SAINT -CYR
DE NEV3SKS
La cathédrale de Nevers esi on monument d'orchitectuie mélangée. Elle a traversé plusieurs siècles, et, en passant,
elle a emprunté quelque chose du génie propre à chacun: caractères d"élri;anc(' on d'.iuslérilé, selon les principes qui dominaient dans l'art. C'est le style romano-byzantin , avec ses proportions lourdes et son ornementation capricieuse; c'est le style ogival, avec son ensemble plein de hardiesse et ses détails ravissants; d'un cdté, la gravité sévère; de rautte, la majesté tempérée par la grâce. Uéglûsede Nevers» considérée' dans son effet général , est un édifice remar^ quable , et, quoiqu'elle ne puisse pns (Mre pl;ir«'o nu premier rang parmi nos ( (instructions du moyen A£rp, <'Ile doit être comptée cei)endant au nombre des plus ïyelles œuvres de l'architecture chrétienne. Des dispositions particulières la rendent encore plus intéressante aux yenx des archéologaes. Considérée au point de vue scientifique x>u sous le rapport de l'art, elle mérite une attention spéciale et un examen sérieux. L'architecture catholique est si variée dans sa méthode, tellement iuépuisa)>le dans ses applications, si admirable dans cette variété (]ui fera toujoui's son caractère et sa gloire, que nous sommes heureux de pouvoir constater dans
m aTHÉDJULËS DE FRANCE.
une église importante certaines dispositioiis neuves et originales.
Le christianisme ne tarda pas à faire briller sa douce Imnîère aux yeux des habitants de Tautique cité de Nevers. Un siège épiscop^d y fut établi -vers la fin du v* siècle. La basilique primitive, petite et modeste, fît place, au vn* siècle,
à une éi^lise plus vaste, dédiée aux ivHiil.s martyrs Gervais el i*ri liais. Cellt'-ci éprouva sans don le do grands malheurs, dans ces âges de violence où chaque page de notre histoire est souillée de san^^ , et c'est probablement à la suite d*une réparation considérable , peut-être même d'une reoonstniction complète, qu'elle fut dédiée à saint Gyr, sous répiscopat de saint Jérôme et le règne de Charlemagne » au IX* siède. Voici la légende : « Charles , roy et empereur, avoit vu uni: pelit uulaut qui l'avoit délivré du péril d'un sanglier eschaulTé à la chasse; le roy print dévotion envers sainct Cyr, martyr, qui en fort bas âge avoit enduré la mort par martyre pour la foi chrétienne , et par ceste occasion , ledict Charles lit que dès lors en avant Téglise cathédrale de Nevers fût titulée et nommée de SainctF<}yr. » Depuis ce temps la cathédrale de Nevers a conservé le même vocable , malgré les désastres qu'elle éprouva plus tard.
Élevé vraisemblablement avec précipitation, dans un moment de paix qui siki édait à de violentes commotions, l'édifice s'écroula tout à coup, un siècle plus lard, eu 910, selon Tinventaire de Parmentier. Le pieux Alton , prélat savant et zélé, alors assis sur le siège épiscopal de Nevers, chercha les moyens de le relever de ses ruines. U s*y appliqua avec zèle, de sorte que l'église sortit promptement de dessous ses décombres, plus vaste et plus belle qu^elle n'était
précédemment.
Ueste-tril encore aujourd'hui quelques fragments des deux
NLVKUS.
églises du ix* et du siècle? Suivant certaitts auteurs, les deux piliers ronds situés au bas de la nef seraient un reste de Tanciarae consiroction , de même que des pans de muraille de la chapelle consacn'e à sainte Jiilille montreraient des vestiges de T^glisf» Mlie au ix*" siècle. Dans un travail manuscrit envoyé au minisire des cultes pour servir à la statistique des monuments diocésains, on lî' r»'ffo |>lir;«<e: M La chapelle de Sainte-Juliite, à rorient de Téglise « élevée sur une crypte, appartient, par son ornementation, mutilée dans beaucoup de détails, à Tépoque carlovingienne, pendant laquelle l'église subit deux établissements succès- , sifs. M Nous n'admettons point cette opinion, partageant en cela celle de M. l-rnspei Mérimée; d'ailleurs la construction du X' siècle était établitî sur un plan carré qui n'existe plus. Cette partie fort curieuse, selon les principes de la critique monumentale, doit être rapportée à l'arcbitecture romanbbyzantine secondaire. L^histoire est venue confinner les données de la science. En 1029 ou 1030, la cathédrale de Nevers fut rebâtie par Hugues 11 , ainsi que le prouve un arrangement fait entre cet évèque et les chanoines : ceux-ci en avaient reçu plusieurs concessions et privilèges, à condition de faire bâtir à leurs dépens tout un côté de l'église.
En étudiant attentivement la cathédrale de Nevers dans son état présent, on ne tarde pas à se convaincre que la grande nef date de la fin du xni* siëde et du xiv*, ainsi que certaines portions dans le pourtour du chœur. Le corps de ce dernier appartient évidemment au xV siècle. Les diapelles attenantes aux bas côtés qui Tenlourent sont probablement un peu plus récentes : on pourrait, sans craindre de s'écarter beaucoup de la vérité, les attribuer à la fin du XV* siècle.
La cathédrale de Nevers, construite sur un plan qui n'a
m CATHÉDRALES DG FRANCE.
guère d'analogue eo France . présente à ses deux extrémités deux grandes absides terminales, comnie les églises allemandes de Mayence, de Worms et de Spire. L'abside orientale est destinée au chœur du chapitre, l'abside opposée a été consacrée à sainte Julîtfe , mère de saint Cyr, patron de la cathédrale. Le transsept n'est pas sitiK' î\ l'endruit qu'il occupe ordinaireiiu'iil d.ins nos auhus inonuuieuls , c'est-àdire entre ie chœur et lanel ; il est i^ejeté à la base de l'édifice, absolument comme dans Téglise des Saints- Apôtres que nous avons -visitée à Cologne. Cette croisée mérite d'être signalée, à cause de sa position et de sa structure, qui lui donnent un trait de plus de ressemblance ayec l'église que nous venons de citer; elle appartient à la période romanoby74intine. Nous ne voulons pas apprécier l'effet de cette singulière construction, qui se trouve en opposition avec nos habitudes. Nous avons cherché seulement à consigner un ËGiit qui ne nous parait pas sans intérêt dans les annales de la science. Ne pourrait-on pas présumer que» dans Torigine, l'abside de la cathédrale de Neveis n*était pas oriaitée comme dans les autres églises du même temps, ou bien, comme à Mayence, l'abside, d'un cùté, aurait-elle servi pour les offires du chapitre , tandis que l'autre aurait été consacré aux besoins de la paroisse ?
Leyaissean, d'une immense étendue, se divise en neuf travées; la nef en occupe quatre et le chœur cinq, en y • ajoutant le chevet, dans rhémicyde duquel se trouve le sanctuaire. La nef collatérale est garnie d'un rang de chapelles, au nombre de dix-sept, sans y comprendre la sacristie. \jBi forme du plan a fait rejeter les portes d'entrée sur les lianes de rt''diliie : on en compte trois. Des Ums qui avaient été élevées d'abord, un^ seule est encore debout, l'autre a été brûlée.
NEVEBS.
Dimensions principales de la cathédrale de Nevers : longueur totale centrun mètres ; largeur de la grande nef dix mètres soixante-quinze centimètres; laigenr totale, y compris les bas côtés et les chapelles, trente-deux mètres vingt centimètres; hauteur des voûtes de la nef -vingt-deux mètres trente centimètres; longueur du iranssept quarante mètres.
En pénétrant dans l'enceinte de Saint-Cyr, oo éprouve 0(» sentiment religieux ins]Hié ])ar la vue de toutes nos basiliques chrétiennes. La perspective en est imposante. les colonnes se succèdent d'une manière pittoresque, les travées et les grandes fenêtres à meneaux communiquent à tout l'édifice cet air de nujesfé qui sied bien à la maison de prière. Uimpression serait plus saisissante encore si tous les vitraux étaient conservés. Une trop grande lumière feligue la vue et refroidit le sentiment.
Le chœur est beau, considéré comme œuvre d'arehilecture; il est digne de sa destination. Nous ne pouvons passeï* ici sous silence un genre d^omements du plus grand prix aux yeux des antiquaires, ces tapisseries de hauto lisse qui entouraient autrefois le chœur, et qui, malheureusement, sont aujourd'hui dans le plus triste état. Elles étaient dues à la munificence de la comtesse Marie d^Albret , qui les avait faites de ses propres niains, didùv, des dames de sa rour: elles représentaient toute l'histoire du martyre de saint Cyr. 11 est vivement à désirer que les débris qui subsistent encore soient soigneusement conservés
La nef présente au triforium une disposition particulière. Les arcades , portées sur des colonneties groupées trois à
1 En iSI3 , lorsque nous rédigions celle notice, nous avons vu les restes de rintcressante tapisserie de Marie d'Albret. Dans ta Monographie d9 la
calhédralf de JVetwr», publiée rn M. l'abbé CfOSllier, \ii ;iirc gAli^rsl
de Nevere, nous apprend qu'iU onl disparu, (fhap. vni^ p. 67.)
CATU£DRALBS de FRANCK.
Iroîs, offrent» entre cliaque ogive de la galerie, des anges figurés en relief et l'éjw^ndanl par leurs proiicHions aux figures qui ornent la base des colonnes; ce placement est fort ingénieux et profliiit un bon effet. C'est encore là un des traits intéressaats dâ la cathédrale de Nevera.
En examinant les détails de la sculpture, on reconnaît partout délicatesse de ciseau, pureté de formes , invention admirable et exécution parfaite.
I^s chapiteaux des colonnes montrent une étonnante variété de détails, empruntés tous cependant au règne végétal. On y retrouve avec plaisir les feuillages de nos bois et de nos prairies, la feuille de rhène, de peuplier, de roseau, de fraisier, de chardon frisé, etc. Les arcades et les fenêtres sont hardies et élégantes. H y a dans ces parties des proportions harmonieuses qui en relèvent encore le mérite intrinsèque. Nous en dirons autant des chapelles latérales, la plu](;irt lie la tin du xV siècle ou du commencement du ,\vi'.
!,es ar( liivoltes des portos attestent encore l'adresse et la patience des ciselures du xv' siècle. On ne peut regarder sans surprise ces feuilles , minces et légères connue dans la nature, découpées au-dessus d*une gorge profonde. Il en résulte un effet piquant de lumières et d'ombre qui, de loin , permet à Tœil de saisir les détails les plus délicats.
Quand on arrive à iNevers dn cfAé du midi, la vue est frappée de FaspeLt imposant de la eathédrale. surmontée de sa tunr haute et majestueuse. Le monument domine toute la ville, dont les maisons semblent se grouper sous son ombre protectrice. Ainsi aperçue de loin, Féglise Saint- Gyr présente rimage d'un grand vaisseau tenu à Tancre dans un port. A mesure que Ton approche, chaque partie peu h peu se dessine, s*agnmdit et se détache dans sa forme particulière.
Digrtizeij Ly <jOOgle