
CATIIËUKALES m FRANCK.
tant d'avantage. Que l'on se représente les vo&tes d*uo temple qui a plus de trois cents pieds de longueur; qu*OQ en calcule les courbes et leurs développements; qu'on étende sur le tout une teinte d*azor ; que sur ce fond , dont la couleur éthéree parait doubler la liantenr de Tédifice , on retrace par la pensée ces tortueux riiiccaiix d'aranlhe. ces enroulements gi'acieux que 1 on admire dans les palais de la bt^lle Italie; que ces arabescpies délicates em[iruntenl à l'albâtre sa blancheur, et que For seul en rehausse les élégants contours ; que des êtres célestes se jouent dans les feuillages; que les prophètes, les vierges, les saints y soient représentés; que la pureté du dessin , la simplicité des poses atinonf ent l'éeole de Raphaël et rap]iollont les fresques du V.ilii ;u) ; que Tm' lu ille partout, qu il ùtmcelle sur l'azur, qu'il iorme les nervures des voûtes et les principales lignes architecturales , et Tou aura une idée imparfaite encore de l'ensemble magique que présentent les somp^tueuses voûtes de Sainte-Cécile. »
Nous ne pouyons terminer la description d'un édifice dédié à Sainte-Cécile , ' sans parler de l'orgue placé dans la cathédrale d'AIhi : c'est un chef-d'œuvre d liai inôiiit' i t (rcxi'i ulion. 11 est très-étendu, d'une douceur vi d'une expit-bsioii surprenantes, renfermé dans un grand hutfet en style de la ronaiffiance. Cette grande voix de nos églises, qui semble renfermer toutes les voix du ciel et de la terre , pour les porter en sons mélodieux vers le tr6ne de Dieu , retentit avec plus de charmes peut-être sons la protection et sous Finspiration de s.iiiilc ('ô llc C».'tU' saiiile est la {latronne des lioHinies qui ont vour Irur irénie à la musique. Il était assurément bien juste que cet art suhhiue eût sa prolectrice dans les demeures célestes, puisque le chant nous vient des anges et que la source des concerte est dans le ciel. I^s Raphaël et les Murillo Font représentée tenant un instrument dans ses
AUil.
mains, les yeux élevés en baut, où se dirigent son oœnr et
ses chants : expression pleine de grandeur et de vérité, puisque . sur la terre , nos chants doivent être inspirés comme par un souveoir des cieux l
NOTRt-DAME